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mercredi, 26 août 2009

Les cinq milliards de la BNP

Comme je le dis souvent, disposer de commentateurs de qualité, sur un blog, c'est très utile. Je reprends donc le commentaire de Fangio sur un billet précédent dans lequel j'approuvais la BNP de rémunérer ses traders et ses salariés de son pôle BFI (division finance). L'un des principaux arguments de ceux qui s'indignent de ces salaires, c'est de faire valoir que la BNP a touché de l'argent public (c'est faux, c'était un prêt et pas à un taux d'ami...). Voilà qui devrait édifier Fred, en particulier, (pourtant pas un affreux gauchiste, en principe), mais également éduquer aux saines règles du marché un gauchiste authentique et lui permettre ainsi de soigner ses humeurs :-)

Je passe les détails, mais les 5 milliards n'ont pas servi à spéculer, ou marginalement, mais à faire face à des obligations de court terme. Il faudrait rappeler que le bilan d'une banque comme BNP, c'est 2 ou 3000 milliards, gardons le sens des proportions. Simplement, les banques font des opérations de refinancement en permanence, et avec le gel du marché interbancaire, toutes les banques, y compris les plus solvables (comme BNP ou la SG) risquaient l'asphyxie. Quant aux "spéculations", je tiens à rappeler (peu de gens le savent ou le comprennent) que le marché des subprimes n'était PAS un marché spéculatif: au contraire, on achetait de la dette AAA, sensée être très sûre, quand on avait besoin de titres sécurisés (c'était une alternative aux titres souverains). Plus largement, la spéculation n'a RIEN, mais alors vraiment rien à voir avec la crise. 

Quant au fait que les banques n'aient pas "ouvert les vannes du crédit", il faudrait quand même rappeler que c'est le métier de base d'une banque de prêter, que c'est comme ça que la majorité des employés gagnent leur vie (les traders sont une infime minorité -j'en profite pour rappeler que le milliard de BNP profite à beaucoup plus de monde qu'aux seuls traders).

Pour les risques du trading, ils sont (hors fraudes, comme le cas Kerviel) beaucoup mieux maîtrisés que les gens le croient (je ne vais pas rentrer dans les détails techniques, mais les banques ne jouent pas à pile ou face comme l’apprenti trader moyen sur Boursorama…). 

Pour finir avec le fameux argument des taux, je vais lui tordre le cou : il est techniquement totalement faux : les taux directeurs déterminent les taux à court terme uniquement, or il n’existe pas de taux unique de marché, mais des taux dépendant des maturités. Aujourd’hui, par exemple, l’Euribor 1 mois (un taux interbancaire très courant) est à 0.491%. En revanche, les banques prêtent (que ce soit aux particuliers ou aux entreprises) généralement à long terme. Or les taux à 20 ans sont aujourd’hui à 3.997%. Ajoutons le fait que les banques se financent elles-mêmes sur les marchés à environ Euribor + 1% (soit dans les 5% à 20 ans) et qu’elles doivent bien sûr mettre une marge (et de ce point de vue, il faudrait souligner que de nombreux économistes, en 2005-2006, tiraient la sonnette d’alarme sur  les marges -au moins dans les activités destinées aux entreprises, mais aussi certains marchés immobiliers, comme les subprimes dont une des erreurs a été de demander des marges trop basses !), on les obtient tes taux à 4% et plus
.

Commentaires

Nous sommes d'accord. Nous focaliser sur le secteur bancaire est peut-être une erreur.
Je crois que les errances de notre système économique viennent plutôt de ce que l'on laisse une entreprise être gérée contre son intérêt sur le long terme en optimisant les profits immédiats.

Écrit par : Nemo | mercredi, 26 août 2009

Oui, les banques ont fait preuve de négligence, mais elles n'ont en rien provoqué cette crise.
S'en prendre aux banques m'évoque souvent les heures noires des révolutions totalitaires.

Écrit par : l'hérétique | mercredi, 26 août 2009

Cette histoire de bonus me semble n’être qu’une fausse barbe qui cache les vrais problèmes. Certes, le système de bonus a été accusé, à juste titre, d’encourager une prise de risques excessive dans un secteur ou tout se résume en un arbitrage risque/rentabilité mais comme le dit très bien le commentateur Fangio, le risque de trading est très surveillé et en tout état de cause ce ne sont pas des traders fous (d’argent) qui sont à l’origine de la crise.
Il faut avoir en tête que dans les activités financières, l’évaluation du risque est omniprésente.
Une des raisons principales de la crise ce n’est pas que les opérateurs ont pris trop de risques mais qu’ils ont pris des risques qui avaient été mal évalués par les agences de notation du fait d’une titrisation non maitrisée.
En mettant en avant le bonus des traders, on se place sur un plan d’équité sociale, pourquoi pas, sauf que cela occulte ce qui devrait préoccuper tout le monde, c'est-à-dire le risque systémique inhérent à l’activité financière mondialisée telle qu’elle existe….et ce n’est pas en réglementant plus ou moins bien le bonus des traders que l’on va y arriver.
De plus, on entretient la confusion entre les activités pourtant bien séparées dans les établissements financiers, les activités bancaires classiques d’une banque de dépôt et celles d’une banque d’investissement.
Il est absurde de penser que ce gagnent les banques dans les activités de marché va leur permettre de prêter plus, ou à moins cher aux PME ou aux particuliers, comme il est également absurde de penser que ce qui est donné aux traders est sortis de la poche de Monsieur Dupont ou de Madame Durand !
Avec une constatation qui devrait amener à s’interroger, que les banques font beaucoup plus d’argent dans les activités de marché dont une part importante ne profite pas à l’économie réelle, que dans le financement de l’économie non financière et le problème est peut-être fondamentalement là !

Écrit par : Nicolas007bis | mercredi, 26 août 2009

@ Nicolas

Très bien dit. Et la confusion est savamment entretenue par presque toute la classe politique, MoDem y compris, ce que je déplore hautement.

Écrit par : l'hérétique | mercredi, 26 août 2009

Il me semble essentiel de répondre à ce commentaire que tu mets en valeur et qui m'étais destiné. Si effectivement, le prêt en question a permis de faire face à des échéances de court terme, ceci n'est vrai que pour parti.

La BNP a "assaini" son bilan avec le reste au lieu d'augmenter les crédits ce qui était pourtant le but de ce prêt. Notons que la BNP, qui quelques jours avant l'annonce par le gouvernement de la mise à disposition de ces prêts avait signalé qu'elle n'avait pas besoin de l'aide gouvernementale, s'est jeté goulument sur ces fonds.

Sur les subprimes, je réfute totalement ton argumentation. Toute personne se penchant un peu sur le truc connaissait parfaitement les risques. De nombreux juristes et économistes avaient souligné plus de 2 ans auparavant les conséquences potentielles en cas d'éclatement de la bulle immobilière. Car les subprimes reposaient sur la bulle immobilière dont chaque acteur du marché savait qu'elle allait exploser un jour, le problème était de savoir quand. L'appétit de court terme a pris le dessus et on a fait la sourde oreille aux Cassandre.


Le hasard fait que j'ai dû étudier la question des subprimes et des prêts hypothécaires un peu moins d'un an avant l'éclatement de la bulle des subprimes. Il suffit de connaître le principe de base des subprimes pour voir que c'est un produit hautement spéculatif et que noter AAA de tels produits, c'est de la foutaise. Ce sont ces risques qui constituaient les freins en droit français quand à son rejet. Le fait est que c'est le ministre des finances Nicolas Sarkozy qui a introduit en droit français les prêts hypothécaires type subprime, certes sous une forme plus limitée qu'en droit américain mais tout de même.


Les banques n'ont pas ouvert les vannes du crédit bien que ce soit leur métier, on est bien d'accord. Ceci pose le problème de la règlementation des activités de marché de ces mêmes banques. J'ai proposé plusieurs solutions que tu peux consulter là : http://tinyurl.com/ox3yu3


Oui, les banques ne jouent pas mais place des sommes à partir de logiciels spécifiques et complexes basés sur des modèles mathématiques avancés. Le problème comme le souligne Marc Fiorentino, ancien trader qui a maintenant sa boîte dans le secteur, c'est que tout va bien dans que le marché reste calme, mais dès que les variations sont importantes, ce qui arrive assez fréquemment, ces logiciels se bloquent et c'est le bazard.

La spéculation a donc TOUT mais alors TOUT à voir avec la crise, c'est une de ses causes principales. Si l'on pas compris cela, on ne peut envisager les réelles solutions pour en sortir.


L'argument des taux n'est pas du tout faux, au contraire, il est vérifié par les faits. L'exemple type est celui du Japon des années 1990 avec ce que l'on appelle la trappe à liquidités. Avec un taux durablement bas, les banques empruntaient pour presque rien en yens puis spéculaient ensuite sur les marchés. Elles pouvaient alors dégager de confortables marges.

Ensuite, les banques ne se financent pas toutes comme tu le dis mais profite des opportunités de marché. Je me permets de te rappeler l'affaire de la Northern Rock.
Cette banque régionale empruntait à court terme pour prêter ensuite à ses clients à des taux très compétitifs. Problème quand le marché du crédit interbancaire s'est asséché, ça été l'échec et le rachat par le gouvernement britannique. Certes maintenant, les banques évitent de faire totalement confiance à un tel système mais avec la réouverture des vannes du crédit, c'est reparti de plus belle. Les taux durablement bas des banques centrales américaine, européenne et japonaise le permettent.

Écrit par : Orange pressé | mercredi, 26 août 2009

@ orange pressé
Je pense que tu mélanges deux choses :
les subprimes n'étaient pas des produits financiers spéculatifs.
Les subprimes sont des titrisations de crédits dont on pensait qu'ils seraient aisés à recouvrer en raison de la hausse continue de l'immobilier aux USA. La plupart du temps, les crédits ne comptaient que pour 20% du titre.
C'est cela qui a affolé les marchés financiers : ces titres étaient considérés comme sûrs et on s'est rendu compte qu'ils ne l'étaient pas.

Écrit par : l'hérétique | mercredi, 26 août 2009

Pas mieux qu'Orange pressé !

L'Hérétique : aucun titre n'est spéculatif par nature (sauf peut-être les hedge funds, mais précisément ils sont contra-cycliques par nature (fonds de couverture), ils ne sont donc pas la cause de la pyramide financière).

Un titre devient spéculatif quand - en gros - les volumes d'échanges deviennent sans proportion avec la réalité décrite par le titre - ce que les financiers osent appeler le "sous-jacent". Par exemple les CDS étaient au départ des instruments de protection contre les risques de non-remboursement de crédit - une assurance, pas un truc de spéculateur fou - et sont devenus des valeurs spéculatives dont les hausses et les baisses étaient purement liées aux comportements, *par nature moutonniers*, du marché financier mondialisé.

Écrit par : FrédéricLN | mercredi, 26 août 2009

Tu as raison Fred, aucun dispositif n'est spéculatif par nature. Toutefois, mon propos reste justifié. Connaissant la nature des marchés financiers actuels ainsi que les risques inhérents à ce genre de dispositifs juridiques, on savait qu'il deviendrait un instrument spéculatif.

La technique du Trust au Royaume-Uni permet certes une certaine souplesse mais est devenu un OVNI juridique qui sert maintenant à planquer l'argent dans les paradis fiscaux, de moyen d'évastion fiscale et sert à spéculer plus facilement.

Mon commentaire en réponse à Fangio peut sembler long mais il est juste. Pour être plus complet, je compte répondre de façon plus poussée ce soir sur mon blog.

Écrit par : Orange pressé | mercredi, 26 août 2009

Précision : le subprime n'est pas une titrisation mais un contrat de prêt au taux "usuraire" pour couvrir le risque d'insolvabilité majeur de l'emprunteur.
Face au volume de ses contrats souscrits, les établissements ont cherchés à les "sortir" de leur comptes en les "plaçant" dans des titrisations, des produits financiers diversifiés qu'ils vendaient sous forme FCP et autres SICAV, voire comme FOND de FONDS auprès d'autres établissements financiers puis auprès de particuliers.
Par ailleurs, la spéculation est liée au fait que les établissements accèptant d'initier ces contrats de prêts espéraient se payer en cas d'insolvabilité de l'emprunteur, sur la revente du bien, après expropriation, au moment où le marché immobilier progressait fortement... Mais "les arbres ne grimpent jamais jusqu'au ciel" et ils l'avaient oublié...

Écrit par : Mamouchka | mercredi, 26 août 2009

Bravo orange pressé, non seulement ce que vous dites est juste, mais en plus c'est expliqué de manière très claire et grâce à vous, j'ai pu me reposer en donnant le texte de vos messages à un de mes neveux (qui me posait des questions sur ce sujet).

Écrit par : Géraldine | jeudi, 27 août 2009

@ Orange Pressé
Ce que veut dire Fangio, je pense, mais il faudrait qu'il vienne répondre, c'est qu'il n'y a pas eu de spéculations en bourse sur les subprimes puisque c'étaient des produits financiers destinés à sécuriser les banques.
Mais je suis entièrement d'accord avec toi pour juger que le principe du subpimes lui-même est 100% spéculatif et que la crise vient bien de là. Mais ça, les traders n'en sont pas comptables.

Écrit par : l'hérétique | jeudi, 27 août 2009

En partant du principe que ton interprétation sur les propos de Fangio, je pourrai de dire que dans un certain sens non il n'y a pas eu spéculation puisque les taux faisait qu'il était plus intéressants de garder ces subprimes mais dans les faits, ça a constitué une réserve d'actifs à "haut rendement" qui devenait monnayable donc soumise à spéculation.

Pour le billet plus spécifique sur le sujet, il va falloir attendre Vendredi puisque j'ai apporté ma pierre à l'édifice sur le discours de Marielle à Marseille.

Écrit par : Orange pressé | jeudi, 27 août 2009

Entendre "> Tu as raison Fred, aucun dispositif n'est spéculatif par nature", ca fait peur.

C'est tout exactement L'INVERSE. TOUS les placements SONT SPECULATIFS. Spéculer, c'est prendre un pari (risqué ou pas) sur l'avenir. Le simple fait de prendre un crédit pour s'acheter son appartement est un acte spéculatif (confiance en ses revenus dans le long terme, ..).

Écrit par : BalUBlog | mercredi, 02 septembre 2009

@ Balublog

je pense en effet que c'est le terme sur lequel on spécule qui fait la différence.

Écrit par : L'hérétique | mercredi, 02 septembre 2009

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