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mercredi, 12 janvier 2011

Otages du Niger : trop tentant d'essayer de les libérer...

Les premières vacances au Niger pour Vincent Delory et Antoine de Léocour ont pris hélas fin de la plus tragique des manières. Le gouvernement français a assumé les décisions prises et l'échec de leur libération. La classe politique française a à peu près suivi la position du gouvernement.

Toutefois, Guy Sitbon, éditorialiste à Marianne, lèvre un lièvre en posant clairement la question de la pertinence de l'opération. De fait, a priori, sans intervention militaire, les otages seraient peut-être en vie à l'heure actuelle. Mais on eût pu aussi imaginer que l'intervention réussît !

Il faut en fait disposer de l'article de Thomas Cantaloube, sur Médiapart (accès payant) pour se faire une idée plus précise des circonstances du drame.

Ce que je comprends de la relation du journaliste, c'est que des forces françaises présentes dans la région ont été en situation d'intercepter le véhicule qui emmenait les deux jeunes gens. Le véhicule a été une première fois interceptée à un barrage militaire, par des Nigériens, mais est parvenue à prendre la fuite. Informés, les Français ont alors aussitôt un avion prendre en chasse le 4X4, tandis qu'ils préparaient des commandos français pour tenter de libérer les otages. 

Les commandos ont bien affronté le groupe de terroristes, et en sont venus à bout, mais, ont fait la macabre découverte des deux corps morts. L'élément qui éclairera certainement la pertinence ou non de l'intervention, c'est la date exacte de leur mort.

Ont-ils été exécutés pendant l'assaut français ou avant ? Une chose est certaine : il eût été rageant pour le gouvernement français d'avoir localisé les otages, d'avoir été en mesure de mettre au point une opération militaire, et, finalement, de se résoudre à laisser ces derniers disparaître dans le repère des ravisseurs au sein d'un massif montagneux. 

On peut donc comprendre le désir de tenter le tout pour le tout. Ce qui est plus fâcheux, en revanche, et Thomas Canteloube pointe à juste titre cet aspect, c'est que les commandos français spécialement entraînés ne parviennent pas à libérer des otages sans dommages. Défaut de préparation ? Matériel insuffisant ? Oh, la tâche n'est certes pas aisée. Une telle intervention est très délicate. S'il s'avère, toutefois, que les deux jeunes gens ont péri pendant l'assaut, cet questionnement prendra alors toute son acuité.

Pour répondre à la question de Guy Sitbon : la France aurait-elle agi de même s'il s'était agi de deux fils de ministres. Il est sûr qu'il eût été aussi tentant pour eux de proposer une rançon. Mais, face, à des islamistes (ou des brigands à leur solde) prêts à tout, c'eût été un risque très lourd également. Contrairement à Guy Sitbon, je ne suis pas convaincu que l'ordre donné eût été sensiblement différent, dans le cas de figure qu'il évoque.

On peut toujours se dire, évidemment, que l'on paiera rançon, comme le fait l'Allemagne, mais le nombre d'otages augmente toujours plus. Payer une rançon me paraît pourtant recevable, à condition qu'il y ait des interlocuteurs en face ! Les contacts précédents avec l'AMQI ont certainement refroidi la France qui s'est souvenue de Michel Germaneau : si un otage était mort lors des négociations précédentes, il y avait un très grand risque à s'engager dans cette voie. Voilà pourquoi l'option militaire qui était cette fois possible a été choisie, à mon avis.

11:43 Publié dans International | Lien permanent | Commentaires (19) | Tags : otages, niger, amqi |  Facebook | | |

lundi, 27 avril 2009

Bayrou et le co-développement, niger, cas d'école...

Je suis pour que l'on protège les régions les plus fragiles du monde, pour qu'on les rende autonomes en matière de production agricole et de production industrielle. Ce que nous avons fait après la guerre pour les pays européens, je considère que c'est un devoir que nous le fassions pour eux et pas que nous continuions ce qu'il faut bien appeler des politiques colonialistes, qui consistent à aller leur piquer leurs matières premières, en particulier l'uranium, à les transformer chez nous en produits finis et à leur renvoyer chez eux, faisant que ces pays sont absolument exploités et ruinés. J'ai vu des choses dans les déplacements récents du président de la République à ce sujet qui doivent nous donner à penser. Ceci est impossible, surtout dans la période de crise que nous sommes en train de vivre. On a fait une politique agricole commune dont le but était de réserver aux producteurs européens au marché européen. On doit faire la même chose pour les producteurs africains. Voilà des idées simples qui vont nous servir de marques de fabrique, d'identité, dans le grand débat européen.

Bon, il y a été fort le père Bayrou, mais, sur le fond économique de la chose, il a raison. Il faut absolument créer les conditions d'un éco-système de la richesse dans les pays les plus fragiles. Cela dit, cela ne suffira pas. La misère prospère aussi sur la corruption endémique qui caractérise ces pays, et, sur ce point, c'est un lieu commun qui m'agace que d'en accuser les gouvernements occidentaux ou les multi-nationales. Non que ces derniers soient blancs comme neige, mais simplement parce que les responsabilités sont largement partagées par les pouvoirs en place.

Cette réflexion me semble correspondre, à certains égards, à celle de Prahalad et son Bottom of Pyramid. J'en développerai bientôt les différents aspects. J'aurais pu penser qu'il y avait de la part de Bayrou un discours convenu sur la ruine de ces pays , mais, objectivement, pour le Niger, tout au moins, on ne peut pas dire que nos entreprises aient contribué au développement. AREVA (autrefois COGEMA) exploite les mines d'uranium du Niger depuis près de 50 ans et que l'on ne peut pas dire que cela ait apporté grand chose à ce pays, classé comme l'un des plus pauvres de la planète.

Et puis, AREVA agit avec une totale absence de scrupules là-bas : l'exploitation génère des déchets radio-actifs qui ne sont pas traités, au mieux, recouverts de remblais de terre, l'eau est contaminée et on utilise même des matériaux radio-actifs eux aussi pour construire des écoles ou des dispensaires. AREVA transmet des informations erronnées et de surcroît, quand il y a réaménagement, c'est par le biais de fonds européens. Des villages entier ont été délogés de force, et AREVA compte utiliser de l'eau fossile qui serait pourtant bien utile aux habitants assoiffés.

Une députée verte européenne, un tantinet agacée, a d'ailleurs posé une question orale à la Commission européenne et au Conseil Européen, jeudi dernier. On attend la réponse. Corinne Lepage, vice-présidente du MoDem, suit également avec attention l'évolution de la situation. Elle observe, tout comme François Bayrou, avec justesse, que cette exploitation ne mène par ailleurs nullement à l'indépendance énergétique de la France, bien au contraire.