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vendredi, 09 avril 2010

Les conditions d'appartenance à l'Europe pourraient se durcir

Intéressant édito que celui de Marielle de Sarnez dans sa dernière lettre aux Franciliens. Sans prendre parti, je le publie intégralement et le soumets à la réflexion des lecteurs. Ce qui est certain, c'est que le laxisme budgétaire commence à sérieusement énerver nos amis Allemands. D'un autre côté, il n'est pas non plus heureux d'annoncer inopportunément des mesures susceptibles de faire grimper les taux d'emprunt de la Grèce. Ce pays va avoir le plus grand mal à redresser ses finances sans graves troubles sociaux ; le devoir des pays européens, c'est d'essayer de lui créer l'environnement le plus favorable possible pour ses emprunts. Toutefois, il y a des choses, hélas douloureuses, que personne ne peut faire à la place des Grecs. Il leur faut envisager des réductions très drastiques et des coupes sombres dans leur budget. Il y aura des décisions très difficiles à prendre. J'espère que les Grecs parviendront à préserver l'essentiel. Le problème, avec notre Europe, c'est qu'il faut bien admettre qu'à un moment donné une discipline budgétaire est nécessaire, faute de quoi l'Europe cesse d'être crédible. Voilà donc l'édito :

On peut dire :

- que le comportement d'Angela Merkel depuis le début de la crise grecque, la première aussi grave affectant la zone euro, contraste singulièrement d'avec les attentes que laissaient espérer et l'histoire et la pratique de l'Allemagne en matière de politique européenne. Certes, la chancelière affronte le 9 mai une élection cruciale en Rhénanie-Westphalie, le land le plus peuplé du pays pouvant faire basculer la majorité au Bundesrat, et elle se doit de répondre à son électorat qui ne supporte plus l'idée préconçue selon laquelle « l'Allemagne paiera ». Mais, en désavouant publiquement son ministre des Finances, Wolfgang Schauble, qui s'opposait à l'intervention du FMI, et en allant même jusqu'à poser le débat de l'exclusion d'un État membre de la zone euro, Angela Merkel a surtout don-né l'impression de dilapider l'héritage européen d'Helmut Kohl.

- que l'Allemagne est parvenue à imposer ses conditions, c'est-à-dire une intervention du FMI, contre l'avis publiquement affirmé (avant le Sommet des 25 et 26 Mars) du président de la BCE et du président de l'Eurogroupe. Jean-Claude Trichet et Jean-Claude Juncker qui se sont toutefois postérieurement rallié à cette solution. La Grèce a commencé à lever 5 milliards d'euros d'emprunts obligataires. Le taux qui lui est consenti, non seulement n'a pas baissé mais même augmenté à 7% ! Cet accord (qui n'aurait été activé que si la Grèce n'avait pu lever d'argent sur le marché) n'a donc que moyennement rassuré les investisseurs : ils prêtent, mais le différentiel de taux d'intérêt (spread) grignote les efforts très lourds consentis par les Grecs pour réduire leur déficit. Autrement dit, l'austérité imposée ne sert pas entièrement à rétablir l'économie mais à payer pour partie des pénalités d'intérêt que la Grèce n'aurait pas à payer si l'Allemagne avait accepté le système de garantie proposé par Guy Verhofstadt, qui aurait permis d'émettre des euro-obligations à un meilleur taux.

- qu'Angela Merkel assorti ce plan déjà très restrictif d'une condition de long terme : le durcissement du pacte de stabilité. Le Conseil européen a ainsi appelé à un renforcement de la gouvernance et de la surveillance économique, y compris des sanctions. Celles-ci ne sont pas précisées, mais chacun garde en tête les menaces d'exclusion de certains pays de la zone euro.

- que la question de la création d'un Fonds monétaire européen est également posée. Herman Van Rompuy devant remettre un rapport d'ici la fin de l'année, qui examinera « toutes les options juridiques possibles ». En filigrane, c'est peut-être la réouverture des traités qui s'annonce.

18:24 Publié dans Europe | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : sarnez, europe, grèce, allemagne, merkel, dette |  Facebook | | |

Commentaires

Dslée, je rejoins Angela, elle a raison d'expédier un grand coup de pied dans la fourmillière!
Au passage,un coup de pied perso aux armateurs! :)))

Écrit par : Martine | vendredi, 09 avril 2010

L'attitude des pays de l'eurogroupe face au problème grec prouve bien qu'il n'y a pas "d'Europe". M de Sarnez comme les autres nous servent du vent, de la fummée.

Écrit par : catlaï | samedi, 10 avril 2010

Sur la base des chiffres de la Commission de l'Union Européenne et d'Eurostat, le journal FAZ a fait le décompte des paiements nets par habitant et par pays vers l'UE et des subventions obtenues par chaque pays, sur la période 1999 à 2008.

Voici le graphique:
http://www.faz.net/s/Rub3ADB8A210E754E748F42960CC7349BDF/Doc~E21C09387D8AB4337AFE5CB075FA018CB~ATpl~Ecommon~SMed.html

Il montre clairement que les pays qui paient le plus dans l'UE, déduction faite de toutes les subventions qu'ils reçoivent sont les Pays-Bas qui paient plus qu'ils ne reçoivent, soit 1.240 € par habitant, la Suède 995 € par habitant et l'Allemagne 852 € par habitant.

La France étant loin derrière avec 373 € par habitant, en raison des très fortes subventions qu'elle reçoit pour son agriculture.

Si l'on considère la population, c'est l'Allemagne qui finance le plus l'UE avec plus de 70 milliards d'Euros.

Les pays qui reçoivent le plus sont en premier lieu et devant tous les autres: la Grèce avec 3.945 € par habitant, l'Irlande 2.948 € et le Portugal 2.430 € ...

En raison de sa population, c'est l'Espagne qui reçoit plus qu'elle ne verse, à raison de 63 milliards.

Donc, appeler à la "solidarité" européenne, c'est bien joli, mais il faut regarder les réalités en face.

Et Angela Merkel n'a pas pris cette décision - comme l'écrivent en choeur les journalistes - en raison des élections locales proches, mais par conviction, parce que le population allemande a beaucoup payé - pour la réunification chaque habitant paie depuis 1991 "la contribution de solidarité" - pour les autres pays européens, comme le montre le graphique, pour être compétitive sur les marchés internationaux en réduisant les coûts et donc en n'augmentant pas les salaires, et enfin en faisant passer progressivement l'âge de la retraite à 67 ans.

Tout cet effort a été effectué dans un large consensus national après longue explication des enjeux.

Il est donc absolument impossible de demander à ces habitants qui ont ainsi fait de lours efforts financiers personnels depuis plus de 20 ans, de payer pour d'autres qui ont dilapidé l'argent qui leur avait été donné...

Appeler à de la "solidarité européenne" est bien facile de la part de MdS issue d'un pays qui gère très mal ses finances.

La "solidarité" ne peut être à sens unique. Elle se doit d'être un donnant-donnant...

Écrit par : Danièle Douet | samedi, 10 avril 2010

Document intéressant. Merci Danièle.

Écrit par : l'hérétique | samedi, 10 avril 2010

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