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dimanche, 22 novembre 2009

Marielle et les profs

Le billet que j'ai écrit à propos des propositions du MoDem et d'Espoir à gauche sur le temps de travail scolaire a suscité de nombreuses réactions, y compris chez Marianne qui vient de reprendre l'article aujourd'hui.

Tout d'abord, je voudrais redire la confiance que j'ai en Marielle de Sarnez sur les questions d'éducation. Je pense que ce sujet l'intéresse beaucoup (elle a piloté une commission de l'ADLE pendant son précédent mandat européen), ensuite, je pense que c'est aussi quelqu'un qui apprécie sincèrement les enseignants et leur travail.

Je n'ai pas de parti pris définitif sur le temps scolaire, mais je pense, en revanche, qu'il faut avancer avec prudence et bien décanter les problèmes avant de leur proposer des solutions.

Nous pouvons avoir des convergences avec la gauche réformiste : je pense surtout à l'économie de marché et à la solidarité pour lesquelles nous pouvons trouver des points communs. Mais sur l'éducation, les Lamy, Strauss-Khan,Royal, Rocard et Peillon pensent à peu près tous la même chose, avec quelques variantes. C'est le domaine dans lequel je souhaite que nous ayons le moins de convergences. C'est celui pour lequel je me sens le plus éloigné de ce courant politique : j'ai bien plus de convergences avec certains communistes, mais aussi certains UMP, sur la culture et l'éducation qu'avec la gauche réformiste.

J'ai pris connaissance récemment du livret orange sur la jeunesse du MoDem. Je l'avais..."zappé". Retrouver mot pour mot la terminologie socialiste des années Jospin à propos de l'enfant et de l'école m'a fait faire un bond sur mon clavier d'ordinateur. J'y ai lu des c......eries que je n'avais encore jamais entendues jusqu'alors. Des choses comme ça, par exemple :

Nous appelons à une évolution progressive de l’Education nationale. Trop d’importance est aujourd'hui attachée aux contenus, trop peu à l’élève destiné à les recevoir. La pédagogie doit être renforcée et non pas de plus en plus absente de la formation des enseignants. Nous estimons que nous ne pouvons plus concevoir l’enseignement comme la rencontre d’un professeur avec une classe recevant un cours magistral. Nous considérons l’apprentissage comme une relation nécessaire entre l’éducateur et l’élève. Une vision des choses, non pas nouvelle, mais à laquelle il nous semble important de redonner sens. C’est ainsi que nous pourrons espérer une éducation qui n’instille pas la concurrence, le classement et la division entre bons et mauvais, mais une éducation de la coopération, de la solidarité, une édu-cation à la paix. Une fille sur trois est déprimée (13 % tentent de se suicider), un garçon sur dix est violent au point d’avoir frappé ou blessé physiquement quelqu’un dans l’année écoulée. Or, le principal facteur de bien être ou de troubles semble être l'épanouissement scolaire. D’une part, dans les milieux les moins favorisés, l’École concentre en son sein les frustrations de la société qu’elle reflète. D’autre part, dans les milieux aisés, le surinvestissement des parents dans un parcours scolaire de compétition, de sélection et d’évitement de l’échec ou de ce qui y ressemble, fait peser sur les jeunes une pression importante qui influe sur le comportement. Le système de notation systématique et le classement qui l’accompagne ont démontré qu'ils ne parvenaient ni à éviter les cas d’illettrisme, ni à pal-lier l’effondrement du niveau de langue.

C'est grave dans être là : le poncif bisounours le dispute à la démogagie rose jospinienne pure de dure. Ce n'est pas ce que j'ai compris du Bayrou 2007 quand je relis ses propositions sur l'éducation. Le problème, c'est que les trois quarts du livret sont de ce tonneau...

Je voudrais rendre cette justice à Marielle que, dans son discours, c'est l'une des rares personnalités politique qui s'inquiètent de la baisse sévère d'enthousiasme des enseignants. Elle notait ainsi :

Et regardons à quel point la situation des enseignants s’est dégradée. En quelques années, on est passé de 15 % seulement  des enseignants qui souhaitaient changer de métier,  à 65 % aujourd’hui. Et un concours - le CAPES de Lettres, pour ne prendre qu’un exemple -  qui attirait, il y a 10 ans, 12.000 candidats, en compte moins du tiers aujourd’hui.

Ce n’est pas cela non plus, l’école de la République !

Même sur le temps scolaire, j'observe que sa proposition s'énonce sur un tout autre ton que les condamnations que j'ai pu lire, çà et là, sur l'égoïsme ou la paresse supposés des enseignants. Par ailleurs, je comprends de ce qu'elle dit que ce projet ne s'appliquerait pour elle qu'à l'école primaire.

La journée de travail scolaire doit être allégée pour l’enfant, et pour les professeurs afin qu’ils puissent enseigner, à un meilleur rythme.

Là encore, Marielle a évité la démagogie qui serait de monter enseignants et parents d'élèves au nom de "l'intérêt supérieur des enfants", air connu entonné généralement par les idéologues de tout poil. En réalité, fatigue des élèves et fatigue des enseignants sont intimement liés.

Sur l'épanouissement, heureusement, ce qu'elle a dit est d'un tout autre niveau que les bisounourseries rosissantes du livret orange :

Voyez-vous, j’observe les débats éducatifs depuis quinze ans. Et je vois qu’il y a de larges débats, passionnés, brûlants entre, pour simplifier, ceux qui disent "l’enseignement valide repose sur des contenus solides et maîtrisés", et ceux qui disent "l’enseignement valide c’est celui qui épanouit la personnalité".

Je ne suis pas du sérail. Et voir ce débat qui n’en finit jamais m’a toujours laissée rêveuse. Mais j’ai une opinion sur ce sujet : l’enseignement valide c’est celui qui unit les deux ! " Connaissance solide et compréhension" chaleureuse.

Il faut des connaissances solides pour construire un jugement, une compétence, une conscience (et pour moi c’est le dernier mot qui est le plus important : je devrais même dire une conscience civique). Et il faut que s’épanouisse, cela manque trop en France, la créativité de chaque fille, de chaque femme, de chaque garçon, de chaque homme. La créativité artistique, la créativité de recherche, la créativité économique, la créativité du savoir, tout cela en réalité est lié.

Je ne vais pas passer en revue à nouveau tout le discours de Marielle, mais il y avait à l'évidence des bonnes choses. Mais pour revenir sur le temps scolaire, je crois qu'il faut y réfléchir à deux fois plutôt que de risquer de subir la loi de l'emmerdement maximum. On ne peut évacuer d'un trait de plume l'industrie touristique qui rapporte à la France des milliards d'euros chaque année. Or, ce sont des euros qui paient entre autres l'éducation, ne l'oublions pas. On ne peut pas davantage évacuer d'un trait de plume l'organisation de la société, le rythme des parents, et cetera. J'ajoute que la plupart des activités fatiguent autant les enfants que les cours de l'école, que les parents, la plupart du temps, ne pourront pas venir chercher leurs enfants plus tôt et qu'au final, on risque d'arriver à une gigantesque usine à gaz dans laquelle les enfants ne se seront pas reposés plus pendant la journée, mais auront, de surcroît, trois semaines de fatigue en plus. Le mieux est souvent l'ennemi du bien. Méfiance, méfiance, et surtout, prudence.

J'ajoute, au vu des premières réactions, que des déclarations de ce type sont propres à rallumer une guerre scolaire toujours mal éteinte et à favoriser les contempteurs des enseignants, toujours prompts à dénoncer l'Ennemi comme les chevaliers du Graal pouvaient traquer le Diable...

Commentaires

"Nous pouvons avoir des convergences avec la gauche réformiste : je pense surtout à l'économie de marché et à la solidarité pour lesquelles nous pouvons trouver des points communs."
Non, non, non, pas de convergence avec la gauche réformiste , même sur ces points là qui nous entraînent dans du faux social purement et mécaniquement redistributif, dans une économie de marché toujours soumise à la production de 'valeurs' fictives au lieu de privilégier la vrai richesse et bien-être ou bien-vivre durable.
Les 'solutions' ne sont pas au centre mais aux 'extrêmes' ou en tout cas ailleurs, mais tantôt d'un côté, tantôt de l'autre.

PS/ On peut penser le pédagogisme sur le socle de la prééminence (surtout si elle est inconsciente et non théorisée) du contenu.
Mais l'inverse n'est pas possible. La démarche d'un pédagogisme triomphant et militant a pour conséquence la négation du contenu.

Et finalement notre système normo-globalisé s'accomode très bien du décervelage pédagogiste, couplé à la stratégie de TF1 de formatage de citoyens purement consommateurs (de produits et gadgets ou bien d'idéologies et de 'critiques' prémachées et enfantines)

Écrit par : Oppossùm | dimanche, 22 novembre 2009

"Mais sur l'éducation, les Lamy, Strauss-Khan,Royal, Rocard et Peillon pensent à peu près tous la même chose, avec quelques variantes"
Merci de nous expliquer votre ressentiment à l'égard de ces personnes, on voudrait comprendre.

Écrit par : Baillergeau | dimanche, 22 novembre 2009

Votre position ne sera jamais soutenue par une majorité élue démocratiquement.
Une minorité agissante et vertueuse pourrait prendre le pouvoir et sortir l'humanité du marché, hélas... où sont les essais acceptables ?

Les Lamy, DSK et Rocard (merci de laisser les autres où ils sont)pensent qu'atteignant le coeur du système on peut aujourd'hui avoir une victoire modeste mais décisive pour le partage minimum des richesses et la montée vers d'autres valeurs.

Reste les tenants de la non-croissance, l'idée suit son cours mais n'émerge pas encore, son succes irait de pair avec d'autres valeurs - Mais là, je suis trop vieux !

Écrit par : Baillergeau | dimanche, 22 novembre 2009

Le "livret orange" que tu lies ne me semble pas constituer une position collective du MoDem mais le compte-rendu des travaux d'une commission. Donc la compilation, plus ou moins relue collectivement ou coopérative, de textes écrits par divers contributeurs.

Beaucoup demandent régulièrement sur internet que "le MoDem prenne position" sur tous les sujets possibles, d'actualité ou pérennes. Il faudrait se rendre compte que le MoDem est composé de milliers de personnes qui ont par définition, sur chaque sujet possible, des opinions différentes ... et heureusement !

Ce que nous pouvons espérer du Mouvement, et ce qu'il fait avec les commissions, c'est donner aux adhérents la possibilité d'échanger, de mettre au propre leurs idées et leurs expériences, pour les faire mûrir, et nourrir ainsi les réalisations futures des uns et des autres dans leurs responsabilités futures.

Écrit par : FrédéricLN | dimanche, 22 novembre 2009

Je lis: "On ne peut évacuer d'un trait de plume l'industrie touristique qui rapporte à la France des milliards d'euros chaque année. "

Et cela me fait BONDIR...

On fait donc supporter l'industrie touristique par les enfants au lieu de leur accorder un rythme scolaire digne de ce nom pour leur âge... Ils ont des semaines beaucoup plus lourdes que beaucoup d'adultes, le tout bien comprimé pour obtenir de looooonnngues vacances.

C'est comme si on faisait travailler les enfants pour payer le tourisme...

Terrible vision de l'ENFANCE...

Écrit par : Danièle Douet | dimanche, 22 novembre 2009

@ Danièle
n'importe quoi. Votre comparaison est sinistre : vous savez au moins ce que c'est, le travail forcé des enfants, pour énoncer de telles âneries ?
Terrible vision que celle qui confond école et travail.
Vous ne savez vraiment pas ce que vous dites, c'est grave, à ce niveau-là.

Écrit par : L'hérétique | lundi, 23 novembre 2009

Moi je vois que les professeurs FORCENT les élèves à TRAVAILLER chez eux pendant de longues heures, alors qu'ils ont déjà eu bien trop d'heures de cours dans la journée. :-))))

Écrit par : Géraldine | lundi, 23 novembre 2009

@Danièle
On n'a jamais vu l'hérétique critiquer longtemps Marielle... d'où cet article , après avoir écrit jeudi : " Le MoDem ne doit pas se mettre à dos les enseignants."
Je trouve ça très distrayant ;-)

Écrit par : Géraldine | lundi, 23 novembre 2009

Il me semble, L'hérétique, que la meilleure solution est de prendre toutes les idées (si certaines sont nouvelles pour toi, elles ne le sont peut-être pas pour ceux qui les ont déjà expérimentées...) et de peser le pour et le contre.
Je vais te donner mon avis par exemple :
La nature humaine est ainsi faite que chacun a besoin d'affection, de la reconnaissance de son existence. Une fois qu'un enfant est assuré que quels que soient ses résultats il sera toujours autant "aimé", estimé, je ne vois pas en effet la raison de le comparer aux autres.
Je suis personnellement contre tout classement !
Un enfant ne doit qu'apprendre à apprendre. Découvrir la joie de la connaissance qui le rendra libre et autonome. A son rythme. Ne voir sa progression que lui par rapport à lui-même. C'est certes une toute autre organisation mais au moins on ne fera plus de malheureux. C'est comme si dans la vie professionnelle on demandait à tout le monde de savoir tout sur tout, de connaître tous les métiers (que le médecin soit aussi bon mécanicien que son garagiste pendant que tu y es ?). Je trouve ça stupide. Il faut donner des bases de lecture et de maths, d'histoire, de géographie certes mais rien ne devrait nous obliger à avoir strictement les mêmes connaissances sur tout, en même temps et au même âge. Après par contre lorsque le jeune doit choisir telle ou telle orientation, à lui de vérifier qu'il a réuni l'ensemble des connaissances nécessaires. Dans certains pays ça marche non ?
Pour ne pas être comparés aux autres, il suffit de ne communiquer sa note qu'à l'élève concerné. C'est le meilleur moyen de faire une évaluation sans attirer de comportements pervers, soit de jalousie, soit de vanité, soit de culpabilité.
Mes 3 enfants ont bénéficié à l'étranger de cours par correspondance (au CNED) et n'ont jamais eu d'aussi bons résultats ! Je peux te garantir que je ne les aidais jamais, ni les profs de l'école française. Puisqu'ils savaient bien qu'ils auraient des épreuves à passer. Ils organisaient eux-mêmes leur temps. Mais au moins ils n'étaient comparés à personne.

Regarde aussi comme un simple match de foot peut faire couler d'encre, générer des jugements méprisants, des mini-guerres. Ce n'est pas fraternel de devoir ainsi se combattre.
C'est pourtant ce que nous continuons à inculquer à nos enfants.
Je suis pour l'émulation, pas pour la compétition. C'est juste mon point de vue.

Écrit par : Françoise Boulanger | lundi, 23 novembre 2009

à Géraldine
Mais non il a raison : ils étudient, ils ne travaillent pas.
Si c'était du travail, le vaste mouvement social du XIXème siècle pour la scolarisation des enfants d'ouvriers n'aurait eu aucun sens.

Écrit par : Wilfrid | lundi, 23 novembre 2009

@ Géraldine
si vous voulez dire que je me suis toujours abstenu de beugler comme un veau en hurlant au déni de démocratie contre Marielle, en effet, j'ai toujours eu cette retenue.
En revanche, sur le fond, je demande à débattre de sa proposition et sur la forme, je ne suis pas d'accord avec la méthode qui consiste à imposer unilatéralement une réforme.
C'est donc bien une critique, mais...civilisée, c'est tout.
J'apprécie chez Marielle quelqu'un qui a du fond et de la constance. Ce n'est pas le cas de tout le monde ici...

Écrit par : L'Hérétique | lundi, 23 novembre 2009

@ Françoise
Je suis d'accord avec l'essentiel de ce que tu dis. Cela dit, tu sais, les enfants tendent naturellement à essayer de se mesurer. Mon premier, par exemple, il essaie très souvent de se situer par rapport aux autres, sans pour autant avoir l'esprit de compétition.

Écrit par : L'Hérétique | lundi, 23 novembre 2009

@Wilfrid
Mon message se terminait par :-))))

Écrit par : Géraldine | lundi, 23 novembre 2009

@L'hérétique,
Le système de non notation existe au Danemark me semble-t-il au niveau du primaire, ensuite comme chez nous.
Ceci dit, beaucoup de parents ont besoin de ce repère tout comme pour les devoirs à la maison...

Écrit par : Martine | lundi, 23 novembre 2009

@l'hérétique
Je regrette qu'à cause de "votre critique civilisée" de Marielle, la discussion se déroule à deux endroits différents . "Au chat qui pêche" dit des choses tout à fait justes et très intéréssantes sur : "Le Modem ne doit pas se mettre à dos les enseignants".

Écrit par : Géraldine | lundi, 23 novembre 2009

Je vais aller voir

Écrit par : l'hérétique | lundi, 23 novembre 2009

L'évaluation des acquis de connaissances est indispensable, on ne peut donc se passer de notes bien évidemment et ce n'est pas ce que j'ai dit.
Je dis seulement que le côté "compétition" n'est pas bon. C'est une attitude systématique générée seulement par l'éducation et la société toute entière. Tant qu'il y aura compétition, les gens se compareront entre eux et cela ne fera qu'accuser le racisme. L'émulation ne devrait d'ailleurs se faire qu'au niveau de l'épanouissement personnel. Si le respect de toute différence était permise dès le départ dans les écoles, les mentalités changeraient.
C'est dans ce sens que le travail des commissions a été fait et en particulier l'intercommission éducation ET handicap.
Petite réflexion supplémentaire : nous serons tous un jour ou l'autre handicapés par notre vieillesse. Devons-nous être mis au rebus pour autant ?! Nous l'avons d'ailleurs déjà été (handicapé) pas mal à la naissance...
Alors pourquoi "comparer" ?
Les changements de mentalité ne seront possibles qu'au départ de l'éducation.

Écrit par : Françoise Boulanger | lundi, 23 novembre 2009

@ Françoise
Je suis d'accord avec toi : les objectifs devraient être individualisés.

Écrit par : L'Hérétique | lundi, 23 novembre 2009

J'ai été prof, un peu par hasard, et je ne le suis plus. Trop de personne jugent les profs comme des paresseux, égoistes, nuls, et peu à peu, cette image de l'enseignant fait que les gens passionnés désertent l'enseignement, et qu'en effet, ce sont les plus médiocres qui s'y collent. Il y a une baisse du niveau global des profs qui s'expliquent de cette façon. j'ai eu énormément de parents qui doutaient de la qualité de ce que je faisais, qui relisaient mes cours, repéraient des "erreurs", me les signalaient, incapables de concevoir leur propre ignorance (comme ce parent indigné parce que je parlais des "Normands de Sicile" - il ignorait l'existence des principautés normandes de Sicile au 12 siècle, et plutôt que de se dire qu'il ne connaissait pas, il a préféré supposer que le prof était nul et que j'avais "inventé" l'existence des Normands de Sicile... alors qu'à l'époque, c'était, de surcroit, au programme... Une anecdote qui, selon moi, en dit long). Incapable aussi de concevoir les tricheries de leurs enfants : un de mes élèves, un excellent élève, avait intégralement recopié son exposé sur Encarta, car cet élève estimait que le principe des exposés était stérile,que cela ne servait à rien et que donner cet exposé était une faute pédagogique de ma part : j'avais écrit sur la copie : travail de copiste - le père n'a jamais accepté cette expression, il a monté un esclandre, est remonté, sans succès, mais cela en dit long aussi, jusqu'à l'inspection, en me reprochant d'avoir "accusé" son fils de plagiat : comme j'avais conservé la copie après une dispute avec le fils, qui me l'avait jeté à la figure, j'ai très facilement montré que j'avais écrit "copiste" et non plagiaire sur l'exposé... Certes, il y a des parents tout à fait discret, mais l'ambiance est au doute, à la méfiance et au mépris de l'enseignant. Enseigner, pour moi, rester un souvenir douloureux, car j'ai renoncé à ce travail pas facile, quoiqu'on en dise, mais qui serait heureux sans cette mentalité de méfiance. J'y ai renoncé, je gagne aujourd'hui le même salaire pour un investissement horaire plus faible et personne ne me soupçonne de ne faire mon métier actuel pour les vacances et les faibles horaires. Mais combien de profs peuvent se permettre de faire la même chose ? En fait, maintenant, les étudiants feignants se disent "bah, je pourrais toujours être prof" ; et comme précisément les taux de recrutement sont bas, ils réussissent les concours, ces étudiants paresseux, méprisants eux même leur futur métier, faute de concurrents, et peu à peu le niveau se dégrade... C'est d'autant plus grave qu'il n'y a rien de plus importants pour une société que de former ses jeunes. Mais le mépris de tous pour les profs soit disant paresseux a dégradé tout cela. Mais les 18 heures de cours ne sont pas "rien", elles valent 36 heures d'un travail de bureau, et même le triple en fatigue, sans compter la préparation des cours et la correction des devoirs, et les multiples réunions avec les parents, les élèves et les équipes. Je vous ai dit que mon investissement horaire était plus faible : j'avais calculé, à l'époque où Ségolène avait parlé d'obliger les profs a rester dans les lycées 35 heures, mes horaires de travail, et j'étais parvenue à 50 heures par semaine (22 heures de cours + 8 heures de préparation + 18 heures de correction copies / cahier ou classeurs (j'avais 5 classes soit environ 148 élèves en tout )+ 2 heures de réunions diverses en moyenne).

Écrit par : Anne | lundi, 23 novembre 2009

Hum, je me rends compte que mon post présente un point de vue assez négatif. Je suis désolée, c'est simplement que j'ai vraiment un regret immense de ce métier, et une amertume très grande de sa déconsidération. Je raconte sans proposer, mais mon expérience m'amène à penser qu'il faut d'abord reconsidérer l'école et les enseignants, il faut, si l'on veut, que les gens aient confiance, avant tout. or, les gens n'ont plus confiance, et je ne pense pas qu'une réforme y changera quelque chose. Si ces deux commentaires, dictés par la mélancolie, paraissent trop pénibles, supprimez les... je me trouve si peu positive que, je l'avoue, j'ai honte.

Écrit par : Anne | lundi, 23 novembre 2009

@Anne
Heureusement, les parents ne méprisent pas TOUS les profs. Ils savent (à part quelques exceptions*) faire la différence entre les "bons" profs, de plus en plus rares, et les autres. Plus les années passent et plus ils ont peur pour l'avenir de leurs enfants, ils ont lu dans les journaux ce qui se passait dans la plupart des IUFM etc. Aussi quand ils ont la chance que leur enfant ait de "bons" profs, ils sont ravis et soulagés et le disent aux profs quand ils en ont l'occasion (parfois des années plus tard, en le croisant dans la rue).

* Bien entendu, il y a toujours des exceptions et des parents qui sont stupides comme celui que vous décrivez et qui défendent systématiquement leur enfant(évidemment , ce sont ceux qui font le plus de bruit).
Les gens sont beaucoup plus critiques envers de nombreuse professions : si vous questionnez les médecins, par exemple, vous verrez qu'envers eux aussi l'attitude des gens a beaucoup changé.

Écrit par : Géraldine | lundi, 23 novembre 2009

Bonjour, j'ai pas suivi votre débat antérieur, je me conterais juste de dire que vous nous avez habitué à mieux. Vous nous soutenez que l'école doit rester dans l'état de délabrement dans laquelle est se retrouve pour pas faire raller messieurs les enseignants dont je me demande si ils ont vraiment envi de remplir nos têtes vides. Vos arguments sont ouvertement clientelistes. Ce n'est pas comme ça que l'on restaurera le savoir. Moi je vous le dis, j'y suis, on y apprend strictement rien à part des niaiseries et des lieus communs. Si au lieu de 8 heure de niaiseries on en avait que 4, ça serait pas forcément un drame, on pourrait faire des choses vraiment intelligentes à coté.
Si on passe notre vie à prendre en compte les états d'âmes des professeurs, on n'est pas sorti de l'auberge.

Écrit par : Adrien | mardi, 24 novembre 2009

@Adrien
C'est vrai que lorsqu'on tombe sur de mauvais profs, on perd son temps.
Tu as bien raison de dire : "Si on passe notre vie à prendre en compte les états d'âme des professeurs, on n'est pas sorti de l'auberge" (C'est un prof qui te le dit)

Écrit par : Géraldine | mardi, 24 novembre 2009

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