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samedi, 07 juin 2008

Adolf Hitler dans un musée de cire ?

C'est le Figaro qui l'évoquait dernièrement, dans un article du 04 juin 2008 : Adolf Hitler revient à Berlin, mais...sous forme de statue de cire dans un musée !

Je crois qu'il est plus néfaste d'occulter une période de l'Histoire parce qu'elle est honteuse, que de l'exposer. Ce qui gêne, sur le fond, c'est l'empreinte sanglante encore récente qu'il a laissé dans l'Histoire. Les Romains ne procédaient pas autrement quand ils voulaient rayer jusqu'au souvenir d'un dirigeant politique dont ils avaient trop souffert. Ils appelaient cela une Damnatio memoriae. La damnatio memoriæ est un ensemble de condamnations post mortem à l'oubli votée par le Sénat romain à l'encontre d'un personnage politique. Elles consistent par exemple en l'annulation de ses honneurs, l'effacement de son nom sur les inscriptions publiques, la déclaration de son anniversaire comme jour néfaste ou le renversement de ses statues.

Parmi les empereurs soumis à cette punition, on ne trouve pas les moindres des psychopathes :

- Caligula, Néron, Domitien, Commode, Héliogabale, qui se distinguèrent tous par leurs crimes, leur sadisme et leur cruauté. On peut aisément imaginer que dans 1000 ans, un individu comme Hitler viendra prendre sa place dans le panthéon des horreurs aux côtés de ces malades mentaux, car aujourd'hui, il ne nous viendrait pas à l'esprit d'interdire une exposition sur l'un de ces empereurs. Mais entre-temps, presque 2000 ans ont passé...

La plaie est encore trop vive, et avec elle toute l'émotion dont elle est le vecteur, empêchant ainsi la distance nécessaire au regard historique. Il nous faudra sans doute des centaines d'années, au moins, pour admettre de porter un regard moins troublé sur ces millions de voix qui se sont tues dans l'horreur des camps de concentration.

Le personnage est donc incontournable, et l'émotion qu'il génère également. Mais on peut en revanche mettre à profit cette émotion pour informer et proposer des analyses. Le musée de Madame Tussauds pourrait par exemple mettre en place des visites guidées avec un historien connaisseur du domaine (pourquoi pas des étudiants en histoire ?) chargés d'expliciter cette période noire de l'histoire de l'humanité.

Même si Hitler est né en Autriche, et a gouverné l'Allemagne, il n'appartient, en réalité, plus à ces deux nations, mais est rentré dans le patrimoine criminel de l'Histoire de l'Humanité, pour autant qu'il en existât un.

 Il faudrait montrer comment la rencontre d'un peintre raté élevé par un beau-père violent et d'une société patriarcale et largement pré-anti-sémite du XIXème siècle en Europe,  particulièrement en Autriche et en Prusse,  ont pu produire un cocktail aussi explosif. Le drame, c'est que des Hitler, il y en avait sans doute plusieurs, dans ces temps troublés, non seulement plusieurs, mais surtout, bien plus qu'en temps normal,  et que le malheur veut que l'un d'entre eux a percé...

Or, cette éclosion n'est pas un accident de l'Histoire : c'en est au contraire un évènement majeur. "accidit" en latin, signifie "ce qui se produit par hasard", tandis qu' "evenit" signifie ce qui survient en raison d'une cause. Par cette étymologie, on comprend la différence entre un accident et un évènement. 

C'est cette dimension qu'il convient de conserver présente à l'esprit quand on évoque un tel personnage.

 

 

 

00:22 Publié dans Education | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : hitler, histoire |  Facebook | | |