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mercredi, 10 juin 2009

Reconduction de Barroso, la gauche doit prendre ses responsabilités

Je lis çà et là, notamment dans le Figaro, que Graham Watson, le leader des libéraux et démocrates (ADLE), groupe auquel appartient le MoDem, pourrait accepter la reconduction de Barroso comme président de la commission européenne. Et j'entends, d'ores et déjà, les braiements et accusations de collusion qui commencent à fuser, non seulement à gauche, mais aussi au sein même du MoDem (ex-adhérents déterminés à casser du sucre sur le dos du MoDem fût-ce au prix de mensonges éhontés).

Je tiens à rappeler les fondamentaux du Parlement européen : là-bas, comme tout est négociation, faute de majorité absolue pour un groupe ou même une alliance de groupes,on discute et on fait des compromis (pas des compromissions). Or, en décembre 2008, j'avais eu un entretien avec Marielle de Sarnez, euro-députée MoDem, qui m'avait expliqué que Graham Watson souhaitait la présidence du Parlement Européen (pas celle de la commission, celle du Parlement, suivez-bien, ce n'est pas pareil). En homme d'intelligence et de négociation qu'il est, il s'était alors empressé de prendre contact avec le PSE (socialistes européens) et l'ALE (Verts européens) qui s'étaient à leur tour empressé de l'envoyer chier en bonne et due forme. Faute d'obtenir quelque chose de ce côté-là, Graham Watson, en bon centriste libéral et pragmatique qu'il est, est allé voir du côté du PPE. Là-bas, on ne l'a pas envoyé paître (sans doute attendait-on les résultats des élections) ; on s'est contenté d'un silence-radio.

Aujourd'hui, une majorité ALE-ADLE-PSE serait possible. Cela suppose que le PSE et l'ALE ne fassent pas la fine bouche. On pourrait par exemple s'entendre sur un président de commission vert ou social-démocrate (modéré, cela va de soi) et en échange, les trois groupes voteraient pour Watson comme président du Parlement. Ce serait un bon compromis, et cela permettrait de black-bouler les conservateurs, fussent-ils europhiles. Sans doute ne seraient-ils pas très contents, mais c'est de bonne guerre...

J'ai écouté il y a peu une interview de Cohn-Bendit qui parlait de Barroso et résumait très bien l'esprit du personnage : avec Barroso, le dernier qui a parlé a raison. Il dit une chose le jour-même et autre chose le lendemain s'il a vu quelqu'un d'autre entre temps. Théophraste qui inspira notre La Bruyère national avait admirablement établi un tel état dans ses Caractères...Une sorte de croisement fâcheux entre le complaisant et l'empressé...

Pour faire une définition un peu exacte de cette affectation que quelques-uns ont de plaire à tout le monde, il faut dire que c'est une manière de vivre où l'on cherche beaucoup moins ce qui est vertueux et honnête que ce qui est agréable. Celui qui a cette passion, d'aussi loin qu'il aperçoit un homme dans la place, le salue en s'écriant: "Voilà ce qu'on appelle un homme de bien!", l'aborde, l'admire sur les moindres choses, le retient avec ses deux mains, de peur qu'il ne lui échappe; et après avoir fait quelques pas avec lui, il lui demande avec empressement quel jour on pourra le voir, et enfin ne s'en sépare qu'en lui donnant mille éloges. Si quelqu'un le choisit pour arbitre dans un procès, il ne doit pas attendre de lui qu'il lui soit plus favorable qu'à son adversaire [...].

Il semble que le trop grand empressement est une recherche importune, ou une vaine affectation de marquer aux autres de la bienveillance par ses paroles et par toute sa conduite. Les manières d'un homme empressé sont de prendre sur soi l'événement d'une affaire qui est au-dessus de ses forces, et dont il ne saurait sortir avec honneur; et dans une chose que toute une assemblée juge raisonnable, et où il ne se trouve pas la moindre difficulté, d'insister longtemps sur une légère circonstance, pour être ensuite de l'avis des autres; de faire beaucoup plus apporter de vin dans un repas qu'on n'en peut boire; d'entrer dans une querelle où il se trouve présent, d'une manière à l'échauffer davantage. Rien n'est aussi plus ordinaire que de le voir s'offrir à servir de guide dans un chemin détourné qu'il ne connaît pas, et dont il ne peut ensuite trouver l'issue[...].

Nous voilà bien avancés avec un individu semblable. Bayrou et les euro-députés MoDem ont été clairs : ils sont prêts à étudier toute solution pour éviter Barroso. Graham Watson, de son côté, n'a rien exclu. C'est à la gauche et aux Verts de savoir ce qu'ils veulent. Je crois que Cohn-Bendit est prêt à des compromis. Reste à voir les autres partis verts et socialistes européens...

Commentaires

On accuse le Modem de ne pas être claire dans son positionnement, pour le coup, il me semble que notre prise de position a été à la fois claire et rapide !

Écrit par : Latour d'Orange | mercredi, 10 juin 2009

Bouh ! Tout doux, comme vous y aller dans votre premier paragraphe... Quelle théorie du complot anti-true path ! Votre confiance dans les Hautes Sphères vous honore mais nous ne sommes pas qu'une poignée d'adhérents "traîtres" (crimepensées - vos accusations me font un peu penser à ce que disaient les communistes sur les socialistes : les "socio-traîtres") à nous interroger sur le futur du MoDem au Parlement européen et sur la défense de ses positions.

Attendons la suite pour voir si votre confiance dans les Libéraux sera justifiée. Que Graham Watson fasse campagne est une bonne chose, qu'il n'oublie pas non plus ses alliés - et surtout du MoDem - en est une meilleure. Mais le pragmatisme a ses raisons que la raison ignore...

Écrit par : Leris | mercredi, 10 juin 2009

à la tour d'orange
Elle est connue de longue date, le MoDem est fidèle à ses engagements.
@ Leiris
J'ai une preuve que l'ancien KGB et la CIA sont derrière l'affaire.
social-traître, cela me plaisait bien. Il faudrait que je trouve le néologisme adapté. Dès que le formule me vient à l'esprit, comptez sur moi pour vous le faire savoir.

Je ne sais pas ce que feront les libéraux (peut-être se diviseront-ils, d'ailleurs). Mais si la gauche refuse d'emblée tout accord avec eux, il ne faudra pas s'étonner s'ils se tournent vers le PPE. Notez que le MoDem, quoi que fasse l'ADLE ne votera de toutes façons pas pour Barroso.

Écrit par : L'hérétique | mercredi, 10 juin 2009

A ta place, je ne compterais pas trop sur le PSE pour mettre Barroso dehors.
En dépit de ce qu'a proclamé le PS français pendant toute la campagne, le PSE s'accommode très bien de ce triste sire, à tel point que les Britanniques, les Espagnols, les Portugais et les Allemands ont déjà exprimé leur souhait de le voir reconduit...

Écrit par : Etiam Rides | mercredi, 10 juin 2009

On peut tout de même noter que faire partie d'un groupe parlementaire qui choisit majoritairement comme Président de la Commission européenne le dernier des Présidents que l'on souhaite, cela risque de nous poser quelques difficultés pour l'avenir...

D'autre part, faire partie des Verts peut amener quelques doutes sur la longévité du groupe (qui jusqu'à présent n'a jamais tenu), et encore d'autres doutes sur l'acceptation d'un "leader" tel que Cohn Bendit.

Enfin, il reste une solution qui hérisserait les poils de nombre de nos adhérents : faire partie du PSE. Vu les scores qu'ils ont obtenu, ce peut être une aubaine tout autant qu'une faillite. Le PSE est tout de même bien plus libéral que le PS et nous votons souvent avec eux...

Écrit par : Ivan Gabrièle | mercredi, 10 juin 2009

@ Leris: le positionnement du MoDem est très clair sur le sujet. Mais pour rebondir sur le 1er paragraphe de l'Hérétique, je suis stupéfait de constater qu'il existe sur over-blog une communauté qui s'appelle "Militants du MoDem", qui ne compte pas moins de 85 blogs, et qui est administrée par ... Hypos.

Écrit par : JF le démocrate | mercredi, 10 juin 2009

@JF,
Ils auraient du se dé-linker depuis longtemps, mais chacun est libre.
Tout comme une certaine plateforme Modem, a éliminé de la toile bon nombre de blogs, mal concu tout ca..

Écrit par : Martine | mercredi, 10 juin 2009

Tu oublies une donnée qui prévaut aussi au Parlement européen. On y respecte le résultat des élections. Nous n'avons pas cette expérience en France, mais, sauf blocage institutionnel majeur, une coalition ne se conclut jamais pour exclure le groupe le plus important. A moins qu'il s'agisse d'une coalition électorale qui s'est clairement présentée comme telle devant les citoyens.
Rien ne peut se faire sans l'association du PPE.
Ce petit élément de base de la démocratie, met à bas les scénario qui verrait le PPE exclu de la présidence du PE et de la commission.
D'autant que pour cette dernière, si le PE doit l'approuver, c'est belle et bien le Conseil qui la compose et la propose. C'est de la pure folie que de penser que les chefs d'Etat et gouvernements accepteraient de se voir imposer un président vert ou social-démocrate !!
Ce qui est possible, c'est la constitution d'une alliance au PE, avec comme pivot le PPE. Comme ce dernier n'est pas majoritaire seul il lui faudra effectivement aboutir à un compromis avec un ou plus groupes adverses.
Un compromis, ça peut-être une présidence tournante du PE, des vice-présidences, présidences de commissions... Éventuellement, cela peut aussi se traduire par une éjection de Barroso au profit d'un autre candidat, issu du PPE, éventuellement de l'ELDR, ou encore une personnalité consensuelle de centre-gauche. Mais rien ne bougera à ce niveau si Barroso n'est pas lâché par le Conseil ou l'un des grands États. Et ça, malgré toutes les déclarations qui lui ont été favorables, c'est encore tout à fait possible.

Écrit par : Bob | mercredi, 10 juin 2009

La Bruyère est parfois plus facile à comprendre que les moeurs des parlementaires Européens !!

Écrit par : Chui Kalm | jeudi, 11 juin 2009

Ah !
L'Hérétique, j'admire tes références... c'est toujours agréable, en tout cas. Et ça forge l'esprit !

Puisque de commenter il s'agit, ajoutons simplement que cette faiblesse peut trouver des preuves tout à fait tangibles pour le commun des mortels.
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On présente toujours Barrosso comme un libéral (qu'il est!) et qui, par conséquent, aurait imposé une idée de la "concurrence" et du "libre-échange" socialo-destructrice.

Mais le fait est que les origines de cette non-politique sont bien moins idéologiques que politiques. C'est le Conseil qui a encouragé cette ligne, tout simplement parce que ça lui évitait d'aborder un problème qui, de toutes façons, finira par s'imposer, monnaie unique obligeant : celle du gouvernement économique, de l'harmonisation fiscale et sociale. Il faudra bien, un jour ou l'autre, cesser d'approuver cette "concurrence" qui détruit les appareils étatiques.

Voilà donc une autre explication à la faiblesse de Barrosso : l'euroscepticisme de nos ministres...

Amicalement,

Écrit par : Ben | jeudi, 11 juin 2009

Bonjour Ben,

Merci. Je pense que les États ne sont en effet pas très clairs. Barroso a hâte d'être réélu afin de ne pas se retrouver soumis aux nouvelles dispositions du Traité de Lisbonne. Je me demande si les États ne font pas traîner volontairement en longueur les choses...

Écrit par : L'Hérétique | jeudi, 11 juin 2009

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