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lundi, 13 avril 2009

Intégrer la Turquie dans l'Europe va dans le sens de l'histoire

C'est assez rare pour mériter d'être souligné : pour une fois, je ne suis d'accord ni avec mon parti (le MoDem) ni avec Bayrou. Je connais la position traditionnelle de Bayrou et du MoDem (qui suit ce que disait l'UDF) sur l'adhésion de la Turquie à l'Europe. La voici :

"il est primordial de fixer des frontières car l'Union ne peut que perdre en force ce qu'elle gagnerait en étendue. En revanche, nous défendons, bien sûr, l'idée de proposer à nos voisins proches (Turquie, Ukraine, ...), dont l'adhésion ne peut être acceptée car elle rendrait la construction de l'Union politique, sociale et démocratique que nous appelons de nos vœux impossible, un véritable et grand statut de partenariat privilégié, pouvant même éventuellement déboucher sur des liens de type confédéral"

Une remarque : de toutes les oppositions à l'adhésion de la Turquie, je trouve néanmoins que celle du MoDem et du Bayrou est la moins populiste et droitière. Elle repose sur un argument de bon sens qui est le risque de dilution de l'Europe si elle ne se fixe pas dans des frontières identifiables. Ça, c'est une véritable question, et pas les c.....ries culturalistes sur le choc des civilisations et tutti quanti.

Il reste ensuite l'état du droit et de la démocratie en Turquie, mais j'ai abordé la question dans un billet récent. Je vais me placer plutôt dans une perspective idéale, c'est à dire d'ici une quinzaine d'années environ. Faisons un peu de politique-fiction : la Turquie est au niveau de la plupart des pays européens en termes de juridictions et de pratiques démocratiques. Son économie s'est emballée et a crû dans des proportions significatives.

Il reste toutefois trois problèmes : le coût à venir de son adhésion et son poids électoral dans un Parlement Européen qui l'intégrerait et enfin ses frontières. Parce que c'est là le dernier obstacle, la Turquie est-elle en Europe ou non ? Je pense qu'il faut en fait considérer la question dans une optique plus large que Bayrou et le MoDem ont bien pressenti, et c'est bien pour cela qu'ils font valoir pour l'Ukraine ce qu'ils disent pour la Turquie.

Clairement, le Caucase, c'est en Europe ou non ? Parce que tout ce qui s'applique à la Turquie vaudra à l'évidence pour tous les pays du Caucase, dont, évidemment l'Ukraine, la Géorgie, l'Arménie, la Moldavie et cetera...Je ne parle même pas de la Russie qui se trouve derrière le Caucase...

Je vais repose la question autrement : les Européens considèrent que le Caucase marque la limite entre l'Europe et l'Asie, tandis que les Arméniens ou les Géorgiens, par exemple, ne la fixent par sur les Monts Atlas mais sur l'Araxe.

Il y a aussi un problème stratégique : si l'Europe s'avançait ainsi aussi près de la Russie, nulle doute qu'elle commencerait à sérieusement réagir à ce qu'elle considérerait comme un empiètement sur sa zone d'influence traditionnelle. La question ne se pose toutefois pas avec la Turquie, puisque Turcs (à l'époque Ottomans), Perses et Russes ont consacré une large part de leur temps au XIXème siècle à se friter pour la domination du Caucase et que la Turquie ne fait donc pas partie de la zone d'influence russe (encore que...j'ai ouï-dire que la Crise de Cuba en 1962 s'était résolue surtout à partir du moment où les Américains ont accepté de retirer leurs fusées de Turquie, en échange de celles, soviétiques, de Cuba...).

J'en viens, par un subtil retournement argumentatif à l'observation que la Turquie serait en fait le seul état du Caucase dont l'adhésion à l'Europe ne générerait pas de hiatus géostratégique...

Ajoutons que le reste de la Turquie se trouve tournée vers l'Europe et correspond historiquement aux Hittites, puis au royaume de Troie puis plus tard, à de nombreuses cités grecques établies sur ses côtes. Je pense que Bayrou, assez logiquement, arrête l'Europe à la Thrace (de l'autre côté de la Mer de Marmara). Or, c'est là que se trouve la ville la plus importante de Turquie, Istambul (l'ex-Byzance/Constantinople). Ankara est à la Turquie à peu près ce que Brasilia est au Brésil : pas la capitale légitime du pays. Le vrai centre névralgique, c'est Istambul.

Et puis, il faut le rappeler : l'empire Seldjoukide s'est effondrée finalement en Turquie. Par la suite, la Turquie (alors Empire Ottoman) ne se tourna plus vers l'Orient, mais eut les yeux constamment braqués vers l'Europe (les Balkans, très précisément) et très tôt, noua des alliances avec des puissances européennes (avec François 1er, par exemple). Elle consacra un temps considérable à se heurter à la Cité des Doges et à l'Autriche-Hongrie. Sur les 5 derniers siècles, l'essentiel de son histoire se déroule en Europe. Elle participa à la 1ère guerre mondiale, qui était une guerre européenne et non mondiale...

Il reste la question de l'identité culturelle, et non du culturalisme. L'Europe a une identité culturelle très forte : la Turquie ne pourra faire l'économie de réfléchir sur son passé européen si elle veut pouvoir ouvrir des ponts culturels avec cette Europe. Il faudra donc creuser sous la coucher de l'Islam, qui est la plus récente, pour retrouver des éléments plus anciens constitutifs de son identité mais oubliés. Je suis convaincu qu'un inconscient collectif ne s'efface pas d'un coup. Si les Turcs, il y a longtemps, ont parlé grec ou latin ou encore hittite, leur inconscient ne l'a pas complètement effacé et il doit en demeurer des traces. Ce sont ces traces-là qu'il leur faudra faire émerger, non pour remplacer ce que les tribus Oghouz ont amené mais pour s'y marier heureusement.

Je pense que stratégiquement, l'Europe aurait un intérêt évident à recevoir un pays dont le positionnement à cheval sur presque trois continents fait un noeud quasiment incontournable. Les Turcs se ressentent comme Européens et veulent adhérer à l'Europe. Pourquoi leur dire non par avance, dans ces conditions ?

Je ne pense pas que la position du MoDem changera avant un moment, et je sais que ma position est ultra-minoritaire pour l'instant au MoDem sur ce dossier, mais je pense que cela vaut le coup de rediscuter les arguments que je fais valoir ici.

 

20:01 Publié dans Europe | Lien permanent | Commentaires (29) | Tags : turquie, europe, modem, bayrou |  Facebook | | |

Commentaires

Bien envoyé! ;-)
Et je suis sensible à la différence que vous faites entre l'adhésion de la Turquie et celles des pays du Caucase, véritable panier à crabes bien au delà de la situation des pays du Balkan.

Écrit par : pastel | lundi, 13 avril 2009

Sur l'importance de l'adhesion de la Turquie a l'Union européenne

oui a la Turquie dans l'Union européenne,je m'interressait pas trop avant sur le sujet mais quand j'ai put voir son positionnement geographique et comme vous le dite"Je pense que stratégiquement, l'Europe aurait un intérêt évident à recevoir un pays dont le positionnement à cheval sur presque trois continents fait un noeud quasiment incontournable. Les Turcs se ressentent comme Européens et veulent adhérer à l'Europe. Pourquoi leur dire non par avance, dans ces conditions ?...

D'ailleur,meme Michel Rocard dans son dernier livre,osé dire la verité,il est toute a fait evident a ce qu'enfin,nous européen soutennont l'adhesion de la Turquie et surtout comprennons l'importance de son adhesion,qu'on leur avait promis et signé

Pire,on ne peut pas leur dire "non" parcequ'ils sont musulman,ca serait vraiment etre "raciste" aux regard des Turcs et envers les autre pays musulmans,et de cette Europe raciste,non je voudrais et je serais pas le seul

Écrit par : le | lundi, 13 avril 2009

La Turquie est-elle en Europe ?

Historiquement la réponse est claire : oui. La Turquie est membre fondateur du Conseil de l'Europe dès 1949. C'est le 10eme État européen à y avoir adhérer, le même jour que la Grèce.

Géographiquement, on peut raisonner par l'absurde : Chypre est-elle en Europe ? Évidemment oui depuis qu'elle fait partie de l'UE. Nicosie est plus à l'est qu'Ankara...

Écrit par : pierre schweitzer | lundi, 13 avril 2009

J'ajoute que l'histoire de la confédération ne mange pas de pain mais j'aimerais bien savoir qui a prononcé cette phrase pour le compte du MoDem... Sylvie Goulard ?

Si la Turquie est dans l'UE aussi bien que le canton de Genève est en Suisse, tout va bien.

;-)

Écrit par : pierre schweitzer | lundi, 13 avril 2009

@ le
Ce ne serait pas forcément raciste (l'Islam est une religion, je vous le rappelle, pas une race et d'ailleurs, les races n'existent plus à l'heure actuelle, au sein de l'espèce humaine, il n'y en a plus qu'une seule) mais pas un bon argument pour autant.

Écrit par : L'hérétique | lundi, 13 avril 2009

@ Pierre
:-D ça, c'est sûr...

Écrit par : L'hérétique | lundi, 13 avril 2009

Je suis de ceux qui pensent que la Turquie a toute sa place dans l'Union Européenne.

Le titre de partenaire privilégié que certains veulent lui accorder (le mari de Carla en tête) est un statut de seconde zone et humiliant pour ce peuple.

Plusieurs raisons motivent mon point de vue :

- La Turquie montre qu'il existe une autre voie pour des pays où la réligion musulmane est dominante... un autre Islam. La Turquie est laïque et l'armée y veille;
- J'ai passé plusieurs séjours en Turquie... C'est un pays qui cumule les diversités (modernité des villes et traditionnalisme des campagnes. Les guides touristiques ont un regard critique sur leur gouvernement et n'hésitent pas à le faire. J'ai surtout été frappé par les légendes qu'ils racontent et qui viennent de l'empire héllenique. J'ai également été frappé par leur ouverture d'esprit;
- Il faut s'acorder sur le fait que la Turquie après Byzance, a été avec Constentinople (devenue de nos jours Istanbul) une "annexe de l'Empire Romain"...

Bref La Turquie est tantôt la porte de l'Orient, tantôt la porte de l'Europe et il serait irresponsable de continuer à chaque jour élever de nouvelles conditions à leur intégration au sein de l'Union.

L'union Euroépenne a été et c'est peu dire, beaucoup moins regardant concernant certains pays devenus membre.

@ +

Emmanuel MEYZA

Écrit par : MEYZA | lundi, 13 avril 2009

Je suis de ceux qui pensent que la Turquie a toute sa place dans l'Union Européenne.

Le titre de partenaire privilégié que certains veulent lui accorder (le mari de Carla en tête) est un statut de seconde zone et humiliant pour ce peuple.

Plusieurs raisons motivent mon point de vue :

- La Turquie montre qu'il existe une autre voie pour des pays où la réligion musulmane est dominante... un autre Islam. La Turquie est laïque et l'armée y veille;
- J'ai passé plusieurs séjours en Turquie... C'est un pays qui cumule les diversités (modernité des villes et traditionnalisme des campagnes. Les guides touristiques ont un regard critique sur leur gouvernement et n'hésitent pas à le faire. J'ai surtout été frappé par les légendes qu'ils racontent et qui viennent de l'empire héllenique. J'ai également été frappé par leur ouverture d'esprit;
- Il faut s'acorder sur le fait que la Turquie après Byzance, a été avec Constentinople (devenue de nos jours Istanbul) une "annexe de l'Empire Romain"...

Bref La Turquie est tantôt la porte de l'Orient, tantôt la porte de l'Europe et il serait irresponsable de continuer à chaque jour élever de nouvelles conditions à leur intégration au sein de l'Union.

L'union Euroépenne a été et c'est peu dire, beaucoup moins regardant concernant certains pays devenus membre.

@ +

Emmanuel MEYZA

Écrit par : MEYZA | lundi, 13 avril 2009

Pour ma part je considère que la Turquie est certainement européenne par son histoire et même sa géographie, précisément pour les raisons évoquées dans un commentaire.

Mais est-ce que tous les pays européens doivent être acceptés dans l'Union ? C'est là que ma réponse est plus réservée. Cela pose la question du projet européen. Pour moi, c'est un processus d'intégration politique à but démocratique et fédéral. À partir de là, et compte tenu du sentiment national turc, je suis réticent à les accepter dans le projet. On a déjà un Royaume-Uni, on ne va pas en ajouter un deuxième...

SAUF si cette entrée, et la paralysie radicale qui s'ensuivra à coup sûr, pouvait justement être l'élément déclencheur de la création au sein de l'Union d'une avant-garde fédérale sans Royaume-Uni, Turquie ou Scandinavie - ces pays sont bien contents d'être dans un projet économique mais ne veulent pas entendre parler d'Europe politique. Faisons-la alors sans eux, et laissons-les entrer ou demeurer dans ce projet d'intégration économique que sera restée l'Union.

Pour résumer, je suis à la fois en accord avec ta position et avec celle du MoDem et de Bayrou.

Écrit par : KPM | lundi, 13 avril 2009

Je rejoint quasiment la position de KPM. J'aurais pu l'écrire si j'avais été plus réactif :)

Écrit par : vincent15 | lundi, 13 avril 2009

Le problème ne se pose pas dans l'immédiat. Pourquoi faire ressortir cela maintenant ? Quel est l'intérêt d'Obama dans cette histoire ? Mettre Sarkozy en difficultés alors qu'il y a plus important en France et dans le monde aujourd'hui.

Écrit par : pazmany jeune garde 87 | lundi, 13 avril 2009

Il semble effectivement que nous sommes minoritaires au sein du MoDem à militer pour l'adhésion de la Turquie à l'UE. Selon un sondage que je viens de consulter sur le Figaro, c'est au MoDem qu'il y aurait le plus d'opposants à son entrée...Dommage que Monsieur Bayrou ne saisisse pas (pas encore?) tous les intérêts en jeu...

Écrit par : Courrier Danemark | lundi, 13 avril 2009

@ Meyzia
Sur les légendes, ça, j'aimerais avoir des précisions, car cela m'intéresse beaucoup.
@ KPM et vincent
Bien évidemment, tout dépend de la motivation réelle de chaque pays.
@ jeune garde
La Turquie est une alliée de longue date de l'Amérique. Depuis toujours, l'Amérique a souhaité l'utiliser comme cheval de Troie dans les institutions européennes. mais je crois qu'aujourd'hui, la Turquie poursuit ses buts propres.

Écrit par : L'hérétique | lundi, 13 avril 2009

@ Courrier Danmark
Sa position peut évoluer. Son argumentation n'est pas non plus infondée. Et elle a l'avantage de laisser un espace de débat.

Écrit par : L'hérétique | lundi, 13 avril 2009

KPM : « Mais est-ce que tous les pays européens doivent être acceptés dans l'Union ? »

Selon les traités, l'Union européenne est ouverte aux pays européens qui respectent ses valeurs et qui s'engagent à les défendre en commun. (de mémoire)

Autant dire que refuser l'adhésion d'un pays européen qui respecterait les valeurs de l'UE ainsi que les critères de convergence (économiques entre autres) serait une opération délicate au regard du respect des traités de l'Union, et de ses valeurs, même.

Écrit par : pierre schweitzer | lundi, 13 avril 2009

Ben nous sommes peut-être minoritaires mais ici nous faisons l'unanimité! :-)))
;-)

Écrit par : pastel | lundi, 13 avril 2009

petit rappel historique pour indiquer que la Turquie en Europe, c'est une veille histoire ! Vers la fin du 19 siècle les chancelleries européennes parlaient de l'empire Ottoman comme de "l'Homme malade de l'Europe", il est vrai que l'empire à cet époque était plus européen en surface que maintenant.

Je pense que d'une certaine façon les ottomans ont été "européennes" bien avant les européens eux mêmes !

Quant à ce que la Turquie soit en Europe uniquement par la grâce d"une géographie favorable et d'une histoire méritante, pourquoi pas, mais ce n'est surement pas suffisant.

Écrit par : Tarik | lundi, 13 avril 2009

@ Tarik
Le célébrissime jeu Diplomatie le compte comme l'une des sept puissances à la veille de la guerre de 14-18...
Quant à dire que les Ottomans ont été européens avant les Européens eux-mêmes...hum...faut pas pousser non plus.
Enfin, on ne peut écarter la question de la géographie pour une union qui demeure régionale.

Écrit par : l'hérétique | mardi, 14 avril 2009

Bonsoir,

Si la Turquie est en Europe? je dis non si je me réfère à la proportion du pays apparaissant sur une carte Européenne. (mais oui au sens littéral)
Si la Turquie est Européenne? Elle aspire à l'être à part entière et celà ne suffit pas pour l'être.

Mais pour autant, et tu le soulignes très bien. L'Europe à une culture forte, une identité. La Turquie également.
Pour faire simple voir caricatural je vais posé une question qui ne devrai pas plaire mais qui doit être posée puisque c'est concrètement la seule qui limite l'adhésion de la Turquie:
Peut on réellement, sincèrement et de façon fiable, mélanger une culture judéo-chrétienne devenue progressivement laïc (mais gardant son empreinte religieuse) avec une culture devenue depuis déjà longtemps musulmane?
Car mélangé des cultures sur un sol avec une seule identité nationale est de l'ordre du faisable (avec tous les problèmes ségrégationistes que l'on connait); mais adjoindre au sein d'une seule unité des nations souveraines d'une culture opposée (le Christianisme n'est plus dans une phase de conquète mais de sauvegarde tandis que l'Islam est à l'heure de la conquète et de la conversion générale) n'est il pas l'embryon d'un conflit?

L'histoire est souvent peu originale... L'Europe sera un jour ou l'autre une fédération (chouette) et il faudra, si les nations sont de cultures trop différentes, l'équivalent de ce que les states ont connus sous le nom "guerre de cecession" pour harmoniser les peuples. Si l'on peut se l'éviter, ce n'est pas plus mal.

La Turquie à brillé lors du dernier sommet de l'OTAN en annonçant son refu (puis s'est rétractée) d'élire le Danois à la t^te de l'organisation pour cause qu'il n'ait pas dénoncer le fameux dessin (que j'ai adoré) qui caricaturat Mahomet. Peut-on réellement considérer que la turquie est prête?

Je pense pour ma part qu'il est tôt, bien trop tôt pour se prononcer. Ce qui signifie que je suis contre pour le moment.
La Turquie a certes évolué mais ce n'est pas en buvant du Coca Colas et en regardant des films made in USA que l'on ouvre sa société. C'est en faisant disparaître toute possible pression entre le religieux et le politique et sur ce plan, le sommet de l'OTAN nous ramène à la réalité. (Notez que je suis sur la même formule avec les USA qui impriment sur leur monnaie "In God We trust"... mais eux ne cherchent pas à devenir Européens... plutôt l'inverse)

Les croyances sont à l'origine de nos civilisations, sans elles, nos sociétés ne seraient pas. Mais elles sont également la source de toute les divisions et nous avons appris que ceux qui souhaitent pratiquer un culte doivent le faire en dehors de tout lien avec la gouvernace de notre nation. Ainsi, l'Etat est libre et le croyant peut croire et prier selon sa conscience l'entité qu'il nomme comme il le choisit.

Le temps viendra où la Turquie sera à même de réaliser son adhésion complète mais nous n'y sommes pas. Il faudra beaucoup plus de temps. C'est en même temps injuste car on prive un peuple qui dit oui tandis que l'on cherche à contourner les peuples qui on dit non...

Écrit par : Emmanuel Vrel-Lavezzi | mardi, 14 avril 2009

@ Emmanuel
Je n'ai pas de désaccord de fond avec ce que vous dites. Il est en effet trop tôt. Mais il ne faut pas fermer la porte définitivement, voilà mon sentiment.

Écrit par : l'hérétique | mardi, 14 avril 2009

Croire, comme Emmanuel Vrel-Lavezzi, le bobard sorti par Ankara concernant son refus d'élire le danois pour cause de caricatures est stupéfiant. D'abord parce que c'est un motif d'un ridicule tel que ce n'est même pas la peine d'en parler (ces caricatures ont été publiées dans une feuille de chou d'extrême droite qui a eu une pub inespérée).
Mais surtout, c'est méconnaître la nature des relations diplomatiques entre pays, et des effets d'annonce concomitants.
Les USA interdisent, cela s'est vu, le roquefort ou le foie gras, sous prétexte que le premier pose des problèmes d'hygiène (hé oui, le fromage contient des bactéries!) et le second est obtenu par des actes cruels sur animaux.

N'importe qui est capable de comprendre que le but n'est pas ici d'améliorer l'hygiène alimentaire des américains, ou sauver de la torture quelques canards, mais tout simplement de faire un "coup de pute" aux français. C'est tout.

Et c'est pareil pour le danois avec la Turquie, je ne sais pas bien à qui ce pays a voulu nuire en faisant cela, mais la piste de l'effarouchement islamiste est la moins crédible. Pas plus crédible en tout cas que l'hygiène pour le roquefort.
Rien à voir avec l'islam et la liberté d'expression.

Écrit par : Chitah | mardi, 14 avril 2009

@pierre schweitzer : Dans ce cas, le fameux critère de capacité d'absorption est contraire aux traités ?


Chitah : Je suis assez d'accord ; la vraie raison était surtout d'obtenir des concessions par ailleurs... concessions qu'elle a effectivement eues. Si la raison était religieuse, vous croyez vraiment qu'elle y aurait renoncé contre quelques postes et avantages diplomatiques ? Reste qu'elle avait probablement sous-estimé la capacité des Européens à se saisir de ce prétexte pour dénigrer sa candidature. À hypocrite, hypocrite et demi...

Écrit par : KPM | mardi, 14 avril 2009

Personnellement, je trouve ce débat, à la fois passionnant et futile. Mais je veux bien jouer le jeu.

Si on accepte les arguments de l'Hérétique (qui sont parfaitement raisonnables, au passage) est-que la Russie devrait être considérée "européenne" ? L'histoire dela Russie et celle de l'Europe sont très intimement liées. Le "Grand Tour" par lequel l'aristocratie européenne se formait ne pouvait pas négliger des villes comme St.Petersbourg à côté de Vienne, Venise ou bien Paris. Et même après la Deuxième Guerre, la Russie a été présente en Europe. Avec le rideau mais aussi par l'influence politique sur des pans importants de l'échiquier occidental.

Je sais que cela peut paraître (et il est) facile, mais je trouve que, à un Etat près, les frontières de l'Europe (pas forcément de l'Union, je pense que la Russie n'aura pas si facilement envie d'entrer) coïncident bien avec celles de l'UEFA (l'exception étant l'inclassable Israël)

Écrit par : Claudio Pirrone | mardi, 14 avril 2009

De mémoire, la commission chargée de travailler à l'élargissement de l'UE dans le futur a pondu un rapport cet automne.Il y est clairement indiqué qu'à terme tous les pays Européens(c'est à dire comme le dit Claudio Pironne ceux qui forme l'UEFA-1) ont vocation à intégrer l'UE.

Le tout est d'y mettre les moyens et de développer un modèle de gouvernance en ce sens.

La Turquie au niveau relation internationale est un interlocuteur important car ses relations lui permettent aussi bien de dialoguer avec Israel et l'Iran par exemple. De plus la Turquie permet de sécuriser tout l'approvisionnement en énergie fossile de cette région.

Que se passerait-il si l'UE continuait a jouer au chat et à la souris avec la Turquie? Ne serait-elle pas tenter de se replier sur elle et de développer un Islam radical à force d'être rejetée. pour les autres arguments, lire un billet récent
http://heresie.hautetfort.com/archive/2009/04/11/la-turquie-l-europe-et-le-syndrome-de-servius.html

Écrit par : europium | mardi, 14 avril 2009

@ L'Hérétique: pas si ultra-minoritaire que ça parmi les militants (déjà je te rejoins :-)). Parmi ceux qui discutent fréquemment de politique étrangère (Commission PE, GPE Défense & Politique Internationale et à partir d'un sondage informel fait par mes soins), la proportion est à peu près d'1/3 pour, 1/3 contre dans l'immédiat mais qui laisse la porte ouverte en cas de changement de circonstances (Chypre, Arménie, Kurdes, Droits de l'Homme, Economie, Rôle politique des militaires, Pérennisation de la laïcité sous un gouvernement religieux et conservateur, etc.), et 1/3 contre. Les arguments en faveur tournent généralement autour de la géostratégie / géoéconomie (membre de facto de l'OTAN, potentiel apport pour la PESD, élément stabilisateur au Proche-Orient, au Caucase, en Mer Noire, atout pour les corridors énergétiques, force d'un pays émergeant, palliatif démographique face au déclin général de l'UE, rapprochement UE plutôt qu'un allié supplémentaire de la Russie aux portes de l'Union). Les arguments contre tournent autour de la dilution du projet européen (politique, économique, poids démographique, l'UE devenant un acteur principal des conflits du Proche et Moyen-Orient).

Écrit par : ArnaudH | mardi, 14 avril 2009

Je préconise de mettre en relation ce billet avec celui qui suit, où l'on se désole du désintérêt des citoyens pour l'Union Européenne. L'histoire de l'adhésion turque est symptomatique de tout ce qui ne va pas. A l'instar du gars qui possède un marteau et qui voit tout sous forme de clous, il existe un commissaire chargé de l'élargissement dont le job est d'élargir l'Union vers l'infini. De leur côté, les adhésions se discutent entre chefs de gouvernements en fonction de considérations diplomatiques, mais dans toute cette histoire, personne n'a d'égard à ce que peuvent penser les citoyens d'Europe. Ils ont à nouveau l'impression que la construction européenne se fait sans eux, qu'il n'y a plus de projet, mais une folle fuite en avant.

Je suis totalement d'accord avec François Bayrou sur ce dossier. L'Europe a besoin de frontières, déjà pour que les gens comprennent de quoi il est question. Ensuite parce que plus l'UE est étendue, et plus il est difficile de mettre en place un projet politique commun. A ce niveau là, il suffit de voir ce qu'il s'est passé avec l'Europe à 25 à partir de 2004.

La Turquie n'a pas vocation à entrer dans l'Union Européenne. Il y a déjà fort à faire pour faire progresser la construction européenne en Europe. Et la Turquie ne se situe pas en Europe. Les arguments allant dans le sens inverse sont comparables à ceux sur l'Iran dans le billet suivant, genre :

"on pourrait faire valoir les origines indo-européennes des iraniens et le fait que la Perse de très longue date s'est tournée vers l'Europe, tout du moins, jusqu'à l'orée du XXème siècle".

D'ailleurs, jusqu'à l'ouverture des négociations, je croyais moi-même que la candidature turque était un gros hoax ridicule. Je remarque par ailleurs que cela fait 5 ans qu'il ne faut pas regarder la Turquie pour ce qu'elle est actuellement, mais pour ce qu'elle sera dans 15 ans...

Il y a enfin l'argument "stratégique", soit "si la Turquie n'adhère pas, toute la région va nous exploser au visage". D'une part, je crois que c'est faux. D'autre part, si c'est vrai, eh bien rien ne dit que l'adhésion suffise à tout régler, alors que le risque serait d'autant plus fort pour l'UE.

En fait, l'adhésion turque est le plus sûr moyen de faire planter la construction européenne. Cela me désespère que nombreux pro-européens refusent de le voir et préfèrent se faire plaisir en jouant aux dominos, sans autre considération quant au soutien des populations européennes vis-à-vis d'un projet politique commun.

Écrit par : xerbias | mardi, 14 avril 2009

@ArnaudH
Il n'y a pas que ceux qui discutent de politique étrangère (même s'il peut m'arriver de le faire...) qui se sont intéressés à la question de l'intégration de la Turquie dans l'UE (lol). Dans d'autres commissions, la question a été abordée et les arguments pour et contre sont grosso-modo ceux que tu as résumés.

Mon impression(sans avoir fait de sondage) est que ceux qui font l'effort de transcender l'aspect politique intérieure et qui ont une vision de l'UE à long terme sont plutôt pour tandis que ceux qui restent dans l'approche franco-française c'est à dire en mettant en première ligne l'aspect religieux, sont plutôt contres!

Écrit par : europium | mardi, 14 avril 2009

@ Europium: loin de moi la volonté de réduire le débat à ceux qui discutent souvent de PE, c'était uniquement pour faire valoir les proportions de ceux qui sont pour / contre à court terme / contre à long terme parmi une population de militants MoDem ;-)

Ce qui me semble intéressant, c'est qu'il y a un espace assez large d'évolution possible de l'opinion (qui est loin d'être figée), du moins parmi ce groupe de militants, quid de la population militante globale, et de la population française...

Écrit par : ArnaudH | mardi, 14 avril 2009

Si la Turquie n'est pas en Europe, Chypre ne l'est pas plus

Écrit par : Teo Toriatte | mardi, 14 avril 2009

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