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samedi, 16 octobre 2010

Vous avez vu des grévistes, vous ? Moi, pas...

Instructif le petit journal de Canal +. Les syndicats affirment que la grève actuelle est plus suivie que ne le fut celle de 1995, et, les radios et plusieurs chaînes d'information reprennent sans sourciller les chiffres qu'ils donnent. Le hic, et je m'étonne tout comme Expression Libre , c'est que cela ne correspond pas exactement au décompte réalisé par des sociétés spécialisées dans le décompte des foules. Et puis surtout, le reportage du petit journal nous montre des syndicalistes doublant allègrement et sans état d'âme le nombre de passants. Parmi les dix bonnes raisons de se moquer des grévistes, il y a au moins celle-là.

Sérieusement, je pense que ces grèves sont un échec patent. Pourquoi ? Parce que ni les syndicats ni l'opposition (de gauche, du moins) n'a quelque chose de sérieux à proposer, et c'est bien là où le bât blesse. Cette réforme n'est pas bonne, mais il n'y a à l'heure actuelle pas d'alternative parce que les forces politiques adverses n'ont pas de plan B (et pour cause : il n'y en a pas !), du moins, pas qui permettrait de conserver la retraite à 60 ans avec une rémunération égale.

C'est sur le travail et les conditions de travail que devraient se battre les syndicats, la gauche, et même le centre, car aujourd'hui, c'est l'enjeu prioritaire. Mais dans ce domaine, un grand silence plane.

Si côté gauchiste, on continue à rêver du grand soir (ou tout du moins, à faire tout comme), côté libéraux, on a mal, voire très mal, compris la réalité du travail dans plusieurs grandes entreprises semi-publiques.

Pour ma part, je trouve que la privatisation des grandes entreprises publiques françaises depuis 15 ans est une véritable catastrophe. Dans ma jeunesse, quand un train SNCF annonçait une arrivée à 15h41, il arrivait à 15h41, pas à 15h42. Quand le guichetier vous annonçait un tarif, il n'y avait pas de surcoût inattendu au dernier moment, et les grilles tarifaires étaient disponibles dans les gares.

Côté EDF, quand on voulait appliquer le tarif de nuit à son électro-ménager, on ne devait pas accomplir 36 démarches administratives.

Un coup de téléphone unique à France Telecom réglait tous les problèmes d'un coup.

Le problème des libéraux, c'est qu'il suffit de prononcer les mots état et entreprise publique pour qu'ils chargent tête baissée. Ils n'ont pas compris que l'ennemi n'est pas forcément l'État, mais la bureaucratie, l'administration tatillonne de l'entreprise, chose, en revanche, qu'avait très bien enregistré Schumpeter, qui y voyait la cause de la fin du capitalisme.

Il suffit de considérer les récents scandales à France Telecom avec ses suicides pour en prendre conscience : on a là-bas des imbéciles, en nombre de surcroît, qui se prennent pour des managers. Mais il n'y a pas plus opposés que l'imitation servile et imbécile des méthodes manageriales anglo-saxonnes (au demeurant bien plus humaines) d'un côté et l'esprit entrepreneurial public français de l'autre. 

En tentant de marier les deux, on aboutit à des monstres hybrides qui ne gardent que le pire de l'un et l'autre de ces deux modèles.

C'est contre l'organisation du travail qui se met en place progressivement dans ces entreprises semi-publiques que devraient se battre les syndicats, parce qu'elle aliène davantage, et dans les proportions inquiétantes le travail de l'être humain. On ne devrait pas pouvoir, par esprit de bougeotte, muter à vue un cadre simplement parce que nos managers en herbe ont décidé que le mouvement était bon et la routine mauvaise car freinant l'innovation et l'esprit d'initiative.

Un navire a besoin de conserver un cap pour arriver à bon port : ce n'est pas par des mouvements erratiques et d'incessants changements de direction qu'il s'assure le chemin le plus sûr et le plus rapide, bien au contraire.

L'inquiétant, c'est que ces idées imbéciles font leur chemin dans les principales administrations françaises, peu à peu, et que tout ce que compte de cadres dirigeants la fonction publique pourrait bien se voir géré selon ces principes ineptes et inefficients. 

07:16 Publié dans Economie, Société | Lien permanent | Commentaires (13) | Tags : grève, travail |  Facebook | | |

Commentaires

Ho !
Pour une fois un billet que j'aime assez :)
Sauf que "l'imitation" en question n'est pas propre aux entreprises semi-publiques que tu cites, c'est aussi vrai dans des grandes entreprises privées. Pas toutes bien sur, mais certaines et à différents échelons.
Autre secteur touché dont on parle peu : la banque. Si les BNP ou Société Générale ont entamé leur mutation un peu plus tôt, les structures régionales comme Crédit Agricole, Caisse d'Ep', Banque Pop', etc comptent de nombreux arrêts pour dépression et, régulièrement, des suicides pour des raisons assez similaires.
Ceci étant dit, pour en revenir aux manifestations, elles sont aussi un moyen de montrer un certain ras le bol général, succès ou pas.

Écrit par : KaG | samedi, 16 octobre 2010

Ne trouves-tu pas que tu tombes dans l'excès inverse là ? Cette crise est surtout symptomatique du non-dialogue social qu'il y a en France.

A la différence du CPE, le projet gouvernemental n'est pas rejeté sociétalement, car il y a conscience du besoin de réforme. Cependant, là encore, on a une indifférence totale de ceux qui nous gouvernent dans la préparation et le vote de la réforme proposée.

La CFDT a des propositions qui ne sont pas seulement le maintient à tout prix de la retraite à 60ans. Cette date symbolique est le pire adversaire de la mobilisation contre ce projet de réforme. La question est de savoir comment on va payer nos futures retraites. Cette réforme n'apporte aucune solution réelle et donne l'impression de se faire idéologiquement.

Au fait, il y a 15 ans, j'entendais ma famille gueuler contre les "j'en-foutre du public qui ne proposaient jamais des trains pratiques en lien avec la réalité économique du pays"... Et puis, le coup des trains qui arrivaient tous à l'heure, c'est un peu gros comme argument. Ce n'est pas parce qu'aujourd'hui l'enfumage des prix à la SNCF est clairement affiché que les prix n'augmentaient pas régulièrement sans aucune justification avant... et sans explication. ;-)

Écrit par : Fabien | samedi, 16 octobre 2010

Pas trop en ligne avec le début du billet (les grèves ni les manifs ne sont un échec ; c'est l'après-grèves ou l'après-manifs qui risque d'en être un) ; mais d'accord en revanche sur la seconde partie. La privatisation d'un certain nombre de services publics est une connerie à la fois économique et sociétale. Je suis personnellement favorable au rétablissement de certains monopoles d'Etat et à la nationalisation de certaines banques afin de recréer un véritable service public du crédit, particulièrement pour les PME. Avec un bémol toutefois : qui dit monopole d'Etat dit pouvoir exorbitant attribué aux agents d'exécution de ces services. Le cas de la SNCM en est un exemple éclairant. Il faut donc assortir ce monopole d'obligations claires de service public et d'un encadrement sourcilleux du droit de grève.

Écrit par : Ch. Romain | samedi, 16 octobre 2010

Les trains qui arrivaient tous à l'heure, ça devait être vraiment il y très très longtemps... Par contre, pour les tarifs fluctuants, je trouve que la SNCF aurait bien tord de se priver de faire du yield management vu les coûts énormes que cette entreprise supporte. Elle n'a pas vocation à être un gouffre financier.

Personnellement, je ne suis pas fondamentalement contre des entreprises publiques pour certains secteurs sensibles, mais comme le commentateur précédent, j'aimerais que le droit de grève y soit extrêmement contrôlé. Après tout, si c'est public, c'est qu'on estime qu'on ne peut pas s'en passer.

Écrit par : xerbias | samedi, 16 octobre 2010

Je partage ton avis César, je vais publier en précisant bien de ne pas s'arrêter au titre mais de lire l'article.

Écrit par : luciolebrune | samedi, 16 octobre 2010

J'ajouterai aussi qu'il serait bienvenu que les Français pensent à négocier en amont, à l'instar d'autres pays européens.
En Belgique, ce sont les syndicats qui paient aux employés et aux ouvriers leurs journées de grève, autant dire qu'ils sont bien moins nombreux qu'en France...

Écrit par : luciolebrune | samedi, 16 octobre 2010

Quand l'on connait le lien entre ces entreprises "privatisées" ou soit disant privés et l'état, du fait de la part d'actionnariat de l'état, le pantouflage ou encore l'énarchie française peut on vraiment parler d'entreprise privée ? Je penses à Bouygues, total, veolia, ... ou encore via les affaires Albanel, proglio, et les dizaines issues des gens de l'inspection des finances. On est quand même loin des Google ou autres par exemples, qui sont des boites batis à la force du poignet et n'ont pas de liens particulier avec l'état.

Non ?

Écrit par : Bellegarrigue | samedi, 16 octobre 2010

@Bellegarrigue
tout à fait : et c'est bien ce qui énerve, en France. Les très grosses entreprises doivent avant tout leurs avantages à la relation étroite qu'elles entretiennent avec l'État services de part et d'autre bien compris...

Écrit par : l'hérétique | samedi, 16 octobre 2010

Bah...Mon fils ainé les a vu lui, son établissement scolaire évacué et protégé par des cordons de CRS, après avoir aidé les profs et directeur à protéger les lieux.
Pfiou, tout ca dès le retour d'obsèques pour son papy qui repose auprès de son fils ( le père de mon fiston).

Écrit par : Martine | samedi, 16 octobre 2010

"En France, les très grosses entreprises doivent avant tout leurs avantages à la relation étroite qu'elles entretiennent avec l'État, services de part et d'autre bien compris..."

C'est également le cas dans cette patrie du libéralisme que sont les USA. Les commandes militaires de l'Etat, la course à la Lune, les liens entre compagnies pétrolières et gouvernants... en sont quelques exemples. Le "spoil-system" permet aux entreprises qui ont sponsorisé le président élu de placer leurs cadres ou leurs sympathisants dans les cabinets gouvernementaux. MacNamara avait dirigé Ford ; Reagan avait truffé son cabinet d'ex-cadres de Bechtel et quant aux Bush, on sait à quoi s'en tenir. En fait, une très grande partie de l'économie américaine vit et se développe grâce aux commandes de l'Etat... et à la mutualisation des coûts induits par leurs erreurs de gestion. Lire là-dessus, entre autres, les analyses de Noam Chomsky.

Écrit par : Ch. Romain | dimanche, 17 octobre 2010

@Ch.Romain
Oui, aux USA, c'est encore pire, dans pas mal de domaines.

Écrit par : l'hérétique | dimanche, 17 octobre 2010

Merci pour le lien. J'apprécie :)
Bisous.

Écrit par : h16 | dimanche, 17 octobre 2010

Bonjour, lecteur silencieux de ce blog, je me permets pour une fois un commentaire.

D'une part sur la SNCF, mis à part le fret, il n'y a AUCUNE privatisation en France de ce secteur.
Si les trains arrivent en retard, une quelconque privatisation ne peut ici être évoquée.

En revanche, un sous-investissement chronique en renouvellement, un manque de lisibilité sur les dessertes - non, toutes les lignes ne sont pas soutenables -, une absence complète de réorganisation industrielle, une vision très court termiste et a économique, etc.
Pour mémoire, je rappellerai que le système fonctionnait si bien qu'il était en faillite en 1997...

Pour France Telecom, il ne faut la aussi par chasser la proie pour l'ombre.
La fin du monopole - mal gérée à mon sens puisque FT conserve des prérogatives réseaux boucle locale qui ressortissent sans doute du domaine publique et mélange cela avec une action commerciale - s'est surtout doublée d'une révolution technologique qui a eu le bon goût de faire furieusement chuter les prix - qui se souvient du prix de la minute locale... je ne parle même pas du national ou de l'international - en même temps, comme toutes les révolutions techniques, qu'elle remettait en cause les positions de l'opérateur historique.
Pour la vague de suicide, il y a sans doute plus à chercher du côté du mode de gestion des personnels que de la seule privatisation.

Concernant la remarque sur les USA, il ne faut pas là aussi tomber dans la métonymie facile. Que certains groupes cherchent à tirer la couverture règlementaire à eux est hélas une réalité - en France aussi, voir le dossier HADOPI... - .
C'est d'ailleurs très bien documenté par Tullock et Buchanan,les pères du Public Choise.
De là à en faire une marque du libéralisme, c'est un peu fort...
C'est tout au plus une marque de ce qu'on appelle le "crony capitalism" ou capitalisme de connivence.

Sur la répartition des erreurs de gestion, il y aurait sans doute aussi beaucoup à dire sur les conséquences de l'United Automotive Workers, l'union syndicale des ouvriers de l'automobile US, dans la déconfiture des Big Three...

Cordialement

Écrit par : Tonton Jack | mardi, 19 octobre 2010

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