Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

« Dette : mise en garde de François Bayrou | Page d'accueil | L'Esprit des Lois (3) : le commerce... »

mercredi, 18 juillet 2007

L'Esprit des Lois (2) : la justice...

A l'heure où il est beaucoup question de l'alourdissement des peines en cas de délit, j'ai trouvé la lecture du chapitre XII du livre VI de l'Esprit des Lois tout à fait raffraîchissante.

Montesquieu intitule le chapitre : De la puissance des peines

 Il y écrit notamment : 

« Il ne faut point mener les hommes par les voies extrêmes; on doit être ménager des moyens que la nature nous donne pour les conduire. Qu'on examine la cause de tous les relâchements, on verra qu'elle vient de l'impunité des crimes, et non pas de la modération des peines.

Suivons la nature, qui a donné aux hommes la honte comme leur fléau; et que la plus grande partie de la peine soit l'infamie de la souffrir. »

  

Très juste remarque de Montesquieu. Au moment où Rachida Dati présente sa loi sur la récidive, il convient de rappeler que c'est la certitude de la sanction qui rend la loi efficace et non sa dureté. Ceci n'enlève bien sûr rien à la nécessité de punir plus sévèrement les récidivistes, mais, toute loi quelle qu'elle soit ne sera pas efficace si l'on ne donne pas à la justice les moyens de fonctionner. Or, l'urgence, ce n'est pas de voter des lois plus dures, mais de faire appliquer celles qui existent !

Au chapitre IX, Montesquieu notait que la sévérité des peines convenait mieux au type despotique dont le moteur est la terreur qu'au monarchique (pour lequel c'est l'honneur) et le républicain (qui s'appuie sur la vertu). Il relève enfin, dans ce même chapitre que dans les états modérés, un bon législateur s'attache moins à punir les crimes qu'à les prévenir ; il s'applique donc davantage à donner des moeurs que des supplices.

 On retrouve souvent chez Montesquieu, cette défience innée pourtout ce qui est extrême. J'ai remarqué que lorsqu'il utilise cet adjectif, ce n'est jamais pour qualifier positivement quelque chose.

J'aurai souvent l'occasion de le redire, mais il est impressionnant de justesse et de modernité dans ses remarques. Un centriste avant la lettre, en somme :-) Peut-on le nommer adhérent du MoDem à titre posthume ?

Commentaires

Je ne sais pas :-p Ca aurait été à lui de décider !
Mais ce qu'il dit est très juste concernant le despotisme.

"Or, l'urgence, ce n'est pas de voter des lois plus dures, mais de faire appliquer celles qui existent !"
Oui, et cela commence par le désengorgement des prisons par exemple.
"il est impressionnant de justesse et de modernité dans ses remarques."
C'est vrai, mais nous avons sans doute fait un bond en arrière en élisant N. S.

Voilà un livre qu'il faudrait que je lise.

Écrit par : Antonin | mercredi, 18 juillet 2007

Salut Antonin,

C'est l'approche socialiste, et pour parler franc, je ne suis pas d'accord avec, parce que, pas plus que celle de Sarkozy et Rachida Dati elle ne traite le problème de fond.

L'urgence, c'est de s'assurer que les peines sont appliquées. C'est cela l'urgence. Le désengorgement des prisons suivra, parce ce qui fait qu'une peine est dissuasive, c'est l'assurance pour la délinquant qu'il va être sanctionnée et vite.

Je crois à la fiabilité, in fine, d'une politique répressive, mais encore faut-il qu'elle soit intelligente, or, depuis un moment, le moins que l'on puisse dire, c'est que ce n'est pas le cas.

Désengorger pour désengorger, c'est in fine du laxisme, parce que cela revient à admettre que l'on libère quelqu'un non parce que l'on estime qu'il a purgé sa peine ou parce qu'il s'est amendé, mais parce que la prison risque d'aggraver le vice.

Et cette dernière analyse devient un prétexte pour ne rien faire, et surtout pas donner à la justice les moyens de faire appliquer vite les peines prévues.

Conclusion, ni l'UMp ni le PS, mais de la justice, tout simplement.

Écrit par : L'Hérétique | mercredi, 18 juillet 2007

"Désengorger pour désengorger, c'est in fine du laxisme, parce que cela revient à admettre que l'on libère quelqu'un non parce que l'on estime qu'il a purgé sa peine ou parce qu'il s'est amendé, mais parce que la prison risque d'aggraver le vice."

Lorsque je parle de désengorgement, il ne s'agit d'ouvrir les prisons et d'en lacher une certaine quantité pour qu'on puisse en remettre d'autres dedans. Non, il s'agit de mettre les moyens financiers afin que la justice puisse assumer matériellement ses décisions. Or, aujourd'hui, ce n'est pas le cas. Dans certains pénitencier règne une réelle misère et la dignité humaine n'est pas respectée. On ne peut pas punir plus sévèrement si les moyens ne suivent pas. Les prisons ne doivent pas être des entassoirs mais des lieux où les individus jugés coupable purgent leur peine.
Je suis d'accord, l'argument de la prison trop pleine permet d'esquiver le problème de la peine juste. Seulement, ce n'est pas au politique de juger de la justesse des juges. En ce sens, le projet de loi sur la peine planché permet de placer sous tutelle les verdicts des juges. La personnalisation des peines étaient jusqu'alors un principe moteur de notre justice, la voilà saccagée.

Écrit par : Antonin | mercredi, 18 juillet 2007

De toutes façons, ce sera un grand coup d'épée dans l'eau tant que les peines ne seront pas prononcées et appliquées de manière immédiate.

Le fond du problème est là.

Sur le reste, je n'ai pas d'avis net sur la question. Je trouve simplement qu'avant de s'occuper des grands principes, on devrait d'abord commencer par traiter les problèmes bien réels, eux.

Écrit par : L'Hérétique | mercredi, 18 juillet 2007

"Je crois à la fiabilité, in fine, d'une politique répressive, mais encore faut-il qu'elle soit intelligente, or, depuis un moment, le moins que l'on puisse dire, c'est que ce n'est pas le cas."

J'ai du mal à vous suivre Mr l'Hérétique. Vous citez les réflexions philosophiques d'un des plus grand penseur de l'histoire française, puis vous vous appuyez sur des arguments qui sont à l'opposés de ces idées.
Je passerai outre si votre contradiction était de second ordre mais parler de "L'Esprit des Lois" pour arriver sur la politique répressive, avouez que ce n'est guère flatteur pour Montesquieu.
Je vous invite à lire "Le prince" de Machiavel, ses réflexions sur la répression sont d'une fine justesse, à l'image de son oeuvre.
Et je citerai de mémoire, une phrase de, il me semble, Sartre: "Plus un Etat est policé plus il tend vers le fascisme"
Politique répressive et Esprit des Lois donc? Vous n'avez pas peur des contre sens!

Quand à savoir si Montesquieu fut un centriste, j'imagine bien Mitterand se dire qu'il fut un socialiste avant l'heure quand ce dernier a posé dans bibliothèque de l'Elysée avec l'Esprit des Lois entre les mains pour la photo officielle de son septennat.

Montesquieu par son oeuvre a influencé la conception de l'idée politique en France, tout comme Rousseau le fera plus tard. Alors essayez d'avoir la modestie et l'honnêteté de ne pas rattacher ces auteurs à un courant politique trop précis. Ils sont bien au dessus de ces vils débats.

Écrit par : Gracchus | jeudi, 19 juillet 2007

Cher Gracchus

Je ne fais pas de contre-sens. Je ne m'appuyais pas sur Montesquieu pour donner mon avis. Montesquieu pense en effet que plus l'on réprime plus l'on se rapproche du despotisme.

Je ne suis pas pour la répression brutale mais pour l'application juste des peines.

Écrit par : L'Hérétique | jeudi, 19 juillet 2007

ET SI NOUS RELISIONS "LE PRINCE" de MACHIAVEL ???

Écrit par : ANTIRACKET | lundi, 23 juillet 2007

D'autant plus que les multirécidivistes sont le plus souvent issus d'une misère sociale et d'une forte faiblesse psychologique.
Dans de tels cas, la certitude de la prison ne sert pas à grand chose. En revanche, la réhabilitation via des centres hospitaliers permettrait une réinsertion sociale à terme.
Bien évidemment, cela exigerait que l'on mette des moyens financiers importants pour l'application de la justice.

Écrit par : Thibault | mercredi, 25 juillet 2007

Salut Thibault,

Pas d'accord avec toi : la certitude de la sanction est essentielle.

Écrit par : L'Hérétique | jeudi, 02 août 2007

Les commentaires sont fermés.