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mercredi, 26 mai 2010

L'heure du Diable...

«Foul is fair and fair is foul ». Ainsi s'ouvre l'Acte I du Macbeth de Shakespeare. Oui, laide est la beauté et belle est la laideur. C'est sous ce signe de l'inversion des valeurs que Macbeth accomplira son destin criminel, liquidant ses amis les uns après les autres, dans les circonstances les plus horribles, pour finir victime des prophéties qui ont annoncé à l'avance sa défaite et sa mort à venir.

Quand dans un pays on en vient à considérer comme un héros local un criminel sans foi ni loi, un trafiquant de drogue sans scrupules, c'est que la morale en est venue à sa phase terminale de déliquescence. C'est pourtant le statut dont bénéficie Christopher Coke dit "Dudus" à la Jamaïque. Je l'ai écrit, et plus précisément, c'est Denys d'Halicarnasse qui le rapporte, Romulus a inventé le clientélisme. Idée qui a fait son chemin tout au fil de l'histoire et dont l'ambiguïté originelle trouve un aboutissement exemplaire avec les pratiques de Dudus. L'argent du crime organisé trouve à Kingston un débouché en se recyclant dans l'économie locale à coups de petits jobs et d'oeuvres "philanthropiques".

On a tort de penser que le Mal est l'exact opposé du Bien. Le Mal n'est pas l'inverse du Bien, c'en est sa perversion. Le Diable n'est pas Malin parce qu'il dit "faites le mal" mais parce que son pacte parle du bien. Sha'itan est la plus perverse des créatures qui se sont rebellées contre Yahvé parce qu'il propose un pacte à Ève et à Adam : la connaissance contre la désobéissance à Dieu.

Là où les mouvements intégristes sont puissants, ils s'implantent parce qu'ils oeuvrent dans le social : Hezbollah, Hamas, Talibans à leurs débuts l'ont bien compris, d'où leur popularité dans de larges fractions des populations au sein desquelles ils évoluent.

Nos sociétés ne sont pas à l'abri de ces déviances : à preuve le culte que nous vouons aux pires ordures de l'histoire. Aujourd'hui on célèbre Mesrine comme un héros. Dès le début du XXième siècle, par esprit de rébellion, on réhabilitait des tyrans aussi sanguinaires et sadiques que Caligula ou Néron. Il n'est pas jusqu'à l'histoire de France par laquelle nous célébrons les tyrans égocentriques et imbus d'eux-mêmes que furent un Napoléon ou un Louis XIV.

Je ne donne pas un siècle avant que surgissent les premières oeuvres officielles faisant d'Adolf Hitler un contre-héros transgressif.

Les trois sorcières qui mèneront Macbeth à sa perte l'ont bien compris : en réalité, ce n'est pas une inversion des valeurs qu'elles proposent, mais leur stricte équivalence. Et la stricte équivalence du Bien et du Mal, c'est l'heure à laquelle on ne peut plus les distinguer. C'est en mêlant ainsi le Mal de Bien que Satan parvient à se cacher des mortels qu'il trompe. La perversion ne réside pas dans l'inversion mais bien dans le mélange. C'est bien ainsi que le chef du gang des "douches" (appelés ainsi pour leur habitude d'arroser de balles leurs victimes...) parvient à passer pour un Robin des Bois moderne.

Le malheur, c'est que l'inverse du Mal n'est pas plus le Bien que l'inverse du Bien n'est le Mal. Comme l'observe Marie Simon de l'Express, extrader Christopher Coke vers les USA n'est nullement l'assurance d'une vie meilleure pour la partie de la ville où il règne. Bien au contraire.

In fine, partout où le Mal semble à l'oeuvre, on ne peut procéder par sa suppression. C'est impérativement à un échange qu'il faut songer ; pour l'avoir ignoré, les armées des démocraties ont échoué presque partout où elles ont cherché à mener une guerre contre un ennemi brutal, sanguinaire et sans scrupules, comme en Afghanistan.

In fine, si les termes de l'échange, c'est à dire du changement, n'ont pas été pensés au préalable, toute lutte contre le Mal est vouée à l'échec, c'est à dire à revenir à son point de départ : le Mal.

Commentaires

Je ne pense pas que nous idolâtrons les monstres, au contraire leur étude passionnante, nous permet de comprendre que qui est au fond de nous, ce que nous refoulons pour pouvoir vivre en société non autodestructrice

Écrit par : Hermes | mercredi, 26 mai 2010

@L'hérétique,
Vous avez oublié dans votre listing les : "évangélistes", entre-autres...Très présents dans nos banlieues aussi! :)

Écrit par : Martine | mercredi, 26 mai 2010

Dire que je pars en Jamaïque la semaine prochaine en vacances...

Écrit par : Nemo | jeudi, 27 mai 2010

@Nemo
Ben justement, ils font la peau du gang...

Écrit par : l'hérétique | jeudi, 27 mai 2010

Très bonne analyse.

Écrit par : KPM | jeudi, 27 mai 2010

@KPM
Merci.

Écrit par : l'hérétique | vendredi, 28 mai 2010

excellent mais... sans espoir ?

Écrit par : FVZ | vendredi, 28 mai 2010

Bonjour François

Oui, sans espoir...

Écrit par : l'hérétique | vendredi, 28 mai 2010

C'est dommage, KPM, d'avoir arrêté votre blog !

Écrit par : Françoise Boulanger | vendredi, 28 mai 2010

@ L'hérétique,

Tout à fait d'accord avec vous pour dire que la vertu et le vice possèdent en eux mêmes les moyens de leur propre rétribution. Lorsque les choses se confondent, c'est encore plus terrible et vous avez cité dans votre billet bien des déviances possibles.

Cependant, il est difficile d'affirmer que le diable a encore de beaux jours devant lui; je laisse de côté les les lectures chrétiennes de l'Histoire - pourtant fondatrices - car elles ne me paraissent plus en adéquation avec notre monde des années 2000, le monde des attentats du World Trade Center, des Hezbollah, sans oublier l'intervention américaine en Afghanistan.

Il parait actuellement très difficile de construire de nouveaux référentiels religieux pertinents en adéquation avec les attentes des peuples; les idéologies de l'argent tentent bien de créer des référentiels de substitution en dénaturant par exemple des valeurs classiques telles que le travail.

Peut être est on prêt à croire n'importe quoi pour avoir l'illusion d'exister; peut être également est on prêt aussi à travailler n'importe comment pour simplement subsister et certains s'engouffrent volontiers dans les failles du système comme dans votre exemple à la Jamaïque. Il faudrait toutefois introduire un distinguo entre l'Occident, le Tiers Monde et les pays émergents car les peuples selon les cas ne voient pas les choses de la même manière.

Malheureusement, dans ce contexte, force est de constater que la voie démocrate paraît bien mince pour régler des problématiques de fond qui sont chez nous énormes (travail, vieillesse, santé). Les hommes politiques ne peuvent pas exorciser les souffrances des peuples : ce n'est pas leur rôle et c'est au dessus de leurs moyens. Les recettes du progressisme ont fait long feu avec la remise en question de l'Etat-Providence. Alors peut être que quelques vieux durs à cuire de la politique continueront ils encore à implorer Sainte Rita lorsque l'heure sera venue de passer de la conquête du pouvoir à l'exercice des responsabilités !

Cordialement,

Écrit par : Jourdan | vendredi, 28 mai 2010

Bonjour Jourdan
La voie est en effet très étroite.
@Françoise
Oui, dommage qu'il l'ait arrêté. Du romantisme en politique, c'était une référence démocrate.

Écrit par : l'hérétique | vendredi, 28 mai 2010

sans espoir, oui, humainement, mais "il arrive un moment où l'espérance est la seule alternative à la mort" (Geneviève De Gaulle): ne pas confondre espoir et espérance.

il faut sans doute descendre très bas pour accepter de prendre les moyens simples et logiques que nos intellectuels infatués nous empêchent de prendre. (et je ne parle pas de violence, mais de moyens logiques, comme punir ceux qui volent ou qui tuent.)

Écrit par : do | mercredi, 23 juin 2010

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