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jeudi, 28 février 2013

800 euros pour vivre ?

J'ai essayé de suivre au fil du temps le sort des licenciés de l'usine Continental qui ferma ses portes en 2009 et il se trouve que j'ai entendu avant-hier un témoignage aussi triste qu'édifiant.

La moitié des ouvriers de Continental n'ont pas retrouvé d'emploi, et, arrivés à la fin de leurs indemnités, ils sont désormais dans la misère. Une mère de famille témoignait ainsi de sa situation : avec des enfants, elle ne touchait plus que 800 euros par mois auxquels il fallait retirer 500 euros pour le loyer de son habitation.

Je vous demande, franchement, comment on peut vivre à 300 euros par mois, a fortiori quand on n'est pas seul. En fait, je me le demande aussi. Je suppose que cette femme doit recevoir quelques aides supplémentaires, compte-tenu de sa situation plus que précaire, et puis, très probablement, des solidarités familiales ou amicales doivent jouer également.

La précarité est un poison terrible pour notre société. Cette ancienne ouvrière confiait à la journaliste qui l'interogeait voguer d'interim en interim avec parfois des périodes où il n'y avait aucune proposition d'emploi.

De ce point de vue, j'ai une divergence assez profonde avec mes amis libéraux : je me défie fortement de toute forme de dérégulation de l'emploi. Je trouve, sur ce point, que Bayrou pendant la campagne de 2012 a eu le mérite d'aller à contre-courant en faisant valoir que chercher à concurrencer la main d'oeuvre à bas coût n'était pas une option inévitable.

On ne peut pas demander aux travailleurs de perdre sur tous les tableaux : exiger à la fois mobilité, insécurité et perte de pouvoir d'achat, ce n'est pas acceptable.

Il n'y a pas d'ouvriers  ni de précaires parmi ceux qui réclament la dérégulation du marché du travail.

Je crois qu'on peut être souple avec les très petites entreprises,  dont les effectifs ne dépassent pas 5 à 10 personnes parce que de petits entrepreneurs peuvent avoir besoin d'une certaine flexibilité pour démarrer. Mais au-delà d'un certain cap, tout travailleur devrait pouvoir disposer de garanties solides.

Je pense vraiment que la relance de l'emploi en France ne se fera pas en permettant aux entreprises de licencier du jour au lendemain au gré des humeurs du DRH.

En revanche, baisser les charges, faire disparaître les contraintes administratives de toutes sortes, cela, oui, je le crois, peut contribuer à avoir un impact significatif.

En attendant l'emploi précaire flirte avec les 12% depuis une dizaines d'années maintenant et je ne vois pour l'instant pas d'issue.

Peut-être existe-t-il des astuces : Arnaud Chéron, Directeur de recherche à l'EDHEC propose un deal pour relancer l'emploi des Seniors : réduire la durée de leur indemnisation de 36 à 24 mois et en contrepartie, une suppression des cotisations salariales et patronales pour ces mêmes seniors quand ils sont embauchés. Il estime à 200 000 le nombre d'emplois ainsi créés dans cette catégorie d'âge et dans le même temps, à 3 milliards d'euros les économies réalisées pour l'Assurance-chômage.

Je n'aime pas l'idée de créer toujours plus d"insécurité pour des chômeurs en période de crise, car, réduire leur durée d'indemnistation, au final, cela revient à ça ;  l'idée de cet universitaire mériterait d'être testée sur une durée limitée afin de vérifier si elle marche mais, personnellement, ce qui m'agace, c'est de lire ce genre de choses :

Réduire de 36 à 24 mois la durée maximale d’indemnisation chômage conduit à diminuer l’espérance de revenu au chômage d’un travailleur. Ceci a principalement deux incidences : (i) une incitation à une recherche d’emploi plus intense pour les chômeurs, afin de se préserver d’une perte de revenu qu’induirait le basculement dans le régime de solidarité, et (ii) une incitation pour les employés à accepter plus facilement des modérations salariales, le point de repli en cas de perte d’emploi se trouvant relativement moins avantageux. Il en résulte donc à la fois une stimulation de l’offre et de la demande de travail qui devrait s’avérer favorable à l’emploi.

Je résume : un bon coup de schlague pour pousser ces fainéants à rechercher plus activement un emploi et leur couper le robinet pour les amener à accepter de manger de la m... Quand on me dit qu'on veut tenter un basculement pour inciter les entreprises à recruter des seniors, ça, j'aime bien, mais quand on finit par dévoiler son jeu avec des sous-entendus au fond très explicites, j'aime déjà moins. Est-ce que Monsieur Chéron accepterait de s'appliquer à lui-même la réforme qu'il prône ?

L'inconvénient, c'est que ce genre de théories est presque toujours élaboré par des individus qui ne risquent pas d'en subir le contre-coup. Pas de prises de risques pour eux, juste pour les employés, les précaires et les ouvriers...

Il y a des formules mathématiques complexes dans le document d'Arnaud Chéron. Personnellement, je m'en tiens aux soustractions simples : 36 - 24 = 12 soit 12 mois d'indemnisation chômage en moins et mon ancien salaire - x est forcément plus bas que mon ancien salaire, ce que notre économiste appelle la modération salariale.

00:39 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : travail, emploi, seniors |  Facebook | | |

Commentaires

Totalement d'accord avec toi, à la virgule près !
Et pourtant je ne suis pas centriste (même si j'aime bien Bayrou).
La précarité est un cancer social.

Écrit par : estelle92 | jeudi, 28 février 2013

Bonjour Estelle
Ben tant mieux :-)
Je pense en effet que ce n'est surtout pas un modèle vers lequel il faut glisser.
Le problème, c'est comment faire ? Il faut qu'il y ait en France une valeur ajoutée qui ne soit pas délocalisable et qui soit bien sûr unique.
C'est là-dessus que certains économistes et entrepreneurs réfléchissent.

Écrit par : l'hérétique | jeudi, 28 février 2013

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