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  • Libye, le temps presse...

    Nicolas Sarkozy et David Cameron, bousculant l'Europe, ont laissé entendre que France et Grande-Bretagne pourraient intervenir directement en Libye pour empêcher l'aviation de Kadhafi de tirer sur son peuple et de réduire à néant l'opposition libyenne.

    Je ne sais pas si la reconnaissance du Conseil National de l'opposition libyenne était une bonne chose ; je ne sais pas non plus s'il fallait promettre d'intervenir. Mais une chose est sûre : quand le vin est tiré, il faut le boire.

    Évidemment, si nous avions été un pays démocratiquement idéal, voilà comment les choses se seraient passées : Nicolas Sarkozy aurait réuni d'abord les principaux responsables des partis pour entendre leur avis, puis aurait consulté son Ministre des Affaires étrangères ainsi que son Ministre de la Défense, et enfin, aurait rassemblé le Parlement en procédure accélérée pour obtenir ou non son assentiment.

    Puisqu'il se veut énergique et actif, il aurait pu faire tout cela en trois jours, en limitant le débat sur une intervention militaire dans le temps, afin de ne pas se perdre en discutailleries pendant que Kadhafi bombarde sa population.

    A l'heure actuelle, les forces libyennes perdent pied et se replient sur Benghazi, leur dernier bastion. Soit, dans les heures qui suivent, des avions décollent des bases aériennes françaises et britanniques, ou, tout du moins, un ultimatum est envoyé aux forces de Kadhafi, soit, une fois de plus, le Président de la France aura passé pour un charlot en voulant jouer au cow-boy.

    Je ne suis pas sûr du tout qu'intervenir soit une bonne décision, loin de là, et à vrai dire, mieux vaut peut-être, passer pour des charlots que de se trouver en demeure de prouver l'efficacité réelle de nos fameux rafales.

    Mais à quoi servait-il, alors, comme les Américains et leurs alliés en 1991 en Irak , de laisser l'espoir se lever, avec en filigrane la possibilité d'un appui aérien, pour finalement laisser écraser la résistance libyenne sans moufter ?

  • Israël et les enragés

    Je crois que Laurent Pinsolle va très mal prendre ma note. C'est pourtant en lisant sa note sur Israël puis les réactions qu'elle a engendrées sur Marianne2 que m'est venue l'idée du titre de mon article.

    Boycotter commercialement Israël, rompre les liens diplomatiques, et cetera...on aura tout vu. Ah non, il ne manque plus qu'une intervention militaire en Cisjordanie, pourquoi pas tant qu'on y est ? Il est vrai que Laurent Pinsolle appartient à un courant politique qui a lâché Israël à un moment critique après avoir été son allié (Guerre des Six-Jours, la France du Général de Gaulle interrompit les livraisons de munitions et de pièces de rechange au beau milieu de la guerre alors qu'Israël était attaqué par trois pays supérieurs en force...).

    Je le dis et je le redis, dans une frange de l'opinion française, Israël génère des réactions hystériques. Et pourquoi ne pas rompre les relations diplomatiques avec la Chine pour le Tibet, la Russie pour l'Abkhazie et tant qu'on y est la Tchétchénie, le Maroc pour le Sahara, l'Algérie pour la Kabylie, le Soudan pour le Darfour (faits autrement plus graves) l'Inde pour le Bengale, l'Égypte et le Pakistan avec leurs minorités chrétiennes, et cetera...

    Je suis soufflé par l'argumentation qui figure dans l'article : 

    Par rapport à la Corée du Nord ou à Cuba, nous sommes dans un cas différent. Ces pays sont des dictatures et je ne suis pas un partisan du refus de dialoguer avec les dictatures, car, comme vous l’avez noté, je ne crois pas que l’ostracisme fasse progresser les choses alors que le contact avec l’extérieur me semble créer un appel d’air pour la liberté et la démocratie. Dans le cas d’Israël, il s’agit non seulement de l’occupation d’un territoire qui ne lui appartient pas, mais en plus d’une colonisation d’une partie de ce territoire. Il me semble normal de sanctionner un pays qui en envahit un autre, l’occupe et le démembre. De simples réprimandes verbales me semblent beaucoup trop faibles surtout après de nombreuses protestations.

    Donc, massacre ton peuple, enferme-le dans des prisons, fais-le crever de faim, menace le monde avec tes bombes nucléaires, tu es un interlocuteur acceptable.

    Mais si tu es la seule démocratie de ta région, que tu respectes à peu près le droit, que plusieurs états sont toujours en état de guerre avec toi (pas de paix signée) et que l'un d'entre eux au moins menace de t'éradiquer, alors tu es un paria. 

    J'ai bon ?

    Mon camarade blogueur devrait un jour se faire traduire ce qui figure dans les manuels scolaires palestiniens à propos non seulement d'Israël, mais des Juifs en général, pour son édification, puisqu'il a toujours dénoncé clairement toute forme d'antisémitisme sur son blogue...

    La France s'est discréditée de longue date par ses prises de position à l'emporte-pièce et souvent injustes envers Israël : le boycott d'un État qui lui est déjà hostile, je crois franchement qu'Israël s'en tape un peu. Il pourrait à la rigueur craindre un boycott coordonné de toute l'Europe, mais je crois que Laurent Pinsolle est anti-européen, pour le souvenir que j'en ai.

    J'ai de la sympathie, généralement, pour les Gaullistes, mais j'avoue que depuis quelque temps, je ne parviens plus à les différencier des alter-mondialistes et des souverainistes de tout acabit : comme eux, ils veulent sortir la France de l'Europe et de l'euro, comme eux, ils veulent nationaliser à tour de bras, même haine d'Israël et de l'Amérique, même détestation de toute forme de libéralisme...

    Je ne considère pas tous les états à égalité, contrairement à mon camarade blogueur : je préfère avoir comme amis des démocraties que des dictatures qualifiées. 

    Mon amitié pour Israël ne m'empêche pas de dire aux citoyens de ce pays qu'ils se trompent quand ils se trompent, mais en aucun cas, je n'essaie de mettre à genoux leur État pour les amener à récipiscence, ce que propose ni plus ni moins Laurent Pinsolle. Il se proclame "ami" d'Israël, mais je crois que des deux "amis" d'Israël que nous sommes, s'il fallait demander auquel de nous deux Israël accorderait la réciprocité, nul doute que j'en aurais la primeur...

    La seule chose qui puisse changer la donne dans le conflit israélo-palestinien, c'est une évolution des régimes arabes vers la démocratie. Ce serait même une chose qui la modifierait radicalement. Plutôt que de boycotter Israël, mieux vaut soutenir les Tunisiens, qui me paraissent bien engagés, et les forces égyptiennes qui se rangent clairement du côté de la démocratie. 

    Marielle de Sarnez a fort bien exprimé cette considération, tout récemment, au Parlement européen.

    Je crois [...] que l’irruption démocratique aux frontières d’Israël et des territoires palestiniens, peut être une opportunité à saisir pour les deux parties. Aujourd’hui, Israéliens et Palestiniens se trouvent face à une réalité : le monde autour d’eux bouge. C’est le moment pour eux de bouger aussi.

    Dans tous les cas de figure, des pressions (sans aller jusqu'à la rupture diplomatique : heureusement, mon camarade blogueur n'est pas le Quai d'Orsay...) européennes, essentiellement commerciales, auraient alors bien plus de sens. Et si pressions il y a, encore faudrait-il s'assurer de ce qu'il y a en face. Parce que comme le fait observer judicieusement Causeur dans la réponse qu'il apporte à Laurent Pinsolle, chaque retrait d'Israël ces dernières années s'est traduite par une insécurité croissante...

     

     

  • Carrefour/Restos du coeur, soutenir ou pas ?

    Comme d'autres blogueurs, j'ai reçu une demande des Restos du coeur pour assurer une campagne de promotion de Carrefour et de Danone associée à des repas fournis. Après avoir hésité, j'ai décidé finalement de ne pas la relayer, tout en étant traversé de sentiments contradictoires. Partageons mon avis fait état d'un débat similaire : en fait, je partage en partie l'argumentation de Nicolas, sans toutefois y associer la vulgate gauchiste habituelle. Moi non plus, je ne me vois pas faire la promotion de Carrefour ni de Danone : non parce que ce serait de très méchantes entreprises capitalistes qui font des bénéfices (ah, les vilaines, alors, c'est forcément sur le dos du petit peuple), et encore moins parce qu'elles auraient le devoir de financer les repas des Restos du coeur sur leurs bénéfices. 

    Non, ce n'est pas cela qui me choque dans une entreprise comme Carrefour.

    Ce qui me choque, ce sont les pratiques sociales de ce groupe. J'ai de très bonnes raisons de connaître la Grande distribution. C'est un univers pourri. Le personnel est payé au lance-pierre, on lui décompte de son temps ses passages aux toilettes ou alors on le contraint à se pisser dessus. Il y a des pressions incessantes pour le pousser à travailler plus, parfois pour pas un kopeck. On demande aux vigiles, souvent via une pseudo sous-traitance, des horaires inadmissibles. Quand il s'agit de surfaces plus petites, le kapo de service vient voir nominalement les victimes dominicales désignées pour leur demander un "service" par exemple. Je n'évoque pas non plus le sort fait aux fournisseurs, si du moins ils n'appartiennent pas à de très gros groupes agro-alimentaires. Les ristournes et marges qu'on leur demande sont telles qu'on les condamne à la paille.

    En fait, Carrefour participe de cette précarisation rampante du salariat français : les mêmes qui sortent les trompettes pour claironner leur soutien aux Restos du Coeur sont les premiers à y envoyer leurs travailleurs pauvres, leurs agriculteurs-fournisseurs pressurisés au point de ne plus pouvoir vivre de leur travail. Tapez un peu "Carrefour condamné" dans google.fr et vous aurez un aperçu des pratiques de ce groupe...Condamné une première fois il y a deux ans pour des salaires inférieurs au SMIC, rebelote il y a quelques jours, harcèlement moral, des promos bidon, tiens, même en Chine (étiquetage des prix trompeur), bref, la liste serait vraiment longue à dresser...

    A côté de cela, je reçois parfaitement l'argumentation du blog A perdre la raison ou de celui de Philippe Méoule. D'un point de vue pratique, ils n'ont pas tort d'être pragmatiques avec ceux qui n'ont rien, et c'est vrai que la position de principe comme la mienne, comme celle de jegoun, est commode quand on a l'estomac rempli. Pour moi qui considère la responsabilité individuelle comme le moteur de l'action humaine, évidemment, je ne puis qu'adhérer à leur propos, en tout cas, au moins sur le principe.

    J'ai lu en commentaires chez Jegoun qu'il n'aimait pas la charité. Pourquoi la demande-t-il aux grands groupes, alors ? Moi, j'aime bien la charité. C'est une vertu chrétienne. Une vertu cardinale. Mais surtout, c'est une vertu qui interdit à l'individu de se dédouanner de sa propre responsabilité. Je comprends très bien qu'une telle vertu contrarie et offense le gauchiste engoncé dans ses certitudes, habitué à ce que l'État endosse toute la misère du monde. Une version laïque et gauchiste du Christ rédempteur, quoi...

    Je ne jette évidemment pas la pierre aux Restos : le partenariat stratégique avec la grande distribution est vital pour eux, ne serait-ce que pour des raisons logistiques (se tenir derrière les caisses les jours de fêtes pour tenter de récupérer des surplus alimentaires ou simplement obtenir quelques menues marchandises de la charité individuelle...).

    Mais voilà, je ne veux pas cautionner Carrefour and co. Je préfère mettre la main à la poche pour aider les Restos du Coeur, à titre personnel, que de renvoyer vers un logo de Carrefour.