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  • Guignols de l'info, guignols à l'info...

    C'est amusant, je réfléchissais sur l'obstination bornée qui pousse les Guignols de l'info à présenter en benêt François Bayrou, l'un des derniers hommes politiques en France que la culture nourrit et habite. On le voit d'ailleurs souvent dans ces réactions, où il évoque des moments forts de la littérature et de la philosophie ou encore de l'histoire. Ils seraient certainement peu nombreux, dans la classe politique, à pouvoir évoquer la Dalle d'Epidaure dans une saisissante métaphore pour exprimer le projet démocrate, ou bien à se réclamer de Pascal pour dénoncer la dérive de Nicolas Sarkozy sur la laïcité.

    Mais, quoi que dise ou fasse François Bayrou, aux yeux de l'équipe des Guignols, il demeure, et depuis maintenant 8 ans, un benêt incurable...

    Une telle obstination me rappelle celle du comique Aristophane qui fit rire aux éclats les Athéniens au 5ème siècle avant Jésus-Christ. A ceci près que si les Guignols de l'info sont distrayants, ils n'ont en aucun cas le talent d'Aristophane !

    Aristophane dont l'humour et le génie ont traversé les siècles n'a pourtant pas manqué de moquer les plus grands esrpits de son temps, et notamment Socrate et Euripide. Il reprochait au premier ce que le beauf athénien moyen reprochait à l'homme, c'est à dire de rompre avec les traditions et d'apporter de nouvelles pratiques religieuses dans la cité. Dans les Nuées, il le présente d'ailleurs comme un benêt rêveur, le nez en permanence perdu dans les nuages (d'où le titre les Nuées) et trébuchant à chaque pas parce qu'il est incapable de regarder ce qu'il y a sur le sol. Et pour Euripide, son tort est d'être le fils d'une marchande de légumes...

    Aristophane est amusant, mais cela ne vole tout de même pas haut...On peut en dire autant des Guignols. Je me suis d'ailleurs interrogé sur leur rôle lors des trois dernières élections présidentielles.

    J'ai noté qu'à chaque reprise, ils ont fait passer pour un sympathique truand abruti et sans vergogne, celui qui serait finalement élu. Le Sarkozy de 2007 met à l'évidence les rieurs de son côté. Et outre la manière dont ils ont traité Bayrou, je me suis aussi interrogé sur le sort qu'ils avaient réservé à Ségolène Royal. En effet,Ségolène Royal est une belle et charismatique femme, or, j'ai observé que la marionnette des Guignols était totalement fade, et que son ton traînant ressemblait à s'y méprendre à celui de la marionnette d'Arlette Laguilier. Cette ressemblance m'a troublé à plusieurs reprises. Les Guignols ont souvent fait semblant de tenir un discours de gauche (populiste, au demeurant) mais je ne suis pas certain que leur positionnement soit si clair que cela. On peut subodorer peut-être que l'élection de certaines puissances en arrangent bien certains...

    Bref, prenons garde quand ce sont des guignols qui sont à l'info, les apparences sont très trompeuses... Ne pas oublier aussi que la condamnation à mort de Socrate ne gêna pas outre mesure Aristophane... 

  • Sectes : la boîte de Pando...euh, non, d'Emmanuelle

    « je ne les connais pas, mais on peut s'interroger. Ou bien c'est une dangereuse organisation et on l'interdit, ou alors ils ne représentent pas de menace particulière pour l'ordre public et ils ont le droit d'exister en paix »

    Ces paroles, à propos de l'église de la scientologie, cela pourrait être celles de Tom Cruise, et pourtant, c'est Emmanuelle Mignon, secrétaire à l'Elysée qui les a prononcées. 

    Bien évidemment, je regrette que ce soit une représentante de la Présidence de l'Etat français qui se fasse le vecteur d'un tel argumentaire, mais il faut en prendre acte. 

    Je crois que nous sommes dans quelque chose de délicat, et qu'il ne faut pas le prendre à la légère. Emmanuelle Mignon, je le pense, à la fois ne saisit pas ce qu'est la nature profonde d'une secte, et à la fois ignore tous les efforts qui ont été faits pour discerner et nommer le phénomène sectaire. Et au premier chef, le rapport rendu sous la 10ème législature, en décembre 1995, par une commission d'enquête parlementaire.

    Cette commission, d'emblée, a mis en évidence toute la difficulté à proposer une définition de la secte : on peut, pour ce faire, retenir trois aspects.

    • religieux
    • sociologique
    • juridique 

    On pouvait ainsi lire l'avertissement suivant dans le rapport :

    La difficulté de définir la notion de secte, qui sera pourtant utilisée dans la suite de ce rapport, a conduit la Commission à retenir un faisceau d'indices, dont chacun pourrait prêter à de longues discussions. Elle a donc préféré, au risque de froisser bien des susceptibilités ou de procéder à une analyse partielle de la réalité, retenir le sens commun que l'opinion publique attribue à la notion.

     Ce qui ressort du travail de cete commission, c'est que pour circonscrire la notion de secte, il faut se référer à un faisceau d'indices, et non un critère unique qui serait par exemple la liberté de penser ou encore l'ordre public. En ce sens, l'intervention d'Emmanuelle Mignon est complètement disqualifiée parce qu'elle a totalement occulté ce fait, en se contentant d'un argument aussi unique que simpliste.

    Pour savoir si l'Eglise de la Scientologie est une secte, pour ma part, j'applique la grille choisie par la commission, tout en étant conscient qu'elle n'est pas parfaite :

    • la déstabilisation mentale ;
    • le caractère exorbitant des exigences financières ;
    • la rupture induite avec l'environnement d'origine ;
    • les atteintes à l'intégrité physique ;
    • l'embrigadement des enfants ;
    • le discours plus ou moins anti-social;
    • les troubles à l'ordre public ;
    • l'importance des démêlés judiciaires ;
    • l'éventuel détournement des circuits économiques traditionnels ;
    • les tentatives d'infiltration des pouvoirs publics.

    Si Emmanuelle Mignon veut rouvrir le débat, c'est son droit, mais qu'elle n'engage pas l'Elysée, que cela ne regarde pas, et qu'elle s'adresse d'abord aux parlementaires pour en discuter.

    Nombreux sont les mouvements sectaires qui rêvent de se faire requalifier comme minorités religieuses, et, par son discours irresponsable, Emmanuelle Mignon a certainement ouvert une nouvelle boîte de Pandore qu'il sera difficile de refermer.