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mardi, 05 février 2008

La parole donnée de Jean Lassalle

0b5f6d1ab169dcdbad991bbe11ec230a.jpgJ'ai acheté et commencé à lire le livre de Jean Lassalle, la parole donnée : pas de doutes. C'est un autentique homme de lettres.

J'y ai trouvé un style fluide et souple, simple, frais et vivifiant, qui me donne l'impression d'évoluer quelque part dans un verger où l'on aurait faire une bouture de Vrigile sur du Chateaubriand. Un téléscopage improbable entre les premières pages des Mémoires d'Outre-Tombe et quelque chose qui oscillerait entre les Bucoliques de Virgile et les Travaux et les jours, d'Hésiode...Les premières pages respirent le Béarn, son Béarn, à JeanLassalle.Il l'aime, sa terre natale, cet homme-là.

J'ai failli me pâmer quand Lassalle évoque la découverte à 14 ans des philosophes grecs, et notamment Platon puis Aristote. La situation est douleureuse : selon les normes de l'époque, sa famille vit en dessous du seuil de pauvreté, et pour acheter les les précieux ouvrages, il faut débourser 1400 francs (anciens) : c'est une véritable fortune, pour cette famille très modeste et presque sans ressources. Et pourtant, le père de Jean Lassalle, en dépit de la folie financière que représente un tel investissement, choisit de faire de grands sacrifices pour alimenter son fils de nourritures spirituelles. 

deux jours plus tard... 

Et voilà, j'ai terminé entre 1h00 et 1h30 du matin le livre de Jean Lassalle. 

7a3300a7beed5faea4945f44be2b4681.jpgTout au long de son ouvrage, Jean Lassalle évoque les démêlés des habitants de sa région avec les autorités centrales, souvent l'Etat français, mais aussi l'Europe, et également la presse nationale, sur le fond parisianiste (même s'il ne le dit pas explicitement). Il dénonce les écologistes de pacotille qui jettent de la poudre aux yeux pour statisfaire aux Médias, et masquent souvent d'autres intérêts.

Il n'aime pas les technostructures, Jean Lassalle, et pour lui, justement, le propre d'un homme politique, c'est de ne pas se laisser dominer par ces dernières : comme il le note avec une très grande justesse, les gouvernements changent, mais les administrations centrales, elles, restent ! et elles restent des dizaines d'année.

Le Somport, qui devait assurer le développement de la vallée, et le problème de l'ours sont emblématiques : à chaque fois des solutions imposées de Paris, alors que les habitants avaient proposé les leurs.  

Jean Lassalle évoque le sort des habitants des montagnes dans un saisissant parallèle avec les Indiens d'Amérique ; son quatrième chapitre, des réserves sans Indiens explicite tout à fait cette image : on crée des parcs et des réserves de toute sorte dans la Vallée d'Aspe, mais on en chasse les habitants. De plus, créer une réserve pour les ours est stupide, ce plantigrade tendant à changer d'environnement. Il est bien plus sensé de définir les modalités d'un modus vivendi entre l'animal et les bergers, en concertation avec ces derniers, plutôt que de lancer une grande campagne de presse contre ceux-ci en les appelant assassins d'ours. 

 J'ai eu tout de même quelques surprises : je ne savais pas que Jean Lassalle avait voté contre le traité du TCE. Il n'en reste pas moins un européen convaincu, mais, contrairement à François Bayrou, je crois qu'il ne veut pas d'une Europe fédérale, et demeure plutôt attaché à une Europe des patries, un peu sur le modèle de ce que prônait De Gaulle. Etonnant pour quelqu'un dont le premier engagement politique fut le CDS, et qui demeure sa famille politique.

Sur ce point, pour ma part, je ne l'approuve évidemment pas. Mais, Lassalle a en revanche été très favorable à l'élargissement des pays de l'Est.

S'il a  voté contre le TCE, je crois surtout que c'est pour dénoncer le poids des commissions, les démissions des Etats, et puis le développement anarchique d'un capitalisme qui ne dit pas son nom, mais que lui récuse. Rapportant des discussions survenues lors des débats de l'OMC, il ne supporte pas que l'on parle des humains comme des marchandises.

Une anecdote savoureuse, à ce sujet : lors de sa première venue à l'OMC, aucune traduction en français ; on en était à un tel point de mépris de tout ce qui ne rentrait pas dans le sabir anglophone international, que l'on n'avait pas jugé cette précaution utile.

Lassalle prend alors la parole dans le micro pour expliquer, en français, qu'il ne comprend rien. Il ne lâchera plus le micro, malgré les objurgations, répétant ses déclarations. Le lendemain,  les discours sont traduits dans du mauvais français, mais traduits tout de même en français...Le député du Béarn conclut simplement ce passage en évoquant le sort des délégations des populatuions les plus misérables, méprisées et totalement ignorées qui n'auraient pas eu la moindre chance de seulement pouvoir évoquer une telle demande...

Dans le domaine de l'enseignement, le sort du latin et du grec lui paraissent emblématiques de ce phénomène : comme l'on sacrifie tout à la rentabilité, qui est devenue le maître-mot de la politique et l'économie, ces deux disciplines sont les premières à être dans la ligne de mire des apôtres de la rigueur et l'orthodoxie budgétaire.  

Lassalle, ce n'est pas quelqu'un qui s'en laisse compter... 

Entre Bayrou et lui, il y a une véritable amitié : « Françoës, é r'aude ray », comme il le dit en béarnais. Mais comme ils sont béranais tous les deux, et donc très têtus, comme il le dit, ils se sont parfois "frités sévère"...Cela ne les empêche pas de se retrouver frères d'armes et amis à jamais dans les grands moments.

Je me doute bien que nombre de lecteurs qui liront ce compte-rendu frétillent d'impatience en attendant que je passe à ce qu'il dit à propos des présidentielles et des législatives...

Eh bien, je vais les laisser frétiller sans aucune pitié : non, non, je ne dirai rien (j'ai fini le livre, pourtant), parce que je pense que cela vaut le coup qu'ils achètent ou empruntent le livre et le lisent eux-mêmes, et puis parce que je ne veux pas tout lâcher non plus... Il y a de toutes façons tellement de choses à dire que j'aurai certainement l'occasion de revenir sur cet ouvrage...

Voilà...bonne lecture à tout le monde... 

lundi, 27 août 2007

Jean Lassalle et le Syndrome du Somport

Je viens de lire un courrier qui vaut son pesant d'or : la lettre de Jean Lassalle à Jean-Louis Borloo datée du 12 août dernier. Depuis mmaintenant près de 15 ans, Jean Lassalle se débat contre la cacophonie, l'anarchie et in fine l'inertie des pouvoirs publics quant à l'usage du tunnel du Somport.

Je cite particulièrement ce passage de la note écrite par Jean Lassalle ; éclairant...

« Pendant plusieurs années, l'absence d'un réel arbitre au-dessus des parties, à contraint notre région à vivre au rythme des manifestations de plus en plus nombreuses et sous l'éclat des projecteurs. On vient à ce moment là de très loin lutter contre le tunnel du Somport comme on partait jadis libérer le tombeau du Christ. Tout est mélangé dans un salmigondis invraisemblable : pour ou contre la ligne de chemin de fer Pau-Canfranc ; pour ou contre le tunnel du Somport ; pour ou contre l'aménagement d'une autoroute en Vallée d'Aspe (dont il n'a jamais été question, cette dernière devant entraîner aux dires de ceux qui en propagèrent et firent vivre la rumeur, la fin des derniers ours des Pyrénées) ; pour ou contre la bretelle autoroutière Pau-Oloron ; pour ou contre les Ours, et enfin pour ou contre la biodiversité...

Bref, il y en eut pour tous les goûts. La malheureuse Vallée d'Aspe et ses 2700 habitants, totalement pris en otage par les tenants des différents partis d'aménagement ou de non-aménagement, ont essuyé un véritable déluge de communication, de manifestations, de contre-manifestations.

Avec les « moyens du bord », en l'occurrence la vigueur de son histoire et le sang froid de ses habitants, la Vallée fit face, attendant que les « grands esprits » qui animaient cette mascarade  consentent enfin à s'apaiser. A l'heure actuelle, un semblant de calme est revenu.

Pour autant, le débat dit « du Somport » (avec  son  « autoroute tueuse d'ours », sa ligne de chemin de fer Pau-Canfranc noyée dans la montagne), a fait jurisprudence, au point qu'aujourd'hui plus aucun dossier n'avance en partie montagneuse.»

 Pauvre Vallée d'Aspe... Il faut ajouter que Dominique Perben, ex-ministre de l'équipement, a autorisé le transport de produits dangereux à travers le tunnel en février 2005, ce contre quoi Jean Lassalle a essayé en vain de lutter. Dans sa lettre, il interpelle Jean-Luis Borloo afin qu'il interdise, en signe de bonne volonté, le transport de tels produits à travers la vallée.

« Compte tenu de l'état actuel de la RN 134 où, vous le savez, certains tronçons sont très dangereux, de son passage devant les collèges et lycées d'Oloron-Sainte-Marie, cette décision est l'une des plus irresponsables que j'ai jamais vu prendre par le gouvernement de mon pays tout au long de ma carrière. Bonjour le combat pour le maintien de la biodiversité ! C'est la raison pour laquelle une interdiction immédiate de ces véritables « bombes roulantes » sous le tunnel du Somport apparaîtrait comme un signe de bonne volonté marquant la résolution de l'Etat Français à revenir à une attitude responsable

Voilà, à mon sens, une occasion de tester ce que vaut Borloo comme ministre du développement durable. De Lassalle, en tout cas, on peut dire que voilà un député dont les deux pieds ne restent pas dans le même sabot ! Chapeau, Monsieur le Député !