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jeudi, 21 février 2008

Sectes : la boîte de Pando...euh, non, d'Emmanuelle

« je ne les connais pas, mais on peut s'interroger. Ou bien c'est une dangereuse organisation et on l'interdit, ou alors ils ne représentent pas de menace particulière pour l'ordre public et ils ont le droit d'exister en paix »

Ces paroles, à propos de l'église de la scientologie, cela pourrait être celles de Tom Cruise, et pourtant, c'est Emmanuelle Mignon, secrétaire à l'Elysée qui les a prononcées. 

Bien évidemment, je regrette que ce soit une représentante de la Présidence de l'Etat français qui se fasse le vecteur d'un tel argumentaire, mais il faut en prendre acte. 

Je crois que nous sommes dans quelque chose de délicat, et qu'il ne faut pas le prendre à la légère. Emmanuelle Mignon, je le pense, à la fois ne saisit pas ce qu'est la nature profonde d'une secte, et à la fois ignore tous les efforts qui ont été faits pour discerner et nommer le phénomène sectaire. Et au premier chef, le rapport rendu sous la 10ème législature, en décembre 1995, par une commission d'enquête parlementaire.

Cette commission, d'emblée, a mis en évidence toute la difficulté à proposer une définition de la secte : on peut, pour ce faire, retenir trois aspects.

  • religieux
  • sociologique
  • juridique 

On pouvait ainsi lire l'avertissement suivant dans le rapport :

La difficulté de définir la notion de secte, qui sera pourtant utilisée dans la suite de ce rapport, a conduit la Commission à retenir un faisceau d'indices, dont chacun pourrait prêter à de longues discussions. Elle a donc préféré, au risque de froisser bien des susceptibilités ou de procéder à une analyse partielle de la réalité, retenir le sens commun que l'opinion publique attribue à la notion.

 Ce qui ressort du travail de cete commission, c'est que pour circonscrire la notion de secte, il faut se référer à un faisceau d'indices, et non un critère unique qui serait par exemple la liberté de penser ou encore l'ordre public. En ce sens, l'intervention d'Emmanuelle Mignon est complètement disqualifiée parce qu'elle a totalement occulté ce fait, en se contentant d'un argument aussi unique que simpliste.

Pour savoir si l'Eglise de la Scientologie est une secte, pour ma part, j'applique la grille choisie par la commission, tout en étant conscient qu'elle n'est pas parfaite :

  • la déstabilisation mentale ;
  • le caractère exorbitant des exigences financières ;
  • la rupture induite avec l'environnement d'origine ;
  • les atteintes à l'intégrité physique ;
  • l'embrigadement des enfants ;
  • le discours plus ou moins anti-social;
  • les troubles à l'ordre public ;
  • l'importance des démêlés judiciaires ;
  • l'éventuel détournement des circuits économiques traditionnels ;
  • les tentatives d'infiltration des pouvoirs publics.

Si Emmanuelle Mignon veut rouvrir le débat, c'est son droit, mais qu'elle n'engage pas l'Elysée, que cela ne regarde pas, et qu'elle s'adresse d'abord aux parlementaires pour en discuter.

Nombreux sont les mouvements sectaires qui rêvent de se faire requalifier comme minorités religieuses, et, par son discours irresponsable, Emmanuelle Mignon a certainement ouvert une nouvelle boîte de Pandore qu'il sera difficile de refermer.