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  • Du rififi à Noisy ? Un blogueur peut-il tout dire ?

    J'essaie de m'informer sur l'histoire du blogueur de Noisy-le-sec attaqué en justice  par la majorité PC-Verts-PS et condamné par un tribunal à une assez forte amende. On invoque souvent la solidarité entre blogueurs pour couvrir leurs dicsours. Est-ce nécessairement pertinent ? J'ai constaté à l'expérience que pas mal de blogueurs sont prompts à déraper, voire à diffamer, y compris entre eux, d'ailleurs...

    J'ai trouvé un reportage sur le Post qui interwieve les parties en présence. Il y a certes une disproportion des moyens employés de part et d'autre, mais, il ne faudrait pas tomber dans le travers de défendre un blogueur non pour son bon droit mais parce qu'il doit faire face à une collectivité. Je récuse cette équation, car elle est la porte ouverte à tous les dérapages.

    Je suis donc très réservé, dans cette histoire, même si à première vue, ce blog me fait plutôt bien rire ( mais il a peut-être été modifié entre temps).

     

     

  • Skipper du Tanit : tué par une balle française !

    Aïe. Ça, ça craint drôlement, en revanche. Apparemment, ce serait une balle française (vraisemblablement perdue) qui aurait provoqué la mort de Florent Lemaçon, le skipper du voilier détourné par des pirates somaliens, le 10 avril dernier. A vrai dire, quand j'avais entendu Hervé Morin éluder les causes de la mort de cet homme en déclarant ne pas exclure que les tirs soient venus des assaillants (c'est à dire des Français), j'avais pressenti que les autorités le savaient déjà. On ne peut pas jeter la pierre à des militaires qui risquent leur vie, mais, cela pose tout de même la question des procédures et règles d'engagement quand il y a prise d'otages.

    Cela dit, je trouve anormal de l'apprendre d'une radio publique, Europe 1, et non du Ministre de la Défense, Hervé Morin, qui doit assumer la responsabilité de cet échec.

    Le drame, si j'ai bien compris, c'est que les commandos français avaient bien identifié la position des otages, et avaient aussi recommandé, par haut-parleurs, en français, aux otages de ne surtout pas bouger. J'imagine que ce genre d'opérations est millimétré. Mais apparemment, Florent Lemaçon, par réflexe, lors de l'assaut, se serait placé devant sa femme et son fils pour les protéger.

    Je suppose que les Français avaient tablé sur une fixité des prisonniers pour calculer leur opération, angles de tir compris. Pas facile, car cette situation supposait une confiance totale en l'efficience des forces armées françaises.

    A ce que j'ai compris, les forces françaises n'avaient pas non plus le temps de tergiverser, car les pirates, devenus plus agressifs et impatients, parlaient de faire un exemple. Il fallait donc agir. Cette très triste issue devrait amener nos forces d'intervention spéciales à approfondir sans doute la gestion psychologique des signaux à adresser aux otages dans les situations d'urgence.

    Cela dit, ce qui me dérange, dans cette affaire, c'est la réaction d'Hervé Morin, j'y reviens. Son silence et ses tergiversations ont été tout à fait idiotes, dans cette histoire. Il savait très rapidement ce qu'il s'était passé. Il a laissé planer une rumeur, mais pour quoi faire ? Du coup, on a soupçonné les forces françaises, alors qu'elles ont vraiment fait de leur mieux, dans cette histoire. Quel était le but de ce demi-silence ? Ne pas impliquer Nicolas Sarkozy qui aura vraisemblablement donné l'ordre final de l'assaut (connaissant son tempérament, on l'imagine encore moins capable de déléguer en temps de crise) ? C'était stupide : compte-tenu des circonstances, personne de sensé ne l'aurait reproché à Nicolas Sarkozy. Apparemment, tout avait été tenté au préalable.

    Cette sale manie du secret, dans ce genre de choses, est surtout propice aux théories du complot et aux suppositions les plus folles. Si le but était de protéger l'image du Président, c'est vraiment minable.

    Il y a un dernier point qui m'interpelle : même si je ne remets pas en cause la compétence de nos nageurs de combat, pourquoi ne pas avoir confié la responsabilité d'une opération aussi délicate au GIGN, bien plus habitué à ce genre de situations très délicates ?

  • Abus de pouvoir, le sens de l'histoire

    J'ai entamé la lecture du livre de François Bayrou, Abus de pouvoir. Une première remarque, tout d'abord : je le trouve bien mieux écrit que tous ses livres précédents, et de loin. Contrairement à Projet d'espoir qui avait été écrit dans l'urgence et en 2 mois (le style s'en était fortement ressenti) ce livre-là, François Bayrou le mûrit depuis des mois.

    Une seconde remarque, ensuite : comme d'habitude, la presse se jette sur quelques passages qu'elle défigure et qu'elle se renvoie en échos sans prendre la peine d'effectuer une lecture complète de l'ouvrage. Par exemple, le terme fameux d'enfant barbare dont il affuble Sarkozy, il s'en explique, mais qui a pris la peine d'en lire les précisions ? Barbare, chez Bayrou, ne renvoie pas à une acception morale du terme, comme on pet l'entendre quand on parle du Gang de Barbares et de son taré de chef, Youssouf Fofana, mais à l'acception qu'en font les Gréco-Romains. Nicolas Sarkozy est barbare non parce qu'il serait inhumain ou cruel, mais en ce qu'il méprise et ignore les fondations culturelles et morales de la France. En tentant de lui imposer un modèle qui lui est fondamentalement étranger, il fait oeuvre de barbarie civilisationnelle. Voilà ce qu'entend par là François Bayrou. Et rien d'autre. Ce n'est pas une insulte ni une attaque personnelle, comme l'ont voulu une large part des commentateurs.

    Mais ce qui m'a particulièrement intéressé, au point où j'en suis, du moins, c'est le savant mélange de religiosité, de science historique et de psychologie qui caractérise la pensée de Bayrou dès qu'il évoque la France. Il observe ainsi que la blessure ignorée d'une génération atteint méchamment les générations suivantes. Que le père ou la mère soient blessés d'un grand secret, et les enfants ou même les descendants, ne pourront se délivrer du mal qui les empoisonnent qu'en le dévoilant par leur propre analyse.

    J'aime beaucoup cette idée, parce que je crois profondément qu'elle est la pierre angulaire qui permet de comprendre les peuples. Comme le dit Bayrou citant dans la foulée de sa pensée le prophète Ézéchiel, les parents mangeront des raisins verts et les dents des enfants en seront agacés.

    Paradoxalement, la Bible dit par la suite exactement le contraire avec Jérémie citant Ézéchiel : les parents mangeront des raisins verts et les dents des enfants en seront agacés. Mais chacun paiera pour ses fautes. Tout homme qui mangera des raisins verts, ses dents, à lui, seront agacées. Et c'est sans doute l'erreur de ceux qui imaginent que Sarkozy n'est et ne sera jamais qu'un épiphénomène. Tout comme l'esprit d'un individu, la conscience d'un peuple se souvient, et de même que chez l'individu, le souvenir inconscient prend des formes étranges, parfois terribles, les méandres de l'inconscient collectif d'un peuple peuvent être parfois inquiétants.

    Je ne suis pas étonné que Bayrou ait été si sensible à la question de la dette pendant la campagne présidentielle. Son inquiétude principale, c'était de ne pas laisser aux générations futures un fardeau impossible à porter. On retrouve Ézéchiel. Et les apports de la psychanalyse. Que l'on ne s'y trompe pas : il y a là une véritable conception de l'histoire. Même si l'on s'abstient de dire ce que l'on fait, et c'est bien ce que Bayrou reproche à Sarkozy, les choses se perpétuent malgré tout via l'inconscient collectif.

    Plus simplement, c'est la méthode historique de Thucydide qui transparaît aussi en filigrane, derrière le propos de Bayrou : « Si l'on veut voir clair dans les événements passés et dans ceux qui, à l'avenir, en vertu du caractère humain qui est le leur, présenteront des similitudes ou des analogies, qu'alors, on les juge utiles, et cela suffira : ils constituent un trésor pour toujours (κτῆμα ἐς αἰει), plutôt qu'une production d'apparat pour un auditoire du moment » (I, XXII, 4).

    On comprend mieux l'indignation de Bayrou quand il évoque le projet de Sarkozy de créer un musée de l'Histoire de France. Pour Bayrou, l'histoire de France, c'est la France ! pas une chose que l'on peut muséifier ! pas, comme le dit Thucydide, en somme, une production d'apparat pour un auditoire du moment...

    Je pourrais développer longuement encore mon propos, mais, ce que je vise à conclure, et que la critique ne comprend pas, c'est que ce livre n'est pas un brûlot politique : il va bien au-delà.