Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

  • Une lumière sur les évènements de Grèce

    C'est dans l'Antre de KaG que cela se passe, et le billet s'intitule Hélas Hellas. Il a été écrit par Fotini (dont le nom signifie la lumière en grec, d'où le titre de mon billet), une militante démocrate grecque; elle y explique les véritables causes des évènements qui secouent la Grèce depuis 10 jours. Je le reprends intégralement.

    Quelques explications sur les émeutes urbaines en Grèce cette semaine, causées par la mort samedi dernier d'un jeune de 15 ans, Alexis Grigoropoulos tué par un policier des forces spéciales :

    Présentées à tort par certains medias, partis et syndicats d'autres pays occidentaux comme une réaction directe de la jeunesse à la crise économique actuelle, les émeutes en Grèce ont des causes beaucoup plus complexes et profondes, qui tiennent à certaines particularités du pays, malgré des points communs avec le malaise de la jeunesse dans les principaux pays européens.

    - Défiance envers une élite politique caractérisée par la main-mise d'un certain nombre de dynasties familiales (les Papandreou, Karamanlis, Venizelos...) sur les deux principaux partis, le PASOK (parti socialiste) et la Nouvelle démocratie (parti conservateur, au pouvoir actuellement) et surtout d'un gouvernement de droite qui s'est beaucoup discrédité ces dernières années dans des scandales de corruption qu'il s'est efforcé d'étouffer.
    L'alternance de ces deux partis au pouvoir se fait moins sur la base des programmes politiques que sur la déception des citoyens face à des gouvernements successifs qui peinent à imposer ou expliquer les réformes nécessaires au pays. Sans parler de l'utilisation à des fins démagoqiques du mécontentement de la population par les partis d'opposition, qui prônent souvent des solutions archaïques ou populistes.

    - Défiance envers un Etat impotent, non moderne, inefficace, où règne le clientélisme (recrutement de fonctionnaires sur des critères politiques et familiaux) et la corruption.
    On a ainsi pu entendre hier le ministre de la santé se plaindre du fait que le gouvernement ne peut s'appuyer sur un appareil d'Etat efficace (mettant cela sur le compte de l'incurie des gouvernements précédents, incapables de le réformer) !
    Cette incurie s'était manifestée de manière éclatante pendant les grands incendies de l'été 2007 où ce sont les citoyens, aidés des télévisions, qui souvent dirigeaient les pompiers dans leurs opérations.

    - Défiance envers les forces de l'ordre, qui se sont illustrées notamment ces dernières années par des actes de violence restés largement impunis (sur la période 2003-2007, 1 seul des 238 cas de violences enregistrés par l'Observatoire grec des accords d'Helsinki a donné lieu à des sanctions judiciaires). La police a aussi été largement éclaboussée par des scandales de corruption, de collusion avec le monde de la nuit, de la traite des blanches et des trafiquants de drogue.
    Cette police jouit d'ailleurs toujours d'une mauvaise image dans l'imaginaire collectif à cause de la junte de 1967-1974 et de son incapacité à réformer ses structures, considérées comme opaques.

    - Défiance envers le système judiciaire, aussi éclaboussé par des scandales de corruption ou de collusion, accusé de ne pas défendre le citoyen.

    A cela il faut ajouter :

    - un fort taux de chômage des jeunes (23 %) cumulé à un nombre important d'emplois précaires (la fameuse "génération à 700 €") pour des jeunes qui survivent grâce l'aide inter-générationnelle et doivent souvent, comme nombre de leurs concitoyens plus âgés, cumuler plusieurs boulots dans l'économie formelle ou informelle pour joindre les deux bouts. Nombre de ces jeunes vivent, trentenaires, toujours chez leurs parents.
    Cette génération a été élevée dans une société de consommation de masse qui a émergé au cours des années 80 (adhésion de la Grèce à la Communauté européenne en 1981) et a contribué à bouleverser en deux décennies les repères sociétaux d'un pays aux valeurs jusque-là traditionnelles.

    - un coût de la vie élevé avec des prix du niveau de la France alors que le pouvoir d'achat et les salaires sont deux fois moindres (heureusement d'ailleurs que 70 % des grecs sont propriétaires de leurs logements), et un recours croissant des ménages au crédit à la consommation depuis la levée des restrictions à ce dernier en 2003

    - un système éducatif en déliquescence avec des établissements universitaires au fonctionnement archaïque, peu performants (taux de diplômés faibles, études qui durent trop longtemps, taux de sortie sans diplômes élevés) et un marché du travail peu fluide ( notamment importance excessive des réseaux familiaux et relationnels dans les recrutements), qui ne favorise pas l'insertion des jeunes dans la vie active.
    Nombre de jeunes diplômés doivent ainsi s'expatrier pour trouver un emploi correspondant à leurs qualifications.

    Il faut noter le scandale d'un système éducatif parallèle très lucratif avec des officines privées où enseignent souvent des professeurs du public. Les familles vont même jusqu'à faire des sacrifices pour pouvoir envoyer leurs enfants étudier à l'étranger.

    - une jeunesse en quête de repères : ce qui a frappé les observateurs c'est la participation mimétique de jeunes adolescents de 14, 15, 16 ans aux émeutes, que le gouvernement s'efforçait jusqu'ici d'attribuer aux seuls "cagoulés" anarchistes (Cf ci-dessous)

    20 commissariats de police de la région d'Athènes ont ainsi été attaqués hier par des collégiens et lycéens à coups de pierres et d'oranges amères (qu'on trouve dans les rues) suite à la publication de la déposition, jugé contradictoire et arrogante, du policier auteur des faits. La population s'est souvent interposée entre les forces de l'ordre et les jeunes au prétexte qu'il s'agissait d'"enfants", voulait empêcher tout dérapage de la part des forces de l'ordre.

    - une culture syndicale très à gauche, qui instrumentalise souvent les élèves et étudiants en s'opposant à toute tentative de réforme du système éducatif. Cela a donné lieu lors de la dernière réforme passée par le gouvernement actuel la paralysie pendant des mois de nombreuses écoles et établissements universitaires "occupés" par les élèves et étudiants.
    Cette culture très à gauche puise ses sources dans l'histoire du pays, qui a connu une guerre civile de 1945 à 1949 puis la dictature des colonels en 1967-1974. Le mythe de la lutte contre l'Etat oppresseur est par conséquent tenace en Grèce dans certains milieux de gauche, mythe auquel il faut ajouter l'opposition à la politique jugée néo-libérale du gouvernement de droite.

    L'un des partis de gauche grecs, SYRIZA est ainsi actuellement accusé même par le parti socialiste et le parti communiste d'instrumentaliser ces jeunes pour amplifier le mouvement de révolte.

    - l'existence d'une mouvance anarchiste (1000 à 2000 personnes bien organisées, appelées "les cagoulés") qui instrumentalise le mythe de l'école du polytechnique (révolte des étudiants contre la junte au pouvoir réprimée par les forces de l'ordre en novembre 1974) et a fait du quartier attenant d'Exarhia une zone de non-droit au centre d'Athènes.
    C'est dans ce même quartier que la jeune victime de 15 ans, Alexis Grigoropoulos a été abattue par un policier des forces spéciales samedi dernier. Dans ce quartier les policiers ont l'habitude d'être injuriés ("flics, cochons, meurtriers" est un slogan classique) et pris à partie par des jeunes, le commissariat ayant lui-même été déjà incendié par le passé.
    Cette mouvance anarchiste serait elle-même infiltrée par des agents spéciaux qui l'instrumentalisent, ce qui expliquerait la tolérance exercée depuis des années par les forces de l'ordre envers ces "cagoulés" et l'irruption de violences urbaines qui visent à détourner l'attention de l'opinion publique des vrais problèmes du pays.

    Il faut noter qu'il y a une polémique sur la levée du droit d'asile des universités grecques : ce droit d'asile, auquel il est difficile de toucher symboliquement à cause des évènements de 1974, permet à ces groupes de faire de certains établissements universitaires leurs bases, certains des cocktails molotoff utilisés lors des émeutes étant confectionnés dans les laboratoires mêmes de ces établissements !

    - des medias télévisuels qui, face à la défiance généralisée des citoyens envers la justice et l'Etat et la dictature de l'audimat, deviennent des sortes de tribunaux populaires, faisant leurs propres investigations auprès des témoins oculaires sans attendre le résultat de l'enquête officielle, jugeant en direct et avec virulence la réaction des acteurs concernés (auteur des faits, son avocat, ministres, opposition...). Ces medias vilipendent actuellement l'avocat célèbre du policier auteur du meurtre pour ses déclarations (il a cherché à nuire à la réputation de la jeune victime pour dédouaner son client) qu'ils ont eux-même contribué par le passé à élever au rang de "people" en relayant ses déclarations fracassantes envers d'autres personnalités et les informations sur sa vie privée.

    A noter aussi :

    - une population étrangère qui représente 10 % de la population (11 millions de Grecs) : la participation d'étrangers aux actes de pillage qui ont accompagné les émeutes fait craindre à certains analystes une poussée de racisme dans le pays

    - des citoyens qui, face à l'incurie des forces de l'ordre défendent leurs biens eux-mêmes (400 magasins brûlés à Athènes, sans compter ceux brûlés dans les villes de province)

    - des groupuscules d'extrême-droite (comme "L'aube dorée") qui s'ajoutent aux forces de l'ordre et cherchent à instrumentaliser les émeutes qu'elles présentent comme une danger gauchiste

    Si on attend aujourd'hui les résultats de l'étude balistique et de l'autopsie pour déterminer si le policier a sciemment visé le jeune qu'il a tué, il est évident que l'opinion publique grecque semble dores et déjà attendre une condamnation de l'auteur des faits, choquée par l'impunité dont ont jouit les forces de l'ordre dans des cas précédents. Cela risque de mettre la pression sur le système judiciaire et nuire à la gestion calme de cette affaire.

    Alors que le gouvernement craint une propagation plus large du mouvement dans les écoles, collèges et lycées avec des occupations (100 établissements à ce jour selon le gouvernement, 300 à 400 selon les syndicats enseignants), les Grecs attendent que le gouvernement prenne ses responsabilités. Au sein même du gouvernement, plusieurs voix mettent d'ores et déjà en cause le ministre de l'intérieur (qui avait demandé aux forces de l'ordre de rester passives lors des premières heures des émeutes) et même le premier ministre.

    Plus largement, les Grecs considèrent cette poussée de révolte de la jeunesse comme une catharsis et espèrent qu'elle poussera à la fois les gouvernants et les gouvernés de faire enfin face aux maux de la société grecque.

  • Je soutiens Gilles Artigues

    Ce très court message pour dire que je soutiens officiellement la candidature de Gilles Artigues comme candidat à l'euro-députation dans les Bouches du Rhône. Il a d'ailleurs ouvert un site : http://gillesartigues.free.fr/spip/ . J'avais déjà évoqué l'idée ici il y a peu.

    J'ai eu de nombreuses fois l'occasion de dire à quel point j'appréciais l'homme ici, particulièrement dans ce billet.

  • Image du MoDem (II)

    J'ai la chance d'avoir des commentateurs de qualité ici, je l'ai souvent dit. A mon billet précédent sur l'image du MoDem, j'ai eu une réponse magistrale de Nicolas007bis dans laquelle je me reconnais à 100%. En voici la teneur :

    Difficile en effet !
    Pour plusieurs raisons à mon sens.
    Tout d’abord, parce que cette manière de ne pas vouloir s’inféoder à un camp ou à un autre est considérée, par beaucoup, comme de l’indécision ou pire encore de l’opportunisme. On ne sort pas aussi facilement d’une ancestrale dichotomie Droite – Gauche qui t’oblige à choisir ton camp. A cela se rajoute le fait que malgré ce souci d’ouverture vers ce qu’il y a de mieux d’un coté comme de l’autre qui a été le fondement du discours de François Bayrou, celui-ci et le Modem en général ont paru être plus souvent sur la même ligne que les Socialistes que de l’UMP ce qui rajoute à la confusion.
    Je crois que sur ce point, l‘aversion de François Bayrou pour Sarkozy, dessert plutôt l’image du Modem. Il serait souhaitable qu’il en prenne conscience.

    Au Municipales, les alliances ici avec listes de Gauche et là avec des listes de Droite ont été qualifiées par les autres partis et plus grave encore par les medias comme étant à « géométrie variable ». Or, c’était pourtant en parfaite cohérence avec le positionnement du Modem !
    Le travail d’explication déjà délicat a été rendu d’autant plus difficile que les Municipales ont laissé l’impression que le Modem n’était qu’un ensemble hétérogène d’individus aux motivations plus ou moins claires. Il aurait été préférable que le Modem en tant que tel, de manière « officielle », définisse plus précisément les conditions d’alliances avec une autre liste au lieu de laisser les candidats locaux faire leurs propres choix au prix de ce qui a pu apparaitre comme des petits arrangements au service d'ambitions personnelles.

    L’autre raison pour laquelle il est difficile d’améliorer l’image du Modem, est que le Modem manque de têtes d’affiche. Elles ont toutes fuies vers des cieux plus prometteurs. Certaines par opportunisme pour garder leur siège qui de député, qui de sénateur mais d’autres probablement par réelle et sincère déception. Il serait certainement utile de s’interroger sereinement sur les causes de cette hémorragie.

    Autre point étroitement lié avec le précédent, le Modem étant perçu comme le parti au service des ambitions d’un seul homme, il n’est guère entendu en tant que tel. Seul François Bayrou est écouté, le reste du Modem étant considéré comme l’intendance. Or tout le monde se fout de ce dit l’intendance d’autant plus que sa parole n’est portée que par des « anonymes » (ce qui n’a rien de péjoratif évidemment).
    Si le Modem veut se doter d’une vraie personnalité, il lui faut une ligne directrice. Il manque un vrai cadre idéologique à partir duquel il pourrait structurer un discours et une attitude politique homogène et visible. Aussi populaire soit-il, un programme se limitant au slogan « Bayrou président » ne peut suffire.
    Bon, j’ai conscience que tout cela ne répond pas vraiment à ta question mais il me semble que pour faire avancer le Modem, ou améliorer son image, il est nécessaire en préalable d'être d'accord sur ce que sont ses faiblesses.

    J'ajoute que Benoît, dans le même fil de commentaires, fait observer que le MoDem ne dispose toujours pas de plate-forme programmatique. Après plus d'un an d'existence, il serait grand temps de s'en doter, en effet...

  • Ted Crunch nous prend vraiment pour des c...

    Bon apparemment, l'arrogance américaine, cela existe encore. Tech Crunch, le blogueur américain  le plus connu (moi, j'ai longtemps cru qu'il s'agissait d'une marque de chocolat) fait le malin et vient nous donner, à nous autres Européens, des leçons de morale. Il paraîtrait que l'on ne bosse pas assez. Ben oui, on prend le temps de manger, quoi...

    Faut dire qu'il ne manque pas d'air Arrington : il a été reçu comme un prince, dans un restaurant trois étoiles, et il se plaint, cet abruti. Il faut dire que cela ne vole pas haut. Il aurait pu évoquer des pistes de coopération, proposer des données chiffrées, mais non, il préfère ouvrir la gueule la plus grande possible pour aboyer. A ce que j'ai cru comprendre, l'individu est de toutes façons plus préoccupé de show-biz que de technologie...Bref, les chiens aboient, la caravane passe comme le dit un proverbe arabe fameux...

  • Comment améliorer l'image du MoDem ?

    S'il y a une question lancinante qui me trotte dans la tête, c'est bien celle-là : comment améliorer l'image du MoDem. Le Mouvement Démocrate a en effet, sur ce point, raté son entrée sur la scène politique. Parti le plus populaire des partis, il s'est peu à peu désagrégé dans l'opinion au point de figurer désormais derrière le PS et les Verts. Les derniers résultats aux législatives partielles, globalement très décevants (voir l'analyse de Bob à ce sujet), sont certainement une manifestation de cette dégradation.

    La seule consolation, c'est que le MoDem demeure solide sur sa base électorale et que de toutes façons, le Nouveau Centre est purement et simplement inexistant.

    Le MoDem souffre de deux gros handicaps par ailleurs : en dehors de François Bayrou et de quelques élus localement implantés, il ne dispose d'aucun représentant de grande notoriété. Ensuite, il est perçu davantage comme le parti d'un homme (François Bayrou) que comme un parti à part entière.

    Malheureusement, l'épisode des municipales a été très mal compris et très mal perçu, jusque dans son sein. Nous ne parvenons pas à remonter la pente depuis. Une forte côte de popularité n'est pas pour autant une garantie électorale : les Verts sont le parti le plus populaire de France, et cela ne les empêche pas d'encaisser de régulières baffes électorales. Leur problème n'est de toutes façons pas le même que le nôtre.

    Il nous faudra du temps pour nous faire connaître, et le volontarisme et la foi des militants ne seront pas nécessairement suffisants pour ce faire. La force de nos propositions est une incantation, mais elle ne suffit pas. Encore faut-il les faire connaître ! A cet égard, il n'est pas moins fâcheux pour nous de constater l'échec partiel d'Internet comme média alternatif pour l'information. Seuls 10% des Français vont y chercher de l'information, et, on peut supposer que ce sont les plus impliqués donc les plus marqués politiquement, et donc, in fine, les plus difficiles à convaincre...Or, l'Internet est au coeur de la stratégie de communication du MoDem.

    Je dois avouer que je n'ai pas de baguette magique. Je pense, en revanche, que pour nous qui prônons la solidarité comme valeur, nous avons tout intérêt à commencer par être solidaires entre nous, solidaires avec nos élus et nos candidats, et, enfin, solidaires avec notre mouvement. Ils en ont bien besoin.