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jeudi, 22 octobre 2009

Le Travail entre bonheur et suicide

Il y a un remarquable article du café pédagogique, ce matin, sur les épidémies de suicide liées au travail. L'auteur de l'article observe notamment très finement qu'une enquête récente de l'INSEE place le travail en troisième position, derrière la famille et la santé, parmi les domaines les plus importants pour être heureux. Les chômeurs et les précaires le placent même en première position. A contrario donc de ce que j'écrivais mardi, c'est bien la charge de bonheur/malheur que nous associons à nos emplois qui jouerait un rôle déterminant dans les suicides survenus sur le lieu de travail, ou, tout du moins, à cause des conditions dans lesquelles on y exerce.

Je me suis penché sur l'étude que cite le Café pédagogique, car cette étude examine les relations entre travail et identité.  La question est plus politique qu'il n'y paraît, puisque les libéraux ne  considèrent pas le travail comme une activité réalisatrice comme le font les Marxistes, mais plutôt comme une nécessité afin d'obtenir des biens. Paradoxalement, dans le paradis libéral, on ne travaille pas, les biens s'auto-génèrent, alors que dans le paradis marxiste, le travail est la condition sine qua non du bonheur. Il est donc logique de trouver les héritiers du marxisme en pointe sur un tel thème. Aux yeux des Marxistes, le travail est la quintessence de l'activité humaine.

Mais cette opposition serait réductrice : en réalité, le travail ne se réduit pas à l'activité humaine, mais, bien souvent, il structure le temps, l'espace et jusqu'à un certain degré, les relations sociales. Toucher au travail impacte donc fatalement plus ou moins fortement tous ces aspects de la vie humaine. L'étude menée par Hélène Garner, Dominique Méda et Claudia Senik relève une enquête assez éclairante faite par la CFDT et le CEVIPOF en 2001 :

L’enquête menée par la CFDT visait précisément à savoir si le travail est principalement perçu comme un moyen de vivre ou un lieu de réalisation de soi : « Pour vous le travail, c’est 1) une obligation que l’on subit pour gagner sa vie (un tiers des réponses), 2) une obligation et aussi un moyen de se réaliser (42 %), 3) être utile, participer à la vie en société (20 %), 4) réaliser un projet, une passion (5 %) ». Les réponses étaient diversifi ées non seulement selon les catégories de salariés mais aussi selon les secteurs : on remarquait notamment une forte différence entre le secteur privé pour lequel le travail est d’abord une obligation et le secteur public qui voit plus le travail comme un moyen d’être utile ou de se réaliser ; par ailleurs, les ouvriers et les employés du privé, qualifi és ou non qualifi és, défi nissaient principalement le travail comme une obligation subie. En revanche, ceux pour lesquels le travail est un moyen de se réaliser ou une façon d’être utile à la société sont des enseignants, des travailleurs sociaux, des salariés des hôpitaux, des professions de la santé : le travail apparaît alors de l’ordre de la vocation.

J'observe simplement ceci : France Telecom (Orange) était à l'origine une entreprise publique, et même un service public. Elle s'est peu à peu privatisée. Il en va de même, au demeurant, pour Renault (qui a connu aussi une épidémie de suicides il y a deux ans). Il n'est, à la lueur de l'extrait que je cite ci-dessus, peut-être pas étonnant, dans ces conditions, que des individus qui ont choisi une profession pour se réaliser ou par vocation vivent mal de se trouver dans une perspective d'emploi qui n'est plus la même, où le travail devient une nécessité et non plus une activité réalisatrice.

Il faut bien sûr avancer avec prudence, et toute généralisation serait hâtive, mais il y a certainement là des éléments de réflexion à méditer.

Commentaires

Le café pédagogique, j'aime leur travail, mais je me répète.
Effectivement, leur analyse correspond assez à la réalité. :)

Écrit par : Martine | jeudi, 22 octobre 2009

"Trabicularo" ergo sum....

Écrit par : europium | jeudi, 22 octobre 2009

J'ajouterai que les transitions se sont souvent faites par étapes intermédiaires très rapprochées les unes des autres, et parfois contradictoires.

Écrit par : Martine | jeudi, 22 octobre 2009

Intéressant, merci pour le lien.

Concernant les risques de la privatisation, ou comment un monopole d'état ne se transforme pas toujours bien en libre concurrence, et les ravages que ça peut causer, je vous recommande la lecture de "La grande Désillusion" de l'économiste Joseph E. Stiglitz. C'est particulièrement intéressant puisqu'il y raconte son expérience de vice-président de la Banque Mondiale de 1997 à 2000... période assez mouvementée dans le processus qu'on a appelé la mondialisation et qui s'est caractérisé par des privatisation a tout va, le tout sous le regard et le contrôle du FMI et de la BM.

Je n'aime pas toujours ce type, mais là au moins c'est du factuel, des informations de première main. Si ses propositions ne m'ont pas emballé outre mesure, les récits détaillés de ce qui a été mis en place, comment, et avec quel résultats sont très instructifs.

Ces affaires de suicide m'ont rappelé ce que j'avais lu dans ce livre. D'où le coup de pub.

Écrit par : raphael | jeudi, 22 octobre 2009

@Martine :

Ce serait apparemment là le noeud du problème.

Écrit par : raphael | jeudi, 22 octobre 2009

@Raphael,
C'est gentil :)
C'est bien la raison pour laquelle, je mets le doigt dessus.
Le domaine peut s'élargir à certains styles de contrat de travail, sous-traitance.
A la dérive juridique à tout va dans l' enseignement,le médical,les transports...
Bon j'arrète là.

Écrit par : Martine | jeudi, 22 octobre 2009

@ Martine et Raphaël

Il y a bien sûr une adaptabilité de l'être humain, mais le drame, c'est pour ceux qui associent particulièrement le travail et le bonheur.
J'ai observé aussi un autre fait : ceux qui se sont suicidés sont tous des hommes.

Écrit par : L'Hérétique | jeudi, 22 octobre 2009

"Paradoxalement, dans le paradis libéral, on ne travaille pas, les biens s'auto-génèrent,"

Huh ? Hein ? Kwâ ?

Écrit par : h16 | jeudi, 22 octobre 2009

@ h16
Je n'ai pas parlé de notre monde sublunaire, mais d'un monde parfait. Je veux dire par là que pour les libéraux, bosser, ça reste fondamentalement une tâche, et parfois une tâche ingrate de surcroît.

Écrit par : L'Hérétique | jeudi, 22 octobre 2009

@l' hérétique,
Et l'humain dans cette belle théorie?

Écrit par : Martine | jeudi, 22 octobre 2009

@l'Hérétique : bah non. Les libéraux ont autant d'avis sur le travail que les autres. Il peut être une source de revenus, de plaisir, de problèmes, etc... On peut choisir ou subir d'en avoir un, plusieurs, aucun, et être libéral.

Et dans le "paradis libéral", les biens ne s'auto-génèrent pas, ça, c'est sûr.

Écrit par : h16 | vendredi, 23 octobre 2009

Les commentaires sont fermés.