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mercredi, 09 décembre 2009

Les Français se paupérisent-ils ?

Quand j'écoute les témoignages, sur France info, de responsables du Secours Populaire, des Restos du coeur ou encore du Secours Catholique, ce qui me frappe, c'est l'explosion des demandes. Récemment, un membre du Secours Populaire confiait que l'on trouvait même parmi les visiteurs de leur centre des chefs d'entreprise de toutes petites TPE qui ne parvenaient plus à joindre les deux bouts.

En même temps, j'avoue que j'ai du mal à appréhender clairement ce que l'on nomme pauvreté, en France, aujourd'hui. Il y a un article très intéressant à ce sujet, écrit par Louis Maurin en février dernier. Le problème, c'est que la pauvreté est polymorphe. Ainsi, toucher 800 euros par mois à Paris ne revient pas au même que toucher 800 euros par mois à Brest. De même, disposer de la même somme si l'on n'a aucune obligation de déplacement et que l'on dispose d'un petit terrain exploitable pour une production de jardin n'entraîne pas les mêmes effets que dans une grande ville. Louis Maurin fait observer que le seuil de pauvreté d'aujourd'hui correspond au niveau médian des classes moyennes des années 70.

Le problème, c'est que la pauvreté est au moins autant affaire de perception que de conditions de vie : parce qu'évidemment, n'importe quel RMiste vit mieux qu'un homme des cavernes, à ce compte-là.

En tout cas, c'est assez comique d'observer que c'est sous le gouvernement Jospin que les écarts entre les revenus se sont considérablement creusés ( ce que personnellement, je ne juge pas une mauvaise chose dès lors qu'il y a une croissance pour tous, mais à gauche, on tient un tout autre discours), alors que sous Chirac, les bas revenus ont crû plus que les hauts revenus (5% contre 3%). Finalement, sa lutte contre la fracture sociale, à Chirac, avec le recul, elle paraît plus évidente que tous les faits, gestes et discours de la gauche...

Il est intéressant, Louis Maurin : il n'a pas de chiffres à partir de 2007, mais il essaie de se demander ce qu'il se passe depuis, et il fait une projection. Croissance du chômage et effondrement de la Bourse : conclusion, tout le monde en prend pour son grade, et...les inégalités se réduisent, parce qu'en proportion, les riches ont morflé sévèrement. Amusant, Sarkozy va pouvoir se vanter d'avoir réduit les inégalités...

C'est une Bible, ce type, sur les inégalités : il a produit une étude toute récente (octobre 2009) dans les Cahiers français où il met en évidence le caractère protéiforme des inégalités (et donc de la pauvreté).

Une chose est sûre, et cela recoupe le livre

Notamment, à propos du coût du logement, un commentaire de sa part illustre exactement ce que je disais sur Brest et Paris :

Par ailleurs, le niveau de vie réel dépend du coût du logement (3). Les accédants à la propriété remboursent des emprunts et se constituent un capital, alors que les locataires versent un loyer à fonds perdus. Les plus avantagés sont les propriétaires qui ont achevé de rembourser leurs emprunts immobiliers. D’une manière générale, à l’achat comme à la location, des revenus identiques ne donnent pas accès à la même surface selon le lieu d’habitation, ce qui modifie de façon notable les conditions de vie. Pour le comprendre, prenons l’exemple d’une personne seule. À Paris, un célibataire doit pouvoir trouver un studio d’une vingtaine de mètres carrés pour un peu moins de 600 euros (4), s’il ne vise pas les arrondissements les plus huppés. En gros, pour y accéder, il lui faut un revenu de 1 800 euros, ce qui exclut d’emblée la moitié la moins favorisée. À Poitiers, pour ce loyer et toujours en centre-ville, notre célibataire peut obtenir environ 60 mètres carrés. On peut aussi voir les choses autrement. À Paris, en admettant qu’elle obtienne le logement, une personne dont les revenus atteignent le niveau du premier décile (810 euros) n’aurait plus que 260 euros pour vivre par mois, allocations comprises. À Poitiers, le reste à vivre serait de 535 euros.

Et encore, c'est Poitiers qu'il compare à Paris. Finalement, le logement revient au coeur des inégalités : il faut admettre que vivre dans les centre-villes, particulièrement dans les métropoles, devient un luxe qui se paie très cher, au même titre que la possession d'une berline de luxe...

Une chose est sûre, et cela rejoint ce qu'observe Jean-Philippe Huelin, c'est que l'accroissement des inégalités en termes de revenus depuis 1997 est surtout du à l'envolée mirifique des salaires des 0.01% les plus élevés. En ce sens, le concept de "riches" (souvenons-nous de mon "Moi je n'aime pas les riches" de François Hollande) est à relativiser nettement.

Ces données ne renseignent pas sur les plus hauts niveaux de la hiérarchie des revenus. Or, comme l’ont montré les travaux de Camille Landais (voir tableau 1), les 0,01 % des plus hauts salaires ont augmenté de 69 % entre 1998 et 2006, soit un bonus mensuel de 34 000 euros en l’espace de huit ans. À ce niveau, le salaire s’élève à 83 000 euros par mois. C’est là que l’essentiel se joue, et ce phénomène est masqué dans les données officielles. De l’autre côté, en moyenne, les salaires des 90 % les moins bien payés ont crû de 0,9 %, soit 11 euros de plus par mois… La hausse des inégalités de salaire devient beaucoup plus claire.

En somme, pour 90% de la population française, l'accroissement des revenus s'est monté à 11 euros par mois contre 34 000 euros par mois pour les 0.01% que j'évoque.  Un ratio de 3000 contre 1, en valeur absolue.

En fait, le problème, ce n'est pas qu'il y ait des riches, au contraire, plus il y en a, mieux c'est ; le problème, c'est quand elle se concentre entre les mains d'une petite minorité, et, j'en reviens à ce que je disais récemment, et que cette redistribution est le fruit d'une collusion politique entre les plus hautes sphères de l'État, de l'industrie et de la finance.

Ceci ne signifie pas qu'il faut se lancer dans une chasse aux koulaks, mais qu'il faut strictement séparer les affaires de l'État et celles des grands groupes industriels et financiers tout en s'assurant pleinement des transferts de responsabilités.

 

Commentaires

Tu oublies de citer une phrase : " Du coup, en valeur absolue, les 10 % les plus pauvres ont gagné bien plus entre 1997 et 2002 qu’entre 2002 et 2007, mais les plus riches ont alors touché le jackpot... "

Écrit par : Nicolas | mercredi, 09 décembre 2009

Bonsoir, quand vous écrivez : "c'est assez comique d'observer que c'est sous le gouvernement Jospin que les écarts entre les revenus se sont considérablement creusés", outre le fait que cela n'ait rien de comique à mes yeux, le creusement des écarts à cette époque est principalement dû à une évolution vers le haut des plus fortunés en raison de l'extraordinaire vitalité des places boursières au moment de la montée de la bulle spèculative. Ce n'est pas l'aggravement de la pauvreté qui a eu lieu sous Jospin mais un enrichissement massif.

Écrit par : Chevalier Orange | mercredi, 09 décembre 2009

Pauvre, plus pauvre que pauvre, un petit peu plus pauvre ? peu importe, avec 800 euro, a paris ou en province, avec ou sans jardin, t'es pauvre puisque tu n'a pas les moyens de vivre décemment !

Par aileurs, l'avènemnt de l'euro n'est a mon sens pas assez pris en compte dans les études sur la pauvreté et l'appauvrissement. 1 euro n'est pas égal à 1 FRf et beaucoup ne s'en sont pas aperçus.
cordialement,

Écrit par : corto74 | mercredi, 09 décembre 2009

Ne parler que du budget logement et du budget nourriture pour ta comparaison ville/campagne ou grandes et petites villes serait une erreur L'hérétique. Car les citadins des très grandes villes ont des transports en commun relativement peu élevés (beaucoup ne possèdent de ce fait pas de voiture) alors que ceux habitant en rase campagne sont "obligés" d'avoir un véhicule avec les frais que l'on sait : achat initial, entretien, carburant, le total évidemment proportionné à la distance... Faisons le calcul ?

La grande différence vient surtout du choix de tout mettre dans la communication ou au contraire de s'en passer complètement. Mobiles, internet sont des postes qui reviennent bien trop chers. Hélas, quand on y a goûté, difficile de s'en passer. ;-)

Écrit par : Françoise Boulanger | mercredi, 09 décembre 2009

@ corto
si moi, je fais la différence, notamment quand j'achète des fruits et légumes. Quand je pense que 4 à 5 euros un kilo de légumes est courant aujourd'hui...près de 30 francs, quoi...
et sinon, 800 euros à Paris et 800 euros à Brest, ce n'est pas pareil.
Je n'ai pas parlé d'aggravation de la pauvreté mais des inégalités.

Écrit par : l'hérétique | mercredi, 09 décembre 2009

@ Françoise
Tu m'étonnes
J'ai renoncé à l'i-phone rien qu'à cause du coût des forfaits...
oui, l'internet, les téléphones, tout cela coûte une fortune.
Et je suis d'accord pour ce que tu dis à propos des transports.
Mais quand j'évoque Brest, c'est Brest infra-muros. Au demeurant, j'aime bien cette ville, j'y suis, d'une certaine manière, au bout du monde...

Écrit par : l'hérétique | mercredi, 09 décembre 2009

@ Nicolas
Oui, c'était une période de croissance. Pour le reste, tu te doutes bien que je suis horriblement partial...

Écrit par : l'hérétique | mercredi, 09 décembre 2009

@l' hérétique,
Exact, inégalités dans le panier des ménagères, mais aussi au niveau des salaires, quand au logement: vive les fonds de pension" de retraite! ;) lors de mes déplacements à Venise ou dans d'autres villes, j'ai ce pincement au coeur, l'ame de ces villes se perd au profit d'un musée! La belle affaire! Les transports...Franchement vu la galère en IDF pour certains axes, j'ai des difficultés à y trouver du positif hors Paris intra-muros et encore...

Écrit par : Martine | mercredi, 09 décembre 2009

Ce qui est réellement comique dans l'article de Louis Maurin c'est que, malgré les tonnes de chiffres (pour faire scientifique, j'imagine ?) jamais il ne fait explicitement la distinction entre corrélation et causalité.

Écrit par : Oaz | mercredi, 09 décembre 2009

@ Oaz
Je pense qu'il n'est pas tombé de la dernière pluie. Donc dire que le mec cherche à faire scientifique alors que c'est une autorité reconnue et qu'il étudie le phénomène de longue date, tu pousses un peu, là...

Écrit par : L'hérétique | mercredi, 09 décembre 2009

Tout juste pour arpenter le coin

les salaires à Brest et à Paris ce n'est pas les mêmes

les opportunités de travail non plus.

Après, personne ne t'empêche de te baser par ici ;-)


(Jamais vécu à Paris, mais Milan ce n'est pas mal dans son genre ... alors ces comparaisons ... désolé mais je les trouve simplistes)

Écrit par : Claudio Pirrone | mercredi, 09 décembre 2009

""""""""Ceci ne signifie pas qu'il faut se lancer dans une chasse aux koulaks"""""""""


D'ailleurs, si l'on enlève ceux étant riches par proximité et copinage avec l'état et autres hommes politiques. Ils restent qui en France ? Quasiment personne, c'est pour dire ...


Par contre, l'étude ne prends pas en compte le gaspillage d'argent publique dans la paupérisation ? Parce que vu l'argent publique que j'ai vu dépensé n'importe comment de par mes fonctions ... cela doit forcément avoir une incidence.

Écrit par : Un démocrate | jeudi, 10 décembre 2009

CP à écrit :
"les salaires à Brest et à Paris ce n'est pas les mêmes

les opportunités de travail non plus."

+1....

Pour comparer deux villes il faut intégrer dans le raisonnement le niveau des salaires, la qualité de l'emploi( d'une région à une autre, le type d'emploi permet d'avoir des salaires plus élevés, par exemple l'emploi pharmaceutique est mieux rémunéré que celui de l'agro-alimentaire car la valeur ajouté y est plus importante), la qualité de l'offre des transports, la richesse d'une région dans sa globalité,etc...

Il faut travailler sur des facteurs de corrélation pour théoriser de façon objective...

Écrit par : europium | jeudi, 10 décembre 2009

@ Claudio et europium
tss tss tss...
Moi, ce que je relève, c'est la comparaison des salaires. On appelle pauvre quelqu'un qui gagne 800 euros à Paris aussi bien qu'à Brest. Et pourtant, l'habitant de Brest, même avec le transport, dépense bien moins que celui de Paris.
Il s'agit de remarques sur la statistique et sur les critères de pauvreté.
@ démocrate
oui, c'est assez effarant, dans ce domaine...

Écrit par : l'hérétique | jeudi, 10 décembre 2009

Je suis d'accord avec le fait qu'à Paris tout coûte plus cher. Mais ça, c'est dû à la politique de concentration que la France a depuis des années. Et encore, les parisiens ne payent pas vraiment leurs transports en commun qui ont été construits avec l'argent des contribuables français et non parisiens.

N'empêche que 800 euros à Brest, ce n’est pas beaucoup non plus ;)

Ce qui m'énerve c'est l'égoïsme des gens. La taxation des Bonus bancaires fait "scandale" dans les milieux financiers. Déjà beaucoup de travailleurs de ces milieux menacent de quitter leur pays pour se planquer dans des paradis fiscaux. Je ne comprends pas que des gars qui gagnent des centaines de milliers d'euros soient incapables d'accepter d'en donner une partie pour le bon fonctionnement de notre société.

Je ne sais pas si ces personnes se rendent compte qu'il y a des tonnes d'ouvriers et de salariés qui gagnent un smic de 1200 euros par mois alors qu'ils bossent dans des conditions difficiles. Ces personnes forment une base pour notre société. A quoi bon vouloir vivre en société si on oublie la solidarité.

Les milieux bancaires savent qu'ils sont nécessaires pour le bon fonctionnement de nos sociétés. Ils nous prennent en otage pour faire ce qu'ils veulent et surtout se distribuer des tonnes de fric. (Et encore, ce n’est pas les petits agents des agences bancaires de quartiers qui en profitent…).
Pourtant, un rééquilibrage est possible.

Dans les pays nordiques, les échelles de salaires sont bien moins élevées qu'en France et chacun sait que son impôt est un contribution pour la fonctionnement de la société.

A quand un retour de la moral et de l'éthique dans l'économie?

Écrit par : David Guillerm | jeudi, 10 décembre 2009

Je me souviens d'un discours de J.F.Kahn au moment des européennes qui disait en substance ceci : "quand j'étais directeur de journal je gagnais environ 5 fois plus qu'un employé de base et je trouvais cela beaucoup, tout était multiplié, façon plaisanterie, 5 fois mieux de tout : resto-vacances-loisirs,logement, voiture", la liste est sans fin..
Donc la question c'est : est-il normal que des personnes gagnent 100-200-500-1000 fois plus, même en tenant compte du niveau d'étude, de l'expérience, voire même des risque pris ?
Question simple mais pas simpliste..

Écrit par : alouette | vendredi, 11 décembre 2009

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