Bon, cette fois, je l'admets volontiers, c'était une bonne idée de convier les leaders de l'opposition au Liban. Cela donne plus de poids à la visite, et cela permet à chacun de nouer des contacts et de se rendre compte des réalités du terrain. Un point pour vous, Mister President.
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Démocratie en Amérique : qualité des dirigeants
J'en suis au chapitre V de la seconde partie, paragraphe 2 de "De la démocratie en Amérique" de Tocqueville. Poursuivant ma lecture, j'en suis donc venu aux considérations de Tocqueville quant aux effets du suffrage universel sur la qualité des élus. Cela vaut son pesant d'or, et cela rejoint certaines analyses exprimées par Schumpeter.
Bien des gens, en Europe, croient sans le dire, ou disent sans le croire, qu'un des grands avantages du vote universel est d'appeler à la direction des affaires des hommes dignes de la confiance publique. Le peuple ne saurait gouverner lui-même, dit-on, mais il veut toujours sincèrement le bien de l'État, et son instinct ne manque guère de lui désigner ceux qu'un même désir anime et qui sont les plus capables de tenir en main le pouvoir.
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Tandis que les instincts naturels de la démocratie portent le peuple à écarter les hommes distingués du pouvoir, un instinct non moins fort porte ceux-ci à s'éloigner de la carrière politique, où il leur est si difficile de rester complètement eux-mêmes et de marcher sans s'avilir.
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Il m'est démontré que ceux qui regardent le vote universel comme une garantie de la bonté des choix se font une illusion complète. Le vote universel a d'autres avantages, mais non celui-là.
Lorsque de grands périls menacent l'État, on voit souvent le peuple choisir avec bonheur les citoyens les plus propres à le sauver.
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On a remarqué que l'homme dans un danger pressant restait rarement à son niveau habituel; il s'élève bien au-dessus, ou tombe au-dessous. Ainsi arrive-t-il aux peuples eux-mêmes. Les périls extrêmes, au lieu d'élever une nation, achèvent quelquefois de l'abattre;[...] Mais il est plus commun de voir, chez les nations comme chez les hommes, les vertus extraordinaires naître de l'imminence même des dangers. Les grands caractères paraissent alors en relief comme ces monuments que cachait l'obscurité de la nuit, et qu'on voit se dessiner tout à coup à la lueur d'un incendie. Le génie ne dédaigne plus de se reproduire de lui-même, et le peuple, frappé de ses propres périls, oublie pour un temps ses passions envieuses. Il n'est pas rare de voir alors sortir de l'urne électorale des noms célèbres .Intéressant. En même temps, Tocqueville admet volontiers que le peuple cherche de bonne foi le bien commun. Je livre cette explication de sa part, très fine et très juste :
J'admettrai sans peine que la masse des citoyens veut très sincèrement le bien du pays; je vais même plus loin, et je dis que les classes inférieures de la société me semblent mêler, en général, à ce désir moins de combinaisons d'intérêt personnel que les classes élevées; mais ce qui leur manque toujours, plus ou moins, C'est l'art de juger des moyens tout en voulant sincèrement la fin. Quelle longue étude, que de notions diverses sont nécessaires pour se faire une idée exacte du caractère d'un seul homme! Les plus grands génies s'y égarent, et la multitude y réussirait! Le peuple ne trouve jamais le temps et les moyens de se livrer à ce travail. Il lui faut toujours juger à la hâte et s'attacher au plus saillant des objets. De là vient que les charlatans de tous genres savent si bien le secret de lui plaire, tandis que, le plus souvent, ses véritables amis y échouent.
Moi je trouve que cela résume assez bien un vécu récent pour moi... Quelle intuition, ce Tocqueville : j'imagine sa tête et son choix, s'il avait eu à voter en 2007 en France, avec Sarkozy et Royal d'un côté, et Bayrou de l'autre...Nul doute sur le choix qu'il aurait fait alors...
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Adolf Hitler dans un musée de cire ?
C'est le Figaro qui l'évoquait dernièrement, dans un article du 04 juin 2008 : Adolf Hitler revient à Berlin, mais...sous forme de statue de cire dans un musée !
Je crois qu'il est plus néfaste d'occulter une période de l'Histoire parce qu'elle est honteuse, que de l'exposer. Ce qui gêne, sur le fond, c'est l'empreinte sanglante encore récente qu'il a laissé dans l'Histoire. Les Romains ne procédaient pas autrement quand ils voulaient rayer jusqu'au souvenir d'un dirigeant politique dont ils avaient trop souffert. Ils appelaient cela une Damnatio memoriae. La damnatio memoriæ est un ensemble de condamnations post mortem à l'oubli votée par le Sénat romain à l'encontre d'un personnage politique. Elles consistent par exemple en l'annulation de ses honneurs, l'effacement de son nom sur les inscriptions publiques, la déclaration de son anniversaire comme jour néfaste ou le renversement de ses statues.
Parmi les empereurs soumis à cette punition, on ne trouve pas les moindres des psychopathes :
- Caligula, Néron, Domitien, Commode, Héliogabale, qui se distinguèrent tous par leurs crimes, leur sadisme et leur cruauté. On peut aisément imaginer que dans 1000 ans, un individu comme Hitler viendra prendre sa place dans le panthéon des horreurs aux côtés de ces malades mentaux, car aujourd'hui, il ne nous viendrait pas à l'esprit d'interdire une exposition sur l'un de ces empereurs. Mais entre-temps, presque 2000 ans ont passé...
La plaie est encore trop vive, et avec elle toute l'émotion dont elle est le vecteur, empêchant ainsi la distance nécessaire au regard historique. Il nous faudra sans doute des centaines d'années, au moins, pour admettre de porter un regard moins troublé sur ces millions de voix qui se sont tues dans l'horreur des camps de concentration.
Le personnage est donc incontournable, et l'émotion qu'il génère également. Mais on peut en revanche mettre à profit cette émotion pour informer et proposer des analyses. Le musée de Madame Tussauds pourrait par exemple mettre en place des visites guidées avec un historien connaisseur du domaine (pourquoi pas des étudiants en histoire ?) chargés d'expliciter cette période noire de l'histoire de l'humanité.
Même si Hitler est né en Autriche, et a gouverné l'Allemagne, il n'appartient, en réalité, plus à ces deux nations, mais est rentré dans le patrimoine criminel de l'Histoire de l'Humanité, pour autant qu'il en existât un.
Il faudrait montrer comment la rencontre d'un peintre raté élevé par un beau-père violent et d'une société patriarcale et largement pré-anti-sémite du XIXème siècle en Europe, particulièrement en Autriche et en Prusse, ont pu produire un cocktail aussi explosif. Le drame, c'est que des Hitler, il y en avait sans doute plusieurs, dans ces temps troublés, non seulement plusieurs, mais surtout, bien plus qu'en temps normal, et que le malheur veut que l'un d'entre eux a percé...
Or, cette éclosion n'est pas un accident de l'Histoire : c'en est au contraire un évènement majeur. "accidit" en latin, signifie "ce qui se produit par hasard", tandis qu' "evenit" signifie ce qui survient en raison d'une cause. Par cette étymologie, on comprend la différence entre un accident et un évènement.
C'est cette dimension qu'il convient de conserver présente à l'esprit quand on évoque un tel personnage.