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  • UDF versus MoDem

    Laurent de Boissieu a écrit, il y a quelques jours, un billet pour examiner l'évolution programmatique du MoDem, autrefois UDF. J'avais fait moi-même quelques observations il y a quelques jours. Si je salue tout à fait le travail extraordinaire réalisé par les commissions (et je dois être honnête, je ne pensais pas qu'elles seraient capables de produire un programme, et je fais donc un mea culpa), il n'en reste pas moins que plus d'un aspect du nouveau programme me chiffonne. François Bayrou, Marielle, Alain Dolium, ont beau clamer leur appartenance au Centre, ce programme n'est pas un programme centriste, désolé.

    Il y a des retraits par rapport au programme de l'UDF de 2007 qui me dérangent à plus d'un égard. Le programme du MoDem ne jure plus que par le régulation. A vrai dire, la régulation, qui est dans toutes les bouches, elle me sort par les trous de yeux, pour tout dire, et le dire brutalement. Moi, je ne demande pas aux États de réguler, mais de s'assurer de l'équité des procédures. Ainsi, le programme du MoDem, s'il salue la dimension créative de l'entrepreneur, le réduit en même temps à une dimension philosophique sinon sociale, et son entreprise avec. Finalement, la manière de dire les choses, les mots ont un sens, est plus que tout révélatrice du fil conducteur d'un programme. J'aurais préféré que l'on écrive dans notre programme que le MoDem souhaitait et voulait que chaque individu puisse entreprendre sans devoir affronter des ententes illicites (oligopoles, collusions entre l'État et certaines entreprises). J'aime mieux l'État protecteur des libertés économiques que le chasseur de koulaks déterminé à taxer jusqu'à la moëlle et à poursuivre ces râclures de banquiers capitalistes...

    A côté de cela, il y avait dans le programme de Bayrou quelque chose qui me plaisait, en 2007  : une référence explicite au mérite à et à l'excellence. L'UDF faisait alors valoir clairement qu'elle tenait à ce que figure dans tous les établissements scolaires de France une voie de l'excellence au même titre que celle de la remédiation. Il n'en reste plus rien dans le programme éducatif du MoDem. On y évoque vaguement des parcours diversifiés au collège, et c'est tout. En somme, tout ce qui renvoie à la responsabilité et au mérite personnel a disparu.

    J'ose espérer que le programme du MoDem n'est pas un programme fermé et qu'il aura la possibilité de s'amender d'ici les présidentielles de 2012. Pour ma part, je n'ai pas rejoint un jour l'UDF pour finir dans un PRG bis. Des proches de François Bayrou lui enjoignent de prendre garde à ce centre-droit, qui existe et qu'il néglige. Il y a des voix, au sein du MoDem, pour défendre un libéralisme modéré, comme celles de Gilles Artigues ou Sylvie Goulard.

    Le projet du MoDem annonce en introduction haut et fort sa méthode : le réformisme. Je suis désolé, mais le réformisme, c'est une référence de gauche politiquement. Or, finalement, le projet du MoDem, c'est finalement un honnête projet social-démocrate plus ou moins édulcoré pour lui donner une tonalité centriste. En règle générale, je m'intéresse aux réformistes, et j'ai une certaine proximité avec, mais ce n'est pas mon courant politique. Je suis un peu plus proche des sociaux-libéraux, bien que plus à droite. Je pense, d'ailleurs, que le programme du MoDem peut convenir sans difficulté aux sociaux-libéraux, et on retrouve un grand nombre d'idées de ce courant politique dans le programme du MoDem. Mais, à certains égards, je me demande si l'on peut encore compter les sociaux-libéraux au sein de la famille libérale.

    In fine, il n'y a désormais, en France, plus aucun parti qui défende un tant soi peu l'idéal libéral. L'UDF aura été le dernier, le MoDem lui tourne définitivement le dos.

     

  • Frêche, le Diable du Languedoc

    C'est assez frappant de voir le landernau électronique et médiatique hurler au loup avec un bel ensemble contre Georges Frêche. On les entend de Paris, les vertueuses voix indignées de ceux qui se bouchent d'ores et déjà le nez avec une paire de pinces à linge.

    On a fait et on fait encore grief à Frêche d'avoir insulté en termes violents une délégation de harkis en la qualifiant de sous-hommes. Or, dans cette frasque, fâcheuse il est vrai, de Frêche, il est très clair que les termes n'avaient aucune connotation raciale : Frêche était furieux contre ces harkis parce qu'ils avaient décidé de soutenir le candidat UMP alors que lui-même jugeait avoir fait beaucoup pour cette communauté. Je ne donne pas raison à Frêche d'avoir beuglé comme un goret dans cette histoire, parce que j'estime que la politique que l'on mène comme élu ne doit pas avoir de finalité clientéliste, mais en revanche, je suis à peu près sûr que son coup de gueule n'a strictement rien à voir avec le racisme. Il aurait pu dire cela à n'importe quelle délégation (ç'aurait pu être une délégation d'une corporation professionnelle, par exemple) qui lui aurait fait ce coup-là.

    Sur la composition de l'équipe de France, son propos n'est pas fin, mais j'aimerais que l'on m'explique clairement où se trouve le racisme dans le fait de dire que la composition ethnique de l'équipe de France n'est pas représentative de la société française. Par ailleurs, le seul propos qui pourrait être relevé allant dans le sens d'une provocation "raciste" (ce mot finit par m'énerver à force d'être galvaudé) ce serait sa conclusion, «les blancs sont nuls». Bref, encore une accusation ridicule. Après, que ce soit un propos à l'emporte-pièce, c'est incontestable, mais je crois que c'est l'une des caractéristiques du bonhomme...

    Il y a un billet intéressant, écrit par Hervé Torchet, qui reprend ces deux saillies du Diable du Languedoc... L'individu vient apparemment de se signaler par une nouvelle polémique sur les prisonniers de guerre. Je n'ai pas tout le contexte et donc je ne me prononcerai pas, mais, pour ce qui est incriminé, je ne vois pas où se trouve l'apologie des crimes de guerre (il aurait laissé entendre que les prisonniers de guerre des Allemands, lors de la seconde guerre mondiale, fricotaient avec les gretchen pendant que les maris se battaient sur le front russe).

    En tout cas, plus la classe médiatico-politique pousse des cris d'orfraie, plus elle va renforcer sa popularité, ça c'est sûr. Bayrou a dit de lui que c'était une grande gueule, mais qu'il l'aimait bien. Je crois que cela résume en effet bien le personnage, d'autant que ce qu'il a fait à Montpellier n'est pas rien. C'est un homme de culture.

    Je ne valide bien évidemment pas sa politique si son fonctionnement, mais quelques unes de ses tirades les plus fameuses me font bien rire :

    «Les cons sont majoritaires, et moi, j'ai toujours été élu par une majorité de cons et ça continue parce que je sais comment les "engraner"»

    « … n’est-ce pas le B-A-BA de la politique ? Deux ans d’impopularité, deux ans de calme, deux ans favorables avec des fleurs et des petits oiseaux, et vous êtes réélu : tout cela est d’une facilité déconcertante

    Bon, un homme comme celui-là est sûrement casse-pied et mérite une opposition sans merci, mais ne peut pas être fondamentalement mauvais :-) Je préfère de loin ce type d'individus aux technocrates et  idéologues prétentieux et insupportables dont la principale activité est de donner des leçons de morale au tout au venant...

    Je crois avoir trouvé un bon surnom en l'appelant le Diable du Languedoc, mon Frêche...