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jeudi, 13 mai 2010

Retraites et comptes notionnels, le Nouveau Centre très proche du MoDem

Je viens de faire un petit tour sur le site du Nouveau Centre : si la réflexion sur les régimes de retraites y est nettement moins avancée qu'au MoDem, les prémisses en sont quasiment les mêmes. C'est bien ce qu'il me semblait. Les néocentristes demeurent fondamentalement attachés à la répartition, suggèrent la mise en place d'un compte notionnel comme en Suède, et réclament la même transparence que le MoDem sur la situation de chaque cotisant.

Je suis pafois surpris qu'un parti disposant d'autant d'élus et de groupes dans plusieurs assemblées ait si peu développé sa production théorique et programmatique. Néanmoins, le fait est que sur les retraites, les centristes des deux bords pourraient oublier un peu leurs différends et faire cause commune, comme j'y invitais dans mon précédent billet.

Il faudra, tant côté Nouveau Centre que MoDem, être très clairs sur ce que sont les comptes notionnels. Attention ! Pour le MoDem, cela représente une évolution significative par rapport à son programme et aux propositions de Bayrou pendant les élections présidentielles ! En effet, la retraite par points, proposée jusqu'ici, faisait du nombre de points le seul critère de la pension finalement accordée à la retraite.

Le compte notionnel ne fonctionne pas de la même manière : il existe bien un système de points, mais il est individualisé ! Deux individus avec le même nombre de points n'obtiendront pas la même retraite s'ils ne sont pas nés à la même date ! En effet, le compte notionnel calcule la pension sur la base de l'espérance de vie pour chaque génération. C'est donc par rapport à sa propre espérance de vie qu'il faut établir son calcul.

Pour être lapidaire, dans un tel système, on continuera de pouvoir partir à la retraite à partir d'un certain âge, mais, plus on retardera son départ à la retraite, plus forte sera la retraite que l'on touchera, puisque la valeur de la pension sera répartie sur la différence entre l'âge de départ à la retraite et l'espérance de vie théorique.

Je vois assez facilement la transition se faire avec les retraites du privé, mais beaucoup plus difficilement avec celles du public, pour lequel, à l'heure actuelle, ce sont les six derniers mois qui servent de référence pour la pension.

A mon avis, la seule manière d'aligner les comptes notionnels publics sur les comptes notionnels privés à terme, c'est de répartir la valeur des actuelles retraites du public sur la valeur des points notionnels, quitte à ce qu'ils soient pour l'instant supérieurs à ceux du privé, puis, ne plus les revaloriser le temps qu'il faudra pour que les valeurs des deux régimes s'alignent l'une sur l'autre.

Je pense que les commissions et les élus du MoDem, à commencer par Bayrou, ont anticipé les problèmes de cette sorte, puisqu'ils prévoient une longue période de transition et d'adaptation pour qu'une réforme soit opérationnelle et passe dans l'opinion.

La question finale, au total, et que tout le monde se pose, c'est la suivante : est-ce que j'y perdrai à temps de travail égal. En l'état actuel de notre démographie et de notre croissance économique, la réponse est oui, sauf à ce que ma catégorie professionnelle me destine à une faible espérance de vie après la retraite. Il faut avoir le courage de le dire. Mais les choses peuvent aussi changer dans l'avenir : qui peut prévoit ce qu'il peut se produire à trente ans ?

Commentaires

"dans un tel système, on continuera de pouvoir partir à la retraite à partir d'un certain âge, mais, plus on retardera son départ à la retraite, plus forte sera la retraite que l'on touchera"

C'est déjà le cas avec le système par points tel que tu le décris.

Si je comprends bien, ce sera encore plus le cas avec les comptes notionnels puisque, de deux personnes qui partent à la retraite avec le même nombre de points, mais l'une à 60 ans (carrière plus rémunératrice chaque année), l'autre à 65 ans (carrière plus longue), la 2ème aura une retraite plus élevée puisque son espérance de vie sera moindre.

La question difficile, pas seulement technique mais aussi éthique, est de savoir ce qu'on prendra en compte dans le calcul d'espérance de vie.

L'homme qui part à 60 ans après une carrière passée sur marteau-piqueur a (toutes choses égales par ailleurs) une espérance de vie moindre que la femme qui part à 65 ans après une carrière dans l'informatique.

Le fumeur régulier a une espérance de vie beaucoup plus réduite que celle du non-fumeur (à vrai dire, dans le système actuel, cette seule différence équivaut, en gros, au surcoût de soins de santé entraînés, en moyenne, par les conséquences du tabagisme ).

Il faudra pas mal de débat et de confrontations de valeurs, dans notre République, pour arriver à ce que l'espérance de vie individuelle soit calculée d'une façon acceptée par tous comme juste.

Écrit par : FrédéricLN | vendredi, 14 mai 2010

@Fred
Voilà, tu as tout à fait compris ce qu'il peut se produire.
Pour le marteau-piqueur, c'est bien pour cela qu'il faut établir des espérances de vie catégorielles afin de procéder à des ajustements.
En revanche, en ce qui concerne la cigarette, elle ne doit pas concerner le calcul des retraites, c'est un choix tout à fait personnel. On ne fera pas non plus un bilan santé personnalisé pour calculer l'espérance de vie.
A ma connaissance, les comptes notionnels suédois ne vont pas jusqu'à cette extrémité, je ne le crois pas.

Écrit par : l'hérétique | vendredi, 14 mai 2010

En te lisant, l'Hérétique, ainsi que Frédéric, je me faisais la réflexion qu'en réalité tous ces calculs semblent peut-être complètement vains et dérisoires à la majorité des personnes...

Parce qu'en fait nous avons tous peur de la vieillesse. Nous espérons une longévité naturellement mais à condition de mourir... en bonne santé ! J'ai trouvé un article (lire les deux pages) d'une pédiatre canadienne qui l'exprime bien : "la vieillesse est-elle une maladie honteuse ?!"
http://www.servicevie.com/sante/societe/la-vieillesse-est-elle-une-maladie-honteuse/a/133

Et je me demandais si la plupart d'entre nous ne se brûlait pas la vie par les deux bouts (cigarette, alcool, bonne bouffe, sensations fortes...) pour mourir plus tôt et ne pas connaître les éventuelles déchéances de la vieillesse. Chacun redoute la dégénérescence évidemment, par peur du regard des autres, de sa propre famille, de ses amis.

Je repense souvent à la vieille institutrice de l'école du village où j'ai fait la fin de mon cycle primaire. L'unique classe regroupait les 5 niveaux, où dans chacun nous n'étions que 3 ou 4 du même âge. Je n'ai jamais été aussi heureuse en classe ! L'institutrice (qui a exercé jusqu'à 75 ans !) était extrêmement exigeante sur la discipline, le respect, le partage des tâches et souvent les plus âgées devaient aider les plus jeunes. Chaque matin nous avions une leçon de morale. Elle nous rappelait beaucoup plus nos devoirs que nos droits. Le samedi matin nous faisions le ménage de la classe en grand, remplissions les encriers, faisions la leçon de choses et récitions des poésies. Les CM2 (11 ans) faisaient le programme du certificat d'études (14 ans). Déjà une véritable école inclusive, avec un esprit familial de solidarité et de réponses adaptées à chaque enfant comme le décrit Isabelle dans ce qu'elle propose.

Il me semble que c'est vers cela qu'il faut revenir. Ne plus enfermer les générations dans "une classe d'âge" bien définies. Ne plus parquer les personnes âgées entre elles, ni... les bébés entre eux non plus.
Lorsque notre fonctionnement ne sera pas uniquement basé sur la compétition et le profit individuel, nous reviendrons avec bonheur vers la simple émulation et le plaisir de vivre ensemble "toutes différences mêlées et confondues".

Écrit par : Françoise Boulanger | vendredi, 14 mai 2010

Pédiatre ou gériatre?
Pour le reste, il y a aussi les groupes de "pression", tellement humain n'est-ce pas?

Écrit par : Martine | vendredi, 14 mai 2010

@Françoise Boulanger En marge de votre réflexion: j'ai vu hier soir sur LCP un documentaire émouvant et saisissant sur le travail des seniors aux USA (il repasse ce soir et demain) :

http://www.lcpan.fr/Pas-de-repos-pour-granny-02732

Écrit par : Nicolas Mauduit | samedi, 15 mai 2010

Merci Nicolas, de cette info très intéressante (je vais essayer de regarder bien sûr).
Sur l'annonce, le commentaire dit : "Travailler pour subsister ou pour s'épanouir ?". Hier, dans le Talk Orange/Figaro, Robert Rochefort a eu une très jolie expression (faisant écho à ses livres) : "Il faut réenchanter le travail"... Il a parfaitement raison, comme cela nous aurons les deux ! Personnellement j'adorerais travailler selon ma conception du respect réciproque. Et je compte bien le faire au moins jusqu'à 70 ans...

Écrit par : Françoise Boulanger | samedi, 15 mai 2010

Autres échos:
http://livres.fluctuat.net/bernard-stiegler/livres/reenchanter-le-monde-la-valeur-esprit-contre-le-populisme-industriel/
@+

Écrit par : Martine | samedi, 15 mai 2010

Aïe !

Les comptes notionnels sont exposés à l'arbitraite des calculs, avec toutes les luttes d'influence qui peuvent s'y accoler.

Leur application est possible dans une soicté apaisée et consensuelle comme la société suédoise, mais cela est plus délicat en France, pays qui véhicule une longue tradition de débats et de polémiques.

Un système de calcul plus neutre me paraît plus adapté.

Je prends la liberté de faire une auto-pub, et de donner le lien de mon propre blog qui développe cette position :

http://sylvainjutteau.blogspot.com/2010/05/solution-pour-les-retraites.html

Cette prise de position est programmée pour être publiée dans quelques jours par le site de Générations Engagées, qui rassemble l'équipe qui était autour de Quitterie Delams, et qui est rassemblé désormais autour de Virginie Votier.

Bien cordialement.

Écrit par : Sylvain JUTTEAU | dimanche, 16 mai 2010

Ces histoires de points, c'est d'un compliqué...

Écrit par : Antonin | mardi, 18 mai 2010

@Antonin
Mais non, pas du tout : qu'est-ce qui te pose problème exactement ?
@Sylvain
J'ai lu votre billet : baisse sévère des retraites garanties...l'Enfer est pavé de bonnes intentions...

Écrit par : l'hérétique | mardi, 18 mai 2010

@Antonin ,
M'étonne pas venant de vous^^Tous!!! :o)))))

Écrit par : Martine | mardi, 18 mai 2010

@ l'hérétique

Mon billet doit manquer de clarté alors, puisque la solution proposée consiste à maintenir les retraites existantes, et à baser le montant de la pension à liquider sur la totalité des cotisations versées au cours de la carrière. Chacun choisit de moduler le montant de sa retraite.

Écrit par : Sylvain JUTTEAU | mercredi, 19 mai 2010

Le problème du compte notionel c'est le périmètre de calcul. exemple un peu caricatural mais qui illustre mon propos : Les femmes ont une espérance de vie de +6 années par rapport à un homme né le même jour (je dois cotiser +6 années) par contre elles ont des enfants (je dois en tenir compte donc -0.5 par enfant)..... les exemples vont se multiplier
La transparence et le concensus va être difficile. Sur le principe nous sommes d'accord avec quand même un point à surveiller sur le coté un peu symbolique des cotisations des hauts revenus.

Écrit par : JF CAMPION | jeudi, 20 mai 2010

Le problème du compte notionel c'est le périmètre de calcul. exemple un peu caricatural mais qui illustre mon propos : Les femmes ont une espérance de vie de +6 années par rapport à un homme né le même jour (je dois cotiser +6 années) par contre elles ont des enfants (je dois en tenir compte donc -0.5 par enfant)..... les exemples vont se multiplier
La transparence et le concensus va être difficile. Sur le principe nous sommes d'accord avec quand même un point à surveiller sur le coté un peu symbolique des cotisations des hauts revenus.

Écrit par : JF CAMPION | jeudi, 20 mai 2010

@JF Campion
Observations pertinentes en effet. La difficulté, c'est de définir un panier de critères viables et équitables.
Quant aux gros revenus, la portée en est en effet surtout symbolique.

Écrit par : l'hérétique | jeudi, 20 mai 2010

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