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  • Cortex la racaille

    Je n'aurais pas imaginé un jour écrire un billet pour prendre la défense de Marine Le Pen, tant son parti et les thèses qu'elle défend me sont détestables. Il s'est trouvé de la racaille pour m'amener pourtant à prendre position : Cortex la racaille se prend pour un Janjawid du Darfour et pense pouvoir régner par la terreur sur le territoire français en menaçant une femme politique de l'égorger et la violer en réunion.

    La réponse appropriée est de l'amener à coups de matraque dans la gueule jusque dans la cellule de dégrisement affectueusement ouatée où on lui évitera ainsi la fracture quand il ira se cogner la tête sur les murs.

    La racaille croit pouvoir parler au nom des jeunes de banlieue : à vrai dire, une bonne part de la jeunesse de banlieue en a ras le c.. de la racaille qui lui pourrit la vie en permanence.

    Tiens il a lancé un défi aux skinheads, paraît-il, qu'il veut sodomiser (je m'abstiens de reprendre le vocabulaire poétique de l'individu).

    A vrai dire, d'injurier les skins ou de les menacer de sodomie, à la limite, ce n'est pas trop ce qui me choque ; non, ce qui me fait hurler, c'est de menacer de viol une femme pour tenter de la faire taire, et peu importent les opinions de cette femme, à mes yeux.

    J'espère que la justice va avoir la main très lourde ; à défaut, qu'il va croiser un groupe de skins ou de FNJ cagoulés qui va l'identifier...

  • L'amère vengeance de Clytemnestre

    J'ai découvert tout récemment une collection éditée par Nathan, qui existe pourtant depuis 2003 : Histoires noires de la mythologie. Remarquable cette collection : les différents auteurs qui rédigent les histoires reprennent les légendes rapportées par les différents auteurs antiques, tout en choisissant généralement un angle qui leur est propre, avec parfois de solides parti pris sur la psychologie des héros légendaires, et écrivent des histoires mythologiques courtes et adaptées aux enfants, en règle générale, articulées autour d'un héros ou une héroïne.

    Je dis que c'est adapté aux enfants, mais, à vrai dire, je tique sur ce dernier point : je viens d'acheter la dernière publication de la collection, l'amère vengeance de Clytemnestre, et, trop confiant, je l'ai donné à lire à mon fils aîné, qui est âgé de 9 ans et demi. Or, très vite, ce dernier s'est montré très touché (il est sensible) par les premières pages : en effet, Michèle Drevillon, l'auteur, a choisi de traiter le personnage d'Agamemnon sous un angle monstrueux et immoral. Le roi de Mycènes apparaît comme un être dénué de scrupules, de retenue, cruel et assoiffé de pouvoir. S'appuyant sans doute sur les Épitomè d'Apollodore, Michèle Drevillon reçoit la légende qui veut que Clytemnestre ait été mariée à Tantale, le fils de Thyeste (oncle d'Agamemnon) avant de finalement se remarier avec Agamemnon. Or, Apollodore dit qu'Agamemnon aurait tué Tantale, et Michèle Drevillon ajoute qu'il frappe le corps de son tout jeune enfant, probablement un bébé, contre un mur de toutes ses forces.

    Un passage comme celui-là est à mes yeux choquant, et cela n'a pas manqué de faire réagir mon aîné, qui, avec ses 9 ans et demi est encore petit, malgré tout.

    Ni Homère, ni Eschyle, ni Euripide ne font mention de ce mariage. Apollodore lui-même n'est pas clair : II,15 dit qu'Agamemnon tue Tantale et le bébé de Clytemnestre , mais II,16 rapporte que c'est au contraire Thyeste, le propre père de Tantale qui est le responsable de ce forfait.

    Le livre ne comporte aucune mention d'âge, mais apparaît (mal, d'ailleurs) sur le site de Nathan, l'éditeur, comme un livre pour enfant ou tout du moins, préadolescent. Je trouve que le livre aurait du comporter un avertissement ou une mention d'âge. Une telle violence ne peut être intégrée par un enfant aussi jeune, d'autant que le même ouvrage relate le viol de Pélopia par Thyeste.

    Tout en reconnaissant une grande qualité d'écriture à l'ouvrage, je déplore, compte-tenu du public visé, le choix des sources pour la légende. Il eût mieux valu, peut-être, imaginer une romance entre Clytemnestre et Agamemnon dès leur adolescence, puisqu'ils ont passé la plupart de leur enfance ensemble à Sparte, chez le roi Tyndare.

    La collection n'en reste pas moins excellente, et je la recommande, mais, svp, messieurs les éditeurs, prévenez quand un livre comporte des passages très violents, même si l'auteur les évoque sans complaisance.

     

  • Jean Lassalle, le rat des villes et le rat des champs...

    De longue date, j'ai toujours entendu Jean Lassalle défendre la ruralité et en faire l'une de ses priorités : défendre les espaces ruraux, ce n'est pas en faire des réserves d'Indiens, comme il l'a écrit dans la Parole Donnée, mais bien au contraire, promouvoir des plans ambitieux de développement économique en zone rurale. Ceci explique que cette priorité figure en tête d'affiche dans son projet. Dans la Parole donnée, il évoque le rôle de ceux qui restent dans ces zones, passeurs du futur permettant la transmission de savoir-faire multi-séculaires. Berger lui-même, il évoque dans son ouvrage les spécificités de ce métier que l'école ne peut apprendre : c'est un contact intuitif avec les bêtes, hérité des générations précédentes, qui permet au berger de prendre en permanence la température de son troupeau.

    Cette inquiétude n'est pas née de la campagne pour les régionales : ses questions au gouvernement en rendent compte de longue date. En novembre 2008, il s'inquiétait, par lettre des conséquences du Grenelle de l'environnement sur la désertification des campagnes.

    Depuis Jean de la Fontaine avec son Rat des villes et son Rat des champs, c'est un lieu commun d'opposer villes et campagnes. Les espaces ruraux sont pourtant l'avenir des villes, et non seulement des lieux de villégiature ou de pèlerinages écolo pour urbains en mal d'authenticité  qui cherchent à se ressourcer.

    Non, les campagnes sont l'oxygène de demain à condition de préserver l'humanité d'un danger très inquiétant à long terme : l'exode rural. Jean Lassalle écrit ainsi dans le dernier chapitre de la Parole donnée les mots suivants :

    C'est un raz de marée qui, d'après les prévisions des experts, aura balayé dans les quinze ans à venir les trois quarts du monde des campagnes au profit des villes. [...] Dans les vingt ans à venir 70% des individus de la planète devraient alors vivre sur 20 à 30% du territoire. Les villes de 40 à 50 millions d'habitants seront devenues monnaie courante. Et comme ces villes ont été conçues pour fonctionner avec cinq millions d'habitants et non dix fois plus, rien ne marchera.

    Tous les systèmes d'eau, de gaz, d'électricité, la voirie, les égoûts, les postes et les télécommunications, qui dans l'intervalle auront été privatisés, seront réservés aux riches qui vivront enfermés dans de nouvelles forteresses. Le monde reviendra alors à une situation primitive, sauf que les miséreux découvriront à la télévision des images de rêve, des situations mirifiques auxquelles ils sauront que jamais eux ni leurs enfants n'accéderont.

    Vision apocalyptique qui est déjà une réalité dans de nombreuses villes du monde, et dont les germes sont présents avec des banlieues et des zones péri-urbaines de plus en plus pauvres au fur et à mesure que les métropoles grossissent.

    Finalement, il est tentant de conclure avec l'autre Jean (celui de la Fontaine) de la manière suivante :

    C’est assez, dit le Rustique ;
    Demain vous viendrez chez moy :
    Ce n’est pas que je me pique
    De tous vos festins de Roy.

    Mais rien ne me vient interrompre ;
    Je mange tout à loisir.
    Adieu donc, fy du plaisir
    Que la crainte peut corrompre.