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dimanche, 18 décembre 2011

La guerre des drones a-t-elle commencé ?

Je viens de finir la très bonne chronique de décembre d'EGEA. Il me semble qu'il pose également  avec pertinence la question du devenir des avions et de leur remplacement progressif par des drones.

En somme, en dehors du bombardement, l'avion ne semble plus avoir d'utilité comme unité de "corps à corps". Les duels aériens appartiennent pour l'instant à un passé révolu. La question que je me pose, à considérer l'évolution des drones, pour lesquels, d'après EGEA, on forme désormais plus d'opérateurs que de pilotes d'avions de chasse, c'est ce qu'il va advenir de la guerre aérienne. Fini les avions U2 du temps de la guerre froide. En Iran, c'est un drone qui s'est crashé.

Seules deux armées semblent avoir véritablement opéré le tournant stratégique des guerres futures : bombes à guidage laser, missiles "intelligents", "drones", sur toutes ces nouvelles armes, Israël et les USA sont en avance. 

Bien sûr, Dassault tente bien de produire des drones à son tour, mais on comprend que cette société est clairement aidée industriellement par des entreprises israéliennes, bien plus avancées, et de plus, le dernier vote du Sénat laisse apparaître clairement une distorsion importante entre le coût et de la qualité de la chose.

Nous sommes pourtant face à des choix difficiles : se doter du Reaper, le drone américain, c'est donner à nos forces armées du matériel d'une qualité supérieure, mais c'est de l'autre côté renoncer progressivement à continuer à entretenir une industrie militaire indépendante. N'est-ce pas d'ailleurs inéluctable, à terme ? Je me pose parfois la question.

Et puis il y a la question budgétaire : chaque modèle français coûte de 50 à 75% de plus que chaque modèle américain, et on parle là d'appareils dont le coût se chiffre en centaines de millions d'euros.

L'inconvénient, c'est qu'il n'y a pas de mises en concurrence entre industriels français, et qu'au final, on est dans la configuration la pire : un monopole privé sur un marché d'État. Dassault comptant sur ses relais dans les gouvernements et à l'Assemblée Nationale n'éprouve nullement le besoin d'être compétitif. C'est ainsi que l'on arrive à ne vendre aucun rafale, en dépit des qualités intrinsèques de l'appareil, et à produire des drones dépassés, onéreux et peu efficaces, du moins pour nos besoins (de conception israélienne, ils sont prévus pour des observations sur petite distance).

A l'heure actuelle, l'Europe ne dispose d'aucun drone en propre. Il existe en revanche deux projets concurrents : celui de Dassault et celui d'EADS. Mais voilà, EADS a opéré un rapprochement avec des industriels turcs. Je n'ai pour ma part aucune confiance en la Turquie d'Erdogan. Ce pays ne fait pas partie de l'Union européenne, et, compte tenu de l'irresponsabilité de son dirigeant, je n'imagine pas qu'un tel pays puisse disposer d'un matériel aussi sensible.

Le chemin vers l'autonomie est donc fort long : chaque marché national est trop petit pour développer une filière. Sans une Europe de la Défense avec des armes communes, il semble bien que nous soyons condamnés à dépendre du savoir-faire américain, d'autant que nous ne pouvons envisager de jouer avec la vie de nos soldats.

Voilà des questions qui mériteraient d'inspirer nos candidats à l'élection présidentielle. Je sais que le MoDem et François Bayrou sont favorables à une Défense européenne, au contraire d'un parti comme le FN qui prône une défense purement nationale. Côté UMP, on chante l'Europe tout en accordant généreusement contrat sur contrat à Dassault. Il n'y a donc pas de stratégie clairement définie à l'heure actuelle, au sein des partis politiques, sur la défense que nous voulons. Avant d'élire un nouveau président, la question mériterait pourtant de s'inviter dans la campagne. La doctrine de chaque parti est d'autant plus indigente qu'elle se limite aux déclarations d'intention : réintégrer ou non l'OTAN, construire ou non une défense européenne, et cetera...Quid des moyens d'y parvenir ? Voilà qui mériterait un exposé et des pistes exhaustives, pourtant !...

Commentaires

Oh là! Il y a ma semble t-il beaucoup de "coquilles" techniques dans ton billet. Alors, remettons les choses à leurs places.

Les bombes guidées laser ainsi que les missiles "intelligents" (c'est à dire ceux à "tête chercheuse", pour parler dans le langage enfantin de certains dessins animés), c'est maîtrisé depuis très longtemps par la France. Depuis environ 30 ans, voire bien plus (je ne tiens pas les archives des armements français) pour les bombes guidées laser, depuis plus de 15 ans pour ce qui concerne les missiles air-air à guidage dit "auto-actif", depuis 2002 ou 2003 pour les missiles de croisière Scalp EG, à guidage terminal autonome. Et les dates dont je parle (en me trompant probablement d'ailleurs, mais comme j'ai pris une fourchette large, j'ai fait traîner les dates...), sont celles de mise en service opérationnel dans notre propre armée de l'air.

Au delà, il y a le problème des drones. Il existe deux types de drones: les drones de renseignement et les drones d'attaque.

Au niveau renseignement, les Européens sont à la pointe, via EADS qui possède une filiale spécialisée dans les drones.

Les drones d'attaque (qui ressemblent à des avions de combat mais sans pilote) ont toujours été un fleuron américain. Peut-être qu'Israël, via la société IAI, a fait des progrès en ce domaine. Personnellement, je n'en sais trop rien.

C'est d'ailleurs avec IAI que Dassault a conclu un partenariat dans le domaine des drones. Des drones qui ressemblent effectivement de plus en plus à des avions de combat...

Mais la comparaison s'arrête là. Tout comme pardonne-moi de te le dire, la crédibilité de ton billet s'arrête là. Un drone d'attaque, c'est aujourd'hui un missile de croisière évolué, qui peut rester en stationnaire, en attendant de fondre sur sa cible. Un avion de combat, c'est quand même toute autre chose...

Pour le moment du moins, après on verra.

Écrit par : JF le démocrate | dimanche, 18 décembre 2011

Pour autant, après avoir travaillé personnellement - et de très près - sur un projet de drone franco-allemand, le BREVEL, et après avoir vu son échec du fait de dissensions franco-allemandes, je dois bien admettre que l'Europe est nulle! Car incapable de se mettre d'accord sur quoi que ce soit.

C'est bien le problème des coopérations franco- je ne sais pas quoi.

Au niveau de la défense, quand c'est franco-allemand, ça merde systématiquement, et soyons clairs, ça merde du fait de l'Allemagne (Apache MAW, Brevel, Crismas, etc, autant d'échecs que j'ai vécus).

Quand c'est franco-britannique, ça marche, mais dans la douleur, parfois même dans la douleur extrême. Mais ça marche!

Querelles d'egos, querelles de priorités... Sur au moins le premier point (celui des egos), je suis prêt à parier que les ingénieurs de chez Dassault (qui se croient les maitres du monde) vont beaucoup "s'amuser" avec ceux d'IAI. Pourtant, objectivement, toutes les compétences sont là pour réussir.

Écrit par : JF le démocrate | dimanche, 18 décembre 2011

Les exemples les plus récents (F35, EF) semblent indiquer que la coopération n'est pas la panacée: complexité ingérable pour satisfaire les besoins des bénéficiaires, volonté de retour industriel qui ajoutent à la complexité industrielle du projet, moindre réactivité et capacité d'adaptation pour répondre aux modifications des besoins, perte de contrôle de la part des nations minoritaires dans le programme (le cas échéant).
Une nation capable (une volonté politique déterminée et constante, des compétences scientifiques et industrielles au niveau) a sans doute plus de chance pour aboutir à un produit satisfaisant à un prix acceptable.
Dans le projet nEUROn (à ma connaissance, premier drône de combat européen), la France essaye de prendre le rôle dominant, mais il s'agit seulement d'un démonstrateur, pas d'un programme complet.

Écrit par : I4U | dimanche, 18 décembre 2011

Salut JF
En tout cas, sur les théâtres militaires, c'est du matériel américain que l'on voit pour tout ce qui concerne les drones (attaque et reconnaissance).

Écrit par : l'hérétique | lundi, 19 décembre 2011

Encore un qui veut aller plus vite que la musique... les drônes servent à remplir un certains type de missions... et non à remplacer les avions de combats.

Un avion de combat ne sert jamais à rien en temps de paix... c'est pas une raison pour en conclure que les avions de combats sont dépassés et appartiennent à une époque révolue !

La blague ^^

A une époque, dans les années 70, il a fallut ré-apprendre aux pilotes US à faire du pilotage de combat et en urgence !... car il y a eu des rigolos dans les années 50-60 qui ont pensé que le "missile" rendait le combat aérien révolu...

Ce billet est truffé d'erreurs d'analyse...

Écrit par : Abd Salam | mercredi, 21 décembre 2011

@ L'hérétique,

Vous posez la problématique du drone par rapport à celle de l'avion, comme si c'était naturel et que c'était la seule façon de penser la chose.

Or, il faut comprendre que c'est déjà un choix doctrinal, voire dogmatique, de poser le problème ainsi car en pratique, le drone n'a pas fait son apparition sur le champ de bataille en concurrence avec l'avion, mais en complémentarité de l'avion.

En clair, le drone peut aussi être pensé comme un concept autonome, différent de l'avion piloté, même s'il est possible qu'à l'avenir les deux concepts se rejoignent: un jour viendra peut être où on mettra un homme dans un drone, un jour viendra peut être où on ne mettra plus d'homme dans un avion.

Le drone, c'est déjà une vieille histoire. Les premières pages de son emploi opérationnel intensif ont été écrites au Vietnam.

http://www.cieldegloire.com/batailles_vietnam_drones.php

En gros on a droné deux fonctionnalités propres de l'avion piloté: l'attaque et la reconnaissance.

Mais on a également droné deux autres fonctionnalités qui ne sont pas propres à l'avion: le leurrage et la guerre électronique.

Une troisième fonctionnalité a également été dronée: l'entrainement au tir (drone cible, drone tracteur de cible, drone vecteur de cible).

Même si le dronage se concentre actuellement sur les deux fonctionnalités de reconnaissance et d'attaque, cela ne signifie pas pour autant que le potentiel des fonctionnalités qui peuvent être dronées est pour autant épuisé.

La surveillance maritime (police des mer), le soutien logistique, le secours en mer ou sur terre, l'alerte avancée (imaginez un AWACS qui serait en fait un drone) sont des fonctionnalités qui sont potentiellement dronables.

On réfléchit aussi à des drones vecteurs de moyens qui agiraient en meute et accompagneraient l'avion piloté pour lui fournir du carburant, porter les missiles à sa place, leurrer l'adversaire aller renifler ses radars, etc (un Rafale, par exemple, agirait au sein d'une meute de Neuron, organisée comme le sont les poissons pilotes autour du requin, ce qui élargirait la panoplie des moyens dont il peut disposer).

Vous voyez donc bien que loin d'opposer les deux concepts, on peut les combiner.

Quel est l'enjeu?

Il y a en au moins un qui est facilement identifiable: pour un pays comme la France, actuellement, le drone est un produit de haute technologie mais de petite série, d'où prix prohibitif et en conséquence nécessité d'alliance avec des partenaires étrangers pour mutualiser les coûts.

C'est la pire des configurations industrielles possibles.

L'idée est donc de droner le maximum de fonctionnalités pour allonger les séries à partir d'une cellule de drone suffisamment polyvalente pour assumer des missions variées.

En somme, appliquer le concept du Rafale au drone.

Cette stratégie est-elle engagée en France?

Clairement, non.

Y-a-t-il le potentiel pour cela? Clairement, oui.

Pourquoi on ne le fait pas? Parce que les technologies ne sont pas matures et qu'on ne sait pas quel genre de drones concevoir pour quel genre de guerre future.

La guerre du passé on sait la gagner, donc on fait les drones qui correspondent à ces guerres là, par reproduction des comportements. Mais la guerre du futur, on ne sait pas ce que c'est.

Moralité de l'histoire, l'avenir du drone est suspendu à une réflexion doctrinale sur la guerre. En France, cette réflexion s'est amorcée.

Il ne reste plus qu'à attendre qu'elle porte ses fruits.

Écrit par : tschok | mercredi, 21 décembre 2011

@tschok
Merci pour ce très précieux éclairage. Je vais le publier demain sur mon blogue.

Écrit par : l'hérétique | mercredi, 21 décembre 2011

@ Monsieur l'Hérétique,

Saviez-vous qu'il existe des drones à roues ?... et même des drôles "à main" ?
Cela se présente sous la forme d'une boule rempli de différents capteurs (notamment micro et caméra), que l'on balance "un peu comme une grenade"...

Ce type de matériel sert à faire des reconnaissance de bâtiment, en particulier en exposant moins les combattants, et autant que possible avec un maximum de discrétion.

Tout ça pour dire que les "drones", pour parler de ce que les connaissances technologiques permette aujourd'hui, sont des outils... qui viennent en complément d'une panoplie d'autres outils. On ne sait pas encore trop bien faire des "drones" plus ou moins vraiment indépendant.

Si la France est en retard, question "drones", c'est strictement et purement la faute du politique... et de cette maladie qu'est l'ultra-libéralisme.
Si on prone de réduire les dépenses, ça implique plein de programmes militaires jamais démarrés, ou jamais finis ! malgré l'avis des militaires qui réclament des drones (pour rester dans l'exemple qui nous intéresse).

Inutile d'y voir du "lobbying" ou quelque chose dans le genre de la part de Dassault. Cela dit, quand vous pensez ça, c'est juste la conséquence de votre biais de raisonnement où vous opposez "avions" et "drones"... pour le moment, et pour longtemps encore, les "avions" et les "drones" existeront en parallèle.

Concevoir et construire un "drône" et surtout un modèle le plus "autonome" possible requiert les savoir-faires des avionneurs... et coûte aussi cher qu'un avion (du moins, dans le cas du modèle US tombé entre les mains des Iraniens).

Écrit par : Abd Salam | jeudi, 22 décembre 2011

@Abd Salam
Pour entretenir une armée puissante, il faut disposer de ressources très importantes. C'est le cas des USA, pas celui de la France.
C'est aussi un choix : les USA, c'est l'armée, l'Europe, c'est la protection sociale.
Une industrie d'armement qui n'exporte pas est condamné à terme car la France représente un marché trop petit en termes de débouché.
Je ne connaissais pas le dernier type de drone que vous citez : toutefois, s'il reste statique,il est assez peu utile.

Écrit par : l'hérétique | jeudi, 22 décembre 2011

@ L'Hérétique,
J'aime bien comment vous ne jugez pas trop rapidement... de l'utilité ou de l'inutilité de quelque chose.

J'aime bien aussi votre vision étriqué de la France... les fabricants français de systèmes d'armes font partis des meilleurs concepteurs et des premiers exportateurs ^^
Pourquoi préjugés qu'un fabricant français ne vendrait qu'en France (le blabla auto-dénigrateur sur la France, si petit marché) ? marrant.

Pour entretenir une armée puissante, il faut le vouloir. Déjà.
Certes de manière, normalement, en rapport avec ses moyens financiers. En l'occurrence, il y'a clairement une volonté de NE PAS faire, peu importe les moyens.
ET ça n'a rien à voir avec l'opposition entre "protection sociale" et "défense"... l'Europe actuelle ne veut ni l'un ni l'autre.

Pour finir, au sujet de l'utilité, chaque type de drones a son utilité et ils sont généralement complémentaires (et leur prix entre également en compte pour leur emploi)... les drones à roue sont certes plus autonomes et vont plus loin tout seuls que les autres types de capteurs "déportés"...
Les capteurs "en boule" sont notamment employés par le GIGN, par ex. Et des sections d'infanterie lors d'assaut de bâtiment.

Écrit par : Abd Salam | jeudi, 22 décembre 2011

@Abd Salam
Je crois que vous ne m'avez pas compris : c'est bien ce que je dis. Pour survivre un fabricant français doit vendre à l'étranger en plus du marché national. Le marché national n'est pas suffisant pour rentabiliser les investissements nécessaires en RD sur ce type de production.
Il faut surtout entretenir une armée efficace. Qu'appelez-vous une armée puissante ?
Enfin, en parlant de préjugés, c'est plutôt vous qui en avez à mon encontre : figurez-vous que je fais partie de ceux qui sont convaincus de l'impérieuse nécessité de conserver une production industrielle militaire nationale.

Écrit par : l'hérétique | jeudi, 22 décembre 2011

Tout d'abord, merci à l'hérétique de poursuivre le débat. Je suis comme lui, circonspect et sans opinion formée. Mais je trouve intéressant qu'on s'intéresse à ce qui se passe : il y a en effet des questions stratégiques (quel choix aujourd'hui, mais aussi pour demain : prendre les exemples d'aujourd'hui ne suffisent pas à répondre aux besoins de demain, et il est bon de réfléchir, et de ne pas avoir trop de certitudes). IL y a également des questions industrielles et économiques. Il y a enfin des questions éthiques que peu de commentateurs ont soulevées.
Je n'ai pas de réponses, mais poser des questions, même saugrenues, est utile. Et vos réponses et commentaires (même les plus assurés !!!!!) le sont également.
Bien cordialement, et Joyeux Noël. égéa

Écrit par : égéa | vendredi, 23 décembre 2011

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