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jeudi, 29 janvier 2009

Mon libéralisme (Libertas Heretica)

Je veux réagir dans ce billet aux feux croisés de plusieurs articles dont deux, venus de deux blogs différents, m'appellent à éclaircir mon positionnement politique. Skeptikos, tout d'abord, qui est l'initiateur, à ce qu'il m'a semblé, d'une chaîne sur le libéralisme, et puis également Criticus, lui-même tagué par le Chafouin.

Je ne vais pas être original, parce qu'après avoir lu le billet Mon libéralisme de mon ami Claudio (Skeptikos), je pense pouvoir dire que je partage en grande partie son point de vue. J'aimerais toutefois ajouter que je suis plus attaché que lui aux libertés "négatives" au sens où Amartya Sen l'entend. Je n'aime pas que l'on m'empêche d'agir et je me défie des lois contraignantes, a fortiori des lois contraignantes pour l'initiative individuelle sous toutes ses formes. A cet égard, l'entrepreneuriat constitue l'une des formes actuelles de l'esprit d'entreprise. Favoriser l'esprit d'entreprise, c'est donner à chacun la possiblité d'exercer sa responsabilité individuelle, et peu importe, au fond, dans quel champ, économique ou non s'exerce cet esprit. J'aime profondément la liberté, et, en ce sens, je suis libéral. Pas libéral seulement parce que je ne veux pas d'entraves à ma volonté de puissance, mais parce que j'aime bien l'adage "aide-toi toi-même, le Ciel t'aidera"...

Plus généralement, mon libéralisme a une source largement aristotélicienne : il m'a semblé, dans le livre III de son Éthique à Nicomaque, qu'Aristote définissait largement la liberté par rapport à la responsabilité. Contrairement à un Platon ou à un Sartre (horresco referens) la liberté aristotélicienne n'est pas un absolu. Il n'y a pas le "libre" et le "non-libre", mais des degrés de liberté et corollairement de responsabilité.

A la base de toute action, Aristote identifie des actes volontaires et des actes non-volontaires :

« On admet d’ordinaire qu’un acte est involontaire quand il est fait sous la contrainte, ou par ignorance. Est fait par contrainte tout ce qui a son principe a hors de nous, c’est-à-dire un principe dans lequel on ne relève aucun concours de l’agent ou du patient si, par exemple, on est emporté quelque part, soit par le vent, soit par des gens qui vous tiennent en leur pouvoir.»

Mais il n'y a ni vide ni barrière infranchissable entre ces deux catégories d'actes, pour la bonne raison qu'il se trouve dans cet espace toute une gradation d'actes dits mixtes.

Pour cette raison, je n'exonère jamais entièrement les individus de leurs responsabilités quand ils agissent, et pas seulement les individus mais les peuples également. Aristote, à ce sujet, fait une distinction très subtile entre l'action par ignorance et l'action dans l'ignorance. La voici :

«Il y a aussi, semble-t-il bien, une différence entre agir par ignorance et accomplir un acte dans l’ignorance : ainsi, l’homme ivre ou l’homme en colère, pense-t-on, agit non par ignorance mais par l’une des causes que nous venons de mentionner bien qu’il ne sache pas ce qu’il fait mais se trouve en état d’ignorance. Ainsi donc, tout homme pervers ignore les choses qu’il doit faire et celles qu’il doit éviter, et c’est cette sorte d’erreur qui engendre chez l’homme l’injustice et le vice en général. Mais on a tort de vouloir appliquer l’expression involontaire à une action dont l’auteur est dans l’ignorance de ce qui lui est avantageux. En effet, ce n’est pas l’ignorance dans le choix délibéré qui est cause du caractère involontaire de l’acte (elle est seulement cause de sa perversité), et ce n’est pas non plus l’ignorance des règles générales de conduite (puisque une ignorance de ce genre attire le blâme) : (ce qui rend l’action involontaire,) c’est l’ignorance des particularités de l’acte, c’est-à-dire de ses circonstances et de son objet, car c’est dans ces cas-là que s’exercent la pitié et l’indulgence, parce que celui qui est dans l’ignorance de quelqu’un de ces facteurs agit involontairement.»

Comprenons-nous : quand l'ivrogne agit, l'ignorance n'est pas la cause de son action mais son effet. Il est donc bien responsable de ses actes, au moins jusqu'à un certain degré. Je tends à penser qu'Aristote, via son Éthique, est l'un des pères fondateurs du libéralisme, en tout cas, aau moins du libéralisme "négatif".

Pour que le lecteur comprenne bien les enjeux, je donne les définitions des libertés positive et négative telles que les a définies Isaiah Berlin, que Claudio cite, d'ailleurs :

- la liberté négative, qui est la possibilité offerte à l'individu d'agir sans être gêné par d'autres. C'est un "espace de non-interférence", c'est une absence de coercition ;

- la liberté positive, qui est la possibilité pour l'individu d'atteindre le but qu'il poursuit, d'aller jusqu'à la limite de ses satisfactions. L'individu veut être son propre maître, ne dépendre de personne. La liberté est la puissance, la puissance effective d'atteindre des objectifs spécifiques.

Amartya Sen les lie l'une à l'autre, estimant que l'on ne peut pas penser l'une sans l'autre. Sur l'échelle de la liberté, je dirais que certains les coordonnent dans une parfaite égalité, et d'autres subordonneront davantage l'une à l'autre. Eh bien moi, sur cette échelle, dans cette gradation, je ne renie pas la liberté positive, mais je la subordonne plutôt à la liberté négative que l'inverse. Un tel choix aspire nécessairement la liberté vers le champ de la responsabilité pour une raison simple : si la liberté est l'absence de coercition, alors, une fois toute forme de coercition écartée, l'individu est entièrement responsable de ses actes, y compris de l'existence qu'il se construit. Dans ces conditions, ne pas jouir d'un certain nombre de biens supérieurs au sens où l'entend Sen, ne dépend que de sa volonté propre. Comme je ne suis pas un libéral radical, je ne fais pas porter sur les épaules de chacun la capacité ou l'incapacité à jouir de ces biens supérieurs, mais, dans la gradation qui relie la responsabilité à cette liberté-là, la responsabilité est pour moi première, même si c'est de peu.

Et voilà pourquoi on me considère, à raison, plutôt comme de centre-droit que de centre-gauche ou même centriste pur et dur. Je pense que la distinction véritable entre le centre-gauche et le centre-droit passer par cette divergence, qui peut se muer, à l'occasion, en une véritable ligne de fracture.

Je conclus en ajoutant que j'exclus radicalement tout le déterminisme rousseauiste en matière de liberté, et a fortiori les discours sur l'aliénation qui conduisent droit à la sociologie dégoûlinante de bourdieuseries...

Il me faut trouver quelques individus à qui refiler la patate chaude : pour mémoire, il s'agit d'écrire un billet sur son positionnement politique. Je ne sais pas s'il lira ce billet, mais je serais curieux, par exemple, de connaître le positionnement politique exact d'Abadinte : Girondin ou Montagnard ?. J'ai lu souvent des choses de bon sens chez ce social-démocrate ouvert, entrecoupés d'inexplicables couplets dans la plus pure tradition pré-marxiste, particulièrement dès qu'il évoque la bourse et l'actionnariat.

Il y en a un autre qui m'intrigue également, c'est Humeurs de Vaches, qui a le mérite de me faire rire, mais dont les billets sont trop peu fréquents à mon goût. L'habitude d'illustrer son propos par une photo de vache me fait bien rire à tous les coups. Politiquement, je pense qu'il n'y a pas beaucoup de différences entre lui et moi, mais cette chaîne pourrait être une occasion de le vérifier.

Le point de vue de Laura Asma m'intéresse beaucoup également. Ouktiasma est un  blog pour le moins paradoxal : d'un côté, il prône un Islam très traditionnel, et de l'autre, propose une interprétation du Coran très humaniste, avec un positionnement politique d'une très grande modération. Bon, Laura ne doit pas me lire souvent et il faudra sans doute que j'aille sur son blog pour lui dire que je l'ai taguée, mais j'espère qu'elle acceptera de jouer le jeu.

Alcibiade est un autre objet de perplexité. Si Humeurs de Vaches est à quelques encablures de moi sur ma droite, ce blog collectif est à la même quantité d'encablures mais sur ma gauche. J'entends par là que nous sommes sans doute proches. Je n'ai jamais compris sa participation à Construire en Mouvement qui me paraît clairement à la gauche du MoDem. En dehors de son positionnement sur les thèmes sociétaux, Alcibiade est plus près du centre-droit que du centre, et a fortiori du centre-gauche.

Enfin, c'est un blog local mais fort fréquenté, très féru de démocratie locale, qui fera l'objet de ma dernière requête : Paris16.info. En espérant obtenir une réponse du maître des lieux, car il n'est pas évident d'obtenir une réponse politique d'un blog dont le positionnement n'est pas d'abord politique. Il n'en reste pas moins que j'y ai lu parfois des prises de positions bien politiques, elles. Voilà qui va nous changer de la blogosphère politique traditionnelle.

Je ne sais pas ce que mes lecteurs en pensent, mais je trouve mon choix à la fois sympa et atypique, non ?

 

samedi, 13 octobre 2007

François Bayrou expose son modèle de société

François Bayrou a exposé, jeudi 11 octobre 2007, sa vision du modèle français, un modèle profondément différent du modèle dominant, celui des inégalités croissantes. «Ce dont nous avons besoin, c'est de bâtir à l'intérieur de la globalisation un modèle de justice croissante.» a-t-il affirmé.


Quel modèle de société?
François Bayrou 2007

La Justice universelle ou légale, Ethique à Nicomaque, Livre V, chapitre 3 d'Aristote

«Nous appelons actions justes toutes celles qui tendent à produire ou à conserver le bonheur avec les éléments qui le composent, pour la communauté politique.»

Aristote écrit ensuite, dans le même chapitre

Et c'est pourquoi souvent  on considère la justice comme la plus parfaite des vertus, et ni l'étoile du soir, ni l'étoile du matin ne sont ainsi admirables

Puis, plus loin, il ajoute : 

[...] Et elle est vertu complète parce que l'homme en possession de cette vertu est capable d'en user aussi à l'égard des autres et non seulement pour lui-même. [...]