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dimanche, 27 juillet 2008

De Louis XI aux technocrates

Encore un commentaire sur Notre Dame de Paris de Victor Hugo (il me reste un quart du livre à lire): j'en suis arrivé au moment où Louis XI, en entrevue avec les Flamands, examine ses comptes. Un messager arrive alors et lui annonce qu'il y a une sédition populaire (les Truands attaquent Notre-Dame). Dans un premier temps, il s'en réjouit, car il pense que ce sont des seigneurs locaux contre lesquels est dirigée l'ire du peuple. Mais quant il apprend que c'est sa justice qui a été remise en cause, il entre dans une grande colère. Il décide d'envoyer des troupes. Toutefois, s'interrogeant sur les causes exactes de la colère des assiégeants, il s'imagine qu'ils veulent pendre la sorcière qui s'est réfugiée à l'intérieur (il s'agit d'Esmeralda). Il ne lui vient à aucun moment à l'esprit que ce pourrait être au contraire pour la libérer, et pas davantage l'idée d'interroger un truand à ce sujet.

Quelques moments auparavant, Copenole, l'un des bourgeois flamands, l'a pourtant mis en garde quant à la façon dont les peuples se révoltent contre les rois. Louis XI qui est à la Bastille, se félicite de ce qu'il est dans une forteresse imprenable...Une ironie évidente de Victor Hugo songeant aux débuts de a Révolution...

Quand je pense à certains nos technocrates, j'y vois le même mpéris pour le peuple : jamais l'envie de savoir ce que le peuple pense, mais simplement des suppositions qui suffisent à les satisfaire.

Je ne suis pas favorable aux révolutions, et je ne souhaite pas la chute d'une nouvelle Bastille. Mais quand l'Histoire se bloque, c'est hélas inévitable.

Ceci me rappelle simplement Au nom duTiers-Etat, de François Bayrou :

Le pouvoir est verrouillé, le peuple n’y a plus aucune place, on est revenu à l’ancien régime. Depuis un quart de siècle, le pouvoir absolu de cette Ve République finissante, appuyé sur des forteresses financières et médiatiques, a réduit le peuple français à la condition du tiers état de 1789. Jamais la phrase de Sieyès n’a paru plus juste : « Qu’est ce que le tiers état ? Tout. Qu’a-t-il été jusqu’à présent dans l’ordre politique ? Rien. Que demande-t-il ? À devenir quelque chose. » Voilà des années que François Bayrou dénonce la crise de ce régime et la manière dont les clans se l’approprient. Sur ce thème, depuis la tribune de l’Assemblée nationale, il a pris comme cible les abus de pouvoir et défendu les droits du peuple français et du Parlement. Au nom du tiers état, ces textes de combat sont un réquisitoire contre le mépris des citoyens.

Voilà, cqfd.

Notre Dame de Paris

Comme je l'avais annoncé il y a quelques temps, j'ai quelques lectures d'été dont Notre Dame de Paris de Victor Hugo. J'avais lu ce livre à 15 ans, mais c'est l'écoute répétée (obsessionnelle) de la comédie musicale de Luc Plamondon et Richard Cocciante qui m'a donné l'envie de le relire. En fait, l'un de mes enfants me pressait de questions sur les relations entre les personnages, et il a donc bien fallu que j'aille lui chercher les réponses :-)

Quand je compare les deux oeuvres, je suis très impressionné par la profonde connaissance de l'oeuvre que manifeste Luc Plamondon : c'est un vrai lecteur de Victor Hugo, egt il a su réinterpréter l'oeuvre avec une très grande intelligence. Sa fidélité au texte est incroyable. Mais, il en a tout de même transformé l'esprit, non pas tant dans le propos que dans l'esprit littéraire. Hugo est un écrivain romantique, c'est là un lieu commun que de l'écrire, or, l'esprit du romantisme, c'est l'alliance du laid et du sublime, du grotesque et du tragique. La dimension grotesque existe dans l'oeuvre de Victor Hugo : Phoebus est quasiment un personnage de Comedia dell'arte, une sorte de Matamore en herbe, un mauvais Capitan, tandis que Gringoire est presqu'une sorte de Candide en version poète, individu naïf et vaguement pédant, portant aux nues ses mystères et ses poèmes, mais contraint tout de même de chercher désespérément sa pitance. Amusant, d'ailleurs, de constater tous ces personnages désargentés et cherchant avant tout à manger : Gringoire, Phoebus, Jehan (le petit frère de Claude Frollo), soucieux avant tout de bâffrer, et même pour les deux derniers, de boire et d'aller voir les filles de joie.

En un temps où le positivisme se développe, le goût obsessionnel de Frollo pour l'Alchimie et sa rivalité avec l'astrologue du roi frisent aussi le ridicule.

Jehan est absent de la comédie musicale, et Gringoire apparaît bien plus philosophe que pédant. Clopin apparaît davantage comme un agitateur politique (ce qui n'aurait sans doute pas forcément déplu à Victor Hugo) qu'un chef de truand. 

Bref, Plamondon a évacué complètement le comique et conservé uniquement le tragique. D'une certaine manière, il fait d'un drame romantique sous forme de roman une tragédie classique. Magnifque coup de baguette magique.

Notre Dame de Paris n'est pas toujours aisé à suivre en raison des nombreuses digressions de Victor Hugo. Si l'histoire devait être ramenée à elle-même dans le livre, elle tiendrait en...une comédie musicale :-)

Les commentaires de Victor Hugo sur Paris, qu'il connaît très bien sont fort intéressants, et c'est une capitale dont nous ignorons tout qui se dessine ainsi sous les yeux du lecteurs, bien loin de ce qu'en a fait Haussmann. D'ailleurs, Victor Hugo rage contre le siècle de Louis XIV et davantage encore contre les hommes de son temps qui ont mis en charpie le vieux Paris gothique et l'ont remplacé par une infâme bouille néo-classique (de son point de vue...quoique...la Madeleine, le Panthéon, ou même l'Assemblée Nationale...bof, bof...)

Il faudrait faire la visite de Paris avec le chapitre de Notre-Dame où il esquisse les frontières et les bâtisses de la ville médiévale. Pauvre Hugo, quand j'y pense : heureusement qu'il n'est pas là pour voir le projet de tours de grande hauteur de Delanoë...

Bon, mon blog est politique, alors je vais me risquer à ce diagnostic : j'ai écrit par le passé ici que Montesquieu serait certainement au MoDem s'il était vivant, dans notre monde moderne, mais pour Hugo, je dois franchement reconnaître qu'il serait vraisemblablement socialiste. Nobody is perfect...