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samedi, 22 mai 2010

Zadig super star des régimes et de la diette

Eh, oh, je parle de Zadig le héros de Voltaire. Pas de Zadig et Voltaire la marque de prêt à porter. Aujourd'hui, c'est la journée européenne de l'obésité, j'en ai parlé hier. Les motivations des êtres humains seront toujours des énigmes à plus d'un égard. Dans le conte fameux de Voltaire, Zadig, le héros du même nom, au cours de ses pérégrinations, croise un jour des femmes à la recherche d'un animal mythique, le basilic. Il s'enquiert alors des motivations de leur recherche et apprend qu'il s'agit là d'un remède pour leur maître Ogul, le seigneur de la contrée. Pour obtenir la libération de la femme qu'il aime, Astarté, il se présente alors comme médecin à la cour d'Ogul, et lui propose un rite particulier pour s'assurer de l'efficacité du basilic.

Seigneur, on ne mange point mon basilic, toute sa vertu doit entrer chez vous par les pores. Je l’ai mis dans une petite outre bien enflée et couverte d’une peau fine: il faut que vous poussiez cette outre de toute votre force, et que je vous la renvoie à plusieurs reprises; et en peu de jours de régime vous verrez ce que peut mon art. Ogul dès le premier jour fut tout essoufflé, et crut qu’il mourrait de fatigue. Le second il fut moins fatigué, et dormit mieux. En huit jours il recouvra toute la force, la santé, la légèreté, et la gaieté de ses plus brillantes années.

Par les temps qui courent, les laboratoires font assaut de pilules "miracle", quasiment de la magie, censées assurer le bien-être, la santé, la jeunesse et un amaigrissement accéléré moyennant achat en monnaie sonnante et trébuchante du dit miracle. C'est le médecin d'Ogul qui lui prescrit une décoction de basilic cuit à l'eau de rose. Une sorte de laboratoire miracle de l'époque, en somme. Mais la conclusion de Zadig est édifiante :

Vous avez joué au ballon, et vous avez été sobre, lui dit Zadig: apprenez qu’il n’y a point de basilic dans la nature, qu’on se porte toujours bien avec de la sobriété et de l’exercice, et que l’art de faire subsister ensemble l’intempérance et la santé est un art aussi chimérique que la pierre philosophale, l’astrologie judiciaire, et la théologie des mages.

Il nous faut de nouveaux Zagig de nos jours. Non pour leurs sages paroles, car notre société déborde de ces conseils raisonnables, mais pour leur art à circonvenir ceux qui les écoutent. Plutôt que de vendre le remède, il suffirait, sur le mode d'emploi, de préciser que leur absorption dans le sang doit être facilitée par une marche quotidienne après le repas d'une demie-heure, de la pratique d'exercices répétées (brasses dans une piscine afin d'assurer la circulation des énergies internes et autres flux astraux dans tout le corps) et le succès en serait assuré. Les publicitaires n'ont pas besoin de relire Zadig, mais les professionnels de la santé devraient s'y replonger pour leurs campagnes de prévention...

09:33 Publié dans Science | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : zadig, obésité, santé |  Facebook | | |

vendredi, 18 septembre 2009

Jesrad et Zadig

En parallèle des Paysans de Balzac, je relisais tout récemment les contes philosophiques de Voltaire, et en particulier l'histoire de Zadig. Or, il y a un petit détail qui a attiré mon attention : au cours de ses pérégrinations, Zadig croise un ermite assez étrange, qui vole un hôte généreux, en récompense un autre qui est avare, et tue le jeune neveu d'une hôtesse. Zadig, éberlué, refuse d'aller plus avant avec un fou pareil jusqu'à ce que ce dernier se dévoile à lui sous les traits d'un ange.

En réalité, chacun de ses actes a été guidé par une impérieuse nécessité : le premier de ses hôtes a accueilli les voyageurs par vanité, le don fait au second lui apprendre à donner et le neveu de l'hôtesse allait l'assassiner un an plus tard. Zadig rétorque qu'on aurait pu peut-être apprendre au jeune homme à se réformer, mais Jesrad clôt définitivement la discussion en révélant que Zadig, l'année suivant la mort de leur hôtesse, aurait été à son tour victime du meurtrier.

En fait, je suis étonné par ce passage : dans Candide, Voltaire s'échine à moquer Pangloss et ceux qui se réjouissent de l'enchaînement nécessaire des événements. Je ne vois pas de différence de fond entre Pangloss et Jesrad, mais le second apparaît avec bien plus de majesté. J'ajoute que Zadig me paraît avoir la réaction de bon sens, qui renvoie, d'ailleurs, directement à un humanisme bien compris.

Du coup, je me demande quel est le parti de Voltaire, dans cette histoire : Jesrad ou Zadig ? Est-ce l'amorce d'un débat ou une ruse pour échapper à la censure. Et d'ailleurs, serait-ce applicable, étant donné que l'avis de Jesrad renvoie davantage au jansénisme qu'aux positions officielles de l'Église au XVIIIème siècle.

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11:02 Publié dans Lectures | Lien permanent | Commentaires (19) | Tags : zadig, voltaire, candide |  Facebook | | |