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  • Cantona veut faire sa Kredit-Anstalt...

    J'ai suivi avec attention l'appel d'Éric Cantona, proposant de vider les banques des dépôts des particuliers. Ça va me faire tout drôle, mais je vais citer Nathalie Arthaud, chef de file de Lutte Ouvrière, un parti pas vraiment capitaliste : le problème c'est que les banques, on en a besoin, elles sont utiles. Ben oui, Canto, réfléchis deux secondes, bon sang. Évidemment, j'arrête là la reprise des propos de Nathalie Arthaud, puisqu'elle poursuit en rappelant la proposition traditionnelle du parti trotskiste qui est d'exproprier les banques. Mais pourquoi je citais la Kredit-Anstalt, au fait ?

    Parce qu'il s'agit de la banque viennoise qui déclencha la crise économique la plus sévère que le monde ait connu. Une crise boursière violente sévissait alors depuis deux ans, très précisément depuis les jeudi et vendredi 24 et 25 octobre 1929. En 1931, les USA décidèrent de retirer leurs capitaux d'Europe. Les banques, ne disposant plus de liquidités, furent non seulement incapables de prêter, mais même d'assurer les dépôts dont elles avaient la garantie. Il s'ensuivit une dépression sans précédent avec toutes les conséquences que l'on connaît aujourd'hui.

    L'appel d'Éric Cantona ne saurait faire vaciller le système financier, je n'ai aucun doute là-dessus, mais, en revanche, il dénote un raisonnement économique vicié pour ne pas dire déficient. Admettons que la solution de Cantona marche : que se passerait-il ? Eh bien ce qu'il s'est passé en 1929. Des millions de petites gens seraient alors ruinés, ceux-là même dont Éric Cantona prétend vouloir prendre la défense. 

    A vouloir punir les banques, on finit par se punir soi-même. Même Mélanchon l'a compris, puisqu'il a rejeté l'appel du footballeur. 

    Cantona a promis de retirer tout son argent le 07 décembre. Il a du gagner, au cours de sa carrière, des millions et des millions de livres, donc encore bien plus d'euros. Même si tout n'est pas converti en liquidités, cela doit faire un beau magot à la banque. Je prends le pari qu'il ne retirera pas toute son oseille. Faire de la provocation, c'est toujours amusant, cela a même ému notre Ministre de l'Économie et Baudoin Prot, le PDG de la BNP-Paribas, mais quand il va falloir passer à l'action, cela va être autre chose. 

    Avec l'attente qu'il a suscité, Cantona risque surtout de générer une énorme contre-pub : il va se discréditer et montrer de surcroît que les banques sont indispensables pour gérer nos sous. Ce qui est une évidence. 

    Tiens, j'ai une idée à la Cantona pour lutter contre le cancer : je propose d'euthanasier tous les cancéreux, comme ça, plus personne ne mourra du cancer. Astucieux, non ?*

    * heureusement que des instituts de recherche aux fondamentaux scientifiques autrement plus rigoureux que les raisonnements de Cantona se penchent sur le problème depuis de longues années.

  • Vous ne ferez pas d'Assange et de son wikileaks des héros de la liberté.

    J'ai lu successivement les billets de Birenbaum, de Thierry Crouzet et de Pierre Chappaz. Je récuse frontalement les arguments des uns et des autres, tout en recevant jusqu'à un certain point la conclusion de Crouzet. Birenbaum se trompe s'il ne comprend pas, que le super-menteur de l'histoire, dans la série wikileaks, c'est Assange, évidemment. Il devrait lire Martiens, go home, de Frédéric Brown, le compère Birenbaum. Oh, mais je parie qu'il le connaît : récit de SF presque drôlatique dans lequel des petits hommes verts s'abattent sur notre planète. Partout et nulle part, ils s'empressent de dévoiler à toute l'humanité les vices de chacun. Adieu, mensonges, tromperies, vices, petites mesquineries auxquelles nous tenons tant. L'humanité sombre dans l'ennui et la dépression, s'habituant tant bien que mal à vivre dans une transparence totale. Un homme, un seul, a échappé à la catastrophe transparitique qui frappe l'humanité : par un coup de chance extraordinaire, il développe une psychose d'un genre particulier qui le fait ne pas voir ni entendre les petits hommes verts ou quoi que ce soit qui se rapporte à leurs actions.

    Dans la vie de tous les jours, quand on a affaire à quelqu'un qui vous dit tout de go tout ce qu'il pense, on juge généralement qu'il n'est rien d'autre qu'un malotru dénué du savoir-vivre le plus élémentaire. Une sorte de casse-couilles saoûlant qui joue les bravaches, en somme.

    Qui peut dire vraiment ce qu'est le mensonge ? En un temps très ancien, il y eut tout un mouvement de pensée qui faisait de l'homme la mesure de toutes choses, récusant toute forme de vérité révélée. On appelait ceux qui se rattachaient à ce mouvement des Sophistes. Certains d'entre eux avaient reçu en héritage des disciples d'Héraclite l'idée qu'on ne pouvait se baigner deux fois dans le même fleuve. Les disciples les plus électroniques du philosophe d'Éphèse diraient qu'aujourd'hui, on ne se baigne jamais deux fois dans le même flux. Birenbaum est prisonnier d'une dialectique qu'il ne parvient pas à dépasser : celle du mensonge et de la vérité. J'y reviendrai dans la suite de ce billet.

    Pierre Chappaz croit qu'il y a dans l'affaire wikileaks les prémices de la première guerre de l'information. Assange lui paraît un nouveau David affrontant les États-Goliath. Rien de tel, à mon sens. Rien de tel, parce qu'Assange ne délivre pas de l'information, il charrie du fumier. En revanche, ce grand magicien a réussi à faire croire qu'il pouvait transformer le purin en information. Et certains, même parmi les meilleurs, sont tombés dans le panneau.

    Il me semble que Thierry Crouzet a mis le doigt sur le noeud de l'histoire, mais s'est en même temps trompé de combat. S'il renvoie dos-à dos les maniaques du secret et ceux de la transparence, il se livre aussi à une authentique hypostasie de l'information : crime de ne pas la laisser circuler comme bon lui semble. Ah. Et en quoi l'information aurait-elle un caractère si particulier qu'elle ne connaîtrait ni frontières ni bonnes moeurs ? Doit-on laisse circuler, par exemple, sans barrières ni protections des données sur un individu lambda sous prétexte que le fait brut est de l'information ? Thierry Crouzet tombe dans le même travers que Pierre Chappaz : il croit que la boue vaut de l'or dès lors qu'elle reçoit le titre ronflant et dûment estampillé d'information. A ce compte-là, tout est information, et le serpent de Crouzet finira par se mordre la queue : tout, au titre de l'information, disposant du droit imprescriptible de circulation, devient alors absolument transparent.

    La manoeuvre d'Éric Besson est certainement maladroite ; mais je ne vois pas pourquoi les États ne seraient pas en droit de protéger leurs données privées, au même titre qu'un individu dont on aurait fouillé l'ordinateur. 

    La diplomatie, in fine, a un caractère particulier. Ce qu'on nomme vérité est à l'origine d'au moins autant de guerres que ce que l'on appelle mensonge. La diplomatie qui s'emploie souvent en amont des conflits, dévide son fil sinueux à équidistance de ces deux absolus bien peu compatibles avec la paix dans le monde. Il faut être un imbécile ou un fieffé menteur pour méconnaître ces particularités. In fine, Assange est peut-être bien les deux...