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samedi, 11 juillet 2009

Anonymat, délation sur les blogs et Histoire de France

denontie_secrete.jpgLa question de l'anonymat des blogueurs a souvent agité les blogs ces deux dernières années, mais je n'ai presque jamais lu de billets sur celui des commentateurs et particulièrement sur ceux qui s'en servent pour pratiquer la délation et/ou la calomnie.

Je sais déjà que l'on va me décerner un point Godwin mais je ne renoncerai pas à la comparaison la plus évidente qui me vient à l'esprit, et je l'ai laissée en commentaire chez Ginisty.

Y'a vraiment des mecs, ils ne savent pas quoi faire de leur vie. J'ai une aversion innée pour les corbeaux. Les délateurs me font littéralement gerber, particulièrement quand leur objectif principal est de venir salir la réputation d'un type honnête et loyal.
Tu es bien bon d'avoir pris la peine de répondre.
Tu as raison de comparer avec Vichy. Dans des circonstances extrêmes, ce sont ces gens-là qui t'envoient direct en camp de concentration et/ou dans les caves de la Gestapo
.

Et j'ajoute cette précision toujours à la suite de son billet :

Je pense que Danièle a raison. Les manuels d'histoire nous noient la seconde guerre mondiale dans un joli conte de fée. En réalité, les Français ont accepté sans sourciller la domination allemande jusqu'en 42 puis, avec un opportunisme parfait se sont progressivement retournés du côté des Alliés à partir de 43.
Ce n'est qu'une minorité, en effet, qui a résisté dès 40-41.
Et sur les dénonciations, mieux vaut ne pas chercher de trop près. On pourrait en trouver jusque dans les rangs de la Résistance. Cela dit, ce fut surtout le cas des "voisins" ordinaires qui agissaient par cupidité ou par mesquinerie, avec les conséquences dramatiques que l'on connaît.

Il faudra bien, un jour, que la France révise sans concessions son histoire. Et il y aurait long à dire aussi sur la première guerre mondiale
.

Je lis souvent des réactions indignées d'autres commentateurs qui jugent la comparaison disproportionnée. Non. Elle ne l'est pas. Pas plus que le comportement de certaines préfectures avec des étrangers en situation irrégulière dès lors qu'elle applique de manière aveugle mais zélée consignes et procédures. Vichy, monument de honte de notre histoire, demeure une référence pour l'éthique et la morale. Je suis absolument convaincu que ceux aujourd'hui qui utilisent Internet pour salir la réputation de quelqu'un, lui causer du tort dans sa vie personnelle et professionnelle seraient les premiers à dénoncer secrètement ceux qu'ils jalousent ou haïssent (généralement en raison de divergences d'opinions mais parfois pour des motifs plus futiles) à une police politique. Oh, bien sûr, dans un premier temps, ils hésiteraient, mais, assez rapidement, la mesquinerie et la lâcheté l'emporteraient sur tout scrupule.

Entre le bien et le mal, pour la délateur, il n'y a souvent que l'épaisseur d'une feuille de papier.

A Athènes on appelait sycophantes les individus qui faisaient profession de dénoncer, car c'était une profession. L'orateur Démosthène qui se manifesta souvent par des prises de position courageuses, les appelaient les chiens du peuple. Et chien, chez les Grecs, cela ne signifiait pas brave toutou...

Aristophane, le grand poète comique grec, qui a inspiré Plaute et Molière, met en scène un sycophante dans sa pièce les Acharniens et voilà comment l'un des personnages, Dicéopolis,  le décrit :

« vase à brasser les infamies,
mortier pour touiller les procès
poubelle à éplucher les comptes,
bassine à brouiller les affaires ! »

Je me suis rendu à plusieurs reprises à Venise, et là-bas, en visitant le Palais des Doges, il y a une sorte de frise qui a attiré mon attention. Oh, elle est connue : on l'appelle la bocca di leone (voir image en début d'article). Les Vénitiens y déposaient des lettres de dénonciation, elles devaient être signées et accompagnées du témoignage d' une autre personne pour être prises en compte, toutefois.

Vous pariez combien qu'elles seraient pleines si on les remettait à l'honneur dans notre démocratie ?

mercredi, 05 novembre 2008

Anonymat, identité et paranoïa sur les blogs et les forums

A plusieurs reprises sur la Toile, notamment les newsgroups et les blogs, j'ai constaté une forme d'hystérie contre l'anonymat. Certains individus, se parant des oripeaux de la responsabilité citoyenne, peinent à masquer une curiosité maladive et malsaine, confinant même à la paranoïa, pour l'identité réelle des usagers des blogs ou des forums.

Il me semble qu'il y a là un rapport avec le Moi au sens psychanalytique du terme. Il existe, en psychanalyse, plusieurs écoles pour définir le Moi. Pour ma part, je m'intéresse particulièrement au travail de Lacan. Ceux qui s'intéressent à la psychologie connaissent certainement sa définition fameuse : "Je est un autre".

Son idée, que je trouve très astucieuse, est que le Moi n'existe pas. C'est en réalité une sorte d'oignon constitué de différentes peaux toutes issues d'images idéalisées : père ou mère, professeur, ami, star, et cetera...

A cet égard, le pseudonyme ou l'identité de façade, sur un blog, n'est jamais que l'avatar ou le reflet d'une de ces peaux. Il est donc constitutif du Moi au sens lacanien du terme au même titre que l'identité "réelle" pour autant que ce mot ait encore un sens dans cette optique psychanalytique.

De moin point de vue, l'anonymat est une protection efficace contre les indélicats et les fouineurs. Dès lors qu'il ne sert pas à diffamer ou insulter gratuitement des individus, c'est la garantie la plus élémentaire du respect de la vie privée.

En revanche, le désir frénétique et enragé de démasquer à tout prix l'identité de quelqu'un relève d'une pathologie mentale inquiétante. Ce besoin de "savoir" sans doute destiné à  rassurer ou à renvoyer une image positive à l'inquisiteur dénote quelque chose qui résonne certainement dan s un espace intérieur de nature paranoïaque.

Pour achever mon billet, voici les définitions qui me paraissent fort exactes que donne wikipedia de la paranoïa :

D'un point de vue sémiologique les personnalités paranoïaques se caractérisent par quatre traits fondamentaux qui entraînent à terme une inadaptabilité sociale :

1. la surestimation pathologique de soi-même ;
2. la méfiance extrême à l'égard des autres ;
3. la susceptibilité démesurée ;
4. la fausseté du jugement.

Le DSM-IV définit ainsi le trouble de la personnalité paranoïaque[3] :

État de méfiance soupçonneuse envahissante envers les autres dont les intentions sont interprétées de manière malveillante. La personnalité paranoïaque implique la présence d'au moins quatre des sept symptômes suivant :

* le sujet s'attend, sans raisons suffisantes, à ce que les autres l'exploitent, lui nuisent ou le trompent.
* Il est préoccupé par des doutes injustifiés concernant la loyauté ou la fidélité de ses amis/associés.
* Il est réticent à se confier à autrui car il craint que l'information ne soit utilisée contre lui.
* Il discerne des significations cachées, humiliantes ou menaçantes dans les événements anodins.
* Il ne pardonne pas d'être blessé, insulté ou dédaigné.
* Il perçoit des attaques contre sa personne ou sa réputation, auxquelles il va réagir par la colère ou la contre-attaque.
* Il met en doute de manière répétée et sans justification la fidélité de son conjoint
.

Nul doute que l'on retrouve nombre des symptômes ci-dessus chez les fanatiques (parfois terroristes) de l'identité. Décidément, par les temps qui courent, on n'a pas fini de parler d'identité...