Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

« Qu'est-ce que que Marielle de Sarnez peut apporter à Paris ? | Page d'accueil | Sacré Peillon...Et si on posait les vraies questions à l'école ? »

dimanche, 24 février 2013

Le FN est-il soluble dans la démocratie ?

La mutation que Marine Le pen a imposé à son parti mérite, me semble-t-il, de me poser une question qui ne m'avait jamais traversé l'esprit tant que Jean-Marie Le pen dirigeait ce parti.

Jean-Marie Le pen, de mon point de vue, est profondément rattaché à l'extrême-droite de l'après-guerre ; celle-là même qui avait collaboré, soutenu le vichysme et dont une partie ne s'était ralliée au Général de Gaulle qu'en 1943 et 1944 voire après-guerre.

Je n'ai jamais eu confiance dans cet homme-là et j'ai toujours été persuadé qu'une fois au pouvoir il aurait au mieux limité au pire supprimé les institutions démocratiques. En aucune circonstance, quel que soit son adversaire il n'eût été envisageable de voter pour lui, même avec un représentant de Lutte Ouvrière ou quelque chose de ce genre en face.

Je continue à me défier grandement du Front National parce que nombre de ses cadres ont accompagné sans états d'âme les dérives infâmantes de cet homme-là.

En revanche, je crois Marine Le pen démocrate sincère, contrairement à son père, et certainement plus droite qu'elle. Oh, bien  sûr, ce n'est à l'évidence pas la même démocratie que la mienne (que penser d'une démocratie dont les principaux alliés seraient la Russie de Poutine et la Chine au parti unique despotique, comme cela figure dans le programme du FN ?) mais une démocratie tout de même. Sans doute avec une très forte composante populiste, évidemment.

Contrairement à son père, Marine Le pen n'est pas obnubilée par l'antisémitisme ou par une quelconque forme de racisme. Je ne le crois pas. Ceci ne l'empêche pas d'appuyer une bonne partie de ses thèses sur un sentiment xénophobe et de chercher ainsi à diviser le pays.

Le souverainisme et le protectionnisme (tout relatif, au demeurant) que prône MLP sont bien sûr aux antipodes du libéralisme centriste que je défends.

Cela dit, si je considère l'opinion que j'ai de MLP, elle est relativement neutre. Je ne me reconnais pas dans la diabolisation infiniment maladroite à laquelle se livre la sphère médiatique à son encontre. Cette diabolisation n'a pas d'objet, n'a pas lieu d'être parce que le projet politique du FN est rentré dans la sphère démocratique et qu'il faut désormais le combattre comme un projet politique et pas autrement.

Je l'ai dit, jamais par le passé, même en pensée, je ne me serais imaginé accorder ma voix à JMLP et ce, dans toutes les circonstances possibles et imaginables. Mais aujourd'hui, si je me pose la même question pour MLP, ma réponse n'est pas négative dans toutes les configurations. Dans tous les duels qui l'opposeraient à un représentant de la sphère modérée de l'espace politique (PS, Verts, MoDem, UDI, UMP et même sans doute PC qui est devenu un parti de gouvernement au fil du temps) elle serait perdante mais, face aux forces qui se situent sur les bords extrêmes, je crois par exemple que je voterais pour MLP plutôt que de laisser passer un représentant du NPA (a fortiori de LO) et tous ses discours haineux contre les "riches" (on est toujours le riche de quelqu'un...).

Si je considère les 60 dernières années, j'observe qu'aucun pays où les communistes ont pris le pouvoir n'est devenu une démocratie mais qu'au contraire la tyrannie s'y est exercée parfois avec une brutalité inouïe comme en Corée du Nord ou au Cambodge. Mais si l'on considère les extrême-droite là où elles ont eu le pouvoir, principalement en Amérique du Sud, le sadisme inconcevable avec lequel leurs polices politiques ont traité leurs opposants est à faire gerber.

Depuis la chute du mur de Berlin, en Europe, les choses ont toutefois évolué : dans plusieurs pays d'Europe occidentale les anciens communistes ont repris le pouvoir, je pense en particulier à la Pologne. Mais ils n'avaient gardé de communistes que le nom et s'étaient mués en partis socialistes ou sociaux-démocrates traditionnels. Il s'est produit à peu près la même chose en Amérique du Sud ou Lula s'est montré un dirigeant social-démocrate exemplaire, de même que Correa, l'actuel dirigeant de l'Équateur, et même Chavez dont j'ai gardé en mémoire la tentative de putsch a, pour sa politique intérieure, globalement respecté son opposition sans user de ses forces intérieures pour la museler.

Pour l'extrême-droite, il y a eu Jorg Haider en Autriche, mais, recadré par l'Europe : il a dû se résoudre à respecter toutes les formes démocratiques. Les frères Kaczynski en Pologne me sont toujours apparus faire partie de cette droite extrême qui s'accomode très facilement des nationalistes et des forces d'extrême-droite en général. En dépit de leurs tentatives, ils ont aussi dû se résoudre à évoluer dans des cadres démocratiques.

Si j'exclus radicalement le NPA c'est que j'ai lu dans leur programme qu'une épuration politique est prévue dans les médias de même qu'un programme d'expropriation. Il y a des choses similaires dans celui du Front de Gauche. Rien de tel dans celui du FN. Voilà pourquoi ces deux partis me paraissent, au moins sur leur base programmatique, bien plus dangereux que le FN. Quant à LO, pour moi, ce sont des Khmers rouges. Les plus idéologues et dangereux, capables de créer des camps de concentration en France. Les pires.

Je ne suis pas certain de savoir ce que je ferais exactement si c'était Mélenchon qui se trouvait en face. Depuis que j'ai lu dans le détail le programme du Front de Gauche, et, après avoir écouté les interventions de Mélenchon (notamment sur Cuba) ces dernières années, je me défie de plus en plus de l'individu.

Bref, qu'un centriste déclare cela, c'est dire la mutation opérée par MLP dans le paysage politique.

De parti à parti, c'est plus difficile : j'ai vraiment une très mauvaise opinion du FN, même face à un candidat NPA. Si le cas de figure se produisait, ce serait à considérer au cas par cas de mon point de vue, et, en principe, face à un candidat front de gauche, il y aurait de bonnes chances que je choisisse le second à condition de ne pas avoir affaire à un chasseur de koulaks (je m'appuierais alors sur ses écrits, ses déclarations et ses prises de distance ou non par rapport au programme de son parti comme a pu le faire par exemple Onfray).

Je pense que le choix se ferait sur la base suivante : tout individu issu de la mouvance skinheads, PFN, négationniste, soralienne, nouvelle droite, grèce et cetera se verrait à peu près assuré d'avoir mon vote contre lui. Mais si en face il devait y avoir des islamo-gauchistes ou des révolutionnaires antisionistes et compagnie, même chose. Bref, ce serait au cas par cas avec une forte probabilité de bulletin blanc compte-tenu du parcours ordinaire des gens qui se trouvent sur ces deux bords.

Commentaires

Est ce qu'on peut mettre Alain Soral et le Grece dans le meme panier ?

Écrit par : Le Parisien Libéral | dimanche, 24 février 2013

Pour moi, oui.
Le GRECE, c'est le laboratoire de l'extrême-droite des années 70-80. La démocratie à laquelle ils sont convertis, c'est le régime des égaux à la spartiate, c'est à dire 10% de citoyens, 90% d'ilotes et de métèques...

Écrit par : l'hérétique | dimanche, 24 février 2013

"Je ne me reconnais pas dans la diabolisation infiniment maladroite à laquelle se livre la sphère médiatique à son encontre."

Je veux bien un exemple concret de cette "diabolisation" si vous en avez un sous le coude.

Écrit par : Pierre | dimanche, 24 février 2013

@ Pierre :

Suffit de voir comment les journalistes essaient systématiquement de les rattacher aux conneries qu'à pu dire ou faire JMLP.
Je ne les porte pas dans mon coeur, mais ils représentent 20% des français, 1/5 de la population, ça me parait déplacer de voir qu'ils doivent se justifier encore et encore avant même de pouvoir exprimer le moindre commencement d'idée. Que je sache on ne rappel pas en permanence aux socialistes qu'ils nous ont déjà valu plusieurs dévaluations ...

Écrit par : skunker | lundi, 25 février 2013

@ L'Héré

Il me semble que votre description des troupes qui ont pu fonder le FN est partiellement inexacte.

Vous écrivez : "Jean-Marie Le Pen, de mon point de vue, est profondément rattaché à l'extrême-droite de l'après-guerre ; celle-là même qui avait collaboré, soutenu le vichysme et dont une partie ne s'était ralliée au Général de Gaulle qu'en 1943 et 1944 voire après-guerre."

De fait, au moment de ses débuts politiques, Le Pen s'est agrégé très rapidement à la droite poujadiste (il fut élu à l'Assemblée sur une liste poujadiste) et à la mouvance de Tixier-Vignancour. Poujade, dont le parti fut davantage populiste que franchement fasciste, avait flirté avec Vichy et surtout avec le PPF de Doriot jusqu'en 1942 (ce qui rejoint votre propos sur les résistants de la onzième heure). Quant à Tixier-Vignancour, il participa carrément au gouvernement de Vichy. Donc, rien à dire là encore. Dans cette mouvance, on pourrait encore citer les noms de Pierre Bousquet ou de François Brigneau, collabos notoires et assumés...

Par contre, il ne faut pas oublier qu'une partie non-négligeable de l'extrême-droite française fit d'emblée le choix de la Résistance - y compris lorsque les dirigeants du PCF, suivant les instructions de Moscou et du fait du pacte germano-soviétique, pratiquaient plutôt une sorte de politique d'accommodement. C'est ainsi que, dès juin 40, le colonel La Rocque (celui des Croix de Feu) appelle à la résistance, ou que Honoré d'Estienne d'Orves, résistant fusillé en 1941, était un ancien de l'Action française. On pouvait être d'extrême-droite et résistant. C'est pourquoi on a pu trouver dans les rangs du FN "première mouture" des anciens résistants dignes de ce nom et peu suspects de sympathies vichystes : Rolande Birgy (résistante et "Juste" au sens qu'Israël accorde à ce titre), Jean-Maurice Demarquet, Pierre Sergent...

Par contre, il est effectif que le FN de M. Le Pen a aggloméré des gens unis par une haine profonde du gaullisme, du fait de l'affaire d'Algérie. Le dénominateur commun n'était pas tant, à mon avis, la collaboration que le refus de l'indépendance algérienne et, parfois, la participation à l'OAS. On peut citer par exemple, dans la mouvance Algérie Française, les noms de Bernard Antony, Roger Holeindre, Jean-Maurice Demarquet (encore lui), François Duprat, Victor Barthélémy ou (encore lui) Pierre Sergent.

Tout ça pour dire qu'on fait à mon avis une erreur en voulant faire du FN (fondé en 1972) une résurgence de la France collaborationniste. La vraie source est plutôt, me semble-t-il, un nationalisme anti-gaulliste et populiste parfois mâtinée de traditionalisme catho. Et ce n'est pas non plus,originellement, un parti raciste... La thématique de l'immigration est venue relativement tardivement, vers 1978. Entre 72 et 78, le fond de commerce du FN, c'est plutôt l'anticommunisme et le populisme fiscal à base de "Tous pourris". Il faut se souvenir qu'à la fin des années 70, ce n'est pas tant le FN qui réclamait l'arrêt de l'immigration pour protéger les travailleurs de France contre le chômage, que M. Marchais, premier secrétaire du PCF.

http://www.youtube.com/watch?v=nsCaoc-FuiA

L'affiche du FN "Un million de chômeur, c'est un million d'immigrés en trop" date de 1978, mais la destruction au bulldozer d'un foyer Sonacotra de travailleurs immigrés par le maire PCF de Vitry date de décembre 1980. Et le thème de la "préférence nationale" n'apparaît dans le programme du FN que vers 1985.

Pour plus ample réflexion, voilà un lien vers un article du Monde assez bien fichu sur l'évolution du discours FN des origines à nos jours :

http://www.lemonde.fr/culture/article/2012/09/20/le-front-national-n-est-plus-le-meme-mais-a-t-il-vraiment-change_1763234_3246.html

Écrit par : Ch. Romain | lundi, 25 février 2013

lire le programme de MLP sur le handicap m'a convaincue quant à la réalité de la devise : "le renard perd le poil,mais pas le vice"

Programme qu'elle a fait modifier par 3 fois par la suite au fur et à mesure que devenait plus flagrante la connerie des politiques traditionnels qui sont totalement dans le faux à propos ou se fichent de cette problématique.

Maligne, elle s'est servie du désespoir et des aspirations légitime de la population concernée pour combler par des promesses la bêtise crasse des autres politiques en la matière.

Malheureusement pour elle, la plupart ne sont pas dupes, par ex. j'avais gardé la 1ère version de son programme, d'un rejet et d'une exclusion confondantes. Oh, on s'en occupe, mais bien à part (ça ne vous rappelle rien ?)

alors vraiment pour se faire avoir par ce genre de sirène il faut vraiment être très naïf.

Il faut aussi bien remercier le MoDem qui aura bien oeuvré pour que ce parti, le FN, représente aujourd'hui la 3e voie. Finalement, tout est logique.

Écrit par : luciolebrune | mardi, 26 février 2013

@Christian
Vous avez raison de dire que ce n'est pas qu'une résurgence de la collaboration mais on voit tout de même bien que sur les stands et les étals lors des meetings du FN il traîne des ouvrages négationnistes et révisionnistes...
@luciole
J'ai fait un article là-dessus il y a deux ans, je crois, ça m'avait frappé aussi.
Pour le MoDem, hélas et mille fois hélas...
Je ne comprends pas que Bayrou n'ait pas saisi ton projet qui était complet, financé et calculé. Nous aurions pu le porter.
Personne n'est parfait, et, là-dessus, il y a des efforts à faire.
Toutefois, je travaille activement sur le projet européen du MoDem, et, ce qui n'a pu rentrer par la grande porte peut revenir par la petite :-)
Si tu es d'accord, j'aimerais qu'on travaille sur une déclinaison non plus nationale mais européenne de ton projet que je pourrais alors inclure dans le document de référence du groupe que j'anime.
Il ferait même l'objet d'une entrée thématique spécifique.
Est-ce que cela t'intéresse ?

Écrit par : l'hérétique | mardi, 26 février 2013

Eh bien César, en théorie l'éducation est un sujet qui concerne plus le pays, mais évidemment il y a d'autres canaux, notamment européens.

L'APF et le CFHE notamment sont assez fortement impliqués dans l'axe européen en ce qui concerne l'inclusion des enfants à besoins éducatifs particuliers, et mon projet est tout à fait dans les valeurs communes.

Les classes réellement inclusives (et non pas d'enseignement ségrégué comme en France) sont un modèle pratiqué dans plusieurs pays de par le monde. C'est d'ailleurs le concept d'un Québécois qui a commencé sa carrière en Belgique !

Je suis bien partante, mais il me semble me souvenir que tu avais déjà sans succès essayé de faire la même chose pour le projet du MoDem.

Le problème étant que, dans les partis politiques, ce genre de "commissions thématiques" et autre est plutôt conçu pour attirer le chaland militant que pour nourrir un véritable projet.

Mais évidemment cela ne me coûte guère, à part de mon temps (et j'arriverai sans doute à trouver des périodes pour le faire) mais j'avoue que je n'y crois pas... Et pour tout dire, vu les scores du MoDem aux dernières législatives, je doute fort de l'utilité de contribuer à un programme pour ce parti.

Mais pourquoi pas ? On ne saura jamais si on ne tente pas... c'est une bonne idée.

Écrit par : luciolebrune | mardi, 26 février 2013

Salut luciole
Alors j'écrirai quelque chose et je te demanderai ton avis.

Écrit par : l'hérétique | mardi, 26 février 2013

@ L'Héré

Là encore, même si ça peut paraître étrange, révisionnisme et négationnisme ne riment pas forcément avec collaboration. Ainsi, le premier Français à avoir évoqué les chambres à gaz comme une "exagération" est un déporté pour faits de résistance, Paul Rassinier, avec "Le Mensonge d'Ulysse" (1950). Par la suite, le négationnisme est plutôt passé du côté des gauchistes pro-palestiniens comme un moyen d'attaquer Israël, supposé bénéficier de financement grâce aux remboursements du préjudice physique et moral de la Shoah : Pierre Guillaume et la maison d'édition "La Vieille taupe" d'abord en 1972 puis en 1979, ou plus récemment l'accueil sympathique réservé à Faurisson par Dieudonné et ses copains de la "liste antisioniste". D'où d'ailleurs la dénonciation par certains de cette collusion "rouges-bruns" vers le milieu des années 90, extrême-droite et extrême-gauche fraternisant dans le négationnisme...

Écrit par : Ch. Romain | mercredi, 27 février 2013

Les commentaires sont fermés.