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mardi, 12 janvier 2010

L'excellence, des compagnons aux grandes écoles

Je suis vraiment de mauvaise humeur, ce matin : je ne puis m'empêcher de ruminer sur le sort que la totalité des partis politiques, désormais, réserve aux parcours d'excellence dans notre système scolaire. Tout le monde (sauf Bayrou) s'accorde pour tirer à vue sur nos meilleures formations, à commence par les grandes écoles françaises (spécialité des Descoings, Sarkozy, Châtel and co...).

Je trouve cela triste, parce que la tradition de l'excellence est forte, chez nous : plus forte que dans tous les autres pays. C'est une chose dont les classements PISA et ceux de l'Université de Shangaï ne rendent aucunement compte. Pour former des élites, nous sommes bons, voire très bons. Et pas seulement dans les études dites supérieures ; dans le domaine professionnel, nous avons les excellents Compagnons du Tour de France. Par intellectualisme imbécile et idéologie lénifiante, la classe politique et les enseignants (et cette fois, on peut les pointer du doigt) n'ont cessé de tirer à boulets rouges contre les professions manuelles. On voulait "éduquer" les ouvriers, et résultat, on est incapable de changer une ampoule chez soi aujourd'hui. D'ailleurs, au sein même des collèges, la "technologie" a remplacé l'utile éducation manuelle et technique. Une terminologie morale (seule concession que je ferai aux pédagogos) a, à vrai dire, fait des ravages conséquents : l'habitude idiote et humiliante de distinguer "bons" et "mauvais" élèves. Il y a des élèves qui sont en difficultés, d'autres noms. "bon", "mauvais", cela renvoie à un jugement moral qui me paraît insupportable. On a donc pris l'habitude d'orienter les "mauvais" élèves vers les voies professionnelles...

Et pourtant, elles existent ces formations professionnelles de grande qualité, d'une exigence bien supérieure à ce que l'on demande aux glandus qui passent le bac de nos jours. Les écoles Boule, Ferrandi, les Compagnons, voilà des références qui font le tour de la planète et attirent une élite venue des quatre coins du monde.

Prenons les Compagnons : en réalité, on pourrait envisager des conventions sérieuses entre l'Éducation Nationale et les Compagnons du Tour de France : seulement voilà, c'est une école exigeante s'accomodant très mal de l'égalitarisme forcené qui caractérise désormais les dernières réformes de notre système éducatif. Il ne s'agit plus de construire une école pour chacun, mais une école pour tous : le fameux "lycée pour tous" de Richard Descoings. D'ailleurs, "tous", à mes yeux, c'est nécessairement exclusif de "chacun".

J'apprécie la philosophie qui accompagne la formation que dispensent les Compagnons, l'idée qu'il n'y a pas un nombre d'années de formation standard, mais que vient un moment où, chaque individu, selon ses rythmes, sa motivation, son parcours est prêt, et ce moment n'est pas nécessairement le même que celui du voisin. L'idée du Chef d'Oeuvre s'opppose radicalement à notre sacro-sainte moyenne dont on fait, désormais, l'alpha et l'oméga de l'évaluation :

Mais il faut bien comprendre que chez les Compagnons, l'expérience est aussi importante que les diplômes. Les années de Compagnonnage permettent à chacun de progresser à son rythme. Un élève peut devenir Compagnon au bout de 2 ou de 5 ans. Il présente sa « Maquette » ou « Chef d'œuvre » lorsqu'il se sent prêt.

Petit à petit, ce sont  les derniers pans de ce qui a fait notre grandeur qui s'effondrent petit à petit, sous les coups de boutoir répétés des idiots utiles, arrivistes et réformistes forcenés des couloirs des ministères.

09:59 Publié dans Education | Lien permanent | Commentaires (10) | Tags : école, excellence |  Facebook | | |

Commentaires

Entièrement d'accord. J'ai une grande admiration pour la formation dispensée par les Compagnons. Je trouve incroyable que ces filières d'excellence soient occultées pendant la scolarité (du moins durant la mienne). D'ailleurs à 39 ans je regrette amèrement de n'avoir pas suivi une formation manuelle : j'adore le travail du bois et aurais aimé travailler la pierre, faire de la restauration etc. Mais hélas à l'époque, au lycée et au collège toutes ces professions étaient largement décriées et méprisées; c'était les "neuneus" qui faisaient ça. Il fallait faire du droit, médecine ou bien faire une école d'ingénieur. Résultat, j'ai passé un bac scientifique ne sachant vers quoi m'orienter et fait 2 premières années de Deug en fac qui ne m'ont servi à rien si ce n'est de me rendre compte que suivre une filière généraliste a été plus que préjudiciable dans mon cas.

Écrit par : Vlad | mardi, 12 janvier 2010

Et pourtant je lis sur Marianne.fr (http://www.marianne2.fr/Pour-Gaby-Cohn-Bendit,-l-ecole-c-est-de-la-merde!_a183415.html):
"Marielle de Sarnez ouvre le feu : « il faut faire la même chose que tout ce qui se fait en Europe. Des enfants moins stressés, le sport, les arts plastiques, la promotion des filières courtes, ça marche très bien »."

Écrit par : Moustachu | mardi, 12 janvier 2010

comme j'ai fait partie des commissions d'orientation au collège -lycée pour les classes de CAP et Bep, et classes techno, j'ai pu voir combien le système est biaisé..on avait des piles de candidats, d'abord on faisait un gros tas de ceux qui étaient trop nuls, ou trop indsiciplinés, puis un tas de moyen et enfin un petit tas de bons..les moyens étant pris d'office, ensuite venait le tas des bons.. alors là, il y avait des demandes d'élèves de bons niveaux mais très attirés par un métier dit manuel.; horreur et damnation! il était hors de question pour les profs qu'un bon élève aille se commettre dans une filière manuelle! donc refusé... donc on complétait la liste avec les moins pires de moins bons.;disons qu'on choisissait celui qui était nul en tout mais sage, bien que pas motivé du tout...voilà comment on détourne des élèves motivés de carrières motivantes, car rien n'est plus beau et plus satisfaisant que d'admirer ce qu'on a pu créé ou réparé de ses mains..( je parle en tant qu'artisane d'art)...mais les profs sont les premiers à dénigrer les professions manuelles..pour orienter les élèves vers le maelstrôm des études générales, qui brisent plus qu'elles ne révèlent...

Écrit par : juju41 | mardi, 12 janvier 2010

Tout à fait d'accord avec l'hérétique et juju41 sur les métiers manuels.

Et je dirais même plus que plutôt que d'essayer de rapprocher les écoles supérieures du modèle de l'université française, c'est le contraire qu'il faut faire (je parle du contenu pédagogique, pas de l'organisation)

Ce n'est pas parce que l'on passe des heures sur les bancs de l'université à se faire répéter les même choses encore et encore qu'on aura un bon niveau théorique...

Écrit par : vincent15 | mardi, 12 janvier 2010

Terrible, tu tournes en rond...

Le système est totalement biaisé.

Ce ne sont que les fils et filles de cadres supérieurs qui parviennent aux "grandes" écoles. Ceux qui filtrent ont fait les "filtres" et n'y laissent passer qu'une certaine catégorie sociale.

Tu veux des chiffres et des faits ?

http://www.mediapart.fr/club/blog/etoile66/090908/les-enfants-francais-n-aiment-pas-l-ecole-pourquoi
voir les commentaires...

http://www.mediapart.fr/club/blog/etoile66/301208/la-formation-de-la-pensee-francaise-et-ses-consequences
notamment une phrase fort juste dans un commentaire:
"Le peuple "s'autorégule" pour ne surtout pas arriver au niveau de "l'élite" qui est réservée juste à quelques-uns..."

et

La dépense publique annuelle par étudiant en 2006 était de 9 370 €, ce qui place la France en dessous de la moyenne des pays de l'OCDE et masque une grande diversité puisque les chiffres varient de

- 7 840 € pour les universités à près de
- 20 000 € pour les « grandes écoles »... presque trois fois plus.

Sans parler du mépris par le pays du "travail manuel" et des quelque 500.000 jeunes qui quittent le système scolaire sans AUCUNE formation. Un scandale...

67,1 % des chefs de famille d'élèves de grandes écoles sont cadres supérieurs, alors qu'ils ne sont que 15,7% dans la population totale,

Voir "Origine sociale des élèves : ce qu'il en est exactement - Conférence des Grandes Écoles, juin 2005", document à lire avec attention:

http://www.cge.asso.fr/SYNTHORIGINECSP2004B1406.pdf

Les choses n'ont guère changé...

Quant au travail manuel, il est une évidence qu'en France, les enseignants disent souvent "il n'est pas très "bon", il passera en "technique"..., il sera un "manuel"...

Tu écris fort bien "On a donc pris l'habitude d'orienter les "mauvais" élèves vers les voies professionnelles..."
et
"dans le domaine professionnel, nous avons les excellents Compagnons du Tour de France"

Juste pour info, dans le pays où je vis il existe un dicton qui fait partie de toute la société "Handwerk hat goldenen Boden", on pourrait traduire par "l'artisanat a le sol en OR". Lorsque je suis arrivée à Hambourg, mes étudiants avaient presque tous fait un apprentissage avant d'étudier, leurs parents leur avaient dit "Apprends un métier, tu pourras travailler pendant tes études pour les financer et si elles ne sont pas ce que tu attends, tu auras au moins un moyen de gagner ta vie."

L'artisanat y est très respecté et les artisans y gagnent souvent bien plus que les cadres, quand ils sont "maîtres". Les menuisiers charpentiers font aussi le tour du pays pour apprendre chez différents "maîtres", comme les compagnons en France...

Il y a beaucoup de boulot... pour faire changer les choses, notamment pour remettre à plat ce système des "grandes écoles" et ce mépris des "manuels" qui sont considérés dès le lycée comme des "cons" par ceux qui vont faire prépa et les "grandes" écoles...

Écrit par : Danièle Douet | mardi, 12 janvier 2010

le mieux c'est que chaque élève puisse faire 2 stages au collège ou au lycée, un dit manuel et l'autre dit intellectuel...je pense que ça leur ferait du bien de voir ce qu'est un vrai métier manuel, et la satisfaction personnelle qu'on peut avoir lorsqu'on a terminé son travail d'artisan ou de créateur..
mes fils sont ingénieurs, leur père est artisan, ils ont pu travailler dans l'entreprise entre 16 et 18 ans pendant lerus vacances, ils ont d'une part compris ce que voulait dire "gagner son pain à la sueur de son front",et la valeur d'un petit salaire, et d'autre part que le travail manuel était aussi noble que le travail intellectuel..je pense que ça les a aidé à ne pas se prendre pour des " élites"..

Écrit par : juju41 | mardi, 12 janvier 2010

Je rejoins le témoignage de Juju. Au collège, un élève ayant de bons résultats scolaires ne pourra pas s'orienter vers un métier manuel, notamment vers une filière artisanale (CAP). Alors que notre pays a besoin de bons artisans. Certains ingénieurs se recyclent d'ailleurs vers l'artisanat après leur diplôme, obtenu parfois pour "faire plaisir aux parents".

Mais au niveau du collège, les filières d'accès aux métiers d'excellence dans l'artisanat sont rarement proposées. Les services d'Information et d'Orientation étaient inefficaces. Dans celui de mes enfants, c'étaient des professeurs qui allaient voir des élèves pour leur proposer une formation, de bon niveau à Tecomah (Ecole de l'Environnement et du Cadre de Vie). Un traiteur de ma ville proposait de présenter l'Ecole Ferrandi aux collégiens. Il n'a jamais été contacté par le CIO, ses affiches se sont perdues.

L'orientation ne se fait que par échec. Un élève restera dans une filière d'"élite" tant que ses résultats le lui permettent. Les doutes et les questions relatives à la vocation sont occultés.

Sur l'intervention d'Etoile, et le document de la CGE donné en lien, je ferais remarquer la différence de répartition sociale entre les Ecoles d'ingénieur et les écoles de commerce. Une sélection basée sur les sciences dures est moins discriminante qu'une sélection faisant intervenir le "savoir-être".

Sur les écoles d'ingénieur, voici un extrait du CNISF (Conseil National des Ingénieurs et Scientifiques de France):
L’enquête ingénieur réalisée par le CNISF, en juin 2009, révèle que :
• 51% des ingénieurs sont issus de familles où aucun des deux parents n’est cadre
• 47,7 % des ingénieurs ne sont pas passés par les classes préparatoires pour rentrer dans une école
• Les écoles d’ingénieurs forment aujourd’hui 30 000 ingénieurs par an contre 16 000 seulement il y a 20 ans soit presque le double.

Écrit par : Mia | mardi, 12 janvier 2010

Quelqu'un a écrit : "Et je dirais même plus que plutôt que d'essayer de rapprocher les écoles supérieures du modèle de l'université française, c'est le contraire qu'il faut faire (je parle du contenu pédagogique, pas de l'organisation)"

Comme j'enseigne des deux côtés, je peux parler en connaissance de cause. Côté contenu la majorité des écoles d'ingénieurs sont assez pauvres comparées à la fac.

Il faut comparer à niveau de formation similaire : comparer un DEUG (qui, au passage, n'existe d'ailleurs plus) avec un diplôme d'ingénieur n'a aucun sens. En revanche les Master 2 Pro en Sciences n'ont rien à envier aux diplômes d'ingé. Le taux d'embauche dans le secteur concerné est à peine plus faible pour les faqueux à Bac +5 en Sciences... et l'annuaire des anciens de l'école n'est pas pour rien dans le succès des jeunes diplomés d'écoles sur le marché du travail (c'est un point fort, mais il n'a strictement rien à voir avec la qualité de la formation).

Mia a écrit : "47,7 % des ingénieurs ne sont pas passés par les classes préparatoires pour rentrer dans une école"

De plus en plus de gens commencent des études à la fac en intègrent ensuite une école d'ingé. Ca a été le cas de plusieurs de mes étudiants, dont certains n'étaient pas nécessairement les meilleurs de leur promo. Si les écoles recrutent à la fac, et pas seulement parmi les meilleurs, c'est que l'université tient quand même la comparaison (malgré des moyens par étudiant moins importants).

Mia a écrit : "Les écoles d’ingénieurs forment aujourd’hui 30 000 ingénieurs par an contre 16 000 seulement il y a 20 ans soit presque le double."

Oui, le diplôme d'ingénieur est de moins en moins un diplôme d' "élite"... mais il conserve cette réputation (surfaite à l'exception des diplômes de quelques écoles prestigieuses).

Bien à vous

Tryphon T.

Écrit par : professeurtournesol | mercredi, 13 janvier 2010

@Tryphon T.
Au niveau Master, l'université concurrence sans doute beaucoup d'écoles d'ingénieur, notamment sur les aspects "théoriques" des technologies. Mais les deux premières années restent un cap difficile pour les étudiants, pas forcément capables de travailler de façon "autonome", avec un problème de rythme et de niveau général (témoignage d'ex prépas partis en fac).

Articles un peu moins légers que ceux du Monde:
http://www.alternatives-economiques.fr/la-faillite-de-l-elitisme-republicain_fr_art_633_47329.html

http://alternatives-economiques.fr/blogs/peugny/2010/01/14/grandes-ecoles-universite-la-grande-hypocrisie/#more-9

Écrit par : Mia | vendredi, 15 janvier 2010

@Mia

"Au niveau Master, l'université concurrence sans doute beaucoup d'écoles d'ingénieur, notamment sur les aspects "théoriques" des technologies."

Pas seulement sur les aspects théoriques! Ici encore il faut se départir d'un préjugé qui ferait de l'université un lieu où on n'apprend que des abstractions.

"Mais les deux premières années restent un cap difficile pour les étudiants, pas forcément capables de travailler de façon "autonome", avec un problème de rythme et de niveau général (témoignage d'ex prépas partis en fac)."

C'est exact, mais il s'agit d'un autre problème. La question principale est celle du public qui arrive à l'université. Les facs ne le choisissent pas (et récupèrent souvent en première année ceux qui ne peuvent pas aller ailleurs).

Bien à vous

Typhon

Écrit par : professeurtournesol | lundi, 08 février 2010

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