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jeudi, 07 octobre 2010

Larry Clarke, ce qui me dérange...

J'ai lu le communiqué du MoDem à propos de la décision de la Mairie de Paris d'interdire l'entrée de l'exposition de Larry Clarke aux mineurs.

J'avoue que je ne puis en aucun cas m'accorder avec Jean-François (Martins) et Benhamias, qui voient dans cette décision de la pudibonderie. Personnellement, j'y vois une salutaire prudence.

Il y a sous cette exposition de photos un lourd non-dit particulièrement symptomatique de l'hypocrisie dans laquelle baigne notre société en matière de sexualité des adolescents, et, plus précisément, en matière de relations entre adolescents et adultes dans ce domaine-là.

Car enfin, qu'est-ce que cette exposition sinon le regard avide, fût-il artistique, d'un homme adulte sur des corps nus d'adolescents. Interrogé, Larry Clarke reconnaît à demi mots que ce choix artistique procède d'une frustration issue de sa propre jeunesse. Le  Lolita de Nabokov ne débute pas autrement : l'amour désirant et non-consommé à la pré-adolescence d'Humbert Humbert.

Même artistique, que l'on ne me dise pas que le regard de Larry Clarke n'est pas malsain.

L'adolescent interroge l'adulte, car il est à la croisée des chemins entre l'enfant qu'il n'est plus tout à fait et l'adulte qu'il n'est pas encore.

Notre société consumériste sanctifie la jeunesse, la beauté éternelle et sexualise à outrance jusqu'à l'enfance même. Et dans ce même mouvement, elle hurle au loup pédophile à la première alerte. 

Il y a sur la pédophilie un discours hystérique qui confond des phénomènes différents. Il y a une différence de nature entre l'hébéphilie et la pédophilie stricto sensu.

Actupsy a consacré une étude à la pédophilie et la finit sur le constat que l'hébéphilie en diffère notablement. L'auteur écrit notamment :

L'hébéphilie pourrait se concevoir comme une recherche de revalorisation narcissique. Légèrement immature, ces sujets trouvent un reflet de leur image plus proche chez les adolescents que chez les adultes. Mais, c'est également le moyen d'assurer son existence par la maîtrise de l'autre.

Cette notion d'hébéphilie serait à étudier non seulement sous l'angle de la psychologie clinique mais également sociale, étant donné les mutations que l'on peut observer dans notre société et notamment concernant la place accordée aux adolescents.

Il est donc inexact de parler de pédophilie, comme j'ai pu le lire en quelques endroits à propos du travail de Larry Clarke. Inexact cliniquement, mais valide légalement puisque la loi fixe la majorité sexuelle chez les garçons à 16 ans et chez les jeunes filles à 15 ans et 3 mois.

D'une certaine manière, Clarke n'a pas tout à fait tort de juger que l'exposition devrait être réservée aux adolescents. Mais d'une certaine manière seulement, puisque ce serait le lieu privilégié d'un regard sexuel - et pas seulement artistique ! - adulte sur une sexualité adolescente.

Le plus malsain, finalement, c'est le mélange des genres, c'est à dire la foule mêlée d'adolescents et d'adultes pour une exposition dont l'objet est d'exhiber la sexualité des adolescents.

C'est cette sorte de voyeurisme qui parvient à s'extraire constamment de la loi et de la réprobation publique en invoquant l'aile protectrice de l'art qui finit par me gêner à la longue.

Il y a une facilité à évacuer ce contact illicite dans le Paris bien-pensant qui m'indispose. Meilcour, par exemple, ou encore ces imbéciles de Verts parisiens , qui peinent à passer le cap d'un regard soixantuitardisé sur la censure quand elle s'applique à la sexualité.

Je suis déçu de la réaction des deux élus MoDem car en ramenant la décision de la Mairie de Paris à de la pudibonderie, ils ont monté qu'ils n'ont perçu aucun des enjeux de cette décision. J'attendais autre chose, plus de profondeur, plus de réflexion de la part du MoDem.

Je n'évoque pas même le cas des médias qui ont encore trouvé le moyen de faire à peu de frais de l'audimat ou du lectorat, avec une absence totale de scrupules, comme d'habitude, en publiant des clichés de ces jeunes gens nus et/ou lourdement et gravement drogués.

J'ai lu le communiqué de Bertrand Delanoë. Il a mûri son choix, à l'évidence, mais s'est prudemment retranché derrière la loi pour justifier sa décision. Dommage qu'il n'ait pas mené sa réflexion jusqu'à son terme et explicité, comme homme politique et citoyen, ce qu'il pensait de cette exposition et pourquoi il ne voulait pas la rendre accessible aux mineurs.

Peut-être me trompé-je, finalement, et ne s'agit-il, in fine, que d'une simple précaution, puisque j'ai aussi entendu que Christophe Girard voulait changer la loi de 2007 pour rendre ces expositions ouvertes à tout public. 

mardi, 03 juin 2008

Contrat de mariage et virginité, débat juridique

Ma précédente note sur l'affaire du mariage annulé de Lille pour cause d'absence de virginité a entraîné un débat dans les commentaires de l'article. J'y ai lu des points de vue très intéressants, qui ne vont d'ailleurs pas forcément dans mon sens, et je publie tout particulièrement celui de Jpm répondant à Farid L.

Farid vous ne me comprenez pas :
C'est un contrat et les conditions requises pour que madame devienne l'épousée sont de nature privée vous avez parfaitement raison et je ne dis pas le contraire :))
Que madame soit satisfaite du jugement est heureux et je lui souhaite de trouver un homme qui l'accepte telle qu'elle est.

Mais...

La loi ne se mêle pas de ce contrat (si tant est qu'il puisse exister un contrat de cette nature entre personne physiques puisque la loi encore une fois n'encadre que la notion de contrat de mariage qui lui ne concerne que les biens matériels) mais bien d'une notion qui définit quels sont les critères qui peuvent annuler légalement un mariage.

Si les épousés avaient écrit noir sur blanc la necessité de virginité alors oui le juge peux intervenir sur ce point et casser le contrat privé qui est antérieur au mariage. Il peut y avoir alors divorce selon la loi.

Mais en aucun cas ces dispositions ne sauraient casser le mariage dont les règles d'annulation sont définies par la loi et parlent bien de qualités essentielles.

Etant prévues par la loi ces qualités essentielles ne sont pas du ressort de l'appréciation privée ! Elles ne sont pas définies explicitement car il appartient au juge d'apprécier les cas particuliers que la loi n'auraient pu prévoir.
ça s'appelle "l'esprit des lois".

Hors cet esprit des lois s'oppose à ce qu'on retienne comme qualité essentielle dont l'absence révélée ne permet de prolonger le mariage le défaut de virginité puisque par essence celle ci est annulé par le mariage. Il ne s'agit donc pas d'une notion essentielle à la poursuite du mariage.

Ce n'est pas moi qui décide quelles doivent être les qualités de chacun mais bien la loi qui définit celles qui faisant défaut ne peuvent permettre la poursuite du mariage.

Enfin que les parties soient satisfaites d'un jugement n'est absolument pas un critère de validité de celui-ci :))

Alors maintenant il faut voir au delà de cette affaire totalement anecdotique afin de comprendre pourquoi il y a scandale.

Comme je l'ai déjà dit et comme vous le dites vous même l'inconscient collectif est là et joue son rôle soit en référence à l'histoire catholique soit aux préjugés sur l'islam en stigmatisant encore une fois le fait que certaines pratiques islamiques sont des pratiques que la république cautionnait il y a peu.

Cette affaire est donc vécue comme un retour en arrière ce qu'elle est effectivement.

Deuxièmement se pose le problème de la libération de la femme, de l'égalité homme/femme devant la loi, et de la sexualité de façon antérieure au mariage

Troisièmement se pose le problème de la gestion de cette affaire par les médias.

Quatrièmement se pose le problème de la jurisprudence qui pourrait entraîner des drames humains absolus si cette notion de virginité comme qualité essentielle était retenue.

Mais au fond....cette affaire n'est elle pas tout simplement plus scabreuse ?
Il s'agit clairement d'un marriage arrangé et les parties concernées n'en sont pas heureuses puisqu'elles sont heureuses du jugement.
La femme n'était donc pas en opposition ou dans le mensonge avec son mari mais bien avec sa famille.
Il est fort a parier que cette "excuse" de non virginité ne soit qu'une façon d'annuler un mariage qui de toute façon ne convenait pas aux parties et qu'en l'espèce ait été retenue une fausse raison totalement invérifiable.

En conclusion tant mieux pour ces épousés qui ont trouvé un moyen d'annuler un mariage dont ils ne voulaient pas et bravo au juge d'avoir joué le jeu.

Mais blâme sur le juge qui a retenu un critère qui dépasse le cadre de la loi et de ce fait crée une jurisprudence dont nous ne mesurons pas encore les répercusions sociales.

Je vous laisse imaginer la détresse d'une jeune femme accusée de défaut de virginité par un mari peu délicat et finalemet insatisfait et qui en aucune façon ne pourrait prouver que le mari ment car une fois le mariage consommé il est impossible de vérifier l'état antérieur au delà d'un certain temps écoulé.

Je rappelle, afin qu'on ne se trompe pas, que n'importe qui serait alors fondé a entamer ce type de procédure, musulman ou pas.....

Reste encore a vérifier les termes exacts du jugement au delà de ce qui a été dit médiatiquement.

Rien n'est jamais tout blanc ou tout noir et c'est une joie ou un drame de notre monde de communication que de voir se débat se répendre ainsi. ;)