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samedi, 08 janvier 2011

Art, j'assume ma réaction

Je n'ai encore jamais expliqué les causes de l'indifférence, quand ce n'est pas du mépris, que j'affiche pour la création artistique moderne. Pendant des siècles et des siècles, l'art a choisi de représenter, de figurer pour exprimer et montrer. Jusqu'à la fin du 19 siècle, le sens esthétique, du moins pour les arts visuels, était touché en priorité par le biais de l'oeil et de la vue, à la limite du regard. Cet art-là, que les Modernoeuds comme dirait le compère Didier, ont qualifié depuis un demi-siècle d'art bourgeois, était en réalité un art populaire, et de longue date. Les hommes et les femmes du Moyen-âge ne communiquaient avec le divin que par la grâce des frises qui figuraient sur les arcs de porte des églises et des cathédrales. Émile Zola décrit dans son Assommoir la visite du Louvre par Gervaise, Coupeau et leurs invités : des ouvriers. L'occupation semblait alors courante.

Mais au XXème siècle, et même sur le fond, dès la fin du XIXème siècle avec l'Impressionnisme, la pensée abstraite a pris le pas sur la figuration. Les peintres, fussent-ils excellents techniciens comme Picasso, ont cherché d'abord à s'adresser à l'esprit plutôt qu'aux sens. Ils se sont  engagés  et leur travail artistique est devenu scientifique et moral, puisque chez les Marxistes, la morale est scientifique. 

Les peintres, mais aussi les sculpteurs et même les musiciens, se sont complus dans leurs abstractions à peu près aussi vides que la citerne d'Henry Michaux : il s'agissait d'écouter les échos de son moi profond expectorant de vagues borborygmes à interpréter, censés ricocher de parois en parois dans leur citerne intérieure. Élitisme affiché en moins, je tends souvent à penser que cet art marxiste auquel la sphère publique se plaît à passer commande parce qu'il est engagé ou encore qu'il invite au débat, n'est finalement pas autre chose qu'une forme décadente et totalitaire d'art platonicien. Très insidieusement, au demeurant, puisqu'il revendique la liberté à travers la manière de sa création.

Avec cet art-là, je me sens des humeurs de Guillaume d'Ockam avec les universaux platoniciens : il faut passer tout cela au rasoir et décapiter tout ce qui ne correspond à aucune réalité sensible. Un nominalisme appliqué à l'existentialisme, en somme. Oh, certes, existentialisme et platonisme semblent apparemment s'opposer, mais, sur le fond, ce n'est que sur la genèse de l'Idée. L'un et l'autre ont exactement la même propension à générer des objets superflus, les uns parce qu'ils font croire qu'il existe une essence préexistante à cet objet, les autres parce qu'ils jugent qu'il suffit qu'elle surgisse pour valoir comme idée. 

Tiens, ça me rappelle mon second fiston passant pour la première fois, à quatre ans, devant l'un des premiers "tableaux" qui ornent Beaubourg : oh là là, papa, y'a quelqu'un qu'a grabouillé sur le dessin ! Ça m'a bien fait rigoler, tiens. Et résumé lapidairement mon jugement esthétique sur la chose.

Ces artistes-là me gonflent avec leur hypertrophie de leur moi-pensant. Je n'aime pas cet art qui renonce à être beau, qui renonce à imiter la nature, mais ne se nourrit plus que d'abstractions et de concepts (creux, au demeurant). Oh, il peut se produire accidentellement que la manière soit belle, mais il s'agit d'un accident. Un hasard. Le peintre a fait une belle oeuvre, mais ce n'était pas son but : il voulait toucher nos consciences, nous amener à réfléchir (merci, je fais cela très bien tout seul).

Moi je dis, au feu (c'est une déformation pour un hérétique) le contenu de Beaubourg, de la Fondation Cartier, du Palazzo Grassi de Venise et cie : tout juste bon à me faire mon combustible de chauffage pour ma cheminée authentique flambante neuve fabriquée en Chine.

vendredi, 15 mai 2009

Cancer ? Chimio ? Plus belle, la vie !

J'ai pris connaissance d'une initiative assez peu commune, pour ne pas dire atypique. Une association d'esthéticiennes a décidé d'apporter son concours à des femmes atteintes d'un cancer et dont le traitement modifie l'aspect physique. L'association organise des ateliers pour apprendre aux femmes à redessiner leurs traits après une thérapie qui a laissé des traces. Ou encore, elle donne des conseils de coiffure pour celles qui ont perdu leurs cheveux : par exemple comment choisir entre perruques, turbans et foulards ou encore couvre-chefs.

Un cancer frappe toujours avec une brutalité inouïe. Non que ses effets soient nécessairement foudroyants, mais plutôt que la nouvelle résonne comme un coup de tonnerre dans un azur serein. Faire face requiert de la volonté et de la disponibilité d'esprit, a fortiori si le cancer impacte l'aspect physique. Il ne reste alors même plus la possibilité de "faire semblant de vivre normalement", le dernier recours d'un cancéreux.

J'ai eu un jour l'occasion de discuter avec une jeune fille qui voulait  faire de l'esthétique son métier : je lui avais alors demandé quelles étaient ses motivations. Elle m'avait répondu qu'elle prenait plaisir à rendre les gens contents : en effet, elle jugeait que de se sentir plus beau apportait un surcroît de bien-être aux individus.

Le plus terrible, dans des traitement médicamenteux lourds, c'est qu'en altérant le corps, leurs effets finissent par porter atteinte à l'image de soi, et donc, à l'estime de soi. Quoiqu'on en dise, le corps et l'image qu'il renvoie sont, à cet effet, des éléments déterminants (mais pas les seuls).

Le mot cosmétique provient de "cosmèsis" en grec qui signifie parure. Or, cosmèsis est de même racine que Cosmos, en grec, qui, bien avant de désigner l'univers, signifie l'ordre. Pour les Grecs, il n'y a pas de beauté sans organisation, sans ordre, finalement pas de beauté sauvage.

A plus d'un égard, la cosmétique me semble l'héritière de cette conception du beau et le mépris dans lequel elle est tenue par sa grande soeur philosophe, l'Esthétique, me semble bien injuste. C'est ce que le beau, au sens philosophique,un Socrate ou un Platon, veulent absolument qu'il soit moral. Ainsi, dans le Hippias Majeur, Hippias d'Élis que Platon fait passer pour un lourdaud, propose deux définitions pas insensées : la première, c'est que la beauté, ce serait une jeune vierge (une jeune fille, quoi). Inconvénient, cela ne concerne que les hommes. Et puis Socrate lui fait observer qu'il y a aussi de belles juments, belles chèvres, et cetera...Il faut que le beau s'applique à n'importe quel objet. Hippias médite et triomphalement, annonce que l'or c'est la beauté, puisque l'or rend beau tout ce qu'il recouvre.Finalement, Hippias finira par dévier de son idée initiale, qui était de faire de la beauté quelque chose de matériel pour proposer la réussite sociale comme modèle de la beauté.

Dommage. Personnage décrié, il me semble qu'il avait pourtant touché juste avec son or qui rendait beau tout ce qu'il recouvre. Alors c'est un peu cette pensée que j'ai, avec mes esthéticiennes bénévoles. Leur rôle, finalement, à l'instar de notre Hippias, n'est-ce pas de couvrir d'or des femmes fatiguées et boursouflées par la maladie ? Des orfèvres de la cosmésis contre le cancer, voilà, comment je me les représente, ces faiseuses de beauté.