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dimanche, 13 mars 2011

Carrefour/Restos du coeur, soutenir ou pas ?

Comme d'autres blogueurs, j'ai reçu une demande des Restos du coeur pour assurer une campagne de promotion de Carrefour et de Danone associée à des repas fournis. Après avoir hésité, j'ai décidé finalement de ne pas la relayer, tout en étant traversé de sentiments contradictoires. Partageons mon avis fait état d'un débat similaire : en fait, je partage en partie l'argumentation de Nicolas, sans toutefois y associer la vulgate gauchiste habituelle. Moi non plus, je ne me vois pas faire la promotion de Carrefour ni de Danone : non parce que ce serait de très méchantes entreprises capitalistes qui font des bénéfices (ah, les vilaines, alors, c'est forcément sur le dos du petit peuple), et encore moins parce qu'elles auraient le devoir de financer les repas des Restos du coeur sur leurs bénéfices. 

Non, ce n'est pas cela qui me choque dans une entreprise comme Carrefour.

Ce qui me choque, ce sont les pratiques sociales de ce groupe. J'ai de très bonnes raisons de connaître la Grande distribution. C'est un univers pourri. Le personnel est payé au lance-pierre, on lui décompte de son temps ses passages aux toilettes ou alors on le contraint à se pisser dessus. Il y a des pressions incessantes pour le pousser à travailler plus, parfois pour pas un kopeck. On demande aux vigiles, souvent via une pseudo sous-traitance, des horaires inadmissibles. Quand il s'agit de surfaces plus petites, le kapo de service vient voir nominalement les victimes dominicales désignées pour leur demander un "service" par exemple. Je n'évoque pas non plus le sort fait aux fournisseurs, si du moins ils n'appartiennent pas à de très gros groupes agro-alimentaires. Les ristournes et marges qu'on leur demande sont telles qu'on les condamne à la paille.

En fait, Carrefour participe de cette précarisation rampante du salariat français : les mêmes qui sortent les trompettes pour claironner leur soutien aux Restos du Coeur sont les premiers à y envoyer leurs travailleurs pauvres, leurs agriculteurs-fournisseurs pressurisés au point de ne plus pouvoir vivre de leur travail. Tapez un peu "Carrefour condamné" dans google.fr et vous aurez un aperçu des pratiques de ce groupe...Condamné une première fois il y a deux ans pour des salaires inférieurs au SMIC, rebelote il y a quelques jours, harcèlement moral, des promos bidon, tiens, même en Chine (étiquetage des prix trompeur), bref, la liste serait vraiment longue à dresser...

A côté de cela, je reçois parfaitement l'argumentation du blog A perdre la raison ou de celui de Philippe Méoule. D'un point de vue pratique, ils n'ont pas tort d'être pragmatiques avec ceux qui n'ont rien, et c'est vrai que la position de principe comme la mienne, comme celle de jegoun, est commode quand on a l'estomac rempli. Pour moi qui considère la responsabilité individuelle comme le moteur de l'action humaine, évidemment, je ne puis qu'adhérer à leur propos, en tout cas, au moins sur le principe.

J'ai lu en commentaires chez Jegoun qu'il n'aimait pas la charité. Pourquoi la demande-t-il aux grands groupes, alors ? Moi, j'aime bien la charité. C'est une vertu chrétienne. Une vertu cardinale. Mais surtout, c'est une vertu qui interdit à l'individu de se dédouanner de sa propre responsabilité. Je comprends très bien qu'une telle vertu contrarie et offense le gauchiste engoncé dans ses certitudes, habitué à ce que l'État endosse toute la misère du monde. Une version laïque et gauchiste du Christ rédempteur, quoi...

Je ne jette évidemment pas la pierre aux Restos : le partenariat stratégique avec la grande distribution est vital pour eux, ne serait-ce que pour des raisons logistiques (se tenir derrière les caisses les jours de fêtes pour tenter de récupérer des surplus alimentaires ou simplement obtenir quelques menues marchandises de la charité individuelle...).

Mais voilà, je ne veux pas cautionner Carrefour and co. Je préfère mettre la main à la poche pour aider les Restos du Coeur, à titre personnel, que de renvoyer vers un logo de Carrefour.