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mercredi, 01 juin 2011

L'effet papillon appliqué aux retraites...

On sait ce qu'est l'effet papillon : un battement d'aile de papillon à Paris provoque quelques jours après une tornade à San Francisco. 

En politique, on trouve des phénomènes similaires. C'est ce que Xerbias appelle l'effet de cliquet.

Tenez, imaginez une discussion dans un café entre un communiste et un socialiste au lendemain des législatives de 1978. Ils l'ont mauvaise, nos deux gauchos ; songez donc : la gauche est majoritaire en voix, mais la droite giscardienne l'a emporté. Tout ça parce que cocos et socialos ne se sont pas entendus. 

Alors germe une lumineuse idée : un programme commun ! Et dans le dit programme, on baissera l'âge de la retraite de 65 à 60 ans. Voilà, ça, cela se déroule il y a 40 ans. Et maintenant, notre système de retraites, conçu à la Libération pour une retraite à 65 ans se casse la figure parce qu'il n'y a plus de financement suffisant pour en assurer la pérénité. Sauf que si l'âge légal de départ à la retraite était resté à 65 ans, à l'heure actuelle, il se porterait à merveille.

mardi, 02 juin 2009

Airbus 330, Icare brisé

Je n'ai pas renoncé à m'exprimer sur la catastrophe de l'Airbus 330 en provenance du Brésil, en dépit des très déplaisants commentaires d'hier. Je ne vois pas en effet, pourquoi je me tairais sur la foi d'un procès d'intention indigne. Je veux m'exprimer sur ce drame, parce que je veux essayer de comprendre pourquoi il nous touche, moi y compris, avec une telle intensité, avec une telle violence. J'ai pris plusieurs fois l'avion, et surtout, il m'est arrivé à plusieurs reprises d'attendre quelqu'un à la sortie d'un avion. Cette nuit, j'ai été pris de sueurs glaciales  en repensant à cet accident. L'évènement n'est pas neutre pour moi, et sans doute pour d'autres. Jeune, j'aimais passer d'un continent à un autre par la voie des airs. Mais, au fil du temps, avec la conscience des accidents, j'ai commencé à avoir peur, et aujourd'hui, quand je boucle ma ceinture de sécurité et que l'avion commence à décoller, ou encore lors des atterissages, a fortiori quand il y a des turbulences, j'ai une sourde appréhension qui m'étreint. Et pourtant, l'avion est infiniment plus sûr que mon automobile que je prends tous les jours ! Aussi bien en proportion qu'en quantité, en comparaison des morts sur les routes, le nombre de morts dans les airs est infime. Mais dans mon automobile, je me sens en sécurité.

La catastrophe aérienne, quand elle survient, fait le tour du monde : radios, chaînes télévisées, journaux, et même blogs, en parlent sur toute la planète. Cette catastrophe a fait 240 morts. Le Rwanda, le Darfour, ont généré des centaines de milliers de morts sans générer la même attention ni même la même intensité dans l'émotion. Mon intention n'est absolument pas de donner une leçon de morale, je laisse cela aux concupiscents, comme dirait Nietzsche. Non, je m'étonne simplement de la force de cette émotion. Au moment où j'entends ces nouvelles terribles, mon empathie avec les familles des victimes est très forte. Ce n'est pas une question de distance ni de nationalité : l'avion était loin et il transportait des hommes et des femmes d'origines diverses.

J'écoutais France Info, ce matin, et notamment, comme Bayrou était justement là, on lui a demandé ce que lui inspirait cette catastrophe. Comme toute la classe politique, il a bien sûr déploré un drame terrible, mais ce qui m'a intéressé, c'est ce qu'il disait du transport aérien : «ça donne au transport aérien une dimension qu'il n'a pas habituellement, on finit par s'habituer à cette incroyable aventure, et puis tout le monde voit bien qu'elle conserve une dimension de risque ». C'est cette réaction qui m'a frappé, et qui m'a rappelé qu'au fond, nous sommes tous les héritiers d'Icare. Dans la mythologie grecque, Icare est le fils d'un inventeur de génie, Dédale. Ils ont été enfermés par le roi Minos dans le labyrhinte dont Dédale a lui-même réalisé les plans. Pour s'évader, Dédale, après avoir observé des oiseaux, parvient à confectionner avec de la cire et des plumes des ailes. Il recommande toutefois à Icare de ne pas trop s'approcher du soleil car la cire fondrait et il pourrait tomber. En dépit des sages recommandations de son père, Icare veut voler trop haut et il chute finalement dans la mer. Mer qui prendra son nom, puisque c'est la Mer d'Icare aujoud'hui.

Je crois que l'émotion très forte qui nous étreint à chaque catastrophe aérienne fait de nous les enfants d'Icare. Parce que notre rapport à l'air et au ciel demeure mystérieux et empreint d'étonnement, nous continuons à avoir du mal à admettre la chute.

Je voulais dire aussi autre chose : on va de conjectures en conjectures pour tenter de comprendre ce qui a pu arriver à cet aéronef. Moi-même, hier, j'ai espéré qu'il pouvait avoir amerri (sans doute en vain, hélas).

Il existe en mathématiques une théorie que l'on appelle théorie du Chaos : l'effet papillon en est le phénomène physique le plus saillant. L'idée est qu'un battement d'aile à l'autre bout du monde peut provoquer une tornade de l'autre côté. Le mathématicien Edward Lorenz, qui est à l'origine de cette citation fameuse a travaillé justement sur les phénomènes météorologiques. Constatant que des variations infimes entre deux situations initiales pouvaient conduire à des situations finales sans aucun rapport entre elles, il a jugé qu'il n'était pas possible de faire de prévisions météorologiques à long terme. Il a calculé, par exemple, qu'une incertitude de 1 sur 106 lors de la saisie de données, pouvait conduire à des conclusions totalement erronées.

Je voudrais comparer cela à un autre témoignage. J'ai eu comme premières automobiles deux XM fonctionnant au GPL. La première s'est enflammée sur l'autoroute à grande vitesse. Le réservoir était le vieux système à bouchon. On l'a abandonné car on sait depuis qu'en cas de dilatation du gaz (c'est le cas d'un incendie) si le bouchon ne sort pas, l'explosion est terriblement meurtrière. Je suis resté à moins de 50 mètres de mon automobile qui brûlait sur le bord de l'autoroute, sans savoir qu'en cas d'explosion, tout ce qui se trouvrait sur un rayon de 200 mètres aurait été soufflé par l'explosion. Coup de chance, le réservoir s'est mis à fuire. Avec ma seconde XM, un soir que j'étais fatigué, j'ai percuté un trottoir assez haut par le côté à une vitesse d'environ 60 km/h. Il s'en est ensuivi une vibration qui a complètement désaxé et démoli la boîte de vitesse. L'expert qui a examiné le véhicule par la suite m'a dit qu'il n'avait jamais vu ni entendu parler d'une vibration d'une telle ampleur avec un accident de ce genre. Un cas unique dans sa carrière. Même son de cloche au garage citroën où un tel évènement ne figurait même pas dans la base de données de la marque.

Ce à quoi je veux en venir, c'est que nous ne connaîtrons peut-être jamais exactement les causes de l'accident, et ce, en dépit des mesures de sécurité, pourtant nombreuses. Quand des causes multiples, incluant des facteurs humains, de surcroît, se superposent les uns aux autres, comment savoir s'il y en a une qui est première parmi elles. Et si toutes ces causes sont infimes, mais que leur résultat final est une catastrophe, c'est imprévisible. Tous les classements de sécurité n'y pourront rien. Je sais que Toréador voudrait donner un nom à la mort et à la foudre, et je le comprends très bien, car il a tout à fait raison d'estimer que c'est absolument nécessaire pour pouvoir commencer un deuil. Mais si la cause est la résultante d'une cascade d'incertitudes, il sera bien difficile de la nommer.

vendredi, 25 avril 2008

Prospero Delanoë et l'effet papillon

Un changement de sens de circulation dans une ruelle de Paris, un rétrécissement de voie sur une grande avenue, ce qu'affectionnent particulièrement Delanoë et ses alliés verts,  peuvent provoquer un embouteillage structurel à la sortie d'Orélans, à plus de 150 kilomètres de là. C'est l'effet papillon version bobo-parisien. A vrai dire, les bobos parisiens et leur plus éminent représentant se fichent bien des soucis des masses suburbaines. Sub en latin, ça signifie "sous, dessous". Donc, les masses suburbaines étant "sous" l'aristocratie bobo parisienne, peu importe leur sort. On leur demande juste de venir faire de la couleur pour faire "social", ou encore "mixé" dans la capitale. Sans doute cela donne-t-il une tonalité exotique de meilleur aloi pour faire la fête sur Paris-Plages.

Cette ironique disgression n'en dévoile pas moins une problématique de fond qui agite désormais la plupart des états-majors politiques : le Grand Paris.

Sauf, que le Grand Paris, avant tout pharaonique projet, cela commence déjà par cela : prendre en considération l'impact de ses propres mesures sur une couronne complètement imbriquée dans la cité.

Le problème, c'est que ce n'est pas du tout ainsi que Bertrand Delanoë a géré Paris pendant 6 années, et que son programme de 2007 ne laisse pas présager un changement de cap. Tôt ou tard, les Parisiens finiront pas payer les pots cassés en banlieue, mais ce sera peut-être trop tard. 

Cela me rappelle une nouvelle fameuse d'Edgar Allan Poe, intitulée le Masque de la Mort Rouge. Un scénariste talentueux en a fait une animation remarquable sur la Toile.

Que les socialistes, roses ou rouges méditent simplement cet extrait, traduit par Charles Baudelaire ; il n'est pas sans renvoyer à une réalité tout à fait actuelle...

Mais le prince Prospero était heureux, et intrépide, et sagace. Quand ses domaines furent à moitié dépeuplés, il convoqua un millier d'amis vigoureux et allègres de coeur, choisis parmi les chevaliers et les dames de sa cour, et se fit avec eux une retraite profonde dans une de ses abbayes fortifiées. C'était un vaste et magnifique bâtiment, une création du prince, d'un goût excentrique et cependant grandiose. Un mur épais et haut lui faisait une ceinture. Ce mur avait des portes de fer. Les courtisans, une fois entrés, se servirent de fourneaux et de solides marteaux pour souder les verrous. Ils résolurent de se barricader contre les impulsions soudaines du désespoir extérieur et de fermer toute issue aux frénésies du dedans. L'abbaye fut largement approvisionnée. Grâce à ces précautions, les courtisans pouvaient jeter le défi à la contagion. Le monde extérieur s'arrangerait comme il pourrait. En attendant, c'était folie de s'affliger ou de penser. Le prince avait pourvu à tous le moyens de plaisir. Il y avait des bouffons, il y avait des improvisateurs, des danseurs, des musiciens, il y avait le beau sous toutes ses formes, il y avait le vin. En dedans, il y avait toutes ces belles choses et la sécurité. Au-dehors, la Mort Rouge. 

Ce fut vers la fin du cinquième ou sixième mois de sa retraite, et pendant que le fléau sévissait au-dehors avec le plus de rage, que le prince Prospero gratifia ses mille amis d'un bal masqué de la plus insolite magnificence.