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dimanche, 28 février 2010

Total a-t-il vraiment le choix ?

Je ne puis que recommander l'excellent article de l'Expansion qui permet d'y voir clair dans les tenants et les aboutissants de l'affaire de la raffinerie de Dunkerque. Contrairement à ce qu'on a pu entendre çà et là, il n'est pas dans les intentions de Total de délocaliser son activité, mais il se voit contraint de réduire ses capacités tout simplement parce que la demande mondiale de pétrole est fortement déprimée. La consommation a baissé partout dans le monde, particulièrement pour l'essence, qui compte pour une grande proportion dans la production des raffineries françaises. Si Total fait globalement des bénéfices, la branche raffinage fait de lourdes pertes. Et il n'y a aucun espoir sans reprise de la demande mondiale, or, les experts estiment qu'elle ne reviendra pas à ses niveaux d'avant-crise avant longtemps.

On pourrait penser que Total aurait du anticiper la surproduction d'essence : c'est oublier que l'année dernière, le gouvernement était déjà intervenu pour empêcher une restructuration de ses activités : il est difficile d'expliquer à l'opinion qu'une restructuration est nécessaire alors que le bilan global est très positif. Le problème, c'est qu'un bilan très positif peut masquer une branche en très mauvais état...

Tenter de maintenir de force la raffinerie en l'état est donc totalement idiot, et les politiques qui le proposent sont des démagogues. Ce qu'il convient d'étudier au plus près, c'est la possibilité d'une reconversion vers d'autres sources d'énergie. Évidemment, ce qui semble le plus pertinent, dans l'immédiat, c'est le diesel, mais avec des risques à court-terme.

En réalité, la raffinerie des Flandres de Dunkerque ne fait qu'ouvrir un cycle de fermetures définitives en France, avec plus d'une centaine de raffineries amenées à se reconvertir ou à disparaître.

Nous avions au MoDem, une euro-députée spécialiste de l'énergie, chimiste et ingénieur de formation : Anne Laperrouze. Manque de chance, elle n'a pas été reconduite par ses électeurs. Dommage, car la région pour laquelle elle se présentait comporte aussi des raffineries. J'ai vu avec plaisir qu'elle écrivait à nouveau sur son blogue. Je crois que cela vaudrait vraiment le coup de lui demander ce que l'on peut espérer à court-terme pour les raffineries.

J'ai cru comprendre qu'Olivier Henno entendait mettre Total au piquet, mais, pour être crédible à long terme, il va falloir être plus pragmatique et trouver des solutions, sachant que l'on ne peut pas demander à une entreprise de maintenir une activité déficitaire : c'est un non-sens économique et entrepreneurial. Total perd 150 millions d'euros par mois en raison de la sur-capacité des raffineries, une somme énorme, même avec une activité globale très excédentaire.

Le gouvernement est dans la nasse, parce que toute taxation du carburant réduira mécaniquement la consommation et, par suite, entraînera des fermetures supplémentaires de raffineries. On a là un bel exemple de dilemme cornélien entre politique et l'emploi et impératif environnemental.

Je crois qu'il faut avoir le courage de dire que l'État ne peut pas se substituer à une entreprise ; bien sûr, on peut espérer la venue de champions européens de l'industrie automobile comme l'espère Jean-Luc Benhamias, mais c'est pour l'instant une vue de l'esprit en raison des divergences entre États européens sur la question.

L'inconvénient, je crois, c'est que dans le domaine des énergies fossiles, personne ne sait clairement où l'on va. Cette incertitude qui pèse en permanence sur ce secteur empêche les entreprises pétrolières d'anticiper d'éventuelles reconversions. L'écologie a percé dans les mots, mais pas dans les faits, tout du moins, pas en Europe et certainement pas en France, et, de surcroît, elle est victime d'un conflit entre décroissants et pragmatiques, les premiers tenant le haut du pavé de bloquant toute réflexion industrielle dans le domaine de l'écologie.

Il existe pourtant des pistes intéressantes que des esprits inventifs ouvrent pour l'économie et l'industrie humaines. A témoin cette remarquable trouvaille d'ingénieurs américains qui ont mis au point un substitut de kérosène à partir de la dégradation du sucre des plantes.

J'ai parfois le sentiment que les solutions techniques existent, que des issues économiques viables sont mêmes possibles, mais que notre monde peine à changer de logiciel, pour plagier une formule chère à Corinne Lepage (Vivre Autrement).

J'avoue que je n'ai pas d'idées ; je suis à cent lieues d'être un expert de l'énergie, et n'ai pas la compétence économique pour me montrer génial. Mais je ne désespère pas de tomber sur quelqu'un qui aurait ces traits indispensables dans ces temps difficiles. J'espère, en tout cas, que sur cette question, le MoDem va se démarquer du concert bien-pensant ambiant, essayer de placer les partenaires autour de la table, en tout cas, au moins le proposer, et réfléchir à des solutions pratiques.

mercredi, 11 mars 2009

Total a AUSSI une responsabilité citoyenne et éthique (réponse à LOmiG)

J'ai lu avec attention la note de LOmIG (Expression Libre) dans laquelle il reproche à Laurent Wauquiez sa réaction quand ce dernier a appris la suppression de 550 postes par Total. Il estime que le propos de Laurent Wauquiez est totalement démagogique et que cela ne le regarde pas. Évidemment, en tant que libéral, je n'aime pas trop les empiètements du pouvoir politique sur les firmes, par principe, parce que les entreprises n'ont pas vocation à être subordonnées aux pouvoirs politiques, mais mon point d'accord avec lui s'arrête là.

Bien sûr, in fine, les entreprises font ce qu’elles veulent, mais dégraisser 550 emplois avec des milliards d’euros de bénéfices, ça fait un peu tâche par les temps qui courent.

L’image que je me fais d’une entreprise, à titre personnel, ne se limite pas au seul aspect économique et comptable : sa valeur humaine au sens humaniste de la chose compte.

Pour ma part, je ne m’arrête plus actuellement dans les stations Total. c’est ma manière de faire valoir mon mécontentement de consommateur.

Les entreprises ont une responsabilité citoyenne au même titre que les individus dans un pays. Autant je ne demande pas à une entreprise lourdement déficitaire ou aux perspectives très sombres de se suicider, autant, en temps de crise tout au moins, une entreprise florissante peut-elle faire quelques efforts.
Il s’agit là d’une question éthique : ceci ne change rien à tout le bien que je pense de l’économie de marché. L'éthique n'est pas le privilège dde l'individu citoyen. L'entreprise aussi a une responsabilité sociale. Libre à elle de l'exercer bien sûr, et je dénoncerais toute forme de pression politique qui viserait à ce qu'elle agisse ainsi, mais il ne me paraît pas inutile de leur rappeler l'existence de cette responsabilité. Ce qu'a dit Laurent Wauquiez, très précisément, c'est ceci :

«Qu’un groupe comme Total, qui fait plusieurs milliards de bénéfices, ne soit pas capable dans cette période d’avoir un comportement exemplaire en termes d’emploi me reste en travers de la gorge”, a lancé Laurent Wauquiez. Pour le secrétaire d’État à l’emploi, “Total ferait mieux pour son image d’essayer d’avoir un comportement exemplaire en disant : En cette période de crise, on garde tout le monde, on ne fait pas de suppressions d’emplois. Ils feraient mieux de corriger leur comportement rapidement.»

Cela dit, il ne tient qu'à la majorité politique de Laurent Wauquiez de promouvoir une autre politique énergétique favorisant d'autres énergies, moins polluantes et aux sources stratégiquement plus sûres. Corine Lepage  trace régulièrement les grands principes d'une relance verte. C'est ce que proposent aussi François Bayrou et le MoDem...

mercredi, 11 juin 2008

Total a bon dos...

Je lisais tout récemment la note du Chafouin, sur le blog Pensées d'outre-politique. Et cela m'inspire un certain nombre de réflexions : il est devenu de bon ton, aujourd'hui, de faire porter à Total le chapeau pour toute la misère du monde, et cela m'agace. On parle des super-profits de cette compagnie pétrolière, on l'accuse de profiter, d'être responsable de la hausse des prix, alors qu'elle n'est en aucun cas comptable de la hausse du pétrole.

La réalité, c'est que les pays émergents imitent notre modèle de société de consommation, et que nos dirigeants politiques n'ont absolument rien fait pour réorienter notre politique énergétique, et ce en dépit des avertissements nombreux des économistes et des mouvances écologiques.

Il y a un cynisme et une malhonnêteté impressionnante, au sein de la classe politique, à tomber à bras raccourcis sur cette compagnie pétrolière, qui se contente simplement d'accompagner un mouvement de fond de l'économie mondiale et de nos sociétés.

Ce qu'il faut, et depuis un moment, c'est développer un nouveau modèle énergétique pour nos sociétés gourmandes, et c'est certainement le sens des deux derniers billets de Corine Lepage sur les marins pêcheurs puis la crise pétrolière.

Conclusion : fichons un peu la paix à Total, sauf, évidemment, quand il soutient des régimes pas nets afin de faciliter l'extraction d'hydro-carbures, et concentrons-nous sur le véritable noeud du problème :

Il faut développer les énergies de substitution, or, Peugeot a parié de longue date sur le diesel, en France, et la voiture électrique de Renault se fait toujours attendre. Pendant ce temps, je vous le donne dans le mille, comme je le notais en janvier dernier, un constructeur indien rachète les brevets innovants des inventeurs français... La One Cats sera indienne et sortira sur les chaînes de production de Tata, pas sur celles de PSA ou de Renault.

Les dirigeants de Total ne sont pas idiots. Je suis à peu près persuadé qu'ils ont sous le coude des carburants ou des procédés de substitution. Ils attendent simplement une initiative des pouvoirs politiques en place, et qu'également émerge une demande...

J'ajoute que taxer Total parce que le pétrole augmente, c'est passer haut la main  le mur du son de la démagogie la plus avérée. Cela sent la chasse aux Koulaks, vieux réflexe mesquin inspiré de la gauche bien-pensante qui m'insupporte.

Je propose de faire aussi un sacrifice humain quand les intempéries abîment les récoltes, tant qu'on y est. Le raisonnement procède du même mécanisme de pensée. 

On peut décréter qu'il faut taxer Total, mais cela doit être au moins pour de bonnes raisons, pas pour des motivations aussi minables que clientélistes. Et puisça suffit, les fantasmes délirants sur les actionnaires de Total. On entend n'importe quoi en France, a fortiori de la part de ceux qui n'ont absolument rien compris aux mécanismes boursiers, mais, en revanche, qui sont les premiers à jouer aux apprenti-sorciers.

Le pompon, c'est not'bon maire, à Paris, jamais en retard quand il faut enfoncer une porte ouverte, accusant Total de se goinffrer, comme il dit...Et Royal n'a pas été en reste en qualifiant les profits de Total de bien collectif. N'importe quoi. Les profits de Total sont les profits de Total.

Au moins, là-dessus, Devedjian et  Accoyer ont fait preuve d'un relatif bon sens, en demandant à ce que l'on  ne s'acharne pas trop sur cette entreprise.

Bayrou a suggéré une solution à court-terme, en jouant sur la TIPP. C'est la moins pire des solutions, mais, il le reconnaît lui-même, cela ne fonctionne que sur le court-terme. C'est une cautère, pas un remède. D'une part, cela réduit les recettes fiscales, d'autre part, cela marche quand le marché est en proie à des soubresauts, or, là, ils 'agit d'une hausse vertigineuse et continue, que d'ailleurs, les économistes ont annoncé il y a deux ans environ. En réalité, nous sommes dos au mur : nous n'avons pas de choix autre que de changer de modèle énergétique, et, dans un premier temps, réduire notre consommation. C'est ce que soulignait tout récemment François Bayrou lors de la Convention du MoDem sur l'Europe.

 

16:43 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : total, bayrou, pétrole, énergie |  Facebook | | |