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  • Créer deux millions d'emplois !

    J'ai lu avec attention l'appel du 02 mai, dont j'ai pris connaissance via la lecture du blog de Marc Vasseur. J'ai vu qu'y figuraient des propositions de Corine Lepage que je soutiens de longue date ici, et que Marielle de Sarnez (euro-députée MoDem) avait aussi signé cet appel.

    Cet appel propose d'organiser un Grenelle de l'emploi afin d'examiner les propositions faites par des collectifs, des associations, des syndicats et des mouvements politiques afin de parvenir à créer deux millions d'emploi. Cette approche à la fois coopérative et en même temps "concurentielle" est la bonne de mon point de vue.

    Dans les temps troublés que nous vivons, voilà une initiative constructive et conforme à l'idée que je me fais de la responsabilité politique en temps de crise. Soutenir l'appel, cela ne signifie pas soutenir toutes les propositions qui figurent dans l'appel. Cela signifie soutenir simplement le fait qu'elles soient débattues.

    Ce sont les propositions de Cap21 et de Corine Lepage (donc du MoDem aussi) qui ont ma préférence. En effet, j'estime que ce sont les seules propositions qui allient créations d'emploi et inovation au sens schumpeterien de ce  mot. Le seul, à mes yeux, parmi toutes les propositions faites, à amorcer une véritable et nécessaire révolution industrielle.

    Toutefois, tout vaut le coup d'être examiné de près, et je suis le premier à penser que les bonnes idées existent partout. Le tout est d'en faire la synthèse la plus efficiente possible.

  • Anticorps médiatiques, les blogs...

    François Bayrou réserve une place de choix à internet et particulièrement aux blogs dans son Abus de pouvoir. Il achève son chapitre après avoir observé que l'information est désormais verrouillée en France, tout du moins, dans les médias traditionnels. Il reste toutefois un espoir...

    Mais internet, par essais et par erreurs, constitue dès aujourd’hui un réseau d’informations, réactif, souple, non limité par la longueur des “papiers”, non domesticable, capable d’opposer à la prise de contrôle et au rideau de fumée une réponse appropriée. C’est naturel : toute agression inédite sur un corps vivant, fait naitre des anticorps, un système immunitaire, des résistances nouvelles.

    Bayrou compare souvent les peuples à des organismes complexes, dotés d'un psychisme propre, et disposant de défenses immunitaires quasi-calquées sur la biologie humaine. J'avais été intéressé, dans une première note, par l'application des avancées de la psychanalyse à l'inconscient collectif d'un peuple quand sa mémoire est blessée. Et je retrouve l'esprit de cette métaphore dans cette nouvelle comparaison. Plus encore, l'idée qu'internet est une réaction immunitaire à la désinformation et au conformisme médiatique ambiants me plaît bien.

    Bref, on le “tient” moins, et pas du tout s’agissant des blogs, des mille contributeurs qui relaient et relaient l’information non conforme ou dissidente.

    Il y a en effet, une spécificité des blogs, au milieu d'Internet, et une spécificité française, de surcroît, puisque la France est le pays d'Europe où est ouvert le plus grand nombre de blogs. La blogosphère est suffisamment organisée pour pouvoir communiquer, se constituant parfois en réseaux, certains très ouverts comme CoZop, d'autres plus politiques ou idéologogiques. Et en même temps, les liens sont suffisamment distendus entre eux pour en rendre impossible le moindre contrôle.

    asterix2.jpgQuand je me représente les blogs, j'ai deux références qui me viennent à l'esprit : en premier lieu, historiquement, le Saint-Empire Germanique, c'est à dire une myriade de principautés et de royaumes suffisamment liés entre eux pour élire un chef (classement wikio ?) et passer des traités défensifs, et en même temps, suffisamment rivaux pour être en conflits permanents les uns avec les autres. Mais je reprends simplement la tentative de définition de wikipedia ; remplacez Saint-Empire par Blogosphère, et vous allez bien rigoler...

    L'Empire ne peut être compris ni comme un État fédéral ni comme une confédération. Il n'est ni une simple aristocratie ni une oligarchie. Toutefois, l'Empire présente des caractéristiques de toutes ces formes étatiques. L'histoire du Saint-Empire est marquée par la lutte quant à sa nature. Tout comme il n'est jamais parvenu à briser les entêtements régionaux des territoires, l'Empire s'est morcelé dans une confédération informe...

    Et en second lieu, c'est à une bande dessinée que je pense : Astérix et les Goths de Gosciny et Uderzo. On a l'explication personnelle de Gosciny sur l'incapacité des Goths à se constituer en nation jusqu'à fort tard, après le passage d'Astérix et d'Obélix.

    Bref, tu m'étonnes, François, que la blogosphère, c'est pas demain la veille que quelqu'un va parvenir à la contrôler. J'ajoute que le MoDem en sait quelque chose avec ses propres réseaux, puisque c'est de l'intérieur du flux MoDem, informel, il est vrai,  d'Antonin Moulart (non d'un Bayrou, il a choisi le jour où je parle de lui pour flanquer Demos web en maintenance ....##$!!&) que les critiques les plus dures (parfois fort injustes, au demeurant) envers Bayrou et le MoDem sont venues.

  • La Démocratie parfaite est d'abord une affaire de culture

    J'avais mis au défi Fred, de Démocrate sans frontière, de me dire ce qu'il pensait du classement des démocraties par l'EUI. Il l'a fait. Je rebondis sur son étonnement, le 4ème critère de The Economist, la culture démocratique.

    C'est pour moi un aspect essentiel d'autant qu'il conditionne la participation politique, et surtout, ce que le peuple est près à accepter ou non. Notamment, les leaders sans partage du pouvoir, la théocratie et les régimes militaires. Pour qu'une démocratie fonctionne, elle doit faire consensus. C'est une condition sine qua non, et c'est bien pour cela qu'elle échoue partout où ce n'est pas le cas. Si la démocratie a repris avec une telle vitalité et une telle facilité en Tchécoslovaquie, au lendemain de la Révolution de velours, c'est que 40 années de communisme et sept années de nazisme n'avaient pu mettre sous l'éteignoir la culture démocratique de ce pays, considérablement développée dans l'entre-deux guerres. Partout où elle avait été moins solidement implantée en Europe orientale, elle s'est imposée avec moins de facilité. Il en va des peuples comme des caractères et des vertus d'Aristote dans son éthique à Nicomaque. Même si la disposition y est moindre, en pratiquant, on peut acquérir les moeurs démocratiques. Mais c'est plus long et cela demande plus d'efforts.

    Mais, in fine, je m'accorde surtout avec l'idée que François Bayrou développe dans son Abus de pouvoir sur les peuples et l'histoire des peuples : les peuples, comme les individus, ont une mémoire, les souvenirs fussent-ils logés dans leur inconscient collectif. Cette mémoire n'est pas seulement politique : qui se souvient que la Pologne était plus développée économiquement que l'Espagne en 1939 ? ou, pour reprendre l'exemple de la Tchécoslovaquie, que ce pays avait une industrie florissante (armements, automobiles, chaussures, pour citer quelques fleurons emblématiques) ? Rien d'étonnant à ce que Polonais et Tchèques se soient assez vite retrouvés à l'aise dans une économie moderne. Je pourrais multiplier ainsi les exemples. Bref, quand la démocratie s'est implantée dans la culture collective d'un peuple, assurément, la solidité d'un régime démocratique y est plus assûrée. The economist a donc bien raison de donner une telle importance à ce critère.

    Et puis Fred conclut son billet ainsi :

    Moralité ? Ce classement est l'occasion de mettre en perspective nos pratiques politiques. Il me laisse pourtant insatisfait.

    Qu'est-ce qu'une démocratie qui ignorerait le droit des générations futures à une planète vivable ?

    Qu'est-ce qu'une démocratie qui ignorerait la responsabilité des personnes, dont l'objectif ne serait pas de maximiser la contribution de chaque personne au bien commun ?

    Qu'est-ce qu'une démocratie nationale qui verrait dans les droits de l'homme hors de chez elle, une "contradiction permanente" avec sa "politique étrangère" ?

    ces critères ne sont pas, sauf erreur de ma part, dans le champ de réflexion de The Economist. Il y a encore à construire, non seulement la démocratie, mais la conscience de la démocratie.

    Je comprends bien le souci de Fred, mais les critère qu'il cite entrent dans le champ d'exercice de la démocratie non dans son champ de définition. Et pour le bien commun, je le renvoie à ce qu'en dit Schumpeter (ça va fumer, non d'un hérétique !)