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mardi, 15 avril 2008

L'école selon Bayrou

Phénomène assez rare, aujourd'hui, de nombreux enseignants des écoles primaires et maternelles ont choisi à leur tour la grève pour protester.

Un des sujets de grogne des enseignants est entre autres la réforme prévue des programmes. Pour ma part, j'ai fait une analyse du rapport de Bentolila, l'un des spécialistes concernés. Ce dernier relevait que l'enjeu principal de l'école maternelle était l'acquisition d'un langage riche et complet. En effet, c'est la pierre angulaire de tout le reste, puisque c'est le vocabulaire qui permet aux enfants de comprendre les explications. Or, bien souvent, on constate que l'école maternelle met l'accent sur toute une série de techniques et sur la compréhension de consignes sociales dont le seul but est de ne pas "troubler l'ordre scolaire".

Lors du colloque de l'UDF du 11 mars 2006 sur l'école, l'université et la recherche, François Bayrou écrivait :

Il y a une éducation à la langue dont l’enseignement des siècles classiques avait bien compris l’utilité, joutes verbales, exercices rhétoriques, compositions latines ! J’ai été frappé dans les violences des banlieues du mutisme des garçons qui mettaient le feu, de leur difficulté à parler. Et pour moi, ce n’est pas un hasard, c’est une cause.

La formation à la langue orale et écrite, à son vocabulaire, à son histoire, à ses racines, je pense au latin pour la langue courante et au grec pour la langue scientifique et intellectuelle, tout cela est une clé. On doit la vérité aux jeunes Français : tous les codes de reconnaissance, tous les éléments du leadership, passent pas la langue. Et si l’on veut la raison principale des différences de réussite entre classes sociales, enseignants, cadres, etc., c’est dans la langue qu’on la trouvera.

 Donc, il faudrait peut-être commencer par cela. L'idée qu'avait exposé Xavier Darcos, de faire de la Grande Section un pré-CP est tout simplement désastreuse. Catastrophique. Elle va exactement dans le sens inverse de ce qu'il faudrait faire. Avant d'acquérir des savoirs savants, encore faudrait-il avoir une vraie maîtrise du vocabulaire.

Ensuite, quand je vois partout des classes de moyennes sections, donc, des enfants de 3 ans et demi à 4 ans et demi de 30 élèves, moi, je ne vois pas comment on peut dispenser un enseignement individualisé dans ces conditions.  

Nicolas Sarkozy a fait des choix budgétaires. Xavier Darcos les a cautionnés. Il a choisi d'offrir des milliards d'euros à une petite minorité plutôt que des enseignants aux tout-petits. Que l'un et l'autre les assument, ces choix désormais. 

Je suis d'accord sur le fait que les caisses de l'Etat étaient vides. Mais l'un et l'autre ont aggravé le phénomène, et ils ont touché à ce q'une nation possède de plus précieux, ses enfants. 

Sur le site de François Bayrou, pendant les présidentielles, l'article école à la page de ses propositions commençait ainsi : « L’éducation est la priorité absolue de mon projet.» 

On voit aux premières mesures d'un gouvernement ce qui lui importe en priorité. Quelle a été la première mesure du gouvernement Fillon ? Offrir des crédits d'impôt aux acheteurs de très grandes surfaces. 

Bayrou avait fait sienne aussi cette remarque, lors du même colloque sur l'école :

Et vous voulez juger de la responsabilité des dirigeants du pays : regardez quelle place ils accordent à l’école, à l’université, à la recherche dans leurs préoccupations, dans leur temps, dans leur vision.Pour nous, en tout cas, cette place sera la première ! 

L'école, c'est du long terme. Ainsi, François Bayrou écrivait : «Et les étudiants candidats au Capes ou à l’agrégation ont raison de le dire : nous ne pouvons pas jouer les recrutements à l’accordéon. Je suis partisan d’une loi de programmation sur dix ans des recrutements

C'est aussi l'un des rares hommes politiques à ne pas avoir passé son temps à cracher sur l'Education Nationale :

Je ne suis pas de ceux qui dépeignent l’éducation nationale comme un mammouth ! Pour moi, elle est un corps vivant. J’ajoute que si l’on excepte la singularité de l’école maternelle, dont nous devons être fiers, nous avons à peu près (un peu plus dans le secondaire, un peu moins dans le supérieur) le même nombre d’enseignants que tous les pays du monde développé, parce qu’il n’est guère de secret et que la dimension des classes et des amphis est à peu près partout la même. On étonnerait d’ailleurs beaucoup les grandes entreprises privées en leur demandant de comparer leurs services centraux avec ceux de l’éducation nationale.

Moi, c'est ce que j'ai aimé chez cet homme-là et que j'aime encore. Il ne ment pas, et il a une conscience claire des priorités. Il ne promet pas tout et n'importe quoi, comme le faisait le programme socialiste pendant les présidentielles, parce qu'il savait que nous n'avions plus de sous, mais, comme une famille modeste qui sacrifierait ses économies pour assurer l'avenir de ses enfants, il jugeait que l'école et l'éducation c'était sacré, et que c'était le seul secteur où il fallait garantir des engagements financiers.

 J'entre en contradiction frontale avec une partie de notre société qui vit avec l’idée que c’est dans le budget de l’éducation qu’il faudra tailler, le jour où l’on voudra revenir à l’équilibre des finances publiques.

Je pense exactement le contraire. Je pense qu'il faut faire des économies, j'en parlerai dans une seconde, qu'il faut retrouver un budget en équilibre, mais qu'il faut garantir l’investissement dans l’éducation.

 

Que l'on mesure simplement la distance avec ce qu'il se produit aujourd'hui. Et ce que je je regrette, c'est que Le Nouveau Centre, dont une très grande majorité de représentants a approuvé ce programme, soit totalement silencieux et laisse faire ce qu'il se passe, sans la moindre protestation, sans même la moindre suggestion. Est-ce cela, peser sur la majorité ? Mieux valait se ranger derrière le MoDem dans ses conditions. A quoi bon être député si l'on n'exerce pas sa parole ? 

Commentaires

Ton site est une vraie mine d'infos de fond !
Te serait-il possible de prévoir un archivage de tes billets par thème et par date et/ou un moteur de recherche interne ?

Écrit par : Fotini | mardi, 15 avril 2008

@ Fotini

euh...par thèmes, c'est fait : ce sont les catégories.
Le moteur de recherche, c'est très simple : il suffit de taper dans google site:heresie.hautetfort.com , puis un espace et le mot-clef autour duquel tu veux faire ta recherche dans le blog.

Par date, tu regardes dans Archives sur le côté gauche, et tu as tout. Tu peux aussi utiliser le calendrier si tu cherches un jour précis.

Écrit par : L'Hérétique | mardi, 15 avril 2008

Bonjour,
je vous écrit pour vous inviter à découvrir ou redécouvir mon site de soutien à Ségolène Royal.

Toute l’actualité de Ségolène Royal, du PS, ainsi que la vie publique et politique française et internationale.

Je ne suis pas fermé sur mes idées, bien au contraire, mais ouvert au dialogue!



(Ps: si vous le souhaitez nous pouvons faire un partenariat-liens, à vous de voir)

Bonne visite
Kévin
http://segolenepour2007.over-blog.com

Écrit par : Kevin BERNARDI | mardi, 15 avril 2008

Oops, effectivement !

Peut-être pourrais-tu mettre davantage en valeur tes catégories thématiques (ils sont mis en petits caractères comme le reste) et inclure une barre "chercher dans ce blog avec Google" pour plus d'immediateté (je ne sais pas si c'est compliqué à faire) ?

Écrit par : Fotini | mardi, 15 avril 2008

Bonjour Kevin,

Pourquoi pas ? Je fais partie de ceux qui pensent que des ponts sont possibles avec Ségolène Royal même si par ailleurs, je me suis opposée à elle pendant les présidentielles (sauf au second tour où j'ai voté pour elle).
Je suis d'accord pour l'échange de liens.
Je vous mets dans infidèles et païens.

Écrit par : L'Hérétique | mardi, 15 avril 2008

Sur ce point le Modem, à travers Bayrou, a clairement une avance sur les autres camps politiques. C'est sans doute le sujet qui devrait être prioritaire dans le développement du projet politique du mouvement.

Mais comme je l'ai déjà dit sur ce blog, il ne faut pas se contenter de jouer sur les moyens. Il faut aussi repenser les méthodes et l'enseignement.

Écrit par : Aurélien | mardi, 15 avril 2008

J'ai apprécié ce texte.

Cependant je ne partage pas tout à fait votre vision de l'Education Nationale. J'en ai fait partie et une grande partie de ma famille y est encore: Proviseur, enseignants...

Je pense que ce système, empilé par différentes couches depuis des décennies, n'est PAS réfomable.

Ce sont les enseignants et les éléves qu'il faudrait avoir au coeur du dispositif.

Une grande partie des crédits fuient comme l'eau dans le sable dans une Administration pléthorique, absolument inutile et où s'engraissent une partie d'incompétents sur le dos des personnes concernées, les enfants et les enseignants sur le terrain.

Je fais partie de ceux qui pensent qu'il faut remettre tout à plat, car jamais le système ne se réformera de l'intérieur.

Il faudrait réfléchir à l'Education de demain, élaborer un projet solide et détaillé et commencer à l'expérimenter avec des enseignants bénévoles et une administration réduite au minimum tout d'abord dans UNE région de France.

Lorsque celui-ci aurait fait ses preuves, l'étendre petit à petit à tout le pays.

Vaste chantier mais qu'il serait passionnant de lancer.

Nous avons commencé la réflexion sur www.projetdemocrate.eu , celle-ci est un peu en sommeil vu les évènemens, une structure solide et pérenne du MoDem étant indispensable au travail de fond sur tous les sujets.

Bravo pour votre plaidoyer pour l'Enseignement et la LANGUE, c'est la base de toute notre civilisation. Et je suis pour que l'on prête attention aux personnes dès leur plus jeune âge, avant la maternelle, car c'est là que se posent les bases de l'avenir d'un individu.

Écrit par : Danièle Douet | mardi, 15 avril 2008

Ah, les politiques absurdes concernant l’Education Nationale, on pourrait écrire des encyclopédies sur le sujet !
Depuis des années, à peu près tous les pédagogues affirment que l’entrée précoce à l’école, via la maternelle, est un gage de succès pour la suite, et principalement pour les enfants des familles les moins favorisées. Tout simplement parce que la maternelle, c’est, au-delà du vivre ensemble, la découverte et l’approche du livre. C’est donner envie d’apprendre à lire, puis à écrire. C’est donner envie d’apprendre tout simplement.
C’est la politique qui a été suivie depuis 20 ans par tous les gouvernements, droite et gauche confondues, politique qui s’appuyait sur un constat simple : la maternelle, c’est le moment où il est encore assez facile de véritablement « sauver » un certain nombre d’enfants de l’échec scolaire. Et pour le vivre tous les jours, je peux témoigner de l’implication de la très grande majorité d’enseignants de maternelle sur le sujet. Voir un enfant de 4 ou 5 ans qui "décroche" est souvent vécu comme un drame pour eux, parce qu'ils savent très bien qu'au delà, très souvent les filets de sécurité ne fonctionnent déjà plus.

Aujourd’hui, subitement, la maternelle n’aurait plus de raison d’être, et l’on n’y ferait rien ! J’invite tous les opposants à l’école dès la maternelle à inviter chez eux 30 enfants de 3 ou 4 ans, durant 3 jours de 8h30 à 16h30. Ils verront comme c’est un métier de fainéant !

Il est question aujourd’hui – un soit-disant inspecteur de l’EN vient, sous un pseudonyme, de sortir un brûlot en ce sens – de ne garder que la grande section qui serait alors une espèce de pré-CP, et de laisser aux municipalités gérer le sort des 3 et 4 ans, hors EN. En dehors du fait qu’on instaurerait alors un système de garderie et uniquement de garderie, l’Etat se défausserait ainsi sur les collectivités d’une de ses tâches prioritaires. Je ne parle même pas des transferts de charges.

Sur le rapport Bentolila, on en avait déjà discuté. Bentolila est un excellent linguiste, mais il n’a jamais travaillé avec des enfants de 3 ou 4 ans. Il a bcp travaillé sur l’apprentissage du langage en primaire, mais ignore tout de la maternelle.

Il y a une différence de vision fondamentale concernant l’EN entre Sarkozy et quelqu’un comme Bayrou (mais d’autres aussi). Bayrou considère l’éducation – de la maternelle au doctorat – comme un investissement. Sarkozy considère que c’est une dépense.
Tout ne fonctionne pas dans l’EN, loin de là même. Le « mammouth » fonctionne de travers, et les syndicats ont bien souvent des positions dogmatiques proches de l’absurde. Il y a des chantiers énormes à mener pour améliorer le système, et probablement aussi d’un strict point de vue financier. Mais ce sont des chantiers de fond, et certainement pas ces espèces d’annonces médiatiques qu’affectionne décidément ce pouvoir et qui ne résolvent absolument rien, bien au contraire.

Il faudrait commencer pas avoir un tout petit peu de cohérence. Après avoir fait campagne sur le soit disant mauvais niveau d’expression écrite et orale des enfants en primaire, le gouvernement a annoncé l’abandon de la classe le samedi matin. D’où 3 heures de cours par semaine en moins ! A cela on a rajouté un certain nombre de matières (morale, histoire de l’art – eh oui !), d’où 2 ou 3 heures encore en moins pour les matières essentielles. Quelle est la logique du projet ?
Les enseignants, eux, seront chargés de faire 3 heures par semaine de soutien scolaire pour les enfants en difficulté. Mais en dehors des heures « légales », c’est à dire soit le samedi matin, soit le soir après 17 heures. Il faut n’avoir jamais rencontré un enfant, en encore moins un enfant en difficulté scolaire, pour imaginer une seconde qu’il est encore capable de se concentrer entre 17 et 18 heures après une journée entière de classe, et alors que ses copains sont rentrés chez eux. C’est d’une absurdité totale !
Au passage, cela permet de supprimer ce que l’on appelle les Réseaux d’Aide dont la mission était de s’occuper spécifiquement des enfants en difficulté, mais durant le temps scolaires, et grâce à des enseignants spécialement formés à cette tâche.

Sur tous ces sujets, même des gens « de droite » sont montés au créneau, je pense notamment à Luc Ferry qui a été très virulent. Par contre, effectivement, silence radio du coté du NC. J’en conclue qu’ils acquiescent. Leur « poids » dans la majorité est à la hauteur de leur prise de parole : nul.
_____

Au passage, petite particularité de l’EN qui est mal connue, à tord. Dans n’importe quelle entreprise en France, la législation impose une visite médicale annuelle. C’est valable dans tous les secteurs d’activité, sauf un : l’Education Nationale ! Les enseignants n’ont pas de médecine du travail, et aucune visite médicale obligatoire, jamais !
L’Etat est plus vigilant avec la santé des jardiniers, des policiers ou des standardistes qu’avec celle de ceux à qui sont confiés des enfants toute l’année…

Écrit par : Bertrand | mardi, 15 avril 2008

Dommage que Bertrand n'ai pas mis son adresse mail, j'aurais aimé le contacter.

Il est évident que c'est même AVANT l'école maternelle que sont posés les rails sur lesquels un être humain déroule sa vie, notamment en ce qui concerne le language qui lui permet de conceptualiser ses pensées.

Tiens, au niveau français, je m'étonne de lire sur presque tous les blogs le mot "tort" avec un "d". Serait-ce devenu une mode en France ?

Pourtant "tort", le contraire de "raison" n'a rien de "tordu"...

Écrit par : Danièle Douet | mardi, 15 avril 2008

A L'Hérétique

C'est un aparté : je suis honteux parce que en relisant
les blogs précédents, je m'apercois que je suis trop
violent dans la forme. Je m'en excuse.

Pour le fond je ne change rien, mais j'aurais voulu
l'exprimer avec plus d'égard.

Écrit par : Luc | mardi, 15 avril 2008

@ Danièle et Bertrand

Je suis en plein accord avec l'un et l'autre.
@ Luc
T'inquiète. Pas le genre de choses qui me tracassent, vu ce que moi j'écris ;-)
@ Aurélien
Je pressens que lorsqu'on discutera précisément des réformes que tu proposes, le débat deviendra quelque peu houleux :-)

Écrit par : L'Hérétique | mardi, 15 avril 2008

@ Danièle Douet

Mille excuses pour le « tord ». Effectivement, c'est un peu tordu ! Je pourrais plaider l'acte manqué, mais bon, je reconnais l'erreur et la non-relecture.

Sinon, je vous suis assez dans votre analyse sur l'impossibilité de réformer le système éducatif dans son périmètre actuel. Pour connaître un peu le système, et de l'extérieur, et de l'intérieur, on navigue le plus souvent entre Kafka et Ubu roi, l'humour en moins.

L'idée de tout remettre à plat en expérimentant dans une région est frappée au coin du bon sens. Redéfinir le rôle de l'école (il était d'enseigner, il est de plus en plus de tenter de soigner - en vain - tous les maux de la société) ; redéfinir le rôle des enseignants ; redéfinir la place de l'enseignant, de l'élève, des parents ; redéfinir les enseignements ; etc, etc… Vaste chantier !

C'est souhaitable, mais est-ce possible ? Est-ce possible quand on connaît, à tous les niveaux, les archaïsmes du système ? Est-ce possible quand on connaît les positions de certains syndicats, voire de certaines associations de parents d'élèves ? Est-ce possible tant que les politiques, de tous bords, joueront comme ils le font avec l'école ?

Bien sûr que c'est déjà avant l'école que se joue, dans la famille et l'entourage, en grande partie la capacité d'apprendre, de conceptualiser et d'exprimer de l'enfant. Sa capacité à se construire. Quand la famille est en mesure d'apporter cela. Ce qui n'est pas le cas, loin s'en faut, de toutes les familles. Pour les autres enfants, leur seule fenêtre sur le monde est l'école. D'où l'importance de l'école maternelle dans les milieux intellectuellement les plus défavorisés. Leur enlever cela revient à les confiner dans un monde fermé dès le plus jeune âge.

J'ai un cas très récent. Ma femme enseigne en petite et moyenne section de maternelle. Et comme l'EN est passée maître dans la gestion de son propre personnel, elle enseigne dans 3 classes de 3 écoles différentes. Deux sont des ZEP, dont l'une considérée comme ZEP particulièrement dure. La troisième est à l'opposé, une école de centre ville d'un quartier plutôt huppé.
Le niveau des élèves de petite section de centre ville, en langage, en expression, voire même en graphisme, est déjà supérieur à celui des moyennes sections en ZEP. Ils ont un ou deux ans d'école derrière eux, et déjà le fossé se creuse… Enlevons l'école maternelle, et il ne s'agira plus d'un fossé mais d'un abysse.

Dans l'une des classes de ZEP, une élève a attiré son attention. Une enfant de 4 ans ou 4 ans et demi, qui ne semblait pas avoir de problème particulier, sauf le niveau de langage d'un enfant de 2 ans. La gamine apprenait vite, mais avait des lacunes considérables. Ma femme demande rendez-vous avec les parents. La mère vient. Et là ma femme découvre que cette femme, simplement, ne parle pas avec sa fille. Jamais. Rien à lui dire. Aucun contact. La mère elle même ne savait pas communiquer avec sa propre fille. Ni avec personne d'ailleurs.
Si l'école n'avait pas été là, avec des enseignants formés et impliqués, que ce serait-il passé pour cette enfant ?

De mon poste d'observateur, je suis souvent sidéré de voir le nombre d'enseignants qui souffrent dans leur travail. Pas d'enseigner, mais de tout ce qu'on leur demande de porter, des problèmes de notre société qu'on leur demande de résoudre, sans même leur donner le minimum de moyens pour y arriver. Et le plus souvent, de la part de nos élites, en les méprisant ouvertement.

Il se trouve qu'avant d'être enseignante, ma femme était psychologue clinicienne. L'EN manquant cruellement de psychologues scolaires, le rectorat l'a approché pour lui demander de prendre un poste. Le poste en question couvrait cette année près de 40 écoles. A partir de septembre, le même poste couvrira 80 écoles ! Comment fait-on un travail un minimum sérieux quand la population concernée est de plus de 10.000 élèves répartis sur un département ? Elle a donc refusé le poste. La personne qui a été recrutée n'est ni psychologue ni enseignante… C'est les bonheurs de l'EN !

Écrit par : Bertrand | mardi, 15 avril 2008

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