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dimanche, 23 septembre 2012

L'armée, variable d'ajustement jusqu'au jour où...

Je lisais une dépêche de Reuters, sur le blog Theatrum Belli, qui reprenait les déclarations alarmistes d'un général suédois : l'Europe est incapable de se défendre seule à l'heure actuelle.

A vrai dire, le Général Syren appuie là où ça fait mal : l'Europe pourrait supporter les coupes drastiques que chacun de ses membres inflige à sa défense à condition de rationnaliser les moyens à l'échelle européenne, en somme de construire une armée européenne.

Le problème, c'est qu'en paroles, c'est facile, mais, dans la pratique, plusieurs pays européens essaient de préserver des morceaux d'indépendance en alimentant des productions d'armement nationales par leurs commandes.

Le problème est au moins autant économique que politique : personne n'a envie de sacrifier son industrie d'armement.

Une solution envisageable serait des rapprochements très importants entre plusieurs industriels afin de créer une plate-forme capable de nourrir toutes les armées européennes selon leurs besoins.

Le problème, c'est que le marché de l'armement est un secteur très particulier : quand il existe une production nationale, elle essaie de survivre pour garantir l'indépendance du pays hôte en exportant à toutes forces vers d'autres pays.

Il y a donc des décisions assez importantes qui doivent être prises au niveau politique et à l'échelon européen afin de ne pas risquer des transferts de technologie indus.

Enfin, l'Europe n'est pas perçue encore comme une unité géopolitique et d'ailleurs, ne se comporte pas comme telle. Les évènements de Libye, hélas, en ont fourni une démonstration aussi éclatante que navrante.

Sans l'activisme de la France et de la Grande-Bretagne aucune décision n"aurait été prise et à l'heure actuelle, nous en serions à négocier des contrats d'armement avec Kadhafi pendant que l'Allemagne concluerait de juteux contrats pour s'être longtemps opposée à toute intervention militaire là-bas.

Au fond, quoi que l'on fasse et en dépit du temps qui passe, la vielle alliance France-Angleterre-Amérique se reforme régulièrement, comme s'il n'y avait pas eu de construction européenne et comme si l'ère post-soviétique n'avait finalement accouché d'aucun changement géostratégique. Les non-alignés se sont alignés comme un seul homme ou presque sur les positions russes et chinoises : Inde, Brésil, si la démocratie libyenne avait tenu à ces grandes nations elle aurait été écrasé et défintivement dans le sang.

Au final, chaque pays européen s'arme de bric et de broc sur fond de doublons très fâcheux alors même que des éléments essentiels d'un dispositif militaire complet font défaut à tous : pas d'avions-radar AWACS, par exemple, peu de drones et peu de missiles à guidage-laser...

La réalité, à l'heure actuelle, c'est qu'aucune intervention n'est possible sans devoir demander l'autorisation des USA,  seul pays à pouvoir fournir les éléments opérationnels nécessaires à une opération extérieure. 

C'est un sport mondial de critiquer l'impérialisme américain mais mieux vaudrait pour le monde que l'Amérique ne succombe pas à une nouvelle vague isolationniste car il n'y aurait alors plus personne pour jouer les gendarmes...

01:13 Publié dans Europe, International | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : défense, géostratégie | |  Facebook | | | |

Commentaires

"l'Europe n'est pas perçue encore comme une unité géopolitique et d'ailleurs, ne se comporte pas comme telle."

Ca me paraît très juste et c'est bien ça le gros problème. Tant qu'il n'y aura pas une politique étrangère commune en Europe, et je ne vois pas comment ça pourrait être le cas bientôt lorsqu'on voit certaines divergences récentes, il ne pourra pas y avoir de Défense européenne. Et pourtant les budgets nationaux ne permettent pas de mettre en place des armées dignes de ce nom, c'est à dire complètes. Les armements modernes sont trop sophistiqués et donc trop chers.

Des efforts ont quand même été faits depuis pas mal d'années. Notamment de la part des industriels du secteur, qui ont essayé de se regrouper afin d'avoir des marchés "intérieurs plus larges" et donc des prix plus attractifs. En ce sens la fusion EADS-BAE pourrait être très bénéfique hors problèmes d'actionnariat.

Même si dans l'absolu le problème est un peu pris à l'envers..., puisque ce sont les industriels qui doivent venir avec leur carotte financière pour faire baisser les exigences de spécification des Etats. Ce qui ne marche pas toujours d'ailleurs.

Question subsidiaire: que peut bien penser Dassault du projet de fusion EADS-BAE?!

Écrit par : JF le démocrate | dimanche, 23 septembre 2012

@JF
Oui, ce serait intéressant de voir sa réaction...Si on pouvait faire avec l'armement ce qu'on a fait avec Airbus...

Écrit par : l'hérétique | dimanche, 23 septembre 2012

Pratiquement tous les pays du monde ( qu'ils en aient les moyens ou non) se réarment...saus les pays d'Europe.

Écrit par : Teo Toriatte | dimanche, 23 septembre 2012

@Téo
Exacte. Mais l'Europe est aussi la seule région en paix...

Écrit par : l'hérétique | dimanche, 23 septembre 2012

@L'hérétique

Je ne connais pas de conflit en Amérique du Nord,ni dans la CEI,ni rien concernant le Brésil, etc... et pourtant

Écrit par : Teo Toriatte | dimanche, 23 septembre 2012

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