Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

  • J'ai oublié mes stats du mois d'avril

    Très court billet pour signaler que j'ai oublié de préciser mes statistiques du mois d'avril. 13 500 visiteurs uniques. Pour être franc, je commence à me lasser passablement de la chose. J'espérais que nous serions nombreux à les dévoiler, quand j'ai lancé l'opération vérité sur l'audience et l'influence des blogues, et au final, nous sommes vraiment une toute petite minorité.

    J'ai l'impression d'écrire un billet à blanc qui n'intéresse de toutes façons pas grand monde à chaque fois, et de plus, c'est fastidieux à élaborer. Tout ça pour dire que je ne pense pas en écrire à nouveau sur le sujet sauf si je descends en-dessous des 10 000 visiteurs uniques par mois ou si, au contraire, je dépasse une fois encore les 15 000 visiteurs uniques. Pour faire simple, le blogue oscille entre 10 000 et 15 000 visiteurs uniques chaque mois avec une moyenne globale qui tend vers 13 000 en somme.

  • L'heure du Diable...

    «Foul is fair and fair is foul ». Ainsi s'ouvre l'Acte I du Macbeth de Shakespeare. Oui, laide est la beauté et belle est la laideur. C'est sous ce signe de l'inversion des valeurs que Macbeth accomplira son destin criminel, liquidant ses amis les uns après les autres, dans les circonstances les plus horribles, pour finir victime des prophéties qui ont annoncé à l'avance sa défaite et sa mort à venir.

    Quand dans un pays on en vient à considérer comme un héros local un criminel sans foi ni loi, un trafiquant de drogue sans scrupules, c'est que la morale en est venue à sa phase terminale de déliquescence. C'est pourtant le statut dont bénéficie Christopher Coke dit "Dudus" à la Jamaïque. Je l'ai écrit, et plus précisément, c'est Denys d'Halicarnasse qui le rapporte, Romulus a inventé le clientélisme. Idée qui a fait son chemin tout au fil de l'histoire et dont l'ambiguïté originelle trouve un aboutissement exemplaire avec les pratiques de Dudus. L'argent du crime organisé trouve à Kingston un débouché en se recyclant dans l'économie locale à coups de petits jobs et d'oeuvres "philanthropiques".

    On a tort de penser que le Mal est l'exact opposé du Bien. Le Mal n'est pas l'inverse du Bien, c'en est sa perversion. Le Diable n'est pas Malin parce qu'il dit "faites le mal" mais parce que son pacte parle du bien. Sha'itan est la plus perverse des créatures qui se sont rebellées contre Yahvé parce qu'il propose un pacte à Ève et à Adam : la connaissance contre la désobéissance à Dieu.

    Là où les mouvements intégristes sont puissants, ils s'implantent parce qu'ils oeuvrent dans le social : Hezbollah, Hamas, Talibans à leurs débuts l'ont bien compris, d'où leur popularité dans de larges fractions des populations au sein desquelles ils évoluent.

    Nos sociétés ne sont pas à l'abri de ces déviances : à preuve le culte que nous vouons aux pires ordures de l'histoire. Aujourd'hui on célèbre Mesrine comme un héros. Dès le début du XXième siècle, par esprit de rébellion, on réhabilitait des tyrans aussi sanguinaires et sadiques que Caligula ou Néron. Il n'est pas jusqu'à l'histoire de France par laquelle nous célébrons les tyrans égocentriques et imbus d'eux-mêmes que furent un Napoléon ou un Louis XIV.

    Je ne donne pas un siècle avant que surgissent les premières oeuvres officielles faisant d'Adolf Hitler un contre-héros transgressif.

    Les trois sorcières qui mèneront Macbeth à sa perte l'ont bien compris : en réalité, ce n'est pas une inversion des valeurs qu'elles proposent, mais leur stricte équivalence. Et la stricte équivalence du Bien et du Mal, c'est l'heure à laquelle on ne peut plus les distinguer. C'est en mêlant ainsi le Mal de Bien que Satan parvient à se cacher des mortels qu'il trompe. La perversion ne réside pas dans l'inversion mais bien dans le mélange. C'est bien ainsi que le chef du gang des "douches" (appelés ainsi pour leur habitude d'arroser de balles leurs victimes...) parvient à passer pour un Robin des Bois moderne.

    Le malheur, c'est que l'inverse du Mal n'est pas plus le Bien que l'inverse du Bien n'est le Mal. Comme l'observe Marie Simon de l'Express, extrader Christopher Coke vers les USA n'est nullement l'assurance d'une vie meilleure pour la partie de la ville où il règne. Bien au contraire.

    In fine, partout où le Mal semble à l'oeuvre, on ne peut procéder par sa suppression. C'est impérativement à un échange qu'il faut songer ; pour l'avoir ignoré, les armées des démocraties ont échoué presque partout où elles ont cherché à mener une guerre contre un ennemi brutal, sanguinaire et sans scrupules, comme en Afghanistan.

    In fine, si les termes de l'échange, c'est à dire du changement, n'ont pas été pensés au préalable, toute lutte contre le Mal est vouée à l'échec, c'est à dire à revenir à son point de départ : le Mal.

  • Anonymat des blogs, et si Masson avait raison ?

    Généralement, je n'aime pas bêler en choeur avec le troupeau. J'ai donc cherché des éléments objectifs pour soutenir la proposition de Jean-Louis Masson, et je me suis vite retrouvé à un problème de taille : il n'y en a aucun...J'ai beau lire et relire le projet de loi, il n'y a rien à faire, je ne peux pas soutenir ce qu'il propose. Je ne peux pas soutenir la proposition de loi, mais je n'en pense pas moins que son exposé des motifs est, jusqu'à un certain point légitime. Sur le fond, Jean-Louis Masson s'inquiète de la permissivité généralisée sur la  Toile, qui permet à tout un chacun d'exprimer n'importe quelle opinion, y compris au détriment d'autrui. Son erreur, je pense, c'est de croire que l'anonymat soit la clé de cette profusion délirante d'attaques parfois les plus basses.

    La véritable difficulté, c'est l'addition dévastatrice de l'immédiateté et du sentiment de toute-puissance. Sentiments de toute puissance et d'impunité qui favorisent les dérapages. Sauf que, comme le notent très justement Reversus et Piratages, ces dérapages ne se font pas tout seul, loin de là. Ce sont les médias traditionnels qui relaient, la plupart du temps, l'information venue de la Toile sans avoir pris la peine d'en vérifier la véracité.

    Les blogues ne sont d'ailleurs qu'un média parmi tant d'autres ; de fait, il est sans doute plus aisé d'identifier un blogueur qu'un profil facebook bidon ou tout autre chose de ce genre.

    A vrai dire, quand je me représente la Toile, je songe souvent à l'image fameuse de Platon dans la République, divisant l'âme en trois. S'il fallait matérialiser sa tripartition, l'esprit serait un petit homme, le coeur un lion, et les désirs, les ἐπιθυμίαι, une sorte d'hydre à mille têtes. Lieu de tous les fantasmes, de tous les délires, de tous les théories et complots, la Toile alimente l'imagination de ses acteurs au moins autant que celle des lecteurs qui viennent y puiser de l'information brute.

    La Toile est l'Hydre aux mille têtes de la République. Que l'on en tranche une et une autre repousse ailleurs. Pour Platon, chaque partie de l'âme possédait une vertu qui lui était propre : la sagesse pour l'esprit, le courage pour le coeur et...la tempérance pour le désir.

    Je ne sais pas si Jean-Louis Masson est platonicien, il faudrait le lui demander. Mais platonicien ou non, je suis à peu près persuadé que l'intempérance exubérante qui s'empare régulièrement de la Toile n'a pas fini de le heurter.

    Tenter de museler la Toile est aussi vain que d'envisager de récuser la tripartition de l'âme. Finalement, qu'importe si Jean-Louis Masson a tort ou raison. Ce qu'il propose n'est tout simplement pas faisable. Le petit homme peut s'armer d'une épée et d'un bouclier, et, accompagné du lion, il peut trancher la tête de l'hydre quand elle s'approche de trop près, mais il ne peut en aucun cas enfermer, a fortiori détruire l'hydre.

    Plutôt que de chercher à encadrer Internet, mieux vaut définir des zones rouges dans lesquelles les têtes de l'hydre n'ont pas droit de cité et où elles seront implacablement tranchées.

    Il me semble que c'est ce que la loi spécifie déjà.

    En réalité, bien loin d'inquiéter l'hydre, Jean-Louis Masson a juste réveillé une tête assoupie, et,  pour en comprendre la nature, je laisse la parole à Reversus et Piratages qui concluent ainsi leur billet :

    Finalement J.L Masson répond involontairement à une aspiration inassouvie, la quête d’influence. Un fantasme qui perdure depuis des années auquel cette loi répond de la plus belle manière. La blogosphère se réjouit, si le pouvoir se met à craindre les blogueurs, c’est qu’ils ont donc une influence, une légitimité. Le web ayant pour vocation de devenir tôt ou tard le lieu central du débat public…