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  • Président de la France ou directeur du FMI ?

    C'est une Arlésienne que de savoir si DSK sera candidat ou non à l'élection présidentielle en 2012. Michel Rocard semble avoir une idée sur la question : il juge qu'il est bien plus utile et efficient comme directeur du FMI que comme Président de la France. La surveillance des économies est désormais l'un des rôles majeurs du FMI, bien au-delà de la seule stabilité monétaire. J'ai du mal à me faire une idée, en ce qui me concerne, de son bilan après trois années passées à la tête du FMI. Il me semble qu'il a géré au mieux de ce qu'il était possible de faire la crise grecque.

    Plus généralement, j'ai le sentiment qu'il a d'abord réhabilité vraiment le FMI aux yeux de l'opinion publique mondiale, ce qui n'est pas rien. Les conseils désastreux de cette institution lors des crises argentines avaient largement entamé sa crédibilité.

    Héritant d'un FMI dénué de moyens, il a su convaincre les grands pays donateurs de mettre la main à la poche, ce qui a permis au FMI de disposer de fonds conséquents, par émission de DTS (Droits de Tirage Spéciaux) au moment des crises, et donc de pouvoir prêter de l'argent aux pays émergents au bon moment. Il a su aussi débloquer des prêts pour les pays les plus pauvres et leur consentir pour des périodes limitées le non-paiement de leurs intérêts. 

    Évidemment, le FMI ne s'est pas pour autant transformé en oeuvre de bienfaisance, et quand il s'est agi de conseiller de dégraisser à certains pays (Roumanie, Lettonie) il n'y a pas eu d'états d'âme. Le patron du FMI a beau se réclamer du keynésianisme, point trop n'en faut quand il s'agit de dépenses publiques...

    Mais enfin, dans l'ensemble, force est de constater qu'il a dans l'ensemble bien géré la boutique, et que surtout, pendant la crise, le FMI a joué le rôle de pompier plutôt que d'incendiaire.

    Néanmoins, son amitié avec le sinistre Pascal Lamy, m'inspire toutes les défiances, tant ce dernier individu incarne le mondialisation technocratique dans ce qu'elle comporte de pire, à commencer par le mépris des nations, des cultures et des peuples.

    Il ambitionne, j'imagine, de faire du FMI le gendarme financier du monde. Pari fort difficile à réaliser, tant les gouvernements des différents États n'y tiennent pas plus que cela. Les pays occidentaux, en particulier, refusent de lâcher leurs droits de votes au Tiers-Monde et aux pays émergents.

  • Finalement, le livre par le début...

    Quelques blogueurs et commentateurs ont réagi au thème que je proposais, le 18 décembre dernier. Ferocias, entre autres, qui juge que sur le fond, le livre est programmé pour une lecture linéaire, ou encore Traqueur Stellaire qui ne se mouille pas dans la polémique. Dans les commentaires, Didier Goux a réagi, à vrai dire sans surprise, en jugeant que ce choix de lecture n'est faisable qu'avec un livre déjà lu. Il est suivi par Chistian (Romain) qui expose une argumentation convaincante à base de Virgile et de peinture flamande. J'ai été victime aussi du syndrome d'Icare en contemplant le tableau de Bruegel. Christian énonce clairement comme objectif de lecture l'identification des intentions de l'auteur. Réponse en conséquence, donc...

    Prenons d'abord l'analogie avec la syntaxe latine. Il est vrai qu'elle est beaucoup moins contraignante que la nôtre. C'est dire que, d'une certaine façon, elle offre plus de libertés. Mais pour autant, il ne faut pas oublier que l'ordre choisi par le locuteur ou l'écrivain est un ordre voulu, destiné à produire un effet (réussi ou pas, c'est une autre question). Toute énonciation littéraire suppose une intention.

    Prenons par exemple la citation de Virgile : "O fortunatos nimium, sua si bona norint, agricolas". Le "agricolas" arrive en dernier, comme la révélation de la petite énigme que constitue le début de la phrase. Il appuie l'intention et marque la phrase en la concluant. L'ordre n'est pas innocent. Idem avec, par exemple, la formule "Ne, sutor, supra crepidam". Si on place "Sutor" en premier, on a une simple interpellation. Mais en le plaçant juste après le "Ne", on a à la fois une interpellation et une explicitation. L'équivalent français serait dans le premier cas "Cordonnier, ne t'autorise pas à..." et dans le second "Ne t'autorise pas, toi qui n'es que cordonnier, à..." La différence, tant littéraire que sémantique, n'est pas mince ; et pourtant elle ne tient qu'à l'ordre des mots.

    Il me semble qu'un livre (enfin, disons un roman écrit par un véritable auteur) suit la même logique. Sa construction obéit à une intention, tout comme le choix des phrases et celui des mots dans la phrase. C'est ce qu'on appelle le style. Je me souviens d'une nouvelle de science-fiction des années 60 (peut-être bien de Pierre Boulle) où un programmeur faisait écrire par un ordinateur le monologue d'Hamlet en lui impulsant l'équivalent électronique d'émotions et d'états d'âme. Le résultat était fidèle à l'original, à un mot près : l'ordinateur produisait "a heap of troubles" là où Shakespeare a écrit "a sea of troubles". Et l'auteur de disserter sur ce qui fait le style : un choix particulier et parfois arbitraire de mot.

    Tout ça pour dire qu'en faisant fi de l'ordre narratif voulu par l'auteur (exception faite des "acrobaties" comme celle de Cortazar), on risque de passer à côté de l'intention de l'auteur. Et donc en somme de lire un autre livre que celui qu'il aura écrit.

    Ce ne serait du reste pas bien grave. Malraux affirmait que "au delà de trois cents exemplaires vendus, tout livre est un malentendu" ; c'est-à-dire qu'au fond chacun se fait son propre livre à la lecture d'un livre, comme peut-être d'ailleurs son propre film ou sa propre pièce de théâtre.

    Pour ma part, je considère que lire, au vrai sens du terme, consiste à reconstruire dans son propre esprit ce qui a présidé à la genèse de l'œuvre. Pas volontairement, en analysant et en disséquant, mais par un mécanisme intellectuel et psychologique que je serais bien en peine d'expliquer mais que j'ai expérimenté à de nombreuses reprises.

    Pour essayer de me faire comprendre, je vais prendre un exemple dans un autre domaine : la peinture.

    Il existe un tableau de Bruegel l'Ancien intitulé "Paysage avec chute d'Icare". Le tableau représente au premier plan un paysan labourant son champ. Derrière lui, la mer, un bateau et, tout à côté du bateau, dépassant d'une gerbe d'écume, le bras ou le pied d'Icare qui vient de s'abîmer dans les flots.

    Le spectateur qui regarde ce tableau n'aperçoit pas d'abord Icare. Il voit le personnage principal, le décor ; mais averti par le titre il cherche Icare, finit par le trouver et se rapproche alors pour le regarder de plus près. Ce faisant, et sans en avoir conscience, le spectateur reconstitue la trajectoire d'Icare : il "survole" le décor puis identifie un point particulier et "plonge" vers ce point, se confondant ainsi avec le héros de la scène. En fait, Bruegel ne nous fait pas voir Icare, mais vivre la chute d'Icare.

    Et, à mon sens, on n'a pas vraiment "vu" le tableau tant que l'on a pas , non seulement revécu la chute d'Icare, mais pris conscience de ce que Bruegel nous a fait revivre cette chute.

    Pour moi, lire "vraiment" un roman, c'est un peu la même chose. En le lisant, on se prête au jeu voulu et pensé par l'auteur (comme devant le tableau on survole puis on plonge), et en même temps on prend conscience à la fois de ce mécanisme, de l'intention qui y a présidé et de l'état d'esprit (voire, de l'état de conscience) qui l'a généré.

    Ce qui suppose évidemment de "jouer le jeu" en suivant le balisage voulu par l'auteur. Donc, de commencer plutôt par le début.

  • Prières dans la rue, position équilibrée et modérée du MoDem

    C'est avec du retard que je découvre la réaction de Fadila Mehal, responsable de l'intégration au Shadow Cabinet du MoDem. La presse ne l'a pas relayée, et c'est bien dommage, car je la trouve très équilibrée et très sensée, ne versant ni dans un populisme, ni dans l'autre.

    Fadila Mehal, responsable de l'Intégration et de la Lutte contre les discriminations au sein du Shadow Cabinet, a répondu lundi 20 décembre à "la polémique qui fait rage sur les prières à ciel ouvert de certains musulmans" par le biais d'une tribune intitulée "Il vaut mieux prier de chez soi ou dans une mosquée que dans des rues sales et encombrées". Découvrez ses propos en intégralité.

    La polémique qui fait rage aujourd’hui ne doit pas nous faire oublier l’essentiel, et il passe par trois messages forts . Non, ces prières de rues ne peuvent être comparées à de l’invasion ou de l’occupation, comme le prétend la droite extrême. Cette comparaison est choquante quand on sait ce que recouvrent ces mots dans notre mémoire collective avec la sinistre période évoquée. C’est même une insulte quand on sait plus de 150. 000 musulmans sont morts pour la France, qu’ils ont défendu ses frontières et chassé hors de France, la barbarie nazie. 

    Deuxième message, certes l’Islam invite les croyants à la prière 5 fois par jour . Mais il indique qu’elle doit se faire dans un lieu propre et protégé. La prière collective est réservée au vendredi, conduite par un imam dans un lieu de culte, de ….proximité. Rien ne dit qu’il faille prendre le RER ou le bus pour aller prier dans la rue, privatisant ainsi l’espace public. Prenons garde qu’une minorité agissante d’un groupe religieux ne prenne l’espace public en otage, et ne donne de la visibilité polémique à un manque cruel de lieux de culte et c’est là le troisième message. 

    Aujourd’hui en France vivent près de 6 millions de musulmans. Faut-il le déplorer ou faut-il s’en réjouir ? cette question n’a plus lieu d’être , car cette présence musulmane est une réalité que nous devons assumer ensemble. La France a changé de visage et les musulmans font désormais partie de l’album de famille. Ce sont le plus souvent des Français à part entière qui entendent vivre un islam familial et paisible. Leur croyance ne doit pas les opposer aux autres Français car nous avons dans notre pays une tradition, un pacte social qui font que chaque Français peut vivre paisiblement sa croyance ou son refus de dieu et ça c’est une chance formidable, cela s’appelle la laïcité. 

    Les musulmans sont en droit de demander des lieux de culte de proximité pour prier, des carrés musulmans pour inhumer leurs défunts, des imams formés pour éduquer leurs enfants, c’est leur droit le plus strict. En tant que communauté de croyants, ils ont à s’organiser et à se rassembler pour financer ces projets car ce n’est pas l’affaire de l’Etat ou des mairies que de salarier ou de financer le culte. Sauf à considérer que certaines activités relèvent du domaine culturel. Les municipalités doivent, elles aussi et ne plus faire des permis de construire des lieux de culte, le parcours des combattants. 

    Les musulmans ont à se saisir de cet enjeu de sécularisation de l’islam en terre chrétienne et l’idée d’une fondation dédiée, doit plus que jamais voir le jour. Pour sa réussite et son rayonnement, elle aura l’impériale obligation de se fonder sur la transparence et le pluralisme et devra pour éviter tout amalgame se prémunir de l’influence étrangère en faisant le choix de l’indépendance. 

    C’est à ce prix que l’Islam sortira des caves et des rues encombrées, pour devenir une source d’inspiration et de modernité. 

    Fadila Mehal Membre du Shadow Cabinet, responsable de l’intégration, de l’égalité des chances et de la lutte contre les discriminations