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  • Départ de Quitterie : une charrette, mon blog pour une charrette !

    Ça m'énerve parce que je ne voulais pas m'exprimer sur le départ de Quitterie Delmas du Mouvement Démocrate, mais comme ça buzze de partout, j'y suis un peu contraint.

    J'aimerais, qu'au MoDem, je veux dire, plus exactement, au sein des militants MoDem de la blogosphère, on devienne enfin adulte, et que le syndrôme de l'adolescent exalté cède à l'action d'individus adultes, responsables et pondérés.

    J'ai lu que Quitterie quittait le MoDem pour Désirs d'Avenir. Je ne sais pas ce qu'il en est réellement, et je tiens à préciser, à vrai dire, que je m'en tape complètement. Je m'en tape, non par mépris envers Quitterie, mais parce que je respecte profondément les individus en général dans leurs choix. C'est une liberté qu'on ne peut leur enlever. Je n'ai jamais été d'accord avec le "truc" générationnel et sociétal de Quitterie et ce n'est un secret pour personne que nous ne partagions pas la même ligne politique. Mais elle a le droit d'aller où elle le veut, et cela n'a rien à voir avec la trahison ou tout ce que l'on voudra d'autres. A la limite, Quitterie n'était pas obligée de se justifier. Elle a le droit de partir, et ce droit-là est imprescriptible.

    Je juge cependant sa sortie très "adulte". Voilà enfin quelqu'un qui part sans renier ses engagement passés, et sans balancer un tombereau de haines et de rancoeurs sur Bayrou ou les autres personnalités du MoDem.

    A ceux qui titrent "Bayrou à nouveau trahi", je réponds "ridicule. Risible". Qu'on nous foute la paix avec les "trahisons". Mais m... à la fin : les gens ont le droit de choisir leur destin oui ou non ? ce qui compte, in fine, c'est qu'ils assument leurs choix et point à la ligne. J'ai le plus profond respect pour ceux du Nouveau Centre qui sont partis mais qui ont assumé sans renier ce qu'ils avaient été. Il y en a.

    Mais alors, quand je vois la foultitude des réactions dans la blogosphère MoDem, je vais réclamer, à la Lassalle avec les Sénateurs centristes, une charrette. Oui, une charrette, par pitié. C'est Richard III dans la pièce de Shaekspeare qui s'exclame «Un cheval ! Mon royaume pour un cheval !». Ouais. Ben moi, je réclame une charrette ! Mon blog pour une charrette !

    Bon sang, les filles et les mecs : m... arrêtez de pleurnicher ! finie la bisounourserie. Vous confondez les sentiments, qui sont des émotions respectables, souvent nobles, et la pleurnicherie larmoyante dégoûlinante de bonne conscience qui se complaît dans les épanchements aussi délétères qu'inconsistants et inutiles.

    Ras le bol de l'autocratie ? Ras le bol de la tyrannie ? Prenez la charrette, les gars et les nanas. Je ne vous dis pas ça par haine, mais m...vous êtes libres, bon sang. La liberté est le plus beau don que la nature (ou Dieu, pour les croyants) a fait aux êtres humains, et ce qui fait toute l'essence de l'humanité, tout le sel de l'existence, c'est d'en user.Soyez des humains, soyez des humanistes, m... pas des Bisounours !

    Si un jour j'en ai assez, je ne supporte plus le MoDem (qui sait ? Rien ne dit que cela ne se produira pas) eh bien je me barrerai, mais je n'en ferai pas tout un fromage ! C'est ça qui est insupportable dans la blogosphère : c'est ce surgissement incessant des égo : autant de petits centres du Monde (vous me direz, c'est l'esprit même du blog que d'être le centre d'un monde, mais c'est d'UN monde et pas DU Monde) qui vocifèrent sur l'absence de reconnaissance de leur petit monde.

    Mais comptez-vous, les amis, m...comptez-vous : vous n'êtes pas le monde. Non, vous êtes 100, 150 à tout casser. 100 sur 50 000 militants ! 100 sur 65 millions de Français. 100 sur Six milliards de Terriens. Vous voyez ?

    Je n'ajouterai rien de plus, je crois que j'ai dit ce que j'avais à dire.

    EDIT : ah si, je conseille d'aller lire l'excellent billet d'Alcibiade sur le sujet.

  • La véritable opposition, c'est François Bayrou, estime Alain Duhamel

    Alain Duhamel, journaliste fameux, vient de publier aux éditions Plon, La marche consulaire, un ouvrage sur les méandres de la politique menée par Nicolas Sarkozy, et, bien sûr sur l'homme.

    Il consacre dans son dernier chapitre un long passage à François Bayrou. Le Journal le Bien Public a interviewé Alain Duhamel à ce sujet...

    LBP.- À la fin de votre livre, vous consacrez quelques mots pour François Bayrou. Pourquoi ?
    AD.- Parce qu'il joue un rôle politique. Il est en dehors du leader socialiste et de Nicolas Sarkozy, il est un de ceux qui peuvent, à un moment, faire la différence.
    LBP.- Vous écrivez qu'il incarne la véritable opposition
    AD.- Il a choisi une stratégie qui est de se fixer totalement dans l'opposition. Ce qui n'était pas du tout le tempérament ni la tradition des centristes. C'est pour le coup une vraie rupture. Son pari, c'est de devancer les socialistes au premier tour et d'avoir été assez oppositionnel pour pouvoir obtenir leurs voix au second.
    C'est clair comme de l'eau de roche. Est-ce qu'il y parviendra ? Ça, c'est une autre affaire. Il a une formation qui est une petite formation, il a des militants mais il a très peu d'élus, il n'a pas beaucoup de lieutenants, il a une cohérence. Il a un talent et il a un pouvoir de nuisance qu'il utilise abondamment.

    Rien à dire pour ce qui me concerne, c'est également mon analyse. Je me contenterai d'ajouter simplement que les propositions politiques et économiques de François Bayrou me paraissent autrement plus pertinentes que celles des Socialistes en général.

  • Ginisty décortique Sarkozy

    J'ai regardé avec beaucoup d'intérêt le travail de dissection opéré par Christophe Ginisty en compagnie de Jean-Luc Mano et Georges Chetochine sur l'allocution télévisée du Président Nicolas Sarkozy sur I-télé.

    On le sait, Christophe Ginisty* est expert en communication. Il a donc observé toute la gestuelle du président Sarkozy et relevé avec attention les références du Président sous le feu des questions des journalistes.

    Pour Christophe, l'intervention permet de dégager deux visages très différents du Président : un premier visage qui est celui d'un homme qui énonce le discours concocté par ses conseillers. Il sait que l'opinion voitd'un très mauvais oeil la disproportion entre les sommes allouées aux banques et celles censées relancer le pouvoir d'achat. En homme avisé, il martèle le message, activant l'index à plusieurs reprises : "cela n'a rien coûté". Ce qui n'est pas exact, au demeurant, relève Christophe, puisque la pseudo-nationalisation de Dexia a coûté pas moins de trois milliards d'euros.

    Mais face aux journalistes, ignorant à quelle sauce exactement il va être mangé, il se tasse sur lui-même, puis tente d'endosser l'habit du Président en évoquant toutes les grandes ombres du passé de la Vème République, c'est à dire les présidents qui l'ont précédé. Volonté d'une figure de jeune garçon mal à l'aise tentant de se donner une stature. Sa gestuelle se nourrit, explique Christophe, entièrement de son audience. Mais, in fine, le mieux, je le crois, c'est d'écouter l'émission, fort intéressante. Je ne fais qu'en donner les éléments les plus marquants, directement issus des observations de Christophe.

    On ne regette qu'une chose, finalement, à l'issue de l'émission, c'est son format : elle ne dure que 15 minutes environ, alors qu'il eût fallu manifestement plus de temps aux experts présents pour développer leur pensée.

    * Christophe Ginisty est le créateur d'une agence de communication, Rumeur publique, et également conseiller municipal MoDem à Issy les Moulineaux. Il est aussi l'un des ténors de la blogosphère politique en France.

  • Crise catallactique dans le capitalisme financier

    J'entends partout dénoncer le capitalisme financier comme source unique et certaine de la crise économique qui frappe le monde, et j'avoue que cette antienne scandée jusqu'à l'écoeurement finit par m'agacer.

    Il y a deux moteurs véritables à la crise : l'avidité humaine, et pas uniquement celle des banquiers, ce serait trop facile, mais de tous ceux qui espèrent des profits monumentaux à court terme, mais surtout et principalement l'absence d'informations fiables. Combien d'individus auraient acheté des titres comportant des subprimes s'ils avaient su ce qu'il y avait exactement dedans ?

    Il y donc un problème de traçabilité, et par là, évidemment, de confiance, car ce qui génère la confiance, dans une économie de marché, a fortiori pour la bourse dont les cours ne s'établissent que par des anticipations, c'est la fiabilité.

    Ce que j'en déduis, c'est que le but prioritaire, dans la réforme du système financier, ce n'est pas la régulation dont on nous serine sur tous les airs connus l'absolue nécessité, mais, la garantie d'une INFORMATION fiable et impartiale. Voilà le véritable enjeu. Et, corollairement, il est absolument nécessaire de garantir la liberté des médias !

    L'école autrichienne d'économie, et au premier rang  Kizner, considère le marché (et c'est a fortiori pertinent pour la Bourse) comme l'expression en actes de la somme de toutes les informations qui le concernent. Mais comme aucun individu ne peut totalement appréhender ces informations, la fixation de prix est toujours le fruit d'une ignorance. Conséquemment, le marché ne produit que des prix de déséquilibres.

    Je lance une piste de réflexion que je n'ai pas les moyens techniques, tant en économie qu'en finance et en mathématiques de faire aboutir mais qui mérite, à mon avis, d'être explorée : si l'on admet corrects les prédicats autrichiens à propos du marché,  on doit conclure que plus l'on réduit l'ignorance, plus les prix tendront à atteindre un certain équilibre. Et, par suite, il semble bien qu'il y ait un lien direct entre l'ampleur des crises et la faible teneur des informations dont disposent les acteurs. En fait, moins les acteurs disposent d'informations, et là, je tiens un raisonnement personnel, plus la correction qui s'ensuit est violente.

    Il me semble donc que tout l'effort de la gouvernance mondiale devrait porter sur la nécessité de donner l'information aux acteurs des marchés, surtout des marchés qui fonctionnent par anticipation.

    Ce n'est pas la première fois que je me pose la question, mais, je n'avais pas eu de réponses la fois précédente. J'ai relancé le débat en octobre dernier. Troisième couche aujourd'hui ! Mais comme entre-temps, j'ai rejoint LHC, peut-être puis-je espérer un avis ou un éclairage de mes amis libéraux qui liront ce billet...

    En somme, est-il possible de penser une nouvelle forme de catallaxie ?

    Il se trouve que j'ai trouvé sur le site du Centre de Recherche sur l'Intégration Économique et Financière (celui-là je vais le mettre dans ma blogroll, super-découverte), un document intéressant datant de 2003 d'Olivier Grosse. Il y évoque notamment l'analyse de Richardson : il intègre dans la définition habituelle du marché par les Autrichiens une dimension supplémentaire liée à l'inévitable inter-connexion entre les productions des entreprises dans un même secteur. Et là, je cite un extrait du document que je viens de lire pour mieux me faire comprendre :

    « Les marchés cessent d’être considérés exclusivement comme des lieux d’une exploitation d’une division du travail a priori mais représentent des lieux sur lesquels les firmes élaborent une division des tâches »(Dulbecco et Garrouste [2000], p.97). Pour sa part, la coopération inter-firmes permet de faire appel à des compétences hétérogènes, nécessitant d’être étroitement coordonnées, sans lesquelles la réalisation d’un produit ou d’un procédé technique serait impossible à obtenir. Néanmoins, le marché reste un mécanisme de coordination déterminant en ce sens que seul l’échange marchand, par la confrontation de l’offre et de la demande, juge la création de valeur ajoutée et, par là-même et de manière indirecte, les compétences des firmes.
    Une telle représentation démultiplie les modalités de coordination des agents et par conséquent élargit le champ des défauts de coordination si l’on considère la coordination hors marché comme n’étant ni donnée, ni parfaitement connue ex ante. En effet, si la spécialisation des agents n’est pas connue d’autrui avec certitude, cela en conséquence des caractères subjectif et dispersé de la connaissance des agents économiques, alors chaque mécanisme prenant part à la coordination globale des acteurs intervient également au travers de l’existence des défauts de coordination associés aux situations de déséquilibre, et cela, eu égard aux types d’activités économiques que ces mécanismes sont censés permettre respectivement de coordonner efficacement. Autrement dit, l’ensemble des mécanismes de coordination est confronté au problème de la « division de la connaissance », que la coordination d’activités économiques qu’ils permettent respectivement de réaliser ait lieu sur
    les marchés ou hors marché.

    Cela n'illustre pas exactement ce que je dis ici, mais plutôt ma note du 10 octobre dernier : il me semble que les différents métiers de la finance sont dans la situation qu'évoque Richardson, et que la division formidable de la connaissance qui s'ensuit génère une complexité croissante que les acteurs financiers ne parviennent plus à maîtriser.

    Je voudrais conclure en disant que ce n'est pas le capitalisme en tant que tel qui pose problème, et encore moins la liberté d'entreprendre qui est à tort associé à l'égoïsme. Il ne faut pas bloquer la liberté d'entreprendre pour réguler les flux financiers. Il faut au contraire, à mon avis, garantir à tous la possibilité d'entreprendre.

    Amartya Sen ferait peut-être une syncope s'il voyait comment je me réapproprie ses raisonnements. Il écrit dans L'économie est une science morale qu'il importe, en termes de liberté et de droits, de considérer concrètement et non pas formellement ce que peuvent ou non faire les individus. De là l'idée qu'il existe des individus plus démunis que d'autres envers lesquels les États et les sociétés ont une responsabilité sociale. Eh bien moi j'en dis autant à propos de l'information que je décrète bien supérieur au même titre que la santé, la culture et l'éducation. Ce devrait être LA cause des économistes et des entrepreneurs. Je dis qu'il faut créer un droit des entrepreneurs à l'information et que ce droit ne peut s'exercer que par une certaine forme de traçabilité des marchandises et des flux financiers. Non pour punir les méchants capitalistes (on va leur faire la peau à ses sales Koulaks ! Parce que nos vies valent plus que leurs profits, hein ?) mais pour rétablir la confiance sur laquelle repose la dynamique structurellement stable des marchés et faire en sorte que chaque individu puisse devenir entrepreneur, que ce soit dans la sphère économique ou non.

    J'ajoute une dernière chose : les crises alimentaires procèdent de la même faille. L'alimentation bio se porte très bien en France, alors que nous sommes en temps de crise, parce qu'elle génère de la confiance. La confiance ne doit pas être réduite à l'éthique et à la morale en économie mais doit pouvoir être établie de manière systémique.