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lundi, 14 juin 2010

Le culte de l'éphémère

Au fil des années qui s'écoulent, j'ai souvent le sentiment d'être pris dans un maelström de pratiques sociales qui se succèdent les unes aux autres sans temps de respiration. La pause n'existe pas dans notre société consumériste. C'est une gigue endiablée qui change de clef à chaque mesure. Le temps des sociétés ou même des groupes est révolu. C'est l'heure des réseaux, sociaux de préférence ; la Toile en est le lieu d'apparition et de disparition privilégié. Un clic de souris et nous voilà ami avec le plus parfait inconnu parce qu'il veut sauvegarder une espèce rare de chenille. Un autre clic et l'amitié cesse parce qu'il a critiqué la star où le sportif que nous adulons. Sur twitter, on "followe" ou on "défollowe" selon l'humeur du moment. Le sentiment d'appartenance est devenu si lâche qu'il ne tient plus à grand chose.

Il n'existe plus ou presque de Service après vente pour les produits de consommation : à quoi bon ? une mode chasse l'autre d'une saison sur l'autre. Mieux vaut externaliser un coût dont la société de consommation ne se porte pas demandeuse, ou, tout du moins, dont elle ne fait aucunement une priorité. Non, il est bien plus important de demeurer dans la tendance. Pas de service après-vente, pas de réparation non plus. Réparer est devenu plus coûteux que produire. Et cela s'explique aisément : on peut produire en série, on ne peut pas réparer en série. Un pont d'or pour celui qui parviendra à anticiper et breveter cassures, brisures, usures et torsions. Le voilà riche. Par essence, le bris est accidentel. Il arrive par hasard et peut donc difficilement obéir à une loi des séries.

De ce fait, il n'est plus utile de prévoir quoi que ce soit de durable. La durabilité n'est donc plus non plus un critère de qualité. Et ce qui vaut pour nos produits de consommation s'exporte dans nos pratiques sociales. Le culte du réseau a supplanté l'appartenance au groupe. L'engagement en prend donc un coup à son tour. Engagement politique, associatif. Seul l'intérêt individuel devient une valeur objectivable et un possible gage de longévité.

Les jeunes gens investis dans le secteur associatif reconnaissent désormais que leur investissement n'a de sens que leur intérêt bien compris. Faut-il le leur reprocher ? Non, sans doute. Mais alors cessons aussi la grande comédie de l'humanitaire et reconnaissons les choses pour ce qu'elles sont réellement.

Il existe un revers de la médaille : le sacrifice à l'immédiateté rend la projection difficile. Nul ne sait pas de quoi demain sera fait. Il faut être réactif, polymorphe et adaptable : réactif à l'information qui fuse toutes les secondes, aux changements de tendances, capable de s'adapter, de changer de statut, de métier. Rien où l'homme ne puisse poser ce qu'il est.

Zénon! Cruel Zénon! Zénon d'Êlée!

M'as-tu percé de cette flèche ailée

Qui vibre, vole, et qui ne vole pas!

Comme il a été censé, l'Éléate Parménide, d'énoncer ces sages pensées.

le non-être est forcément, route où  je te le dis, tu ne dois aucunement te laisser séduire.

Tu ne peux avoir connaissance de ce qui n’est pas, tu ne peux le saisir ni l’exprimer;

C'est bien ce sentiment de ne pouvoir étreindre autre chose que l'écume des jours qui passent, qui m'amène à supputer que notre société est en grand manque d'être ; en grand manque d'être, parce qu'elle l'a échangé contre l'avoir, et que ce dernier est au non-être ce que l'être est à l'essence.

mardi, 16 septembre 2008

Les banques n'ont plus de fric !

Je viens de lire un excellent article sur le non moins excellent site Telos, de Marco Onado, professeur d'économie financière à l'université Bocconi de Milan. Il l'a intitulé Achille et la Tortue. Le titre n'est pas innocent pour qui connaît l'école philosophique grecque antique des Eléates, et l'un de ses deux maîtres à penser, Zénon d'Elée. Zénon essaie d'établir l'existence de l'Être mais veut montrer que nos sens ne peuvent en rendre compte car ils sont mouvants, et donc, par nature, reliés au non-Être. Il invente donc plusieurs paradoxes, dont celui d'Achille et la tortue pour montrer que les sens et la raison divergent, ce qui prouve bien que les sens ne sont pas fiables.

Dans le paradoxe d'Achille et de la tortue, le héros grec Achille dispute une course de vitesse avec une tortue. Grand seigneur, il laisse 100 mètres d'avance à la brave bête. Mais, déclare Zénon, Achille , réputé pour sa vitesse (Homère lui accole l'épithète de "aux pieds rapides"), ne rejoint jamais la tortue. En effet, chaque fois qu'Achille a comblé son retard, la tortue a entre-temps avancé. Et chaque fois qu'il comble son retard encore, entre-temps, la tortue avance encore. Certes, Achille se rapproche à chaque fois, mais il ne rattrape jamais le brave bestiau à carapace. Quelques siècles plus tard, il y aura un lièvre qui se fera avoir aussi...

Ce que Marco Onado explique, c'est que dans le temps où le crédit explosait, les fonds propres des banque diminuaient toujours plus. Rien de plus logique : plus le crédit augmente, plus les capitaux bancaires diminuent, puisqu'ils sont engagés.

Pour faire face à la crise des liquidités sur le marché, en raison de la crise du crédit, les banques cherchent à se recapitaliser en vendant des actifs. Le problème, c'est qu'entre le fait qu'un certain nombre de ces actifs sont douteux (subprimes) et que toutes les banques poussent dans le même sens, du coup, les capitaux disponibles se font rares.

Et comme les actifs que vendent les banques se déprécient toujours plus, les banques ne parviennent pas à se recapitaliser suffisamment pour redonner confiance au marché. Par suite, la valeur des actifs continue de se détériorer, et Achille court en vain derrière la tortue...

En fait, la seule issue, c'est la vente simultanée des titres surnuméraires, et l'émission massive d'actions pour accroître d'un coup et significativement le capital de chaque banque. Il n'y a apparemment pas d'autre issue pour fluidifier le marché des capitaux et relancer, de ce fait, l'investissement.

NDLR : au fait, chers lecteurs, j'ai la joie et la fierté de pouvoir vous annoncer que cette note est très exactement la 1000ème publiée sur ce blog depuis sa création, un jour de mai 2006 :-)