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lundi, 13 juin 2011

Bayrou,Borloo et les centristes...

Europium est venu me rappeler opportunément une remarque de François Bayrou en mars dernier sur la difficulté de rassembler les centristes : 

Rassembler les centristes, c'est comme conduire une brouette pleine de grenouilles: elles sautent dans tous les sens.

Du coup, cela m'a rappelé un poème de La Fontaine tout à fait à propos, au sujet des centristes, de Bayrou et de Borloo : les Grenouilles qui demandaient un roi...

Les grenouilles se lassant 

            De l'état démocratique,  

            Par leurs clameurs firent tant  

Que Jupin les soumit au pouvoir monarchique. 

Il leur tomba du ciel un roi tout pacifique:  

Ce roi fit toutefois un tel bruit en tombant, 

            Que la gent marécageuse,  

           Gent fort sotte et fort peureuse,  

            S'alla cacher sous les eaux,  

            Dans les joncs, les roseaux,  

            Dans les trous du marécage,  

Sans oser de longtemps regarder au visage  

Celui qu'elles croyaient être un géant nouveau.  

            Or c'était un soliveau,  

De qui la gravité fit peur à la première  

            Qui, de le voir s'aventurant,  

            Osa bien quitter sa tanière.  

            Elle approcha, mais en tremblant;  

Une autre la suivit, une autre en fit autant:  

            Il en vint une fourmilière;  

Et leur troupe à la fin se rendit familière 

            Jusqu'à sauter sur l'épaule du roi. 

Le bon sire le souffre et se tient toujours coi. 

Jupin en a bientôt la cervelle rompue: 

«Donnez-nous, dit ce peuple, un roi qui se remue.»  

Le monarque des dieux leur envoie une grue, 

            Qui les croque, qui les tue,  

            Qui les gobe à son plaisir;  

            Et grenouilles de se plaindre.  

Et Jupin de leur dire:« Eh quoi? votre désir 

            A ses lois croit-il nous astreindre?  

           Vous avez dû premièrement 

            Garder votre gouvernement; 

Mais, ne l'ayant pas fait, il vous devait suffire 

Que votre premier roi fut débonnaire et doux 

            De celui-ci contentez-vous,  

            De peur d'en rencontrer un pire.»

lundi, 18 février 2008

Que pèse la blogosphère ?

Je viens de lire un article fort intéressant, sur Marianne2 dont j'approuve tout à fait la conclusion.

« Enfin, le monde des «netoyensr» s'est refermé sur lui-même en un dense réseau où l'on se cite et se référence les uns les autres, où l'on parle le même jargon, où l'on blogue à propos des blogs autant que des sujets dont on blogue, au point qu'il devient possible d'oublier qu'il existe un autre monde, qui ne nous lit pas

C'est exactement ce qui m'agace de plus en plus au sein de la blgopshère. Il y a une espèce d'aristocratie qui n'en peut plus d'arrogance et de sentiment d'évoluer dans des sphères supérieures, et qui se donne une importance qu'elle n'a sans doute pas. En fait, elle rejoint progressivement l'attitude commune des intellectuels français et autres courtisans du pouvoir. Schumpeter a écrit des choses admirables sur ces gens-là.

 Je reviens sur le chapitre XIII de Capitalisme, Socialisme et Démocratie

Dans la seconde partie, la sociologie des intellectuels, Schumpeter écrit :

« Néanmoins, l'intellectuel typique ne se souciait guère de monter sur le bûcher, toujours dressé pour les hérétiques, mais, en règle générale, il préférait grandement prendre sa part d'honneurs et de confort. or, tout compte fait, et bien que les humanistes aient été les premiers intellectuels disposant d'un publie au sens moderne du terme, de tels avantages ne pouvaient être dispensés que par les princes spirituels ou temporels. »

et plus loin, il complète son propos sur les moyens de parvenir aux dits honneurs :

« Cependant les honneurs et les émoluments peuvent être obtenus par des procédés divers. L'obséquiosité et la flatterie sont souvent moins fructueuses que l'arrogance et l'insulte. »

C'est, globalement, ainsi que je vois les choses. J'ajouterai que le blog est un phénomène d'autant plus français, qu'outre la tradition autobiographique  française, c'est aussi une posture qui convient bien pour le coq dressé sur ses ergots. Il peut ainsi claironner à tue-tête avec la sensation d'avoir un auditoire réservé. Ainsi, l'aristocratie ne se réduit pas à quelques blogs fameux, et le phénomène du coq est généralisé.

 La réalité est que nos pauvres blogs sont bien peu de choses et pèsent, au final bien peu. Bien moins que ce que nous leur prêtons. Et nos blogs politiques aussi. Quand on dissèque les chiffres, que reste-t-il ? Je table, ce mois-ci, sur 8  000 visiteurs uniques c'est à dire au moins 8 000 lecteurs différents. Mais un article, la plupart du temps, recueille 100 à 200 visites, et même les plus lus n'excèdent guère 700 à 800 visites. A moins de titrer Carla Bruni ou Laure Manaudou nue, on ne peut espérer vraiment plus. Que l'on observe la géo-localisation, ce que je peux voir, et pour une campagne municipale, par exemple, il m'est aisé de réaliser que je vais toucher avec un seul article une trentaine, à peine, d'électeurs concernés par l'actualité de mon billet. Sur ces trente là, les 3/4 seront déjà convaincus dans un sens ou dans l'autre. Il en reste  10 à 15, finalement, qui n'ont peut-être pas de positions nettes. Heureux si je réussis à en convaincre, ou si je contribue à en convaincre ne serait-ce qu'un seul avec mon billet. 

Revenons à nos blogueurs : allez dans la rue, et demandez au premier badaud croisé qui est Versac. Il n'en saura 99% du temps fichtre rien. Les Embruns ? Pour lui ce sera certainement une plage bretonne ou vendéenne. Tedcrunch sera certainement une marque de chocolat, et Fred Cavazza du café...

Bref, nul n'est besoin de citer la fable fameuse de La Fontaine sur la grenouille et le boeuf, fable qu'au demeurant il emrpunta à Phèdre ou Esope. Mais à défaut de la citer, je pense que la blogosphère toute entière devrait la méditer, cette fable... 

Oh, et puis zut, je la copie intégralement :

Une Grenouille vit un bœuf
Qui lui sembla de belle taille.
Elle qui n'était pas grosse en tout comme un œuf,
Envieuse s'étend, et s'enfle, et se travaille
Pour égaler l'animal en grosseur,
Disant : Regardez bien, ma sœur ;
Est-ce assez ? dites-moi ; n'y suis-je point encore ?
- Nenni. - M'y voici donc ? - Point du tout. - M'y voilà ?
- Vous n'en approchez point. La chétive pécore
S'enfla si bien quelle creva.
Le monde est plein de gens qui ne sont pas plus sages :
Tout Bourgeois veut bâtir comme les grands Seigneurs,
Tout petit Prince a des Ambassadeurs,
Tout Marquis veut avoir des Pages.