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mercredi, 15 avril 2009

Les pauvres sont riches !

J'ai commencé le livre de C.K. Pralahad, 4 milliards de nouveaux consommateurs. Passionnant ! J'avais pris connaissance de l'ouvrage grâce à un compte-rendu d'un militant (ou sympathisant MoDem).

Une manière totalement inédite d'aborder le problème de la pauvreté. Je viens juste de commencer le 1er chapitre (le marché à la base de la pyramide) de la 1ère partie (la nouvelle création de richesses). L'idée de base est brillantissime de simplicité : en gros, il n'y a pas de petits profits, et donc, les pauvres, en dépit de revenus très faibles, constituent un marché immense, avec un pouvoir d'achat conséquent. Il y a là un immense marché latent, une société de consommateurs dont les grandes multinationales ne se sont jamais préoccupées jusqu'ici, et c'est bien cela le plus grand tort qu'elles lui ont fait, à cette société.

Pralahad, dès ce premier chapitre balaie un certain nombre d'idées reçues. Il appelle ce marché le BOP (Bottom of Pyramid). Les pauvres représentent à ses yeux un marché viable. Leur nombre fait leur pouvoir économique. Même à 200 dollars par mois, un pouvoir d'achat, multiplié par 4 milliards de consommateurs, cela donne un marché de 800 milliards de dollars par mois ! Oui, par mois ! Une opportunité de profits monumentale. Il essaie de démontrer que contrairement aux idées reçues, mettre en place des réseaux de distribution sur ces marchés n'a rien d'insurmontable. Par exemple, nombre de sociétés rurales sont difficilement joignables, mais la connectivité sans fil, qui s'est considérablement développée change radicalement la donne. Il donne l'exemple de deux sociétés l'une indienne, l'autre brésilienne, qui ont formé aux techniques commerciales des femmes des villages, devenues ainsi leurs représentantes de commerce jusqu'au fin fond de la brousse.

Il y a en fait, trois pré-requis à la création de la capacité de consommer :

- un prix abordable. (c'est la base. Notons que les acheteurs pauvres aiment autant le luxe que les acheteurs riches et en consomment dans la même proportion. Ce qu'il faut, c'est le mettre à leur portée en prévoyant des unités de consommation à la mesure de ces acheteurs. Par exemple, vendre de minutes d'abonnement de téléphone portable, des doses d'huile d'olive à l'unité, et cetera...)

- l'accès (eh oui : les acheteurs pauvres ne peuvent guère venir jusqu'aux marchandises. Il faut donc que les marchandises viennent jusqu'à eux.)

- la disponibilité (cette dernière est très importante car les acheteurs pauvres ne peuvent généralement différer leurs actes d'achat. Il faut donc qu'ils aient à portée de manière immédiate ce qu'ils sont en mesure d'acheter un instant T.

J'en suis là, donc je ne peux rien en dire de plus dans l'immédiat, mais ce livre m'enthousiasme. Pralahad observe que les bons sentiments et les aides diverses n'ont en rien résolu le problème de la pauvreté. Les priorités des pauvres ne sont pas forcément les nôtres. Nous pensons, nous Européens, tout de suite à l'éducation, la culture, la santé, et cetera...Comme si ces formules plaquées convenaient en tous lieux et en tous temps. De quoi amorcer une pomémique poussée sur la notion de biens supérieurs...C'est en créant des éco-systèmes de la richesse que nous pouvons envisager d'aider les populations en déshérence. Et pour cela, le mieux est de les considérer comme des consommateurs à l'égal de ce que nous sommes dans nos sociétés développées. Ce qu'il faut, désormais, c'est que les entreprises, françaises, européennes, fassent la démarche intellectuelle dans les têtes de leurs dirigeants ; mais je crois que cela commence à germer au sein de certaines d'entre-elles notamment les géants de l'agro-alimentaire.

C'est singulier, quand j'y pense, de considérer à quel point cette analyse conforte l'interprétation autrichienne de ce qu'est un marché et le modèle catallactique en général. Passionnant. Je rigole aussi derrière mon écran en pensant à la tête des gauchistes et des gens bien intentionnés (cathos de gauche, par exemple, sans parler des tiers-mondiste, des décroissants et des alter) qui vont lire ces lignes. Une solution libérale et capitaliste pour le tiers-monde, horrescunt referrentes, hé hé hé...

Commentaires

excellent billet
et non les cathos ne devraient pas avoir les cheveux qui se dressent sur la tête car cette attitude participe aussi de la dignité des pauvres et des gens en déshérence ;-))

Écrit par : FB | mercredi, 15 avril 2009

Bravo !! Le Capitalisme doit s'adapter aux pauvres et non l'inverse. Tout sauf la charité à la Bruni.

N'oublions pas tout ce que les "pauvres" ont apporté à notre patrimoine artistique,
La cour des Miracles, Le Sud de l'Italie,
Le Rap, Le Blues, que de peintres etc ...

Etre content de soi parce que l'on se sent à l'aise financièrement par rapport aux voisins et se dire "ah comme j'ai de la chance" je veux bien.

Mais il y en d'autres qui n'ont pas du tout cet idéal !!

Écrit par : Chui Kalm | mercredi, 15 avril 2009

Je ne sais pas si je suis bien-pensant, mais je me pose deux questions :
- la consommation est-elle donc le seul horizon pour l'humanité ?
- définir la pauvreté en termes quantitatifs (finances) dans un référentiel "occidental" (marché des pays "développés", avec ce que cela implique en termes de prix etc) est-il vraiment pertinent ?

Écrit par : florent | mercredi, 15 avril 2009

"Nous pensons, nous Européens, tout de suite à l'éducation, la culture, la santé, et cetera...
...mais je crois que cela commence à germer au sein de certaines d'entre-elles notamment les géants de l'agro-alimentaire."

Indécrottable obstiné, partisan de la "charité active" comme m'a sorti un libertarien.
A l'aube de la plus grosse catastrophe économique et sociale de l'humanité, vous en êtes encore là !

Écrit par : R.L. | jeudi, 16 avril 2009

Ca semble inspiré du livre de Sachs, The End of Poverty, que je suis en train de lire. C'est le père des "Millenium Development Goals" des Nations Unies qui se fixent comme objectif de venir à bout des problèmes de la pauvreté dans le monde d'ici 2015. On en parle assez peu en France....

Écrit par : pastel | jeudi, 16 avril 2009

Je ne sais pas où tu as trouvé les chiffres que tu avances l'Hérétique ???
4 milliards de personnes disposeraient selon toi (ou CK Prahadal ?) de 200 $ de pouvoir d'achat par mois.

En se basant sur le rapport 2008 de la Banque mondiale, nous obtenons les données suivantes qui tempèrent fortement ton enthousiasme et relativisent le développement qui en découle.

La Banque mondiale indique le revenu national brut par habitant de 2007 (RNB) par grandes zones du globe. Je ramène les données annuelles à une moyenne mensuelle entre parenthèse pour montrer que la majorité des habitants de cette terre est encore loin d'avoir un pouvoir d'achat de 200 $ par mois.
1. Asie + Est Pacifice RNB : 2.180 $ par an (181 $ mensuel), population 1,9 md d'habitants
2. Asie du sud RNB : 952 $ (79 $ mensuel), population 1,5 md d'hab
3. Afrique RNB : 952 $ (73 $ mensuel), population 0,8 md d'hab
4. Europe et asie centrale RNB : 6.051 $ (504 $ mensuel), population 0,4 md d'hab
5. Amérique latine et Caraïbes RNB : 5.540 $ (461 $ mensuel), population 0,6 md d'hab
6. Moyen-Orient Afrique du nord RNB : 2.794 $ (232 $ mensuel)

A eux seuls, les trois premiers ensembles géographiques concernent 4,2 md d'habitants et sont tous en deça des 200 $ de revenus mensuels que tu avancerais. Ou si c'est CK Prahadal qui avancerait ces chiffres, quelles seraient donc ses sources ?
La population mondiale de 2007 était de l'ordre de 6,5 md, avec 4,2 md en deça des 200 $ mensuels, il doit il avoir un bug quelque part !

Source Rapport 2008 de la Banque mondiale
http://siteresources.worldbank.org/EXTANNREP2K8/Resources/5164353-1222371156065/French.pdf

Pour une grande partie de l'humanité, se nourrir est une priorité bien plus supérieure à celle de penser à acheter des dosettes de shampoing Proter & Gamble.
Extrait du communiqué du CNUCED du 17 juillet 2008
[L´incidence de la pauvreté et l´ampleur de sa diminution varient selon que les PMA se trouvent en Afrique ou en Asie. Jusqu´à 80 % des habitants des PMA africains vivent avec moins de 2 dollars par jour (375 millions de personnes) contre 69 % dans les PMA asiatiques (204 millions de personnes). Les PMA insulaires totalisent 2 millions de pauvres. Les PMA asiatiques sont mieux parvenus à réduire la pauvreté car ils ont pu créer des emplois à un rythme beaucoup plus rapide.]
http://www.unctad.org/Templates/Webflyer.asp?docID=10126&intItemID=1634&lang=2


@ Florent
Approches éclairantes de la définition de la pauvreté d'après les critères du PNUD et de la Banque Mondiale ici :
http://etudesrurales.revues.org/document68.html

Écrit par : Thierry P. | jeudi, 16 avril 2009

Erratum, j'ai mal saisi mes notes !
Rectifier comme suit :
2. Asie du sud RNB : 880 $ (73 $ mensuel), population 1,5 md d'hab
3. Afrique RNB : 952 $ (79 $ mensuel), population 0,8 md d'hab

... et un manque
6. population de la zone Moyen-Orient Afrique du Nord 0,3 md d'hab

Écrit par : Thierry P. | jeudi, 16 avril 2009

Merci pour ces informations que j'intègre à mes marque-pages ^^

Je suis étonné par le point 4 (tant au niveau population que revenu moyen mensuel par habitant), que recouvre donc cette zone ? Et la Russie dans cette histoire ? Je ne crois pas non plus avoir vu l'Amérique du Nord... (toujours intéressant pour comparer)

Écrit par : florent | jeudi, 16 avril 2009

En réponse à tes questions sur le point 4 Florent, un peu de lecture : extrait du rapport 2008 de la BM !!!

Liste des pays concernés dans la zone EUROPE ET ASIE CENTRALE (480 millions d'habitants)
Croatie
Fédération de Russie
Géorgie
Kazakhstan
Macédoine (ex-République yougoslave de)
Albanie
Arménie
Azerbaïdjan
Bélarus
Bosnie-Herzégovine
Bulgarie

En 2007, la région Europe et Asie centrale a connu une forte
expansion économique de 6,7 %, qui s’inscrit dans le prolongement
de la croissance vigoureuse et du net recul de la pauvreté qu’elle
enregistre depuis le milieu des années 90. Près 50 millions de
personnes sur les 480 millions d’habitants que compte la région sont
sorties de la pauvreté entre 1999 et 2006.[...]
En dépit de ces progrès, quelque 180 millions de personnes —
plus d’un tiers de la population de la région — subsistaient encore
avec moins de 2,15 dollars par jour à la fin de 2006 (ce qui correspond
à la définition de la pauvreté dans cette région où la rigueur du climat
oblige à dépenser plus pour se chauffer et acheter des vêtements
chauds), et plusieurs millions vivaient avec moins de 4,30 dollars par
jour (ce groupe de population est qualifié « d’économiquement
vulnérable », car il pourrait basculer dans la pauvreté en cas de
détérioration de la conjoncture).
La hausse des prix de l’alimentation et de l’énergie a compliqué la
gestion macroéconomique dans l’ensemble de la région. En 2007, les
denrées alimentaires ont augmenté de 12 % environ dans les pays de
l’Europe centrale et orientale, et de près de 20 % dans la
Communauté des États indépendants (CEI) ; le prix de l’énergie a
progressé de 8 % à peu près dans les pays de l’Europe centrale et
orientale, de 18 % dans les pays à revenu intermédiaire de la CEI, et
de plus de 30 % dans les pays à faible revenu de la CEI. De manière
générale, l’inflation est de nouveau au centre des préoccupations des
gouvernements de la région, puisque les pressions inflationnistes
atteignent désormais 13,4 % en moyenne dans les pays de la CEI et
6,1 % dans les pays de l’Europe centrale et orientale.

A noter :
=> Objectifs de développement du millénaire (ODM) page 15 du pdf

Sorry ! Je n'ai pas le temps de rechercher le RNB des USA. J'ai balayé en diagonale un diaporama où il est indiqué que le RNB de ce pays représente 33% du RNB mondial
réf du diaporama : ww3.ac-creteil.fr/hgc/spip/IMG/ppt/Les_Etats-unis_premiere_puissance_mondiale_CROQUIS.ppt

Écrit par : Thierry P. | jeudi, 16 avril 2009

Et Tati, c'est quoi ? :p

Écrit par : Antonin | samedi, 18 avril 2009

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