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samedi, 27 novembre 2010

On n'a pas fini de parler de la retraite

La BPCE (ex Caisse d'Épargne et Banque Populaire) vient d'ouvrir un observatoire des retraites. Très intéressant. Bien sûr, cette banque d'abord un oeil financier sur l'allongement de la durée de vie et le financement des retraites. S'il lui semble établi que la retraite par répartition restera le modèle dominant en France, ses experts ont calculé qu'au fil du temps, il y aurait un décrochage entre le revenu des actifs et celui des retraités. Actuellement, un retraité dispose d'un peu plus de 85% du revenu d'un actif. Mais à l'horizon 2050, ce taux devrait être inférieur à 50%, compte-tenu de notre probable évolution démographique.

Cette banque se positionne donc avec l'espoir de proposer des produits financiers attractifs aux futurs retraités. Toutefois, lucide, elles est consciente que les futures générations de retraités chercheront d'abord à sécuriser leurs revenus. Les soubresauts de la finance internationale ont engendré une grande méfiance envers ses produits. Si elle note que les Français ne craignent pas de placer des sommes assez considérables en épargne et en assurance-vie, elle n'a pas franchi le pas pour les compléments retraites. 

Bien souvent, c'est la pierre, qui tend à fluctuer assez peu si ce n'est à la hausse, qui paraît aux Français la garantie la plus durable et la plus fiable. On achète donc de quoi se loger avant toutes choses quand on veut sécuriser ses vieilles années.

Les publicitaires, les économistes et les financiers ont du pain sur la planche. Pour être franc, moi-même qui ai une relative confiance dans les vertus du libéralisme et du capitalisme, je fais partie de ceux qui se défient des caisses complémentaires et des placements de ce type. La rapacité des fonds de pension outre-Atlantique, justement constitués de ce genre de portefeuilles, les faillites traumatisantes qui s'y produisent avec son cortège de malheureux qui se retrouvent sans rien et contraints de reprendre une activité salariée à parfois plus de 70 ans, ne m'inspirent guère confiance.

Je veux bien être convaincu, mais il va falloir me présenter des arguments (et des contre-arguments à mes objections !) très solides.

Le projet de cette banque n'en est pas moins très riche et large, car son observatoire a pour objet d'étudier la retraite sous tous ses aspects. Il donne donc aussi la parole à des sociologues, à des économistes, à des philosophes.

Parmi ces derniers, j'ai écouté avec beaucoup d'attention l'intervention de Pierre Henri-Tavoillot, que j'ai eu l'occasion de rencontrer il y près de dix ans (mais qui ne s'en rappelle probablement pas). J'ai trouvé ses pistes de réflexion très pertinentes.

Il renvoie notamment à ce que nos Anciens disaient du vieil âge ; il associe particulièrement Cicéron et Saint-Augustin parce que leurs opinions sont diamétralement opposées. Saint-Augustin voit dans le dernier âge l'occasion de se consacrer aux choses essentielles, tandis que Cicéron estime que l'homme âgé doit demeurer le plus actif possible, au sens latin du mot.

Il se trouve que je connais le De senectute de Cicéron. Je l'ai lu. Il s'agit d'un traité sous forme de dialogue entre les générations. Deux jeunes adultes, Scipion (le général romain victorieux d'Hannibal le Carthaginois) et Laelius, conversent avec Caton l'Ancien, grande figure morale et austère de la Rome républicaine. Cicéron se représente une vieillesse heureuse. Il existe une excellente analyse du texte à laquelle je renvoie, afin de ne pas alourdir ma note. D'une certaine manière, dans la vision de Cicéron des troisième et quatrième âges, il n'y pas de retraite mais une extinction progressive, qui, si l'on demeure actif, nous évite bien des angoisses.

Toutefois, la vieillesse de Cicéron s'inscrit dans une éthique qui heurte frontalement les valeurs de notre société, toute entière tournée vers le confort, l'amusement, les loisirs et la satisfaction des passions. Il faut avoir pris l'habitude dès le jeune âge de tacher de les maîtriser pour pouvoir en faire son deuil, à l'orée des derniers âges.

Bien sûr la pensée de Cicéron se heurte à une limite dont il est d'ailleurs conscient : au fil du temps, vivre, c'est éprouver toujours plus l'imminence d'une mort tôt ou tard inévitable. Sénèque recommandait de la chérir, cette mort, Cicéron, lui suggère d'en rire et même de la défier.

Pierre-Henri Tavoillot observe qu'en 1900, l'espérance de vie était de 40 ans; un siècle plus tard elle atteint 80 ans... Nous avons donc gagné 40 ans, et, du coup, notre philosophe pose une question cruciale : que faire de ce temps de vie en plus ?

Cicéron faisait valoir que tant que l'intellect demeurait intact chez le vieillard, alors il pouvait défier la mort. Ce constat vient se fracasser frontalement sur l'évolution de notre médecine. Le docteur Beaulieu, célèbre pour ses travaux sur la pilule abortive mais aussi la DHEA, la fameuse hormone de jeunesse, met en garde : dès 85 ans, la moitié du quatrième âge devient sénile, que cela soit en raison d’Alzheimer ou pour une autre cause. Or, le nombre de centenaires va exploser dans un futur proche. La prolongation indéfinie de l'existence biologique a-t-elle un sens sans vie de l'esprit ?

Le professeur Beaulieu recommande la poursuite d'une activité à la retraite, qui ne doit plus être un retrait du monde, comme elle avait conçue à l'origine. Sans plus de précautions oratoires, il suggère de supprimer purement et simplement toute référence à un âge légal de la retraite, mais, met le doigt sur ce qui est à mes yeux le problème essentiel : il faut que les gens puissent continuer à mener une activité, mais une activité qui leur plaise...

En ce sens, nous aboutissons ainsi à une question que j'agite souvent ici, qui est celle des conditions de travail. Les Français, selon l'étude de l'Observatoire, se représentent la première retraite comme un âge d'or, non pas celui du repos, mais au contraire l'opportunité d'avoir un surcroît d'activité et d'accomplir ce qu'ils n'ont pu faire jusqu'ici. En somme, les Français ne refusent pas d'être actifs après la retraite, mais refusent de poursuivre leur travail tel que sont ses conditions dans notre société moderne.

Voilà qui laisse songeur et ouvre la porte à une réflexion globale sur le travail et la retraite.

vendredi, 09 octobre 2009

Jour faste pour mon observatoire des bourdons

bourdonpierre.jpgLa journée de mercredi a été une belle journée. Je suis revenu dans la grande allée aménagée en square où j'avais observé mes premiers bourdons, aux alentours de 14h00. L'allée est en fait aménagée au-dessus d'une voie ferrée de RER. J'entre donc dans le square avec mon aîné, cette fois muni d'un appareil-photo. Premiers massifs, rien. Soudain, alors que nous scrutons les fleurs sur lesquels nous avions vu nos bourdons des jardins, le dimanche précédent, que vois-je ? Un énorme bombinus, gras à souhait, bombinant et butinant à coeur joie. Alors celui-là, y'a pas de souci, il était bien nourri. Un bon bestiau. Je jette un oeil de près, et là, la joie : une espèce que je n'avais pas encore observée : un bombinus lapidarius de toute beauté (bourdon des pierres) aisément identifiable avec son rouge-orangé à l'arrière de l'abdomen. Y'a un truc qui m'étonne : les reines, est-ce que ça butine ? Parce que vu la taille, il aurait été logique que ce soit une reine, et pas seulement une ouvrière, ce que nous avons vu, mon fiston et moi. Je lis dans wikipedia que la période de vol est d'avril à octobre. Ouf, trois semaines de plus et c'était râpé !

bourdondesbois.jpgNous continuons donc nos investigations, et là, nouveau coup de pot : un bombus des bois (bombus lucorum). Reconnaissable à ses cercles concentriques blancs. Tiens, il n'est pas commode à distinguer du bombus terrestris. Je me suis posé la question, mais d'après mon pattern, il n'y avait pas de doute, parce que pour autant que je m'en souvienne, le bourdon terrestre est de couleur plus sombre et plus noire.

Nous avons fini en longeant tout le jardin par croiser en plus de nos neuf bourdons des champs deux bourdons des jardins. Mais, comme nous regardions tout ce qui volait autour de nous, nous avons repéré autre chose de magnifique :

paondejour.jpgUn paon de jour ! Trop beau ce papillon. Curieux, d'après wikipedia, ils ne sont plus trop actifs à cette période de l'année. On a donc eu de la chance. Nous avons aussi vu un petit papillon jaune, mais je ne suis pas certain de son espèce, en dépit du pattern du Muséum d'histoire naturelle que j'ai consulté après, et je ne m'avance donc pas. Oui, au fait, parce que le Muséum d'histoire naturelle propose aussi d'observer des papillons et fournit une plance très complète.