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jeudi, 23 février 2017

Mon cher Emmanuel (Macron)...

Mon cher Emmanuel,

Je vois qu'avec l'alliance que vous venez de passer avec François Bayrou l'axe central est en marche, c'est le cas de le dire.

Je dois vous l'avouer, mon cher Emmanuel, j'ai eu la dent dure contre vous sur mon blog, et plus d'une fois. Si je vous rejoins aujourd'hui, c'est uniquement parce que François Bayrou le fait et que j'ai une confiance inébranlable en ce dernier. Je dois toutefois vous concéder que j'avais décelé des inflexions qui n'étaient pas pour me déplaire dans le programme que vous vous êtes enfin décidé à dérouler, depuis deux semaines.

Je me permets toutefois quelques amicales suggestions :

Premièrement, quand un thème ne fait pas sens mais est très clivant dans la sphère politique, c'est absolument inutile d'aller chercher les embrouilles pour des clopinettes. Les deux monumentales bourdes que vous avez faites la semaine dernière en sont des illustrations éclairantes.

Deuxièmement, vous l'avez noté, les médias se sont longtemps intéressés à vous mais depuis dix jours ils se sont carrément retournés contre vous. Maintenant, tout le monde va vouloir votre peau et celle de François (Bayrou) et il va vous falloir naviguer vent debout par gros temps. Ce n'est pas tout : fachosphère, réacosphère, gauchistes archéo-révolutionnaires, ils rêvent du goulag et de la schlague pour vous. Tous en embuscade parce qu'ils sentent bien que le jeune premier que vous êtes va les priver d'une victoire qu'ils étaient convaincus de conquérir aisément. Méfiez-vous, Emmanuel Macron : dans une campagne comme celle-là, tous les coups sont permis, y compris les plus vils, calomnies, diffamations et la liste peut être longue, ils ne vous rateront pas s'ils le peuvent.

Troisièmement, démarquez-vous sur les choses qui en valent la peine : on ne parle pas assez de santé dans cette campagne, mais considérez qu'un Français sur trois sera susceptible d'être touché par le cancer, par exemple, qu'il existe une série d'autres affections qui nous affligent et que même dans les villes obtenir un rendez-vous avec un spécialiste tient de la gageure. Vous voulez faire un coup d'éclat ? Au lieu d'évoquer la colonisation, aspect de notre histoire qui concerne les historiens, désormais, annoncez un plan d'envergure pour repeupler de cabinets médicaux les provinces si déshéritées que l'absence de médecins y est désormais une cause de mortalité ou de dégradation brutale de la santé ! Je ne sais pas moi, annoncez que vous multipliez par deux le numerus clausus aux concours de médecine, que vous autorisez aux pharmaciens certains actes de santé, des choses de ce genre, ensemble, qui créeraient un choc sanitaire positif. Bref, employez intelligemment votre énergie.

Quatrièmement, prenez en considération les Français qui travaillent. Mais je crois que François en a fait un pilier de son alliance avec vous...Non non, le dimanche n'est pas un jour comme les autres et il doit être payé en heures supplémentaires et grassement. Même chose pour le travail de nuit. Bref, abstenez-vous de toute velléité dérégulatrice dans ce domaine sans vous interdire une certaine flexibilité naturellement. Plus généralement, ne faites pas du pouvoir d'achat des Français une marge d'amortissement des coûts.

Cinquièmement, ne vous en déplaise, il n'y a pas des cultures françaises mais UNE culture française, et vous feriez bien de vous en rappeler si vous aspirez à devenir le président des Français. Nous avons un modèle, nous avons une langue, nous avons une culture, et nous ne voulons pas les sacrifier aux idéologies dominantes. Et quand nous aimons l'Europe, nous continuons d'aimer la France et ne les jouons jamais l'une contre l'autre, qu'on se le dise.

Mesurez, enfin, à quel point la caution morale de François Bayrou vous est précieuse. Jamais je n'envisagerais de voter pour vous sans lui. Aujourd'hui, à mon lieu de travail, j'ai entendu plusieurs personnes envisager de décaler leur vote vers vous uniquement parce que François Bayrou s'associe à vous. Plus surprenant, des électeurs venus du camp Hamon pourraient aussi vous accorder leur voix pour la même raison.

Nous, les centristes historiques, qui nous sommes battus pour conserver notre indépendance, ne nous décevez pas. Nous sommes conscients qu'il existe une occasion historique d'envoyer paître d'un coup les deux partis qui se partagent le pouvoir depuis plusieurs décennies tout en bloquant la route aux populismes de gauche et de droite. Nous pouvons gagner mais il faudra pour cela un projet qui soit doté d'une âme, un programme dont les appuis soient plus que solides : enraciné dans notre terroir tout en étant tourné vers l'horizon.

Bien cordialement à vous, mon cher Emmanuel, 

Rodrigo Borgia alias l'Hérétique, blogueur centriste et démocrate canal-historique

17:17 Publié dans Politique, Société | Lien permanent | Commentaires (16) | Tags : macron, bayrou |  Facebook | | |

Commentaires

Entièrement d'accord. Effectivement, Macron a fait des erreurs de jeunesse, et il devra écouter le "sage" BAYROU pour mériter notre soutien. Il serait bon que nous puissions voter POUR Macron, et pas seulement CONTRE ses adversaires. Cordialement.

Écrit par : COLOR | jeudi, 23 février 2017

Magnifique lettre !
Nous mettons beaucoup d'espoir dans cette alliance proposée par François Bayrou. Parce que ce n'est absolument pas un ralliement à Emmanuel Macron qui laisserait croire à une allégeance. Une alliance permet de laisser à chacun sa personnalité et de se respecter.

C'est un binôme inédit !

L'un apporte son expérience de vie, sa connaissance absolument unique parmi les responsables politiques de l'Histoire de la France (nous en avons eu des preuves dans ses ouvrages, y compris et surtout dans le dernier...), son combat pour la séparation des pouvoirs depuis des années, son éthique indéniable (quoi qu'insinuent inlassablement ses opposants), son indépendance et sa personnalité parfois inflexible (un fier béarnais orgueilleux certes mais pas vaniteux...), son immense culture et son aisance à trouver les mots les plus nuancés pour exprimer sa pensée (quitte à faire durer l'écoute...) et malgré ses indignations devant les injustices commises en toute "légalité" par les puissants, Bayrou a la prétention de se montrer optimiste ! Pourquoi ? Tout bonnement parce qu’il sait détenir des solutions aisées à mettre en place. C’est évident, il a pu expérimenter tout ce que l’on peut faire dans une ville comme Pau. Il suffit donc de les appliquer au niveau national.

Macron le jeune apporte avant tout sa vigueur et …son ambition ! Le noviciat de deux mois supplémentaires qui lui est proposé à partir d’aujourd’hui, va lui imposer de tout réviser. Il n’y arrivera qu’avec l’aide des fiches de Bayrou. Il n’a pas d’autre solution : s’il veut obtenir le diplôme suprême il faut bûcher !! On va l’aider. L’Hérétique a commencé. Nous allons continuer en vérifiant son programme pas à pas…

Écrit par : Françoise Boulanger | jeudi, 23 février 2017

Effarant..

Écrit par : Passage | jeudi, 23 février 2017

@Françoise Boulanger : le geste vraiment inédit aurait consisté à ce qu'un candidat non prêt, trop jeune, sans la stature, ayant accumulé les erreurs, mais ayant réussi à accrocher l'opinion publique par le même type de moyens que nous avons critiqué en 2007 dans le cas de Sarkozy (d'un côté" connivence avec des personnes et réseaux influents médiatiquement -> bulle médiatique ; de l'autre côté, attentisme, démarche communicationnelle spectaculaire mais creuse), décide de reconnaître qu'il y avait en face un homme d'État et un parti qui ont sué, transpiré, sacrifié, pour produire le type de rassemblement qu'il faisait mine de constituer depuis six-mois un an.

On ne peut pas se féliciter qu'un candidat à la présidentielle ayant émergé dans de telles conditions n'ait plus que deux mois pour essayer de se rendre sérieux et présidentiel, à 39 ans.

Bref.

Espérons que le pire n'advienne pas, et que le médiocre soit compensé par la présence de MoDem (vraiment MoDem) à l'Assemblée nationale sous la prochaine législature !

@l'hérétique : Je pense que les avis sur la décision de Bayrou sont plus divers que cela.
Macron a intérêt à sacrément revoir sa manière de faire campagne et son projet pour convaincre.

Écrit par : Ascagne | vendredi, 24 février 2017

On ne dira jamais assez combien ce blog cultivé, brillant et exigeant a apporté à notre culture démocrate depuis sa création

Écrit par : Armand | samedi, 25 février 2017

On ne dira jamais assez combien ce blog cultivé, brillant et exigeant a apporté à notre culture démocrate depuis sa création

Écrit par : Armand | samedi, 25 février 2017

Bonjour Armand,

C'est un plaisir de vous revoir ici, votre dernier passage remontant à fort longtemps. Je salue aussi en vous la constance du militant qui soutient François Bayrou et l'indépendant centriste depuis la première heure. Merci à vous.

Écrit par : l'hérétique | dimanche, 26 février 2017

On ne dira jamais assez combien ce blog cultivé, brillant et exigeant a apporté à notre culture démocrate depuis sa création

Écrit par : Armand | lundi, 27 février 2017

Pour répondre à votre remarque, cher Ascagne, j'étais totalement en accord avec vous au départ, me désolant de voir la différence de personnalité de ces deux hommes, estimant -tout comme vous- la candidature de Bayrou l’Ancien* ô combien plus légitime et méritée que celle de Macron le Jeune.
* (L’un de mes fils est Compagnon du Devoir et du Tour de France et tout Maître-Compagnon installé est désigné "Ancien" par les jeunes aspirants encore itinérants, le titre que j’ai décerné à François Bayrou n’est donc absolument pas péjoratif sous ma plume !)

Mais vous comprenez bien, Ascagne, qu’en confrontant le nombre de fans qu’a réussi à récolter Emmanuel Macron en quelques mois avec le nombre de personnes qui restent encore au MoDem depuis sa création le 1er décembre 2007, un transfert de candidature au profit de François Bayrou aurait été considéré comme un véritable coup d’état interne chez les macronistes !

Macron a pris en quelque sorte le fief de Bayrou ; il a même récupéré tout le travail effectué pour faire évoluer les mentalités depuis tant d’années par Bayrou (on en a des preuves dès 1995-1996), le talentueux maire de Pau. Certains considèrent que cette réussite est injuste, emprunte d’opportunisme, d’arrivisme et finalement de déloyauté mais c’est comme ça : nous sommes devant le fait accompli. Au pied du mur… A partir du moment où François Bayrou a pris cette décision, je suis plutôt encline à lui faire confiance. Et donc -comme l’Hérétique- déterminée à faire gagner Macron. Sous condition cependant !

Une condition essentielle : déceler la personnalité d’Emmanuel Macron et vérifier qu’elle est riche malgré son jeune âge, construite d’épreuves et de défis successifs. Afin de le démasquer s’il s’avérait être un homme cynique et superficiel comme certains de ses discours auraient pu le laisser craindre.

Alors j'ai fait le gros effort** d'aller comparer les deux parcours sur Wikipédia. Eh bien je l'avoue j'ai été particulièrement impressionnée par la rapidité de l'ascension de Macron l’Aspirant.
** (Probablement est-ce justement ce qu’a fait Bayrou avant de prendre sa courageuse décision…)
https://fr.wikipedia.org/wiki/Emmanuel_Macron

J’ai mené ma réflexion en pratiquant la pensée nuancée ce qui permet d’être le plus honnête possible pour reconnaître les qualités ou …les défauts de chacun. Après pas mal de recherches je vous restitue ici mon analyse en vous annonçant tout de suite ma conclusion : oui je suis convaincue que François Bayrou a eu raison de miser sur Emmanuel Macron !

Evidemment je vais vous dire pourquoi.

D’abord j’ai une certitude qui explique ma totale confiance en François Bayrou : ce responsable politique a une magnifique empathie. Acquise par l’éducation reçue et l’immense épreuve qu’il a connu très jeune. Quand on apprend qu’il a dû par exemple tenir la ferme familiale après le décès de son père, tout en étant prof de Lettres et jeune père de famille, il est bien plus facile de le comprendre dans ses écrits et ses idées.

Emmanuel Macron qui est né en fin d’année (décembre 1977) a eu le bac avec mention "très bien", mais avait été auparavant lauréat du Concours général de français en classe de 1ère, donc avant ses 17 ans (la fameuse année où il a rencontré sa future femme, son prof de français...). Au moins avons-nous là un politique maîtrisant sa langue. Ce qui est rassurant sur ses capacités cognitives.
Les études en philosophie qu’il a menées par la suite le rapprochent de François Bayrou.

Par contre nous apprenons qu'ayant pourtant été « admis en hypokhâgne et khâgne au lycée Henri-IV (classes préparatoires de lettres CPGE B/L - filière lettres et sciences sociales), ►il échoue au concours d’entrée à l’École normale supérieure. » !

Et cela m’a interrogé. Comment et pourquoi un jeune ayant eu la mention "très bien" au bac a-t-il pu échouer. J’ai donc cherché sur d’autres sites ce qui aurait bien pu se passer à cette époque. Un évènement familial peut-être ?

Il me semble avoir trouvé une explication ici :
http://gw.geneanet.org/wikifrat?lang=fr&pz=honore+gabriel&nz=de+riqueti+de+mirabeau&ocz=0&p=emmanuel&n=macron
Citation :
« A 16 ans, élève de première, lauréat du concours général de français, il est tombé amoureux de sa professeur, Brigitte Trogneux, mère de trois enfants et de 24 ans son aînée. Toute la France connaît aujourd’hui la romance qui plaît tant à l’électorat féminin. ►On sait moins qu’Emmanuel a dû quitter la maison familiale et s’exiler à Paris, protégé par sa grand-mère Germaine, une ancienne principale de collège. Elle lui trouve un toit dans la capitale pour sa terminale au lycée Henri-IV. Tous deux médecins, les parents d’Emmanuel Macron ont voulu éloigner leur fils de ce qu’ils tiennent pour la promesse d’un malheur certain. "Une blessure, pour cet être si sensible, si social, si solaire", raconte Aurélien Lechevallier, conseiller diplomatique d’Anne Hidalgo à la mairie de Paris. Il fut l’un de ses premiers amis parisiens et celui qui l’entraîna en prep’ENA. »

L'ostracisme, le bannissement familial en quelque sorte, imposé par ses parents a très certainement constitué une immense souffrance et s’il en a été déstabilisé sur le moment, il est évident que la suite de son parcours prouve sa grande résilience.
Et curieusement personnellement cela me rassure ! Ce sont les épreuves qui forgent une personnalité forte. Et qui donnent cette empathie indispensable à une carrière publique. D’ailleurs cela a certainement été une belle revanche par la suite lorsque ses parents ont assisté à son mariage. Il avait été enfin reconnu !

De l’empathie donc Emmanuel Macron ne semble pas en être dépourvu.

Malgré tout j’ai toujours une réserve à formuler : qu’en est-il de son "rapport à l’argent" ? Ses parents étant tous deux médecins, son père "médecin et professeur de neurologie au CHU d'Amiens et responsable d'enseignement à la faculté de médecine de cette même ville" et sa mère "médecin-conseil de la Sécurité sociale", on peut en déduire sans trop se tromper qu’il n’a jamais connu la moindre difficulté financière jusqu’à maintenant.
Et que cela pourrait définitivement induire un regard faussé sur toutes les classes de la population à ce sujet. N’aurait-il pas tendance à rester dans une bulle "d’enfants gâtés" constituée essentiellement de financiers où l’argent n’est en aucun cas un problème ? S’il a cette fragilité, les exigences de François Bayrou ne seront-elles pas les bienvenues pour les français ?!!

Si vous souhaitez mieux connaître Emmanuel Macron je vous conseille aussi cet article du Monde du 27.08.2014 par Charlotte Chabas
Deux extraits :
« Après la saga de la promotion Voltaire —qui vit sur les mêmes bancs se côtoyer François Hollande, Dominique de Villepin, Ségolène Royal, Renaud Donnedieu de Vabres ou encore Michel Sapin et Jean-Pierre Jouyet—, l'ascension éclair d'Emmanuel Macron met en lumière une autre "cuvée" exceptionnelle de l'Ecole nationale d'administration (ENA) : la promotion Léopold Sédar Senghor, sortie de l'institution en 2004. En 2013, dix-sept de ses membres occupaient des postes clés de la République, entre directeurs de cabinet et conseillers.
Fait unique depuis 1945 et la création de cette machine administrative, la promotion Léopold Sédar Senghor est la seule à ne pas avoir fait l'objet d'un classement final. Soixante-quinze élèves en effet signèrent un recours exigeant l'annulation du classement pour irrégularité des examens. Le Conseil d'Etat leur donna raison. "On était une promotion libre", avait expliqué Emmanuel Macron au Monde. »

« Quelques mois avant la présidentielle de 2012, Emmanuel Macron travaillait toujours pour la banque Rothschild. A ce titre, il a piloté le rachat par Nestlé d'une filiale de Pfizer, une transaction de plus de 9 milliards d'euros, qui a fait de lui un millionnaire. "L'argent ne doit pas être identitaire. C'est un instrument de liberté, sans plus", avait-il expliqué au Nouvel Observateur. »
http://www.lemonde.fr/politique/article/2014/08/27/emmanuel-macron-de-mozart-de-l-elysee-a-ministre-de-l-economie_4477318_823448.html

Et par pure curiosité si vous voulez savoir où on été affectés tous les camarades de la promo de Macron en particulier Boris Vallaud :
« Liste des affectations de sortie de la promotion Léopold Sédar Senghor sur le JO du 9 avril 2004 »
https://www.legifrance.gouv.fr/jo_pdf.do?cidTexte=JPDF2904200400007726&categorieLien=id

Écrit par : Françoise Boulanger | lundi, 27 février 2017

Bonsoir Françoise Boulanger,

Le rapprochement de François Bayrou ne change rien du tout à ce que je reproche à Macron, ni ne me le fait voir sous un autre jour. Il y a d'ailleurs des sources plus complètes sur Macron que les articles de Wikipédia, et je l'ai suivi avec assez d'attention depuis peu après sa première arrivée au gouvernement pour m'en faire une idée solide.

"Et cela m’a interrogé. Comment et pourquoi un jeune ayant eu la mention "très bien" au bac a-t-il pu échouer."

La mention "très bien" au bac n'a pas grand chose à voir avec la possibilité d'accéder à l'ENS ! Il y a un monde entre les deux.
Concernant le fait de ne pas être normalien, l'échec est la norme pour l'extrême majorité des étudiants en lettres en prépa. Moi-même, j'ai échoué à l'ENS et n'ai pas voulu repasser ma khâgne, ne souhaitant pas "redoubler" et perdre une année universitaire (quand bien même on peut obtenir l'équivalence pour entrer directement en Master). Du reste, cela ne m'a pas empêché d'avoir la meilleure moyenne possible à mon master, d'être agrégé, et bientôt, je l'espère, docteur.

Concernant le rapport à l'argent, je vais le dire très simplement : Emmanuel Macron était IGF et a choisi de pantoufler après relativement peu de temps. C'est une situation qui est un peu dérangeante à mon avis pour la plupart des fonctionnaires, notamment ceux des catégories relativement dédaignées, symboliquement aux antipodes des grands corps de l'État. Quand on y ajoute certaines sorties fameuses de Macron, cela accentue la gêne.

Concernant l'empathie, je remarque que la plupart des tentatives de Macron de parler à des gens non sélectionnés au préalable, dans la rue, se sont souvent soldées par des difficultés pour lui.

Concernant la ténacité, Macron n'a pas eu besoin d'en faire preuve spécialement en politique, et c'est bien le domaine qui nous concerne. Je ne considère pas qu'il soit spécialement louable de prospérer sur l'opportunisme, la naïveté, l'attentisme, les manipulations habituelles (il m'évoque un mi-Sarkozy, mi-Hollande, pourrais-je dire), et des attentes assez "bêtes" de la population (on veut quelqu'un de jeune, le "renouvellement" - ah, c'est tout de même un sortant de ce même quinquennat qu'ils ont réprouvé apparemment en majorité, y compris des lois qu'il a pu soutenir, mais tant pis !).

Macron est parvenu à atteindre le niveau qu'il espérait dans les sondages et à court-circuiter une candidature sérieuse en profitant de ces expédients. S'il perd l'élection, les réformateurs du PS qui l'ont fait monter, ses premiers soutiens, et ceux qui ont gonflé la bulle en 2015-2016, auront des questions à se poser - et je ne me gênerai pas pour les aider à se les poser ; s'il la gagne et qu'il révèle ses limitations par rapport à la fonction, que les gens qui ont contribué à son essor ne viennent pas se plaindre.

Écrit par : Ascagne | lundi, 27 février 2017

Vous êtes agrégé de Lettres comme François Bayrou, Ascagne, ou de philosophie ?

Bravo pour votre réactivité en tout cas. C'est très agréable d'avoir des échanges aussi argumentés que les vôtres.

Écrit par : Françoise Boulanger | lundi, 27 février 2017

@Ascagne

J'ai quand même l'impression qu'il a nettement moins le melon depuis qu'il s'est pris une dérouillée avec sa double bêtise sur la colonisation et le MPT. Il est conscient de revenir de loin et de devoir son rebond à 100% à Bayrou. Sans l'intervention de ce dernier, la bulle se dégonflerait probablement et Bayrou remonterait (mais sans doute pas assez).
Il y a au final une vraie synergie entre les deux qui va au-delà de leurs électorats. Pour tout le reste, comme vous, je reste méfiant. Mais dans la mesure où Bayrou et lui ont fait alliance, je fais campagne pour lui.

Écrit par : l'hérétique | lundi, 27 février 2017

De lettres classiques - filière aujourd'hui, hélas, plutôt menacée ! Merci pour votre remarque, mais merci surtout à l'Hérétique pour ses riches billets et la possibilité de commenter et de dialoguer en bonne intelligence.

J'ai toujours trouvé préférable que la tendance illustrée par Bayrou soit le fer de lance d'un rassemblement centriste, puis central, notamment parce que l'approche de ce courant-là (vivifié en 2007) me semble la plus proche de l'idée d'une synthèse républicaine.

Macron a trop attiré au fil du temps l'intérêt des néo-libéraux "durs" pour que je n'éprouve pas de méfiance envers lui.

Nous saurons dans deux mois ce qu'il sera advenu de cette candidature suscitée par une ambition énorme et périlleuse dans le contexte actuel.
C'est d'ailleurs pire encore que je ne l'estimais il y a quelque temps. Je fais l'énorme reproche à Hollande d'avoir été particulièrement pusillanime pour la proportionnelle : pourvu qu'il ne soit pas trop tard, pourvu qu'elle soit proposée et passe sous peu ! Il faudra certes attendre, mais l'assurance que l'équité de la représentation soit reconquise serait déjà un gage d'espoir.

Écrit par : Ascagne | mardi, 28 février 2017

@l'hérétique : Oui, heureusement, Macron est intelligent. Il est juste un peu bête qu'il ne soit pas "à sa place" pour cette élection-ci.
Au fond, s'il n'y avait pas eu les primaires, Macron aurait été forcé de sortir de l’ambiguïté bien plus tôt. Il est aussi le produit d'une temporalité et d'une organisation de pré-campagne complètement désaxées. Bien entendu, je reconnais aussi que la faiblesse du MoDem n'est pas pour rien dans tout cela.

"Sans l'intervention de ce dernier, la bulle se dégonflerait probablement et Bayrou remonterait (mais sans doute pas assez)."
Ce qui était assez clair, c'est que la partie de l'électorat central (que j'estime plutôt volage et volatile, pas cohérente en tout cas dans ses choix nationaux) qui soutenait Macron voulait s'accrocher à lui (puisqu'elle l'a fait monter, du moins en partie - c'est ce que j'ai critiqué plus haut).
Ce qui m'apparaît cependant également, c'est qu'il y a pas mal de gens qui étaient prêts à voter Bayrou pour le premier tour, et qui ne sont *pas* prêts à voter pour Macron dès le premier tour, voire au second non plus.

Je ne vais pas faire campagne pour Macron, pas directement en tout cas. Je soutiens les idées que je crois juste, dont celles de mon parti, et si elles peuvent avoir de l'influence pour la présidentielle, tant mieux. Aux législatives, j'espère pouvoir contribuer à soutenir des candidats proprement MoDem.

Je pense que les choses vont être compliquées pour ma sensibilité politique pendant la période à venir, mais bon, il faut s'accrocher. J'ai 27 ans, et je veux qu'il y ait un parti qui me corresponde et qui soit utile à son électorat et aux citoyens en général dans plusieurs années - en espérant que le pire n'advienne pas d'ici là.

Écrit par : Ascagne | mardi, 28 février 2017

Eh bien Ascagne, vous vous exprimez excellemment et je rends hommage à votre jugement.
Le plus jeune de mes fils a votre âge à un an près.
Et je crois que le petit dernier de François Bayrou qui est comme son père et comme vous agrégé de Lettres ne doit pas être trop éloigné non plus. Vous devez certainement le connaitre ?!
J'espère que plusieurs d'entre vous, les jeunes démocrates, aurez le courage de vous présenter aux législatives.

Croisons les doigts pour que Macron gagne !
Qui sait... nous verrons peut-être un jour Iulus succéder à Enée et placer Troie au sommet de l'Europe ?!

Qu'en penses-tu l'Hérétique ?

Écrit par : Françoise Boulanger | mardi, 28 février 2017

Bonjour Françoise Boulanger,

Non, je n'ai pas croisé André Bayrou. Je vois que c'est un seiziémiste (ce qui n'est pas surprenant pour un enfant de François Bayrou ! ;) ) ; j'ai lu un de ses articles un jour, sur Fabula, il me semble. Il doit être aux alentours de mon âge, je suppose : il a commencé sa thèse un an avant que je ne débute la mienne, en tout cas.

Nous verrons bien ce que cette élection va donner. J'espère qu'il n'y aura pas d'autre mauvaise surprise.
Les législatives restent un point d'interrogation pour le moment : c'est compliqué. J'espère que nous aurons des candidats capables de porter nos propres couleurs, au-delà de la coopération (constructive et critique) avec les forces politiques proches. J'espère surtout que le pluralisme finira par revenir à l'Assemblée et que le MoDem va reprendre des forces.

En Marche est un rassemblement trop hétéroclite et trop lié à cette présidentielle-ci. Peut-être les démocrates-centristes et apparentés redécouvriront-ils le MoDem une fois passée cette curieuse et déstabilisante élection. Là encore, c'est compliqué, mais il faudrait que l'équipe exécutive comprenne qu'il est nécessaire de faire des gestes, d'aborder avec intelligence et démocratie la période à venir ; en face, les déçus du choix de Bayrou eux aussi doivent se montrer compréhensifs et réfléchir à moyen et long terme. Il en va de l'existence d'un parti démocrate centriste indépendant.

Du reste, le projet de Macron va *enfin* être plus lisible à partir d'aujourd'hui.

Écrit par : Ascagne | jeudi, 02 mars 2017

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