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jeudi, 31 mars 2011

Tours triangles, querelle des Anciens et des Modernes ? Vraiment ?

Je l'ai commenté ici, Bertrand Delanoë, avec l'aval du tout Paris politique, à l'exception des Verts, du MoDem et de deux élus du Parti de Gauche, a avalisé la construction de monstres d'acier et de verre aux portes de Paris. Yves Contassot, l'un des chefs de file parisiens des Verts s'est exprimé sur son blogue à ce sujet. Par delà la voracité énergétique de ces monstres d'un nouveau genre, leur impact sur leur environnement, leur absence de toute visée sociale, Contassot est surtout heurté par la concession qui est faite à une société privée. C'est un discours assez classique chez les écologistes.

C'est surtout l'argumentation de l'élu démocrate Jean-François Martins qui a retenu mon attention, car je trouve qu'il pointe une problématique urbaine majeure.

Je me suis rendu à plusieurs reprises sur un forum consacré à l'architecture moderne et aux grands projets à l'oeuvre dans les plus grandes villes du monde. On y lit à tous les coups la même exaspération envers tous ceux qui s'opposent à la "création architecturale artistique". On les y voit en permanence ramené au conservatisme, à l'étroitesse d'esprit. On y salue corollairement l'esprit des "bâtisseurs" et autres "visionnaires".

Il n'est donc pas étonnant d'y trouver de fervents partisans d'un Delanoë et consorts. Il y a dans ces débats toujours l'idée sous-tendue que les "bâtisseurs" incarnent l'avenir et leurs opposants, au contraire, la réaction. Une nouvelle querelle des Anciens et des Modernes, en somme.

En architecture, le nec plus ultra, c'est de bâtir toujours plus haut, toujours plus audacieux, toujours plus grand. S'il le pouvait, Delanoë qui n'a de cesse que de relever le plafond de construction des immeubles à Paris, imiterait la mode venue d'Asie et d'Abou Dhabi, pour la plus grande gloire de l'échevin local qu'il est. Il se rêve en nouvel Haussmann, rasant l'existant pour construire le Paris que la génération suivante admirera.

Or, c'est une logique que Jean-François Martins retourne avec une très grande pertinence, en observant que la volonté de bâtir toujours plus haut et plus grand, cela remonte à Babel. Le goût du gigantisme froid et métallique est aussi celui des derniers totalitarismes de la planète : les tours immenses écrasent leurs habitants, les ramenant, comme en Corée du Nord, à des dimensions liliputiennes dignes des atomes humains qu'observe un Micromégas.

Or, le futur, la modernité, ce n'est pas nécessairement cet écrasement qui travaille (ravage ?) nos villes modernes. Ce n'est pas non plus le critère  qui devrait dominer de sa masse toute la pensée esthétique dans l'urbanisme. 

Jean-François Martins, qui est aussi un élu du 14ème arrondissement qu'il connaît bien, rappelle à cet égard le désatreux exemple de la Tour Montparnasse. Penser que c'est un monstre qui doit faire l'identité d'un quartier est une erreur grossière, en somme, bien loin de ramener le quartier à une dimension humaniste, ou, au contraire, c'est le petit, l'infiniment petit, même,  qui fait  la richesse de ces villages dans la ville que sont les quartiers.

Bertrand Delanoë rêve de l'Olympe, il se voit, dieu parmi les dieux planant au milieu des hauteurs. Très logiquement, toute sa pensée est construite autour de la verticalité, de la même manière, au demeurant, que ses décisions sont elles aussi verticales.

Jean-François Martins, observe enfin, que la verticalité génère des ruptures dans la ville ; or, aux portes de Paris, elles marqueraient fatalement une séparation avec la proche banlieue, à l'heure où l'on évoque de plus en plus Paris et sa banlieue comme une grande métropole.

Ce que conclut l'élu du MoDem, c'est que la rupture architecturale n'est pas nécessairement synonyme de verticalité, choisissant en  exemple des bâtiments, pour le compte, tout en rondeurs.

Je dois être honnête : quand j'ai vu le projet des tours triangle pour la première fois, j'ai été séduit par leurs caractéristiques esthétiques. Sur le fond, je pense même que ce ne serait pas laid en soi dans l'espace parisien. Ce ne serait pas laid, certes, mais pas humain non plus.

Les tours triangles me font parfois songer aux grandes pyramides des pharaons, traces, peut-être que Bertrand Delanoë souhaite laisser à l'humanité : mais pour combien d'esclaves et de miséreux, contraints d'entasser par le passé, pierre sur pierre pour ériger un édifice à la gloire des rois des rois ?

jeudi, 29 avril 2010

Un palais dans un studio ?

Dans une époque où la place est chère, dans les grandes villes, j'ai découvert une innovation intéressante, signalée par le twittonaute Bounfr ; un jeune architecte chinois de Hong-Kong, Gary Chang, a mis au point un appartement modulable en utilisant un système de panneaux coulissants divers. Le résultat est assez étonnant...Un amateur de jeux de rôles spécialisé dans la gamme Dungeons and Dragons jurera reconnaître cette espèce de dé magique capable de se transformer au choix, sur un claquement de doigts, en cabane, en maison ou en manoir. Les connaisseurs d'Harry Potter penseront certainement à la tente d'apparence aussi modeste qu'étroite dans laquelle entrent Harry et ses amis dans le cinquième volume de la saga. Gary Chang a réussi avec ses panneaux, à générer 24 pièces différentes là où la surface n'est que de 30 m2. Concept intéressant qui permet à un individu seul de se changer les idées en changeant de décor et de pièce, mais pas de fournir une pièce différente à plusieurs individus... Par ailleurs, l'autre inconvénient, c'est que les panneaux coulissants, aussi ergonomiques soient-ils, consomment pas mal de surface. Il y a bien 24 pièces, mais elles ont toutes en commun d'être fort resserrées... Autre inconvénient : s'il devient possible de changer de pièce, il est du coup quasi-inconcevable de modifier un mobilier prévu sur mesure pour ce labyrinthe d'un nouveau genre. L'une des caractéristiques du labyrinthe de Cnossos, celui dans lequel s'engagea Thésée le jour venu, c'est qu'il changeait de disposition très régulièrement, ses cloisons s'avérant mouvantes. C'était là le pari de Dédale pour assurer Minos d'y perdre ses captifs. L'épreuve mythique est devenu l'idéal de l'architecte d'intérieur moderne, enjeu de taille, mais risqué à tenter de gagner. L'embûche guette nos Dédale modernes, bien capables de se perdre dans les méandres de leurs propres réalisations...

vendredi, 10 avril 2009

Charpentiers du futur mais pas esthètes !

090403120320.jpgUne prouesse française dans le domaine de l'économie verte, ça se faisait rare, eh bien voilà une, et de taille ! Ça se passe à Dijon. Le cabinet d'Architectes Arte charpentier a réalisé pour la société d'ingénierie Elithis, une tour unique en son genre : elle produit plus d'énergie qu'elle n'en consomme. Un exemple à méditer pour Bertrand Delanoë et ses ruineuses tours de grande hauteur. La Tour Elithis rejettera six fois moins de gaz carbonique qu’un immeuble classique. Bâtiment à énergie positive, il produira plus d’énergie qu’il en consommera. Pour une économie annuelle d’un montant non négligeable de 115 000 à 150 000€ par an.

Si le chauffage, émis par une chaudière fonctionnant aux granulés de bois, ne sera activé que pendant la nuit, la chaleur émise par les occupants et les machines servira à réchauffer l’atmosphère en journée. L’atout majeur de ce type de construction réside aussi dans l’absence de climatisation. A priori, fabriquer du froid nécessite trois fois plus d’énergie que pour du chauffage. Pour atténuer l’effet des rayons du soleil, de 80 % lorsqu’il sera au zénith, la partie la plus exposée du bâtiment a été recouverte d’un bouclier thermique transparent en résille. Et l’effort a été mis sur les panneaux isolants de 12 cm d’épaisseur à base de ouate de cellulose. L’énergie sera produite par les panneaux photovoltaïques placés sur le toit qui permettront de générer 75 000 kWh/an. L’eau de pluie sera récoltée pour ensuite servir dans les sanitaires.

Un petit bijou qui consommera moins de 20 kwh/m2. Pas mal. Maintenant, l'inconvénient, c'est que je trouve la tour d'une laideur remarquable. C'est un peu le problème des constructions écolo en général. L'esthétique est le dernier de leur souci, et le résultat final donne à tous les coups un aspect de bâtisse de bidonville au produit fini. Le concept technologique me plaît bien, en revanche, et cocorico, la France est la première à produire une construction de ce genre.

Apparemment, Elithis a organisé un concours d'art mural pour décorer les parties communes intérieures de sa tour (en fait essentiellement les cages d'escalier). Alors déjà, c'est moche à l'extérieur, mais à l'intérieur, quand je vois les réalisations post-modernes, no future ou abstracto-déprimantes des lauréats, c'est du pousse au suicide du haut de la cage d'escalier (ricanements gras de blogueur bien droitier qui n'a rien compris à l'art conceptuel, je sais...) .

En somme, cette histoire-là, c'est technologiquement génial, esthétiquement cauchemardeux. J'observe, de toutes façons, que les écolos ont souvent des goûts de chiotte, dans le domaine architectural.

Je ne sais pas moi, la peinture classique regorge d'oeuvres exceptionnelles : pourquoi ne pas payer un bon copiste, plutôt pour égayer ces fameuses cages avec un sympathique patchwork de ce que l'art a pu générer de plus remarquable, au lieu de gaspiller de la peinture Zolpan à déprimer les futurs habitants (ils sont partenaires du concours).

Enfin, Rebmasen peut être content : avec une réalisation pareille, Dijon va rentrer dans le panthéon de l'écologie. Tiens, faudrait demander au MoDem qui fait partie de la majorité municipale là-bas ce qu'ils en pensent...