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mardi, 24 juin 2008

De la place de la Turquie en Europe...

A nouveau une contribution d'un lecteur, cette fois de Thierry P, qui donne son point de vue sur le positionnement de la Turquie en Europe.
Tout comme dans le billet précédent, je ne me range pas nécessairement à ses conclusions.


Comme souvent, on comprend mal le présent si on a pas entrevu un thème dans sa dimension historique. Après, libre à chacun de se forger une opinion personnelle.

Je vous livre donc mon point de vue qui n'est qu'une modeste lecture de l'histoire.
Je pense que l'Europe que nous connaissons aujourd'hui est liée à un événement qui a eu lieu dans la seconde moitié du XVème siècle !

Une date importante, 1453, mérite en effet d'être connue pour resituer le débat de la place ou non de la Turquie en Europe.
La prise de Byzance par les Ottomans cette année-là marque (symboliquement) le passage de cette partie du monde dans la sphère orientale.
La Sublime Porte n'aura de cesse de poursuivre son expansion sur le sol européen (jusqu'au siège de Vienne qui en sera le terme en 1529).
Deux blocs différents et antagonistes (politiques, culturels et religieux...) étaient désormais face-à-face, l'empire Ottoman et les pays d'Europe. 
La bataille de Lépante en 1571 est une illustration de cette rivalité entre les deux blocs alors en présence.
Car c'est à peu près à cette époque que prend forme l'Europe dans l'idée telle que nous la connaissons encore.

Mais à côté de ces luttes d'influence (à forte connotation religieuse il est vrai), les liens diplomatiques ne seront pas pour autant rompus entre ces deux ensembles. Pour preuve les contacts que le roi François Ier de France noua avec le Sultan Ottoman Soliman II le Magnifique en vue d'une alliance contre les Habsbourg.

Cet épisode de la chute de Byzance illustre à mes yeux le fait que les critères géographiques ne sont pas suffisants et satisfaisants pour définir ce qu'est l'Europe. Les frontières, c'est une des lois de l'histoire, sont par nature appelées parfois à fluctuer. 

Pour revenir à cette fin de XVème siècle il est intéressant de souligner qu'à l'ouest, un mouvement "inverse" se produisit peu après. L'année 1492 marque en effet la fin du Royaume maure de Grenade qui met un terme de plusieurs siècles d'une extraordinaire civilisation où ont coexisté en paix les pratiquants des trois grandes religions monothéistes.  

Pour compléter et relativiser ce raisonnement sur la place de la Turquie dans l'histoire européenne il convient de signaler de notables singularités :
- Ainsi, la Grèce qui a été de facto une partie intégrante de l'Empire Ottoman a su conserver intacte une forte identité religieuse chrétienne. Laquelle a contribué à favoriser la renaissance de l'Etat Grec au cours de la première moitié du XIXème siècle. 
- De nombreux Etats européens sont restés dans la sphère d'influence Ottomane jusqu'à la fin du premier conflit mondial (Bulgarie, Albanie par exemple), donc quoi que l'on puisse en penser la présence turque a existé en Europe.  

Quid du futur européen de la Turquie ?
S'agissant de la place qu'il conviendrait (ou pas) d'accorder à la Turquie en tant qu'État membre à part entière de l'Union, il faut reconnaître qu'il s'agit d'une demande très ancienne. Elle remonte à 1963.  
Je vous renvoie à l'excellent commentaire d'ArnaudH (sur le billet du 22 juin de L'Hérétique) qui dresse l'historique de cette demande d'adhésion et qui rappelle la très longue liste des conditions auquel cet État devrait satisfaire pour voir sa candidature validée.
Si je partage entièrement le constat d'ArnaudH, j'émettrais toutefois une opinion divergente quant à la pertinence de l'adhésion de la Turquie à l'Europe.

De trop nombreux "obstacles" rendent à mes yeux cette perspective illusoire :
1. Les arguments que Didier a donnés sont tous fondés pour marquer cette grande césure entre les Etats européens (issus de 5 siècles d'histoire) et ce pays.   
2. La liste des critères à satisfaire comme préalable à son adhésion (cf. ArnaudH) est trop longue pour ne pas en saisir l'aspect rhédibitoire.
3. Les peuples des 27 Etats de l'Union ne seraient pas enclins à accepter un tel élargissement de l'Europe. Et sur ce point, je tiens à souligner que l'hypothèse de l'adhésion de la Turquie a gravement hypothéqué le débat autour de la ratification du TCE (en France notamment). Les nationalistes ont su tirer profit de l'ambiguïté des "politiques" face à la question turque et ont pourri le débat avec leurs polémiques populistes.
4. Enfin, et c'est ce qui constitue le fondement de mon opposition de principe à l'adhésion de la Turquie à l'Union, accepter d'étendre jusqu'aux confins de l'Iran, voire plus loin dans le Caucase comme le suggère ArnaudH, ce serait renoncer de facto à la perspective d'une Europe fédérale. Ce projet ne recueille pas encore l'assentiment des européens (si tant est il le recueille un jour !). Avec la Turquie dans l'Union l'option fédérale aurait fait long feu. Je conçois mal que tous ces efforts consentis depuis 50 ans n'aboutissent qu'à un "machin" qui ne soit finalement qu'une zone de libre-échange !         
D'aucuns avancent aussi l'argument que la Turquie dans l'Union permettrait d'assurer la garantie d'une des routes du transport de l'énergie. Certes, sous l'angle économique et stratégique, l'argument est recevable.
Ma vision d'une Europe plus intégrée n'est hélas pas de cet ordre.
[Cette vision est parfaitement critiquable, je le concède, mais je n'en démordrai pas ! Cela fait partie d'une des convictions d'une vie sur lesquelles il est difficile de revenir !] 

Alors quelle alternative proposer à la Turquie ?
D'emblée, je balayerai l'argument qui voudrait que refuser le principe de l'adhésion à ce pays ce serait le condamner au chaos. Mais dans la mesure où cet État participe au Conseil de l'Europe, la question de la stabilité de la démocratie en Turquie ne doit pas être un argument en soi !
Plutôt que prôner une Turquie dans l'Union, je verrais parfaitement cet État devenir le pivot d'une Union d'Asie Mineure à construire avec les Etats de cette zone géopolitique qui ont des intérêts communs. L'Europe devrait apporter un soutien sans faille à un tel effort de construction.
Après les échanges entre les deux Unions auraient toute latitude à être formalisés.
Cette solution aurait le mérite de mettre un terme à cette valse hésitation avec la Turquie depuis des décennies. Loin de rejeter cet État, l'aider à jeter les bases d'une Union dans sa zone d'influence lui confèrerait à coup sûr un rôle plus éminent sur la scène internationale.  

07:45 Publié dans Europe | Lien permanent | Commentaires (13) | Tags : turquie, europe |  Facebook | | |

Commentaires

Décidément Thierry, nous sommes souvent sur la même longueur d'onde. J'avais presque envie de dire : "Tout à fait Thierry", mais l'expression est trop galvaudée !

Je ne suis pas non plus favorable à l'adhésion de la Turquie.

Pas pour des raisons géographiques ou si peu !
Pas pour des raisons historiques ou si peu !
Pas pour des raisons religieuses !
Mais principalement pour des raisons politiques.

L'entrée de la Turquie dans l'Union européenne signerait effectivement l'arrêt de toute possibilité d'une Europe fédérale et donc d'une Europe plus forte dans le concert des nations. D'ailleurs le clan des néoconservateurs américains ne s'y est pas trompé, lui qui soutient ardemment la candidature de la Turquie !

Il faut que l'Europe actuelle se dote d'institutions plus adaptées au fonctionnement d'un tel géant géopolitique. Les peuples d'Europe exigent des règles du jeu compréhensibles et démocratiques. Je pense qu'il nous faudra au moins un quart de siècle pour aboutir à une Constitution européenne démocratique, solide et efficace. Je pense qu'il faudra relancer le processus de construction européenne de l'intérieur, par une association plus étroite de quelques peuples et gouvernants fortement motivés par une plus grande intégration.

Alors, et alors seulement, il pourra être proposé à nos voisins, notamment à la Turquie, d'adhérer à une Europe dont la construction institutionnelle est aboutie. Ces futures adhésions devront évidemment rencontrer l'aval préalable des peuples d'Europe.

Écrit par : BGR | mardi, 24 juin 2008

Je me rappelle il y a quelques années de cette bande de "jeunes" politisés qui proposait une "Union orientale" regroupant la Turquie, la Syrie, l'Iran, Israël et les Territoires palestiniens, mais aussi l'Irak, l'Arabie Saoudite, etc... C'était naïf pour être gentil, ridicule pour être méchant.

J'applaudis les utopistes de tout poil qui cherchent à caler la Turquie dans un espace qui n'est pas le sien en y associant des Etats qui se détestent plus que cordialement. En effet, ces unions vues par le prisme du regard occidental nient les réalités géopolitiques locales, dans le seul but de trouver une place ailleurs pour la Turquie (mais surtout pas dans l'UE).

Ces union sont donc des mille-feuilles institutionnels inutiles comme le projet d'union pour la Méditerranée ; l'UE doit poursuivre sa construction, ne pas créer de nouveaux mille-feuilles et négocier avec les Etats candidats à son adhésion.

Écrit par : OG | mardi, 24 juin 2008

@ BGR : la Grèce soutient l'adhésion de la Turquie à l'UE, c'est un signe politique plus crédible que le pseudo-soutien du gouvernement finissant de GW Bush (je rappelle aussi que la Turquie et les USA ont failli en venir aux mains dans le Kurdistan irakien, il y a deux ans de cela).

Écrit par : OG | mardi, 24 juin 2008

Réflexion très pertinente de OG.
J'approuve.
Attendez, un peu de temps, et je prépare un billet qui anéantira tous les autres (6)

Écrit par : L'hérétique | mardi, 24 juin 2008

Au moins, les positions exprimées depuis quelques jours ont le mérite d’être tranchées ! ;-)
Ce débat sur la place de la Turquie dans (ou hors) l’Union est sensible. Nos échanges parfois assez vigoureux témoignent de l’acuité de cette question.
Un débat et une réflexion devraient impérativement être menés au sein de chaque famille politique (à commencer par la nôtre). Car il convient de ne surtout pas éluder cette question qui pourrait laisser le champ libre aux positions xénophobes de certains si personne n’ose l’aborder sereinement.
De même, les Etats et l’Union devront un jour avoir le courage d’arrêter dans un sens ou dans l’autre leur position vis-à-vis de la Turquie. Ce pays est depuis 45 ans aux portes de l’Union, le faire lanterner encore 15 à 20 ans (sinon plus) est-ce vraiment faire montre d’une attitude respectueuse envers cet Etat ?
Pour ma part, si je prends note des arguments (parfois pertinents) des tenants de l’entrée de la Turquie dans l’Union, je continuerai de penser que ce pays n’a pas vocation à y entrer. Je vois trop poindre le risque que ce puisse être l’adhésion de trop, celle qui ferait perdre tout le sens à la construction qui peu ou prou a été celle menée depuis les origines.
Cette question de la place de la Turquie dans l’Union est essentielle car elle met en évidence une des questions pourtant cruciales qui n’a jamais été réellement tranchée depuis les débuts de la construction européenne:
Jusqu’où étendre l’Union ?
Ce problème des frontières à donner à l’Union est à mes yeux celui qui devra être résolu un jour. Non point dans le sens d’imaginer à terme un espace fermé et frileux qui serait replié sur un quant-à-soi européen, mais surtout pour marquer sa position dans le concert des Nations. Il nous appartient en effet à nous européens de savoir qui nous sommes et ce que nous voulons et de le dire haut et fort.
La définition des frontières est une des clés qui permettra de définir la nature du projet que nous voulons pour l’Europe ? Espace de libre échange avec des rapports distendus, ou recherche d’une union d’Etats ayant opté pour un projet d'union avec plus d’intégration des politiques.
Mais revenons-en à nos échanges de qualité !
En effet, je ne saurais intervenir sans réagir (en toute amitié) à certains arguments avancés par OG et notre hôte L’Hérétique. Ces deux remarques ont pour objet d’approfondir la réflexion.
@ OG
S’agissant de la remarque relative aux "utopistes de tout poil qui cherchent à caler la Turquie dans un espace qui n'est pas le sien en y associant des Etats qui se détestent plus que cordialement ", je souhaiterai savoir si tu penses que le fait pour la Turquie d’être un jour dans l’Union améliorerait les choses avec ses voisins. Rappelle-toi aussi qu’au sortir du second conflit mondial, l’Allemagne et la France auraient eu beaucoup de raisons pour continuer à se regarder en chiens de faïence.
Fort heureusement, un petit nombre d’utopistes a su avancer l’idée de garantir la paix en mettant en commun la production du charbon et de l’acier.
@ l’Hérétique
Banza¨! Quel cri ! "Attendez, un peu de temps, et je prépare un billet qui anéantira tous les autres" ;-) ! Dont acte, je l’attends avec impatience !
Pour l'heure, cher Hérétique, par quel raccourci de l’histoire tu rattaches les turcs aux Lyciens d’Homère ? (Cf. un de tes précédents commentaires sur un autre billet). En effet, sans trop entrer dans des considérations d’histoire des migrations des peuples au cours des temps, j’ai toujours lu que le peuple turc était originaire d’Asie Centrale.
Pour faire court, ce sont les turcs (de souche) qui détenaient le pouvoir dans l’empire Ottoman ; la majorité des populations autochtones ont fait le choix de la conversion à l’Islam après la chute de l’empire byzantin pour échapper à l’impôt.
Pour en savoir plus, je vous renvoie à cet article très intéressant de Wikipedia :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Peuples_turcs
@ BGR
Méfions-nous de ne pas apparaître comme un courant ! LOL
@micalement

Écrit par : Thierry P. | mardi, 24 juin 2008

J'aime beaucoup ces échanges de grande qualité :-))) Petits compléments par rapport aux commentaires antérieurs sur le premier billet sur la Turquie:

@ Thierry P: bravo pour le texte et les arguments, même si, comme tu le notes, je n'adopte pas la même conclusion. D'ailleurs, je ne pense pas qu'on puisse trancher le principe d'une adhésion potentielle turque dans les prochaines années (comme référence je prends la prochaine législature du Parlement Européen), sauf en cas de recul significatif du gouvernement turc par rapport aux promesses de réformes effectuées. Le processus d'adhésion permet ainsi à la Turquie de choisir, en pleine conscience, si son identité est compatible avec celle de l'Union et si elle est disposée à mettre en oeuvre tous les préalables pour adopter l'acquis communautaire.

De même qu'Okan mais en utilisant une argumentation un peu différente, l'UE ne peut se permettre d'imposer une architecture approximative régionale du Proche Orient sur le long terme (à l'exception de préalables spécifiant qu'Israël et la Palestine doivent s'intégrer dans leur région et non dans un espace européen)* cette demande doit émaner de ces territoires avant tout et l'UE pourra les accompagner (de même qu'avec l'UA); par contre l'espace euro-méditerranéen, en tant que prolongement d' Euromed / Processus de Barcelone (et des fonds MEDA), a tout son sens comme phase intermédiaire (mais pas définitive, pour moi en tout cas) d'adhésion pour la Turquie, tout comme les Accords de Stabilisation et Association (ASA) et la Politique de Voisinage (PEV). Et pour répondre à ton interrogation faite à OG, à titre personnel, je pense que la Turquie s'insérerait mieux en Europe (allant jusqu'au Caucase Sud) que dans une organisation proche orientale qui reste à imaginer, avec une seule exception géopolitique importante à long terme, la gestion du Kurdistan turc; mais cela se discute, bien évidemment (sujet difficile à trancher, mais la question se posait aussi pour la Grèce, Chypre et Malte à une autre époque).

Pour les frontières de l'UE, le processus devient d'autant plus critique que nous approchons des frontières définitives de l'Union, mais les élargissements à venir ne sont pas aussi significatifs (y compris ceux de la Turquie et de l'Ukraine) que ceux déjà effectués (12 derniers) qui modifiaient radicalement la gestion et les équilibres de l'UE, et donc le besoin d'un approfondissement préalable fixant de nouvelles règles (Nice, Lisbonne). Les dilemmes d'élargissement à venir seront avant tout géopolitiques et moins économiques et migratoires (surtout après des délais d'adhésion aussi longs), une fois digérées les expériences des Etats du sud (depuis la Grèce jusqu'à Chypre et Malte), du centre et de l'est européen, et des Balkans (Slovénie, Roumanie, Bulgarie, Croatie, Macédoine).

@ BGR: Attention aux arguments liant de trop près l'adhésion turque aux néoconservateurs, c'était aussi la politique de l'administration Clinton.

@ Thierry P. & BGR (du courant TPBGR): Je ne comprends pas pourquoi vous pensez qu'une adhésion turque remettrait en cause l'Europe fédérale: six Etats de taille moyenne sont déjà présents dans l'UE (Allemagne, France, Italie, Royaume-Uni, Espagne, Pologne) par rapport à 21 petits Etats ou Etats de taille moyenne; le système fédéral allemand fonctionne parfaitement avec des Etats de taille / population très diverse, de même que le système américain, canadien ou australien; le poids relatif (double majorité) d'une Turquie dans une Union à 31 à moyen terme (disons + Croatie + Macédoine + Monténégro) serait pas délirant et nécessiterait des alliances régulières et avec un nombre important d'Etats membres pour faire peser la balance dans un sens; amha, rien ne permet d'entrevoir une Turquie qui ne s'intéresserait uniquement aux aspects commerciaux, sachant qu'avec les fonds régionaux, elle serait un des Etats membres avec le plus à gagner de nouvelles politiques européennes, et que sa puissance militaire serait un renfort considérable pour la PESD. A titre personnel je distingue totalement les débats d'approfondissement et d'élargissement (un amalgame sur autre chose que la capacité d'absorption à court terme de nouveaux Etats par l'UE, post élargissement à l'Est et au Sud, serait inacceptable pour les prochains membres - enfin, l'opposition avec BGR semble surtout être au niveau des délais plutôt que sur le principe d'une adhésion turque).

* il faut d'ailleurs noter que cet espace proche-oriental et moyen-oriental est quasiment le seul à ne pas faire partie d'un ensemble régional / continental (seule la Ligue Arabe fait office d'organisation régionale, bien qu'elle couvre l'Afrique du Nord - déjà membre de l'UA - le Proche Orient et la péninsule arabique mais pas la Turquie, ce qui répond partiellement à la question d'un emplacement de la Turquie dans un ensemble régional proche-oriental).

Écrit par : ArnaudH | mardi, 24 juin 2008

@ ArnaudH
Je n'en attendais pas moins de toi ! Ton commentaire est comme d'hab' excellent et dense.
Je choisirai d'en isoler certains passages que je copie-colle entre [...] et y apporte mes remarques sous forme de => :

1. [Le processus d'adhésion permet ainsi à la Turquie de choisir, en pleine conscience, si son identité est compatible avec celle de l'Union]
=> Ne pas sous-estimer le pendant de ta remarque, l'identité de l'Union est-elle compatible avec l'identité de ce pays ? (je ne me prononce pas personnellement, mais c'est ce type d'argument qui peut ça et là être soulevé)

2. [l'UE ne peut se permettre d'imposer une architecture approximative régionale du Proche Orient sur le long terme]
=> Bien sûr que non, je te suis sur ce point. Je rappelle mes termes "L'Europe devrait apporter un soutien sans faille à un tel effort de construction".

3. [Les dilemmes d'élargissement à venir seront avant tout géopolitiques et moins économiques et migratoires]
=> Sur cette assertion, je réalise que nous n'avons vraiment pas la même analyse. Le niveau de l'économie turque est très en deça des standards de l'Union (laquelle depuis les récents élargissements connait aussi de très fortes disparité en son sein). S'agissant des migrations, il y a tout à craindre car la Turquie est à la frontière de zones d'émigration très fortes potentiellement. Imaginons toutes les barrières et contrôles qu'il faudrait mettre en oeuvre pour protéger le flanc sud-est d'une Union comptant la Turquie.

4. [elle serait un des Etats membres avec le plus à gagner de nouvelles politiques européennes]
=> Evidemment, Cf. au 3 ma remarque sur la disparité des niveaux économiques. Attention au "syndrôme" qui pourrait émerger avec violence dans les opinions publiques des Etats de l'Union. Car cette question se poserait à coup sûr : "Faut-il aider ce pays à notre désavantage ?", c'est à dire le jeu en vaut-il la chandelle ? Seuls les utopistes sont capables de balayer cette éventualité de rejet d'un transfert (nécessairement massif) de fonds structurels par les peuples des Etats de l'Union. Pour mémoire, cette forme d'égoïsme (je ne juge pas en employant ce mot) a pu être un des déterminants du récent "non" irlandais. Soyons réalistes, je ne crois pas trop à l'angélisme au nom d'un "intérêt commun" dès lors qu'il est question de fonds. A moins d'augmenter le prélèvements auprès des Etats afin d'augmenter le Budget de l'Union en conséquence.

5. [sa puissance militaire serait un renfort considérable pour la PESD]
=> Je suis trop naïvement et indécrottablement pacifiste décidemment pour n'entrevoir l'Union que comme une puissance de paix. Il faut garantir la sécurité extérieure certes, mais cet argument ArnaudH, je te le dis franchement, ce n'est pas le meilleur à employer. Car si l'armée turque est efficace pour assurer un rôle de "gendarme" dans la région, il ne faut pas se voiler la face, la zone est un champ de mines (au propre comme au figuré) Liban, Syrie, Iran, Républiques du Caucase.

Additifs !
A. Tu évoques la question Kurde, je ne te ferais pas l'affront de te rappeler qu'une importante minorité de ce peuple vit en Irak du nord. Quid de ce problème ultérieurement ? Dans mon idée utopique d'idée d'Union du Moyen-Orient, je verrai un volet "autonomie ou indépendance du Kurdistan" accordée à ce peuple.
Car c'est impensable que ce foyer de tensions soit un des moins glorieux legs des Etats européens vainqueurs à l'issue du premier conflit mondial. Anglais et français ont largement découpé à l'emporte-pièce l'empire Ottoman (Une des clauses du Traité de Sèvres de 1920 qui n'a jamais été ratifié par la Turquie prévoyait une autonomie du Kurdistan. Le Traité de Lausanne de 1923 qu'a ratifié la Turquie de Kemal ne reprend pas cette clause favorable aux Kurdes).
B. Une hypothèse personnelle (LOL) Je ne suis pas au fait des tractations secrètes de l'aube des années 60 qui ont mené les occidentaux à regarder avec intérêt la possible candidature turque. Mais je ne suis pas loin de penser que ces annonces avaient un effet "poker" vis-à-vis du bloc communiste alors omnipuissant au nord. En ecrivant ceci, je pense au Détroit des Dardanelles (un des rares accès en mer chaude pour la flotte soviétique ET le seul pour la flotte soviétique de la Mer Noire). Mais ce n'est que pure hypothèse ! Et beaucoup d'eau est passée par le Bosphore depuis :-))

Je terminerai en étant plus lèger pour te féliciter ArnaudH pour cet excellent trait d'esprit pour le "courant TPBGR" => MDR (je profite de l'absence de dame F. pour employer ce sigle qu'elle ne goûte guère)
D'aucuns (ils et elles se reconnaiîtront) ont conceptualisé au MoDem récemment la méthode Thie-Ber... (je crois qu'une annonce serait sur le point d'être faite prochainement... à suivre)
@BGR, si tu repasses par ici, nous sommes repérés ! Mais avec nos deux voix il serait illusoire de songer à déposer une motion !!!

Écrit par : Thierry P. | mardi, 24 juin 2008

Petit commentaire juste pour dire que j'adhère pour l'essentiel aux arguments de Thierry et BGR...

"L'entrée de la Turquie dans l'Union européenne signerait effectivement l'arrêt de toute possibilité d'une Europe fédérale et donc d'une Europe plus forte dans le concert des nations. D'ailleurs le clan des néoconservateurs américains ne s'y est pas trompé, lui qui soutient ardemment la candidature de la Turquie !"
=> ceci est tellement vrai...

Hop, je repars! :o)

Écrit par : pholcidae | mardi, 24 juin 2008

@ pholcidae
Merci d'être passé l'araignée ! Vu les positions des uns et des autres, le débat sera riche et animé !

Écrit par : Thierry P. | mardi, 24 juin 2008

@ TPBGR, je fais vite:

1. Oui

2. Nous sommes d'accord

3. Sur les migrations, ce problème existe déjà: la frontière turque en l'état est poreuse (encore qu'il s'agit surtout de trafic illégaux / mouvements de guérilla, les migrations sont relativement bien contrôlées pour éviter une augmentation significative de la population kurde en territoire turc). Dans ma façon de penser, les frontières existantes de l'UE ne sont pas sécurisées avec des Etats-tampons à l'est et au sud-est pour lesquels nous n'avons que très peu notre mot à dire sur leurs politiques migratoires; leur intégration dans l'UE nous permettrait de mettre en place toutes les mesures nécessaires (modernisation des systèmes de surveillance avec utilisation de moyens satellitaires, surveillance laser des grands espaces, reconduction systématisée selon une grille de gestion migratoire commune de Schengen, à l'image de ce que nous prônons à la frontière est avec l'Ukraine et la Russie) et d'élargir la politique de voisinage au Proche Orient (principe utile, à mon sens, de l'Union pour la Méditerranée) afin de réduire de manière significative les pressions économiques et migratoires au fur et à mesure (chose impossible à l'heure actuelle), de même que les instabilités à la frontière turque. Même si l'aspect géopolitique sera primordial dans la gestion à venir des élargissements, le cas turc est (j'insiste, lol) très rassurant de ce côté là, comme le démontrent 55 années de stratégies communes au sein de l'OTAN.

4. Oui, mais il nous faut transformer progressivement le débat politique européen, rien que ça (seul aspect pragmatique de nos débats sur la Turquie sachant qu'aucune décision à ce sujet sera prise dans les années à venir et que la Turquie n'aura qu'un impact populiste sur la campagne européenne): une façon (relativement populiste) de le faire est d'insister sur la déstabilisation que représente une Turquie laissée à elle même à la frontière de l'UE (pour mieux imaginer le problème, il suffit d'imaginer que la Turquie claque la porte de l'OTAN - scénario improbable à moyen terme - mais pas forcément à long terme en cas de refus par l'UE d'intégrer la Turquie - mais qui permet de conceptualiser le risque) plutôt qu'une Turquie se stabilisant progressivement dans l'UE agissant elle même comme facteur de stabilisation au Proche Orient (de la même manière que nous agissons actuellement en Europe de l'Est, dans les Balkans et dans le Caucase) - il s'agirait dès lors de mettre face à face deux égoïsmes (portefeuille - sécurité). Je regrette aussi que nous ne parlions pas plus du facteur stabilisateur d'une Turquie forte (donc, à mon goût, membre de l'UE) au Proche Orient: son rôle dans la gestion diplomatique du conflit israélo-syrien n'est pas anodin; de même que la crédibilisation des efforts diplomatiques européens au Proche et Moyen Orient, ainsi qu'en Asie Centrale et Asie du Sud-Est, avec un groupe régional qui ne serait plus perçu en tant que "chrétien" mais laïc ou multiculturel (d'autant plus avec une Albanie et un Kosovo membres de l'UE), à la différence des Etats-Unis. Il s'agirait donc d'un élément de soft power considérable.

5. Oui, mais une armée turque pour assurer la sécurité de la frontière sud-est de l'UE, c'est plus rassurant qu'une armée turque pouvant être dirigée contre la frontière sud-est de l'UE non? (lol, deuxième argument relativement populiste - dans le cas des altermondialistes et souverainistes, il s'agit de combattre le feu avec du feu!)

A. Bien vu, à mon avis tous les scénarios restent possibles à ce sujet (avec une Turquie membre de l'UE ou non); d'ailleurs l'UE a une grande expérience de ce genre de choses avec de nombreuses diasporas recouvrant des territoires de pays voisins.

B. Oui, c'est même sur.

Merci à toi aussi Thierry, nous débrouillons progressivement un débat complexe ;-)

Écrit par : ArnaudH | mercredi, 25 juin 2008

@ ArnaudH,
Même quand tu fais vite, l’argumentaire est costaud. lol !
Je reviendrais sur tes nouvelles remarques! ;-)))))))

Globalement (impression de première lecture) ces remarques complémentaires laisseraient en fait penser que la justification de l’entrée de la Turquie dans l’Union ne serait motivée que par des critères sécuritaires et géopolitiques.

Sur le problème des migrations, bien sûr qu’il faut reconnaître que les frontières sont actuellement poreuses. Ce relativement "bien contrôlées" que tu emploies cache, comme tu le soulignes, tout l’aspect des mouvements clandestins (individuels ou organisés par des filières). Je ne pense pas non plus que les Etats périphériques de l’Union doivent avoir un rôle de zone tampon, et former un glacis qui isolerait l’Union du reste du Monde. Tout l’attirail dont tu préconises l’installation me laisse entrevoir la création d’une frontière à nulle autre pareille. Je développe pour ma part une conception humaniste (et utopiste !) des rapports de l’Union avec ses voisins du sud. J’imagine plus d’axer les partenariats en insistant sur le volet codéveloppement.
Je me livre à une courte digression à propos du codéveloppement. C’est à mon sens le défi de notre siècle que d’arriver à aider les pays du sud. Je citerai pour mémoire un bref passage du discours de clôture de François Bayrou à la Convention de l’Europe du 8 juin dernier. Il s’attache à démontrer les dimensions de déséquilibres du monde : "Ceux qui ont faim dans le monde, ce sont les paysans pauvres, et vous mesurez ce qu’il y a comme capacité explosive là-dedans".
L’Union (avec ou sans Turquie) devra faire montre d'exemplarité en matière de solidarité avec ces pays du sud.
En l’occurrence, ton raisonnement (peut-être l’ai-je mal compris en l’état) laisse à penser que la Turquie intégrée serait en quelque sorte le garde-frontière de l’Union sur le flanc sud-est.
A l’inverse, ma vision d’aider la Turquie à contribuer à l’émergence d’une union (ou des forme de coopérations) dans cette zone géopolitique procède d’une vision ouverte. Cette entité serait difficile à constituer tant les tensions peuvent être parfois vives entre certains des Etats comme OG l’a justement rappelé. Mais avant d’avoir des oppositions, ces Etats ont aussi des intérêts communs et connaissent des conditions géographiques proches. Ces pays auront à faire face sensiblement aux mêmes défis en matière environnementale (climat, raréfaction de la ressource hydrique dont la Turquie détient, sur la zone, l’accès au robinet…).
En fait, mon idée n’est pas de rejeter la Turquie. Mais bien de l’aider à se développer en tenant compte du différentiel énorme entre ce pays et les Etats de l’Union. Cette aide devrait être subordonnée à la conclusion d’accords entre la Turquie et ses voisins. Je ne vois que trop se profiler le fait que la Turquie dans l’Union ne redevienne "l’Homme malade de l’Europe", c'est-à-dire un Etat à la traine.
Quid des flux internes à l’Union que ce différentiel pourrait engendrer ? Comment expliquer par exemple au paysan d’Anatolie que sa place n’est pas dans les serres de production des tomates hors-sol aux Pays-Bas.
Pour le rôle éminent de la Turquie dans la stabilité géopolitique de la zone, c’est étonnant cher ArnaudH ( !!!), nous sommes d’accord ;-)).
Le bémol, c’est que tu vois la Turquie DANS l’Union, et qu’à l’inverse je vois la Turquie AVEC l’Union pour œuvrer dans ce sens !

Au final je constate que globalement nous serions presque [dans les grandes lignes] d’accord au niveau du constat et du rôle de la Turquie (me trompe-je ?). Mais, et c’est là le hic (LOL) nous ne divergerions que sur LA question essentielle et non des moindres, à savoir faut-il accueillir la Turquie dans l’Union (mais quand ?) avec tous les risques que cela peut susciter (on en à évoqués un bon nombre) ou faut-il l’aider à travers une politique de voisinage (fût-elle renforcée) ?

Merci @ toi, ArnaudH en tout cas de ce haut niveau d’échanges ! Sans trop m’avancer, je pense qu’on y reviendra à l’occasion ! Qui sait peut-être au sein d’un groupe de réflexion approfondie si notre mouvement songeait à en ouvrir un. François, Marielle, si vous nous lisiez…
Mon position reste inchangée sur le problème de l’adhésion de la Turquie à l’Union en ce qui concerne le point suivant. Le risque que l’Union puisse avoir à se casser la gueule sur ce thème est évident si l’Union et le Etats (y compris et surtout les peuples) n’ont pas mené de réflexion d’ensemble sur toutes les conséquences tant à l’interne qu’à l’international que cette perspective d’adhésion ne manque pas de soulever.

@ L’Hérétique, merci d’avoir su créer les conditions de ce bel échange de points de vue et surtout de l’avoir hébergé ! Et, pour ma part, je souhaite à tes lecteurs d’y avoir trouvé matière à réflexion. Car avant tout, il n’y a pas de gagnant ni de perdant dans ce genre d’échanges, ni de bonne ou mauvaise solution ! Tous les points de vue méritent qu’on s’y attarde. C’est ma conception de faire de la politique autrement LOL !
@micalement

Écrit par : Thierry P. | mercredi, 25 juin 2008

@ TPBGR: "Au final je constate que globalement nous serions presque [dans les grandes lignes] d’accord au niveau du constat et du rôle de la Turquie (me trompe-je ?). Mais, et c’est là le hic (LOL) nous ne divergerions que sur LA question essentielle et non des moindres, à savoir faut-il accueillir la Turquie dans l’Union (mais quand ?) avec tous les risques que cela peut susciter (on en à évoqués un bon nombre) ou faut-il l’aider à travers une politique de voisinage (fût-elle renforcée) ?"

=> Je confirme ;-))

Je confirme aussi que nous nous retrouvons sur le co-développement (d'où ma question sur ce sujet sensible lors de la Convention sur l'Europe et le besoin de multiplier les fonds de manière conséquente); de plus, tu as raison sur le besoin de mieux préparer les conditions réciproques "d'absorption" (commerciales, économiques, monétaires, sociales, migratoires, etc.) de la Turquie pour une adhésion à l'UE. Nous sommes aussi d'accord, il me semble, sur le fait que les pressions sur l'UE en provenance de la Turquie, sont pré-existantes à l'adhésion et donc que le processus d'adhésion ne change en réalité pas grand chose sur le fond, ces réformes seraient tout autant nécessaires dans le cadre de la politique de voisinage de l'UE; mais l'adhésion accélère leur mise en chantier relativement rapide.

Pour le reste, ma vision d'une intégration turque dans l'UE dépasse le cadre géopolitique (même si en effet, la géostratégie - intégrant aussi la géo-économie - est le fondement de mon analyse) pour intégrer les facteurs culturels et démographiques inhérents de cette partie délaissée du continent (le même travail doit se réaliser pour les Balkans Occidentaux, l'Europe de l'Est, et le Caucase Sud).

"Sans trop m’avancer, je pense qu’on y reviendra à l’occasion ! Qui sait peut-être au sein d’un groupe de réflexion approfondie "

=> pour ceux qui seront présents, on pourra reproduire et approfondir cet échange de vive voix lors de l'Université de rentrée

"L’Hérétique, merci d’avoir su créer les conditions de ce bel échange de points de vue et surtout de l’avoir hébergé ! Et, pour ma part, je souhaite à tes lecteurs d’y avoir trouvé matière à réflexion. Car avant tout, il n’y a pas de gagnant ni de perdant dans ce genre d’échanges, ni de bonne ou mauvaise solution ! Tous les points de vue méritent qu’on s’y attarde. C’est ma conception de faire de la politique autrement LOL !"

=> +1000 :-)))

Écrit par : ArnaudH | mercredi, 25 juin 2008

@ ArnaudH
Sérieux ? LooooooooL
Un atelier à l'université de rentrée, why not ;-))) J'imaginerais bien L'Hérétique en modérateur des débats. Il aurait tout loisir de nous déclamer du Homère en VO pour meubler les temps-morts ;-)))
@micalement

Écrit par : Thierry P. | mercredi, 25 juin 2008

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