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dimanche, 25 juillet 2010

Internet, un bistro ?

Dans son dernier billet, Bruno Roger-Petit s'émeut de la fermeture annoncée du blog de Jean-François Kahn et déplore la fin des bistrots que l'Internet moderne n'a jamais remplacé. Comparant l'ancienne et la nouvelle institution, il conspue les tombereaux de haine que charrie la seconde, toute de noir et de blanc. Bruno Roger-Petit fait à mon avis une première erreur : c'est le public spécifique des commentateurs de blogues politiques, littéraires ou encore économiques qu'il vise en priorité. Or, ce public-là n'est pas représentatif de la population des bistrots, ni de ceux d'aujourd'hui, ni de ceux d'hier. Il y a un expert des bistros sur la blogosphère, mais c'est un OVNI.

La population qui peuple les fils de commentaires de la Toile, sur les blogues, la presse officielle ou ailleurs est avant tout symptomatique des intellectuels que Schumpeter décrit dans son atmosphère sociale et intellectuelle du capitalisme.

« Les intellectuels sont effectivement des gens qui manient le verbe écrit ou parlé et qui se différencient des autres écrivains ou orateurs par le fait qu'ils n'assu ment aucune responsabilité directe en ce qui concerne les affaires pratiques. Cette dernière caractéristique en explique une autre : l'intellectuel, en général, ne possède aucune des connaissances de première main que fournit seule l'expérience. Une troisiè me caractéristique consiste dans l'attitude critique de l'intellectuel, déterminée à la fois par sa position d'observateur - et même, dans la plupart des cas, de profane (outsider) - et par le fait que sa meilleure chance de s'imposer tient aux embarras qu'il suscite ou pourrait susciter. Profession de l'individu sans profession? Dilettantisme professionnel? Gens qui parlent de tout parce qu'ils ne comprennent rien?  »

Mais alors ? Si nombreux sur la Toile ces intellectuels ( généralement de second plan, au demeurant) ?

Schumpeter a l'explication une fois de plus :

La surproduction des intellectuels peut créer des incapacités de travail d'un type particulièrement déconcertant.L'homme qui a fréquenté un lycée ou une université devient facilement psychiquement inemployable dans des occupations manuelles sans être devenu pour autant employable, par exemple, dans les professions
libérales
. [...].
Par ailleurs,
tous ces bacheliers et licenciés, en chômage ou mal employés ou inemployables, sont refoulés vers les métiers dont les exigences sont moins précises ou dans lesquels comptent surtout des aptitudes et des talents d'un ordre différent. Ils gonflent les rangs des intellectuels, au strict sens du terme, c'est-à-dire ceux sans attaches professionnelles, dont le nombre, par suite, s’accroît démesurément. Ils entrent dans cette armée avec une mentalité foncièrement insatisfaite.

Parierons-nous que ce sont eux que nous retrouvons sur la Toile ? Il faut terminer de lire le billet d'origine, et, idéalement, consulter Capitalisme, Socialisme et Démocratie (chapitre XIII, 2) pour achever le raisonnement et bien comprendre quelles relations ces individus entretiennent avec le capitalisme, au demeurant.

Pour revenir à Bruno Roger-Petit, ne ratons toutefois pas une occasion de l'égratigner : pour quelqu'un qui se plaint de cet univers électronique bicolore, j'ai souvenir d'avoir lu une association de la ligne éditoriale de Marianne au Vichysme simplement parce que le magazine s'interrogeait sur la manière dont la France pouvait gérer son immigration et avait repris entre autres l'un de mes billets sur le permis à points et l'immigration.

Je l'ai dit quand j'ai évoqué Jessi, Internet est une formidable caisse de résonance. Après, les échos qui se démultiplient n'ont pas forcément l'heur ni l'amabilité de le faire de manière cohérente. On ne peut pas bloguer si l'on n'est pas capable de supporter le vacarme, corrélat immédiat du succès d'estime. Le vacarme est d'autant plus fort que personne ne peut vraiment dire chut à quelqu'un qui éructe dans un commentaire ou un billet (je ne me prive d'ailleurs pas moi-même d'éructer de temps à autre...).

Évidemment, un bistro, c'est bien pratique : on peut jouer à l'anthropologue et quitter les lieux très content de soi, avec le sentiment de plénitude que donne la certitude d'être christiquement descendu parmi le populo. Sur Internet, il en va autrement : on est aux prises avec son semblable, et il n'existe rien tant de plus insupportable pour un intellectuel qu'un autre intellectuel...

In fine, ce n'est pas la France que révèle Internet, contrairement à ce que titre Bruno Roger-Petit, mais son lumpen-intellectuariat ! En outre, je ne crois pas que «finissent par s'imposer, comme dans la vie publique, les «dynamiteurs, pollueurs, obsédés et allumés».

Regardons les divers classements de blogues çà et là, si je veux bien admettre qu'il y a quelques excités, mais dans l'ensemble, ce sont surtout des gens raisonnables et pondérés qui battent le haut du pavé.

samedi, 08 mai 2010

Par delà bien et mal dans le jardin des Bobos...

L'échange aigre-doux, entre Bruno Roger-Petit et moi-même sur l'idée d'une acquisition de la nationalité via un système de points et une période probatoire a produit quelques commentaires sur le site du Post qui valent d'être reproduits pour éclairage.

Bruno Roger-Petit

Eh ben voilà... On touche au vrai point de divergence. Oui, je crois au relativisme des valeurs. Et c'est bien pour cela que je suis hostile à cette loi ridicule contre les visages dissimulés. Et c'est pour cela que je place l'Etat de droit républicain au-dessus de toutes les valeurs. 
Comme le dit très bien une illustre blogueuse* cette semaine: Les "droits de l'homme ne forment pas une politique, ils doivent réguler une politique, ils constituent une limite, une vigilance, un cran d'arrêt. Et s'ils le peuvent, c'est précisément parce qu'ils sont abstraits, vides d'une certaine façon, qu'ils ne définissent aucun homme en particulier, que l'homme des droits de l'homme n'existe pas, parce que l'homme de fait est toujours d'abord et déjà incarné. Né blanc, noir, petit, grand, difforme, beau, ici ou ailleurs. Ces déterminismes naturels sont sa situation, pour le dire en termes sartriens, à laquelle il est chargé de donner un sens, telle est sa liberté. Non pas de faire qu'il ne soit pas blanc, noir, petit ou difforme, mais qu'il charge de sens ce que la nature lui a donné. Quant aux déterminismes sociaux, la politique est précisément là pour les enrayer (l'a-t-on oublié ?)."

l'hérétique

Eh bien on a une différence de fond. Il y a des valeurs qui sont universelles parce qu'elles touchent profondément l'être humain. Toutes les civilisations connaissent la souffrance, et donc, le mal, envisagé comme ce qui provoque la souffrance. Cela n'a rien de relatif : trouvez-moi une seule société humaine qui l'ignore !
La seule chose qui pondère la souffrance, et encore, c'est très relatif pour le compte, c'est l'ignorance. L'ignorance qui est reliée à la sphère du savoir et de la vérité, je vous le concède, est toute relative parce qu'elle peut être affaire de point de vue, particulièrement dans le domaine de la morale.
Notre conception des droits de l'homme est issue d'une volonté continue de lutter contre la/les souffrances. Tous les hommes, toutes les nations peuvent s'y retrouver. Bien sûr, la voie est étroite, parce comme le dit Pascal, l'homme n'est ni ange ni bête, et qui veut faire l'ange, fait la bête. Je me défie donc des pensées parfaites, apanage des idéologies totalitaires, dès lors qu'il faut définir un bien et un mal. Il n'en reste pas moins qu'une société, pour éviter sa dislocation, doit s'appuyer sur une certaine forme de consensus, y compris moral. Le port de la burqa ne rentre pas dans ce consensus, et son rejet  l'emporte  sur la tolérance, autre valeur du consensus qui fonde notre pacte social, parce que la tolérance n'est pas strictement synonyme de relativisme des valeurs, autre sophisme dans lequel, incidemment, vous entraînez votre lecteur et votre pensée.

*NDLR : Mazarine Pingeot

07:12 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : roger-petit, mal, bien, valeur |  Facebook | | |

vendredi, 07 mai 2010

Vichystes et Munichois...

Bon bon : je vois que Roger-Petit a mal vécu ma réplique à son procès en sorcellerie vichyste. L'heure d'un questionnement existentiel sur la boboïtude agite son blogue. Je suis flatté mais inquiet d'apprendre que je suis une cohorte à moi tout seul, puisque Roger-Petit écrit :

la grande cohorte droito-nationalo-souveraino-facho-réaco-internautique m'est tombé sur le râble, et d'un dans un élan unanime m'a décrété « bobo ».

Comme je suis le seul à avoir réagi, je présume donc que je suis une cohorte à moi tout seul. CQFD...

L'inquiétant, c'est que Roger-Petit récidive. Je lui ai d'ailleurs répondu :

Vous êtes gonflé, Bruno Roger-Petit : vous vous gardez bien de citer ce qui est gênant pour vous dans mon billet et en plus vous récidivez. Je vous l'ai dit, l'égalité et la liberté des femmes ne sont  pas réductibles à une question de culture. Au contraire, je le répète, il y a là quelque chose qui touche à l'universel et qui dépasse largement nos débats franchouillards, ce que vous faites semblant de ne pas comprendre. Vous me demandiez un critère, en voilà un. Quant à une vie normale, ne faites pas l'idiot volontairement : vous avez très bien compris ce que je veux dire. Pas de délinquance, respect de nos principes fondamentaux, c'est tout. Quant au fait que cela va créer un citoyen de seconde zone, il serait plus exact de dire qu'il y aurait ainsi un statut transitoire entre une citoyenneté pleine et entière et la naturalisation. Je ne vois toujours pas ce qui vous choque, et encore moins le rapport avec Vichy (une obsession, chez vous, pour disqualifier vos contradicteurs).

Il faudra m'expliquer en quoi le fait de refuser la nationalité française à un individu est une persécution, a fortiori un individu qui se fout des Droits de l'Homme que vous invoquez à tour de bras, comme de l'an 40.

Roger-Petit est d'une mauvaise foi incroyable : il s'obstine à parler d'identité nationale alors que je n'ai prononcé ces mots à aucun moment et que je lui répète (mais est-il capable d'entendre ?) qu'il n'y a pas là une histoire d'identité nationale. J'ajoute même que je déplore tout à fait que Hortefeux et une partie de la droite réduisent à une question d'identité nationale un tel débat. Oui, je le déplore, et je déplore aussi que Roger-Petit marche dans leurs traces en admettant qu'il y ait là un sujet qui soit réductible à l'identité nationale, parce que c'est bien ce qu'il sous-entend, in fine.

Roger-Petit écrit :

Le régime de Pétain-Laval « défrançisait » par la généalogie, le régime actuel et ses supporters, directs ou indirects, conscients ou inconscients, voudraient le faire par la culture, la religion, le mode de vie. Tout le contraire de 1789 et de ses héritages successifs, 1848, 1905, 1936, 1945, 1981.

Roger-Petit considère donc que toute idéologie qui revient à faire de la femme une mineure perpétuelle est une histoire de mode de vie ? De culture ? De religion ? Il pense très fort à l'Islam et à l'islamophobie sans oser prononcer les mots. C'est bien pour récuser le raccourci fallacieux Islam = minorité de la femme + burqa que cela a un sens de légiférer contre toute pratique qui déclarerait la femme inférieure. Quant à la délinquance, oui, cela me semble logique de ne pas le considérer comme un mode de vie et de ne pas ouvrir les portes de son foyer à qui en ferait profession. Quand je parle de délinquance, je ne parle évidemment pas de voler une pomme (selon un procédé rhétorique classique, Roger-Petit minore mon propos pour le rendre absurde) mais d'une délinquance dure. Bref, comme je l'ai dit dans mon précédent billet, une fois encore, Roger-Petit montre dans quelle incroyable confusion des valeurs (et du raisonnement !) il barbote...

Je crois avoir conclu à raison dans un commentaire de la manière suivante :

Avant Vichy, il y a surtout eu les Munichois, qui étaient convaincus qu'Hitler était un gentleman, voyez-vous. Les ancêtres des bobos, en somme .


mardi, 04 mai 2010

Marianne2 a fait un gros Bobo à Roger-Petit

J'ai ricané en lisant l'éditorial (en Une du Post) de Roger-Petit hier. Roger-Petit n'arrive pas à se départir d'une bien-pensance dégoûlinante dans une certaine gauche (heureusement il demeure une gauche censée et républicaine) qui consiste à comparer toute arrestation d'étrangers en France à la période de Vichy. Soyons honnêtes : si l'on considère la bureaucratie administrative réagissant à la demande de résultats exigée par Sarkozy, elle ne fonctionne pas fondamentalement différemment de l'administration vichyste. Même indifférence pour les situations individuelles et le devenir des êtres humains. Mais la comparaison s'arrête là. On ne déporte pas des individus, on ne les torture pas, et certainement pas en vertu de critères religieux ou ethniques.

Alors Roger-Petit a mal à sa boboïtude parce que Régis Soubrouillard de Marianne2 s'est indigné (à juste titre) de ce que la journaliste Colombe Schneck place sur le même plan les "tracasseries" faites à son grand-père roumain juif par Vichy et les réactions d'indignation qui visent le polygame de Nantes. Tu m'étonnes qu'il a fait un bond, le journaliste de Marianne : quel mépris incroyable pour tous ces gens qui ont vécu de vraies souffrances, eux. Quelle instrumentalisation sans le moindre scrupules ! Et Roger-Petit de dégoûliner en choeur, tout en mettant en cause l'un de mes derniers billets parus sur Marianne2. La proposition de nationalité à points, qu'étudiaient les Anglais, Travaillistes en avant, au mois d'août 2009. Tout en allusion, Roger-Petit est incapable de préciser ce qu'il reproche à un tel système, évidemment.

L'idée n'est aucunement d'inspiration gouvernementale, Roger-Petit raconte donc n'importe quoi. En fait, les Britanniques en avaient évoqué l'idée dès juin 2007. Roger-Petit s'essaie au terrorisme intellectuel avec un argument massue : c'est vichyste.

L'argumentation minable de Roger-Petit est la suivante :

«il est impensable de ne pas associer ce genre de propositions à ce que le gouvernement de Vichy avait décrété pour les Juifs, lorsqu'il s'agissait de déterminer les proportions de judéité et de francité de chaque citoyen en fonction de leur arbre généalogique afin de savoir s'ils étaient citoyens français ou pas».

Il n'y a que l'esprit tordu de Roger-Petit pour imaginer un système aussi délirant. En la circonstance, je parlais, pour ma part, d'un système de points durant une période de rogation avec acquisition définitive de la nationalité à l'issue de la dite période. Ai-je parlé d'ancêtres ? Non. De religion ? Non. De francéité ? Non. De généalogie ? Non plus.

J'ai simplement évoqué le comportement et l'insertion en société. On ne demande pas au nouvellement naturalisé de faire des démonstrations de gallicité, mais simplement de vivre normalement. Pour perdre des points, dans mon idée, il faut adopter un mode de vie en contradiction avec nos valeurs (et au premier rang, j'y place la liberté de la femme et son égalité avec les hommes dont Roger-Petit se contrefout manifestement totalement) et un comportement éventuellement socialement nuisible (là, je pense à la délinquance). Que des choses qui me semblent très raisonnables.

Roger-Petit devrait se documenter sur Vichy, cela lui éviterait d'écrire un certain nombre de conneries.

Autre argument de Roger-Petit :

Nier et dénier à l'étranger au nom d'un prétendue culture ou identité nationale les droits dévolus à tous les citoyens tout en chargeant de tous les vices.

Le Monsieur, il te parle pas de culture, Roger-Petit. Même pas d'identité nationale ! Jamais , d'ailleurs, Marianne n'a abordé cette affaire sous l'angle de l'identité. Non, le Monsieur, il te parle des femmes et de leur vie. Mais Roger-Petit préfère faire son bobo, ne pas voir, et expliquer, pour le compte, que c'est une question de culture, c'est ce qu'il sous-entend.

Eh non, monsieur Roger-Petit : le sort fait aux femmes n'est pas une question de culture. On touche là à quelque chose d'universel, et c'est ça ce qui choque. La culture du monde arabe, puisque vous y pensez très fort sans oser la nommer, c'est Averroès le philosophe, d'Avicenne le médecin, Ibn Arabi le poète, le délicieux couscous, le raffraîchissant thé à la menthe, une certaine douceur de vivre, pas la femme sous la burqa et la polygamie. D'ailleurs, Monsieur Roger-Pëtit, dans les pays arabes, la polygamie est en réalité un phénomène extrêmement minoritaire (renseignez-vous !). Bref, on ne touche pas au culturel mais à l'universel. C'est bien cela qui choque, dans cette histoire, parce qu'au moins depuis la Révolution, toute l'aspiration politique et culturelle de la France, c'est justement de toucher à l'universel. Droits de l'homme et de la femme en avant.

Mais on comprend mieux le raisonnement de Roger-Petit avec ses majuscules :

Parce qu'en DROIT, en droit REPUBLICAIN, du point de vue des DROITS DE L'HOMME ET DU CITOYEN, du point de vue de notre CONSTITUTION, oui, Lies Hebbadj vit comme Zola, Mitterrand ou Bocuse. Il n'y aucune différence dans la situation juridique de ces quatre personnages.

Mais il est borné ou quoi ? Le Monsieur (Soubrouillard) il t'a dit :

on confond polygamie et adultère ; choix de vie et fraude aux services sociaux ; vie privée et respect des valeurs de la république.
On imagine mal Tonton frauder en douce les allocs pour pouvoir payer la cantine de Mazarine
.

C'est aussi l'argument que l'on m'a même resservi sur mon blogue : la polygamie c'est comme l'adultère. Roger-Petit n'a pas du l'inventer, il a du le copier quelque part. Les bras m'en tombent... C'est révélateur du niveau de confusion des valeurs dans laquelle baigne une certaine gauche. Que voulez-vous que je dise à un homme qui ne fait pas de distinction entre polygamie et adultère...Tenez, le Conseil des Français du Culte Musulman a quand même contesté que l'Islam tolérait l'adultère, puisque c'était l'argument avancé par Liès Hebbadj...Euh, ils font la différence, apparemment.

Et il se permet ensuite de qualifier les journalistes de Marianne2 de petits Brasillach du net, le Roger-Petit...